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Full text of "Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes"

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Annales 

Société des lettres, sciences et arts 
des Alpes-Maritimes 










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SOCIETE 


DES 

LETTRES, SCIENCES ET ARTS 

DES ALPES-MARITIMES 


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Tous droits réservés 


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ANNALES 


DR LA 


SOCIÉTÉ 


LETTRES, SCIENCES « ARTS 

des 

ALPES— MARI Tl M ES 

DKCI.ARàB 

ÉTABLISSEMENT D’UTILITÉ PUBLIQUE 

pu- décret du 25 août 1879 


Tome XIX 



NICE 

IMPRIMERIE BT LITHOGRAPHIE 

MALYAN0-MI6N0N 

«« 

•t efeex Ions les libraires 


PARIS 

H. CHAMPION 
LIBRAIRE-ÉDITEUR 

CORRESPONDANT DR LA SOCIlfré 

SS. Qui Veltslre 


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AVIS TRÈS-IMPORTANT 


La Société des Lettres. Sciences et Arts des Alpes-Maritimes laisse 
ux auteurs des mémoires qu’elle publie toute la responsabilité des 
opinions qui y sont émises. 



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TESTAMENT DE JOURDAN RIQUIERI 


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AU XII»* SIÈCLE 
par le Comte CAÏS DK PIKRLAS 


Ce document inédit porte la date du 16 octobre 1198 
et contient les dispositions testamentaires de Jourdan 
Riquieri, citoyen niçois, quoique, à cette époque, le testa- 
teur soit éloigné de son pays et établi dans la ville de Gênes, 
où il possède de grands biens et une très haute position. 
Il est intéressant, à ce propos, d’étudier les circonstances 
politiques qui poussèrent la famille Riquieri à se mettre 
sous l’égide de la République génoise et comment, par 
la grande influence dont elle disposait dans le XII“* et 
le XIII me siècle, elle faillit réussir à changer complètement 
les destinées de notre pays et à l’enlever à la suzeraineté 
des comtes de Provence. 

Nous verrons les Riquieri, malgré leur origine proven- 
çale, résider pendant longtemps dans ces deux pays et y 
garder des relations ; nous en trouverons une preuve 
certaine dans ce testament, important pour l’histoire de 
Nice, dans les faits notables qui se rattachent à la généa- 
logie de cette ancienne famille et surtout aux trois per- 
sonnages historiques qui portèrent le prénom de Jourdan. 

* 


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TESTAMENT 


Le nom des Riquieri paraît pour la première fois à Nice 
dans la mention donnée par Gioffredo d’une très ancienne 
charte de la cathédrale, qui contenait la donation de 
Villevieille de Châteauneuf faite en 1109 ; nous y voyons 
parmi les assistants un Richiero, désigné sans aucun 
prénom. 

Un demi-siècle plus tard, en 1152, un fragment original 
du vieux cartulaire de la même cathédrale, que nous avons 
trouvé aux archives de Turin, comme une épave au milieu 
des chartes et des documents regardant la Principauté de 
Monaco, nous indique l’existence d’un Jordanus Richerius ; 
il est témoin dans l’arbitrage de Guillaume, archevêque 
d’Embrun, au sujet d’une terre sise à Cimiez ( Chimela ), 
que le chapitre de Nice avait vendue à certains frères 
Guillaume Marin. 

Nous avons pareillement retrouvé à Nice la copie d’un 
autre acte de la même année, ayant trait aux droits de la 
cathédrale et précisément à la dîme qui était due sur les 
produits de la pêche; un des témoins est Jourdan Riquieri, 
on le qualifie de frère de Guillaume. 

Une troisième charte, égâlfjÀeïit inédite et de la même 
année, nous apprend mieux 'ce qu’étaient Jourdan et 
Guillaume Riquieri. Cette charte originale, que nous 
comptons bientôt publier dans un ouvrage plus important 
sur les Alpes-Maritimes, contient la convention passée 
en 1152 entre Arnaud, évêque de Nice, et Laugier de 
Gréolières ; or, dans l’énumération des vassaux parvenus 
à l’église de Nice par la famille de Gréolières, se trouvent 
en tête les Riquieri. Isti sunt homines quos Laugerius 
de Graoleriis tenet pro ecclesia et Episcopo Nicensi : 
Jordanus et frater eius Guillemus Richerii et nepotes 
eorum Bertrandus et Petrus. Parmi ces vassaux de 
l’église, au nombre de soixante-dix, se trouvent Foulque 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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Badat et Raimond Serena, consuls de Nice dans ce même 
acte de transaction, Pons Gisberni, consul en 1 158, Foulque 
Travache, etc. 

Ce premier Jourdan Riquieri, dont la position à Nice 
nous est parfaitement indiquée par cet acte, ce vassal de 
l’évêque et des Gréolières, est l’oncle d’un autre Jourdan 
Riquieri, fils de Guillaume, que nous allons trouver dans 
quelques années seigneur d’Eze, possédant de grandes 
richesses à Nice et à Gênes, faisant son testament en 
l’année 1198. 

Si nous ouvrons l’histoire des Alpes-Maritimes de 
Gioffredo, nous voyons en 1164 son frère, Guillaume 
Riquieri, qui faisait partie du gouvernement communal 
de Nice, cité comme assistant à la cession des droits sur 
Drap par Guillaume de Saint-Alban. La famille Riquieri 
était donc complètement niçoise à cette époque. 

Mais bientôt vint la période de l’histoire de Nice qui a 
été la plus orageuse et qui encore à présent est la plus 
difficile à comprendre. 

Notre pays paraît avoir voulu alors se soustraire à la 
domination des comtes de Provence. 

Etait-ce bien l’esprit d’indépendance, comme ont eu l’air 
de le croire les historiens provençaux et niçois ? N’est-ce 
pas plutôt l’intérêt personnel et l’influence génoise qui 
faisaient naître ces velléités rie rébellion, au moment où 
cette influence à la fois commerciale et militaire s’étendait 
sur tout le littoral, de Lerici à Turbia, cherchant à aller 
jusqu’au Var et même au delà ? 

Il est prouvé, comme nous allons le voir, que les 
Riquieri ont été dès lors gagnés à la cause des Génois 
et qu’ils ont su habilement profiter des troubles de la 
Provence pour agir dans notre ville en leur faveur. 

L’investiture du comté de Forcalquier, accordé .par 


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8 


TESTAMENT 


l’empereur Frédéric d’abord à Raimond Bérenger le 17 
août 1162, puis à Guillaume de Forcalquier le 21 juin 1164, 
mit en armes toute la Provence. Raimond Bérenger, en 
1165, s’allia au comte de Toulouse. Les Niçois se révol- 
tèrent, paraît-il, contre leur suzerain, qui marcha sur Nice. 
Nous le trouvons en 1166 à Grasse, entouré de ses fidèles, 
le comte de Vintimille hostile aux Génois, les Simiane, 
les de Grasse, les Porcellet ; point de Niçois. 

Ces derniers, d’après un vieux document que cite 
Gioffredo , avaient môme été frappés d’interdit ecclésias- 
tique, donec pax facta sit inter comitem et Nicenses ; 
d’autre part, quoique aucun document ne nous dise que 
les rebelles aient cherché l’appui ou l’alliance de Gênes, 
la chronique de cette ville signale, en 1166, l’armement de 
quatre galères, ad destruendos port'us Provinciæ, ingres- 
sus et regressus eorundem portuum prohibendos ; cette 
destruction, ce blocus des ports de Provence démontrent 
plus qu’un esprit de malveillance : c’est la guerre contre 
le comte de Provence, c’était donc probablement l’alliance 
avec Nice. 

En 1170, sur la demande des consuls génois, Nice ar- 
mait une galère qui s’unissait à l’escadre commandée par 
Ogier Vento *. 

Raimond Bérenger étant mort l’année suivante, nous 
trouvons à sa place Idelphonse d’Aragon ; celui-ci faisait 
la paix avec les Génois et, laissant une partie de la 
Provence sous le gouvernement de Guillaume de Saint- 
Alban, sub cujus tuitione et defensione partem Provinciæ 
commisi, il retournait en Espagne pour y combattre les 
Maures, comptant sans doute en finir plus tard avec les 
Niçois. 


L Pibtz. Mon. Hist. Oem., yoL xyiii, p. 87 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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L’alliance conclue en 1165 entre les comtes de Provence 
et de Toulouse n’ayant produit aucun résultat utile, la 
guerre éclata en 1174, et nous voyons aussitôt les Génois 
se ranger dans le camp opposé au comte de Provence et 
signer avec le comte de Toulouse un traité d’alliance. Ce 
dernier va jusqu’à leur promettre tout ce qu’il ne possède 
pas encore et, entre autres choses, Marseille, Hyères, le 
rocher de Monaco , le château de la Turbie , la moitié de 
Nice, excepté ce qu’y possède Guillaume Riquieri et ses 
neveux; ainsi qu’il resuite de la charte conservée aux 
archives de Gênes. 

Ici se dévoilent clairement les projets des Génois sur 
Nice : Guillaume Riquieri, que nous avons vu Niçois et 
sujet des comtes de Provence, est compris dans le pacte 
signé entre les adversaires de son suzerain, qui établissent 
en sa faveur un privilège exceptionnel d’une très grave 
importance ; n’est-ce pas une preuve évidente qu’il devait 
avoir pris des engagements pour la reddition de Nice? 

Cet acte d’alliance n’eut, il est vrai, aucun résultat 
et fut suivi de la paix signée entre les deux princes, grâce 
à l’arbitrage de Hugon Geoffroi, grand maître des Tem- 
pliers, le 19 avril 1176. 

Idelphonse, délivré des préoccupations d’une grosse 
guerre, marcha sur Nice et, au mois de juin, la ville, par 
acte fait in piano iuxta Varum, reconnaissait son autorité 
souveraine ; ses consuls échangeaient avec lui le baiser 
de paix. 

Notre ville avait été jusqu’à ce moment sous le pouvoir 
et l’influence de la famille Riquieri ; car, parmi les consuls 
qui durent signer l’accord avec le vainqueur, on trouve 
Pierre Riquieri, premier consul, et Foulque Riquieri, com- 
parant en qualité de témoin. x 

Ces deux personnages étaient sans doute les neveu 


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TESTAMENT 


de Guillaume Riquieri, dont il était question dans l’acte 
d’alliance entre Gênes et le comte de Toulouse : Pierre 
était déjà qualifié de neveu dans l’acte de vasselage de 
1152; quant à Guillaume lui- môme, il devait être évi- 
demment trop compromis vis-à-vis du souveraiu pour 
intervenir dans un acte de soumission à son autorité : il 
aura cherché un refuge à Gênes môme, où nous allons 
le voir établi, ainsi que ses enfants. 

En effet, quatre ans plus tard, le 30 janvier 1180, les 
consuls de Gênes faisaient une ordonnance pour défendre 
à tous les habitants de la ville d’établir des communications 
à travers la rue de maison à maison , au moyen d’arcades 
ou de couvertures en bois , afin que les grands seigneurs, 
eu cas d’insurrection, ne pussent se protéger les uns les 
autres. Les fils de Guillaume Riquieri venaient justement 
de bâtir une grande tour près de l’église de Saint-Laurent 
et se trouvaient sous le coup de cette prohibition. Guillau- 
me était déjà mort et ses fils, dont il est question ici, se 
nommaient Lanfranc, Jourdan et Bertrand. 

Lanfranc avait épousé une Génoise de grande famille 
consulaire, Marie, fille de Othobon de Aibericis. En 1182, 
elle traversait le territoire de Laigueglia, se rendant à 
Nice ; les habitants se saisirent de sa personne : mais telle 
était l’importance des Riquieri et de ses parents que les 
consuls de Gênes, ayant eu connaissance de Yimmensum 
facinus , firent aussitôt des démarches pour délivrer la 
jeune femme. Les députés de Laigueglia durent se rendre 
à Gênes à cet effet et furent retenus prisonniers jusqu’à ce 
qu’ils eussent cédé à la République leur château et leur 
territoire, en prêtant serment de fidélité. C’est ce qui 
résulte des annales génoises. 

Nous avons également découvert dans un manuscrit de 
la bibliothèque municipale de Gênes une autre mention de 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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Lanfranc.Vers l’année 1192, Pierre, évêque de Nice, devant 
aller à Rome à cause des graves démêlés qu’il avait avec le 
monastère de Saint-Pons, a eu recours à lui pour emprunter 
l’argent, nécessaire à son voyage. L’acte original 1 est de 
la teneur suivante : 

Confitetur dominus Petrus Nicensis episcopus se récé- 
pissé mutuo a Lan franco Ricerio libras de Janua L ad 
opus eundi Romam pro honore ecclesie Niciensis et 
episcopatus, quas promittit reddere a pud festum Pesten- 
coste (sic) ad annum proximum, et inde ei pignori 
obligat condaminam que est propre ecclesiam Sancti 
Torpetis et extenditur usque ad litus maris, sub pena 
dupli, tali pacto ut habeat, teneat et quietum possideat 
usque dum foret pagatus ut supra, et usumfructum pro 
dono habeat, non computando eum in sortem; et posses- 
sionem nomine pignons ei confitetur se tradidisse; et 
hoc facit consilio domini Wilielmi Rolandi, ca nonici 
Niciensis. In ecclesia sancti Georgii , die IIII Martii. 
Testes : Willelmus de Pallo, Raimundus de Unaldis, 
dominus Hugo, prior sancti Michaelis, Wilielmus Mal- 
catiatus, Aicardus, canonicus sancti Michaelis*. 

C’est à ces dépenses de voyage que fait allusion une 
note du cartulaire de la cathédrale de Nice où il est dit : 
L etiam solidos mihi persolverunt monachi in recogni- 
tione expensarum quas feci in itinere romano. 

Comme tous les nobles génois, Lanfranc était armateur 
et nous avons trouvé dans la même collection d’actes no- 
tariés la mention d’un autre contrat portant la date du 
12 octobre 1191, par lequel il a nolisé à Guillaume de Lodi 


1. Le commandeur L. T. Belgrano, docte historien génois, a eu l’extrême amabilité de 
noua transcrire cet intéressant document des archives d’Etat 

2. Archives d’Etat. Liber Quilielmi Casstnensis a, H97 in 1206, cart. 91 2% 


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TESTAMENT 


sa propre galère pour faire la course sur les côtes d’Espa- 
gne, moyennant la moitié du produit des prises. 

On trouve également à cette époque des contrats relatifs 
à Jourdan Riquieri, son frère ; la première notice qui nous 
en est fournie est celle du contrat de société en commandite 
pour 400 livres génoises, signé avec Ogier de Pallo le 7 
septembre 1195. Nous avons aussi de lui une quittance 
par acte public d’une somme de 144 livres, que lui passe 
Panzanus de Porta le 2 septembre 1198. Cet acte est fait 
dans le palais Riquieri, actum in curia dicti Jordani. 

Enfin, nous avons trouvé le testament que Jourdan 
Riquieri a fait à Gênes le 16 octobre 1198, par lequel il 
dispose dans cette ville et dans son pays natal de toute 
sa fortune, en nommant, entre autres légataires, plusieurs 
personnes de sa famille. 

Nous apprenons par ce document d’une grande impor- 
tance, que dès cette époque reculée la famille Riquieri 
possédait le fief d’Eze ; il nous donne aussi le nom de sa 
femme, Richilde; celui de ses deux frères Lanfranc et 
Bertrand, dont nous avons déjà parlé et qui sont morts 
à cette époque ; celui de Pierre et Riquier Riquieri, pro- 
bablement ses cousins germains, fils de Jourdan I". 

Il commence par consacrer à la bienfaisance une partie 
fort considérable de son héritage ; c’est deux mille livres 
destinées à être distribuées de la manière suivante : 
à l’église de Saint-Laurent 200 livres, au monastère de 
Saint-Étienne 200 livres, à l’hôpital de ce même monastère 
100 livres, à l’église de Saint-J ean-du-Cap-d’ Arène 300 
livres , au monastère de Saint- André-de-Sestri 200 livres, 
au monastère et à l’œuvre du pont inférieur du val de 
Polcevera 100 livres, à l’église de Sainte-Marie-de-Alenor 
100 livres , pour les infirmes du cap du Phare 200 livres, 
à l’hôpital de Saint-Laurent 100 livres, pour le rachat des 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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captifs 200 livres, comme dot à la fille de Henri Porci 
100 livres ; le reste de ladite somme de deux mille livres 
devra être employé à doter de jeunes orphelines et sera 
à cet effet mis à la disposition des frères Guillaume et 
Ogier de Pallo. 

Ensuite il lègue à Richilde, sa femme, 100 livres à 
prendre sur ses biens de Gênes et il lui laisse de plus toutes 
ses parures, guamimenta. Il lègue à Jeanne, fille de son 
frère Bertrand, déjà décédé, ses biens de Nice jusqu’à la 
concurrence de la somme qu’il lui a promise à l’occasion 
de ses noces, dans le cas où lui-même n’aurait pas d’héri- 
tiers mâles ; si cet engagement est valable on lui payera 
le legs, sinon il ne lègue rien à sa nièce, ne voulant pas 
qu’elle ait la moindre partie de ses biens de Nice. 

Il lègue à Pierre Riquieri ce qu’il possède à Eze et 
à Richerio ses propriétés à Nice, pour une somme de mille 
livres. 

Comme nous venons de le dire, il doit s’agir ici de ses 
cousins, car, s’ils étaient ses neveux, il leur aurait donné 
ce titre, comme il le fait pour Jeanne, sa nièce. Pierre, son 
légataire, doit être celui qui en 1176 et 1189 signa l’acte 
de concorde entre Nice et Idelphonse d’Aragon. 

Il lègue encore à Pierre et à Riquieri le reste de ses 
propriétés à Nice, sauf les droits sur ces biens qui appar- 
tiennent à Hugues Scoti : mais ses héritiers devront faire 
construire à Nice un hôpital capable de contenir douze pau- 
vres, en prenant sur ses biens de Nice ce qu’il faudra pour 
leur entretien : quod pauperes 12 valeant in eo conve- 
nienter vivere. Cet hôpital sera bâti sur la terre qu’il 
possède près de la mer : ses dimensions en seront 8 cannes 
de longueur sur 5 de largeur. Il ordonne l’érection de cet 
hôpital en décharge du fidéicommis institué par son propre 
frère Lanfranc. 


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TESTAMENT 


Sur ce qui reste de sa fortune il fait encore quelques 
legs en faveur de Guillaume Cigala et de ses frères, de 
Bernisson et de Baudoin, son frère, de Guillaume, Ogier et 
Idon de Pallo, qu’il nomme ses exécuteurs testamentaires. 

Ont signé comme témoins la plupart des personnes 
nommées comme légataires. L’acte est passé à Gênes, in 
curia domus Guillelmi de Pallo. 

Tel est cet important document qui nous donne une 
idée très précise de la puissance de la famille Riquieri, 
de sa fortune, de ses rapports à Gênes, il nous donne un 
fragment de généalogie et surtout il nous apporte le titre 
primordial de la fondation de l’hôpital de Nice. 

Cet acte, ainsi que la plupart de ceux que nous citons, 
se trouve aux archives d’Etat de Gênes, dans les protocoles 
du notaire Guillaume de Cassine, qui vont de l’année 1191 
à l’année 1202. 

Nous ajouterons encore à propos de Jourdan II e , que, 
malgré ce testament de 1198, il y a tout lieu de croire qu’il 
a encore vécu quelques années. 

On trouve en effet en 1201 Jourdan Riquieri parmi les 
consuls de Gênes qui, le 6 mai de cette année, envoyèrent 
une ambassade à Constantinople. Cibrario, dans son traité 
sur l’économie politique au moyen âge, a donné l’acte qui 
se rapporte à cet événement, mais en faisant une erreur 
de deux ans. 

Ensuite nous retrouvons en 1203 ce même personnage à 
Nice, où il exerce la charge de podestat, dans une charte 
dont une copie authentique se trouve aux archives de Tu- 
rin : il s’agit d’une convention passée le 3 décembre 1203 
entre l’abbé de Saint-Pons et Jourdan Riquieri podestat de 
Nice, par laquelle on autorise les moines de Saint-Pons à 
se servir deux fois par semaine des eaux du Paillon pour 
arroser les jardins de Roquebillière, mais à condition de ne 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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pas causer de préjudice au moulin appartenant audit 
Riquieri. Ont signé parmi les témoins Guillaume et Rai- 
mond Riquieri. 

Nous croyons que ces deux documents doivent se 
rapporter à Jourdan Riquieri, auteur du testament de 1198; 
il serait du reste impossible de l’identifier avec celui dont 
parle Gioffredo de 1229 à 1241. 

Ce troisième Jourdan, fils de Raimond, d’après un 
document que nous examinerons, a eu, lui aussi, une 
notable importance dans notre pays et quelques documents 
généralement peu connus ou inédits vont nous indiquer 
les différentes phases de sa vie publique et privée. 

Les événements politiques qui agitèrent Nice et le reste 
de la Provence au commencement du XIII* siècle furent la 
réplique du siècle précédent et il en fut de même de la 
famille Riquieri, qui de nouveau suivit une même ligne de 
conduite, se détachant des comtes de Provence et tâchant 
d’entraîner vers Gênes leurs concitoyens de Nice. 

En 1189, la révolte de Boniface de Castellane, qui 
prétendait ne devoir relever que de Dieu et de l’Empereur, 
avait ébranlé la fidélité de notre ville, portée pour les chefs 
de la révolte parce qu’une partie des grands seigneurs de 
nos Alpes étaient liés de parenté avec lui. Idelphonse 
d’Aragon réussit à tenir tête aux Castellane et à leurs 
adhérents et obligea les Niçois à signer avec lui un nouvel 
acte de paix et de concorde ; aussi ici nous trouvons Pierre 
Riquieri signant le premier, comme consul de la ville. 

En 1210, Sanche, comte et marquis de Provence, con- 
firma de nouveau les privilèges de notre ville et nous 
voyons intervenir encore Guillaume et Raibaud Riquieri. 

Les années suivantes, plusieurs petites représailles 
maritimes sont signalées par Gioffredo entre Nice et les 
galères des Génois; mais ces derniers, en 1215, déjà maîtres 


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TESTAMENT 


de Vintimille, commencèrent à bâtir Monaco et s’appro- 
chèrent ainsi de Nice. 

C’est alors que, selon la vieille chronique d’Oggerio 
Pane, notre ville fit une espèce d’alliance avec Gênes, en 
se donnant à elle, ad hostem et cavalcatam faciendam et 
collectant maris dandam et januensem compagnam iu- 
randam ; elle se serait même engagée, par promesse faite 
à Obert Spinola, à détruire le château des comtes de 
Provence. 

Raimond Bérenger n’hésita pas à marcher sur Nice pour 
la réduire à l’ancienne obéissance. Deux partis s’y trou- 
vaient en présence : le parti provençal, que le chroniqueur 
génois appelle celui des traîtres, avait à sa tête Rostaing 
Guigonis; le parti génois était dirigé par Badat, Barattieri 
et Lanfranc Riquieri. C’est bien à tort que le baron Louis 
Durante, historien niçois aussi fantaisiste qu’ignorant dès 
qu’il s’agit d’une époque un peu reculée, suppose que le 
parti des comtes de Provence avait à sa tête Bertrand 
Sardina et Pierre Caïs, qui se seraient emparés d’une partie 
de la ville de Nice et l’auraient livrée à Romée de Ville- 
neuve : la première famille n’est venue que plus tard de 
la Rivière de Gênes dans notre cité ; de la seconde famille 
aucun personnage n’est nommé de 1157 à 1250 dans au- 
cun acte des archives publiques et privées qu’a pu voir 
Gioffredo. 

Nous savons d’une manière sûre qu’à l’approche du 
danger les partisans de la République s’adressèrent à 
celle-ci pour avoir du secours ; mais Gênes n’envoya que 
quelques galères sous les ordres de l’amiral Othobon 
Mallone : secours tellement insuffisant que Nice n’eut 
plus qu’à se rendre à la merci du comte de Provence. 

Le 9 du mois de novembre 1229, elle recevait une nou- 
velle confirmation de ses vieux privilèges, et, encore cette 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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fois, le premier nom qui se trouve parmi les signataires 
de cet acte, est celui d’un Riquieri, Guillaume; nous 
trouvons ensuite celui de Jourdan ; c’est à eux, dont la 
conduite équivoque aura peut-être été observée par le comte 
de Provence, que se rapporte une phrase de cette concession 
de privilèges, illis quos a micos reputamus; c’était un 
avertissement qui leur était donné de marcher dorénavant 
dans la droite voie. Quant à Lanfranc Riquieri, plus com- 
promis, il n’avait pas osé se présenter au vainqueur et s’était 
sans doute sauvé à Gênes sur les galères de la République. 

En lisant cette charte de franchise octroyée par le comte 
de Provence à notre ville, on serait porté à croire, d’après 
les expressions qu’elle contient et les noms des personnages 
qui s’y trouvent, que tout esprit de rébellion était désormais 
vaincu et que les Niçois, une fois désarmés par la clémence 
plutôt que par la sévérité du suzerain, seraient redevenus de 
fidèles sujets. Les historiens les plus connus, Gioffredo 
même, n’ont signalé aucune tentative de réaction de la 
part de la faction génoise; pourtant deux documents 
prouvent qu’en cette même année les Riquieri, à la tête 
d’un grand nombre de leurs partisans, tentèrent un coup 
d’audace en donnant la ville à la République de Gênes. 

Cet acte de cession, ignoré par notre grand historien, 
fait partie du Liber iurium de la République de Gênes et 
porte la date du 11 décembre 1229. On le voit, c’est un 
mois à peine après la charte des privilèges ! 

Cette reddition est faite au podestat de Gênes Jacques 
Baudoin, qui avait effectivement cette charge en cette 

année. Il accepte au nom de la commune de Gênes 

dominium et segnoriam et potestatem totius civitatis 
Nicie, ita ut comune Janue ipsam civitatem Nicie de 
cetero habeat... tanquam suam propriam in perpetuo et in 
ipsa posait facere voluntatem sine contradictione nostra 


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TESTAMENT 


et omnium pro nobis, et in fide et in protectione et 
custodia Dei et comunis Janue, nos et omnia bona nostra 
et totam civitatemNicie ponimus : et hec omnia supradicta 
singula et universa, predicti consules et universi predicti 
consiliatores a ttendere... iuraverunt etc. Les consuls de 
Nice sont : Foulque Badat et Raimond Aldebrandi ; parmi 
les conseillers signataires de la reddition, nous signalerons 
de la famille Riquieri, Lanfranc, Jourdan, fils de Raimond, 
Jacques et Bertrand. L’acte se passe dans la maison de 
Raimbald Barattieri et par-devant le notaire Nicolas 
Pierre Bacechi. 

Il serait très important de savoir si cet acte s’est passé 
sur le territoire génois ou à Nice. L’avocat Pierre Datta, 
qui, dans son excellent ouvrage Dette libertk del comune 
di Nizza, avait déjà signalé ce document, croit qu’il 
a été fait hors du territoire de notre ville à cause du nom 
du notaire et peut-être à cause de la maison où l’acte a été 
rédigé . Mais nous observons que la famille Barattieri , 
quoique génoise, habitait aussi Nice à cette époque; la 
femme de Jourdan Riquieri était de cette famille. Un docu- 
ment des archives de Gênes le qualifie de filius domini 
Willielmi, civis Nicie ; sa fille doit épouser un des fils de 
Simon Vento ; un autre fils de Simon Yento doit épouser 
Douce, fille de Milon Badat; Emmanuel, comte de Vin- 
timille, est témoin. 

Ce même Barattieri est celui que la chronique génoise 
indique comme un des trois chefs du parti génois à Nice ; 
quant au notaire qui a rédigé cet acte , nous avons eu la 
bonne chance de trouver à Nice même un document de 1280, 
passé par-devant le notaire Pierre Bazechi. Tout porte 
donc à croire que ce nouvel acte de rébellion, cette reddi- 
tion si catégorique a été faite dans notre ville même, 
aussitôt après que Raimond Bérenger eut repassé le Var. 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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Celui-ci dut aussitôt retourner sur ses pas avec son 
armée pour en tirer vengeance et nous avons trouvé 
en effet une liste originale des rebelles qui sont bannis, 
forestati, par le comte de Provence : ce sont Jourdan 
Riquieri, les fils de Lanfranc Riquieri, Guillaume Riquieri 
d’Eze et ses frères, Bertrand d’Eze et ses frères, Aldebert et 
Pierre Bermond, Raibaud Barattieri, Augier Badat et son 
fils, ainsi que Douce sa sœur, Guillaume Badat et son fils, 
Foulque et Paul Raybaud, Pons et Paul Solaro, Raimond 
et Pierre Primairand, Rostaing Badat, Guillaume de 
Bermond et son fils, Raimond Raibaud, Obert du Puget. 

En ayant aussi trouvé ailleurs dans une note authen- 
tique la mention de la confiscation des biens prononcée 
contre Bertrand Riquieri, seigneur de Contes par Pierre 
Bota, juge du comte de Provence, nous supposons que c’est 
ce même juge qui prononça contre tous ces conjurés la 
sentence de bannissement. 

Cette note que nous citons est de la plus haute impor- 
tance pour cette période de l’histoire de Nice, car elle est 
la confirmation du document de reddition contenu dans 
le Liber iurium de Gênes, puisqu’on voit presque les 
mêmes noms parmi les conjurés et parmi les exilés; elle a 
aussi de l’importance sous un point de vue tout particulier, 
car nous y trouvons expliqué comment Jourdan Riquieri, 
qui avait signé la paix avec le comte de Provence en 
1229, a eu l’année suivante ses biens confisqués et transmis 
à Romée de Villeneuve : quiquid Jordanus Richerius 
quondam habuit vel possedit vel quasi in civitate Nicie... 
tibi donamus. 

Voilà encore cette fois-ci la famille Riquieri exilée en 
masse de la ville de Nice et en première ligne Jourdan 
Riquieri, que le document du Liber iurium qualifie de 
fils de Raimond. 


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TESTAMENT 


Il a dû être reçu à bras ouverts par les Génois, puisque, 
en 1231, nous le trouvons parmi les huit conseillers nobles 
de la République, charge qu’il avait déjà occupée en 1223. 

Gioffredo nous parle encore de lui et, dans le Nice a Civi- 
tas, il a conservé l’acte de donation daté de Gênes, impro- 
prement appelé testament de Jourdan Riquieri, par lequel 
celui-ci donne aux frères prêcheurs d’Avignon 4 setérées de 
terre à côté de la rue Séléya, emplacement où ces religieux 
bâtirent l’église de Saint-Dominique. Est témoin Jacques 
de Modetia, prieur des frères prêcheurs de Gênes, qu’un 
document des archives de Gênes qualifie de filius quondam 
Johannis de Arcut, en 1229. 

Nous observerons à ce propos que Gioffredo, dans le 
NiceaCivitas, fixe pour date de cette donation l’année 1243, 
tandis que, dans l’histoire des Alpes-Maritimes, il croit 
avoir mal lu et corrige le chiffre en écrivant 1233 ; mais 
l’indiction quinzième qu’il indique nous ferait croire que 
ces deux dates sont erronées et qu’il faut l’établir en 1227 
ou mieux en 1242 : en effet, à cette première époque, Lan- 
franc, frère de Riquieri, vivait encore, taudis que, dans le 
document, il est question de lui comme étant déjà mort. 

Ajoutons encore que Gioffredo, ayant fixé cette donation 
à l’année 1233, se trouve embarrassé, parce que, à cette 
époque, les biens de Jourdan ayant été cédés à Romée de 
Villeneuve, il ne devait pas pouvoir en disposer; il se tire 
d’embarras par les paroles suivantes : non pare che la 
donazione fatta da detto conte a Romeo di Villanova, 
sortisse il suo effetto in riguardo dei béni già posseduti 
in Nizza da Giordano Ricliieri. En transportant au 
contraire, comme nous le faisons, la date à l’année 1242, 
tout peut s’expliquer aisément. En effet, Jourdan Riquieri 
en 1241 doit être rentré en possession de tous ses biens, 
grâce au traité signé alors entre le comte de Provence et 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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les Génois, puisque ceux-ci exigèrent que les droits que 
Jourdan Riquieri avait sur Eze lui fussent reconnus et 
que pour les biens de Nice deux arbitres dussent en fixer 
la valeur. L’histoire ne le dit pas, c’est vrai, mais il est très 
probable que le comte de Provence se soit laissé fléchir 
et qu’il ait rendu effectivement à Riquieri ses biens et ses 
bonnes grâces. 

Quelques détails nous sont encore connus sur la parenté 
de Jourdan III. Sa femme devait être de la famille Barat- 
tieri, car, d’après un manuscrit que nous possédons, son 
portrait existait encore, au siècle passé, dans la grande 
salle du chapitre du couvent de Saint-Dominique : au bas 
de ce portrait se voyaient les armoiries de ces deux famil- 
les dont notre chroniqueur a conservé le dessin. 

D’après une note insérée par Gioffredo dans son manus- 
crit original de l’histoire des Alpes-Maritimes, la femme 
de Jourdan Riquieri s’appelait Mateuda : il cite son 
testament fait à Nice en 1283 : nous y apprenons que sa 
fille Jourdaine est mariée à Bertrand Caïs et que celle-ci 
dans son testament du 29 décembre 1303 demande d’être 
ensevelie dans les cloîtres du couvent des frères prêcheurs 
de Nice, fondé par son père. 

L’histoire des Alpes-Maritimes nous apprend aussi 
que, le 8 octobre 1239, Aude Riquieri, femme de François 
Grimaldi, a fait son testament, dans lequel elle demande 
d’être ensevelie in cimiterio Sancti Francisci domin&rum 
monialium di Nicia. 

Jourdan Riquieri doit avoir vécu jusqu’après 1251, car 
nous avons trouvé à Gênes la mention d’un acte de cette 
année, par lequel Jacques Riquieri et Ogier de Volta 
sont nommés arbitres : l’acte se passe sub porticu Jordani 
Richerii. 

En 1257, Simon Boccanegra, capitaine du peuple génois, 

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TESTAMENT 


établit le siège du gouvernement dans le palais de Jourdan 
Riquieri. 

Vers la moitié du XIII* siècle quelques membres de la 
famille doivent être rentrés à Nice. Le comte de Provence 
aura amnistié les moins coupables ou du moins il aura 
accueilli avec plus d’indulgence leurs enfants. En 1250, 
Pierre et Guillaume sont cités parmi les citoyens de Nice 
qui , sous le prétexte d’anciens privilèges , refusent de 
se soumettre aux taxes qui dans certains cas étaient 
dues par les habitants. Depuis cette époque on les voit 
prenant part aux services publics et possédant différents 
fiefs. 

Le domaine féodal le plus ancien de la famille est 
celui d’Eze : nous l’avons vu par le testament de 1 198. 

Vers 1229 Bertrand acheta celui de Contes appartenant 
à Guillaume de Baux; mais, à la suite de son bannissement, 
ce fief devint le partage du souverain qui, quatre ans plus 
tard, le céda aux seigneurs de Châteauneuf. 

Au retour de l’exil on trouve Pierre et Guillaume, ainsi 
que Jacques, leur frère, possesseurs de Levens; aussi, en 
1251, des contestations s’étant élevées au sujet des limites 
de ce dernier fief et de celui d’Aspremont, que la famille 
Chabaudi avait acquis depuis peu, le comte d’Anjou 
chargea Tournefort de Lantosque et Bertrand Geoffroi d’en 
fixer les confins ; en 1252, le 22 octobre, ces mêmes arbitres 
établirent les limites entre Levens et la Roquette du Var, 
fief de la famille Bérenger. 

Nous avons trouvé aussi les Riquieri, seigneurs de 
Roquesparvière : en 1271, Pierre, Jean et Antelme Riquieri 
prêtent hommage au comte de Provence pour ce fief et 
pour celui de Levens. 

En 1300, Gioffredo cite la mort de Jacques Riquieri 
seigneur d’Eze et de Levens. Ils eurent part vers cette 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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époque à la seigneurie de Menton; c’est ce qui résulte de 
la convention faite en 1316, au sujet de cette juridiction, 
entre Brunorio et Jacques Riquieri, fils de Jean, cosei- 
gneurs d’Eze, et les autres coseigneurs de ce lieu, les 
comtes de Vintimille, les Vento et les Doria. 

Eu 1321, Jacques Riquieri échange avec Pierre Riquieri 
le jeune une partie de ses droits sur Villefranche contre 
ceux de Levens. 

En 1331, nous avons trouvé Brunorio et Martin Riquieri 
coseigneurs d’Eze. 

En 1384, Hugues Riquieri, rebelle au roi Charles, se vit 
dépossédé des deux parts du fief de Levens qui lui appar- 
tenaient et qui furent cédées à Jean Grimaldi de Beuil ; 
nous trouvons au contraire en 1387 un Guillaume partisan 
de Ladislas et parmi les suivants de Jean Grimaldi. 

En 1391, Honoré Riquieri, coseigneur de Tourrette, 
prête hommage au nouveau souverain, le comte de Savoie : 
il est témoin en 1423 dans l’acte de vente du quart de 
Peillon par Pierre Grimaldi à la famille Chabaudi. 

Peu d’années après, nous trouvons les Riquieri possédant 
les seigneuries de Mérindol, du château de Laguet et de la 
troisième partie du fief de Drap ; nous n’avons pas pu trou- 
ver l’origine de cette juridiction, mais, en 1414, Bertrand 
Riquieri, ainsi que Raimond et Antoine Blacas, coseigneurs 
d’Eze, la vendirent à la cour ducale. Ce Bertrand Riquieri 
avait épousé Andréine Chabaudi, fille d’Antoine, d’après le 
testament de ce dernier qui porte la date du 2 juillet 1430. 
Son fils Pierre fut capitaine de la viguerie du comté de 
Vintimille et val de Lantosque en 1483. Un autre Bertrand, 
probablement son petit-fils, a fait son testament le 8 juin 
1504; nous apprenons par cet acte les noms de ses trois 
fils : Ludovic, Barthélemy et François, fameux juriscon- 
sulte et professeur de droit à Avignon. Ces trois frères 


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TESTAMENT 


étant morts sans enfants, leurs biens passèrent à Philippine, 
leur sœur, mariée à Honorât Grimaldi ; de ce mariage 
naquit une fille unique, mariée au comte Michel-Ange 
Lascaris. De nouveau, ce mariage étant resté sans posté- 
rité, toute la fortune des Riquieri, par suite du fidéi commis 
institué par Bertrand Riquieri en 1504, passa à Louis 
Galléan, leur cousin, qui prit le nom et les armes des 
Riquieri. 

C’est de cette façon que s’est éteinte à Nice cette 
puissante famille des Riquieri. 

Nous l’avons vue d’abord hostile aux comtes de Pro- 
vence et favorable à la République de Gênes ; mais, à l’avè- 
nement de la branche d’Anjou ils en suivirent fidèlement 
les destinées. Nous les trouvons surtout à la tête de l’admi- 
nistration consulaire de Nice, qu’ils dirigent avec une 
grande autorité. C’est ainsi qu’en 1274 Pierre Riquieri in- 
tervient dans la publication des statuts de la ville; en 1287 
Riquier Riquieri est un des syndics chargés par la ville 
d’acheter de la famille Gras le droit de centregaria ; en 
1301, dans le traité fait par Charles d’Anjou et les Génois 
au sujet des Guelfes de Monaco, Jean Riquieri, qualifié de 
vassal du roi et de citoyen de Gênes, obtient de cette ville 
d’être rayé de l’exil auquel on l’avait condamné ; Brunorio, 
en 1316, reçoit la charge de gentilhomme du roi Robert, 
d’après les lettres mêmes du roi que nous a conservées 
Gioffredo ; en 1352, Jacques, surnommé le Nain, est envoyé 
par la ville de Nice à la reine Jeanne pour protester contre 
certains abus que commettaient ses officiers et pour lui 
demander de renoncer à l’idée qu’elle avait de la cession 
de Nice. En 1356, Guillaume est un des consuls de notre 
ville. 

On voit, par le rapide coup d’œil, que, dans ces quelques 
pages, nous avons donné à la famille Riquieri l’importance 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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qu’elle a eue dans notre pays par ses fiefs, par ses charges 
et par l’influence que pendant plusieurs siècles elle a 
gardée sur ses concitoyens. 


DOCUMENT 


Liber Wilielmi Cassinensis notarii , a . H9i in i206 , fol. 116 

Ego Jordanus Richerius, contemplatione ultime voluntatis rebus 
meis disponere cupiens, pro redemptione anime mee libras denarorium 
Janue duo millia iudico, quorum decimam operi ecclesie S. Laurentii ; 
et libras ducentum monasterio S. Stephani, que tribuantur in emere 
terram eidem monasterio, pro qua terra monaci ipsius monasterii 
teneantur in perpetuum annuatim facere unum anniversarium pro 
anime mee et patris ac matris mee remedio; et ecclesie S.... libras 
denariorum Janue quinquaginta que tribuantur pro emere terram 
eidem ecclesie ; et ospitali monasterii S. Stephani libras denarorium 
Janue ceutum, que tribuantur pro emere terram eidem hospitali ; et 
e[cclesie] S. Joannis de Janua de Capite Arene libras denariorum 
Janue CCC, que tribuantur pro emere terram [eidem] hospitali ; et 
monasterio S. Andree de Sexto libras denariorum Janue CC, que 
tribuantur pro emere [terram eidem] monasterio; et operi pontis 
sotani de Val de Pulcifera libras denariorum Janue C ; et congregationi 
ecclesie S. Marie de Alenor libras denarorium Janue centum, que 
tribuantur pro emere terram eidem congregationi; et infirmis de 
Capite Fari libras denariorum Janue CCC, que tribuantur in emere 
terram eis infirmis; et ospitali S. Laurentii libras C, que tribuantur 
in emere terram eidem hospitali ; et in redemptione captivorum libras 
denariorum Janue CC ; et in maritatione filie quondam Enrici Porci 
libras denariorum Janue centum; residuum tribuaturad maritationem 
orfanorum et in disposicione et ordinamento Willielmi de Pallo et 


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TESTAMENT 


Ogerii eius fratris. Et omnes predictas libras duo millia, atque 
omnes rationes uxoris mee Richelde persolvantur de meo mobile, 
et residuum de meo mobile tribuatur pro anime meo remedio in 
dispositione et voluntate predicti Willielmi de Pallo et fratris ejus 
Ogerii , de quo tribuatur decimum operi ecclesie S. Laurentii . 
Et lego Joanne, nepti mee, filie quondam fratris mei Bertramis, 
tantum de meo posse quod habeo in Nicia , quod ipsa sit solupta 
de eis libris quibus feci ei instrumentum, si ego decederem absque 
filio herede ; sub hac condictione illud sibi lego, si valet illud quod 
feci ; si autem non valet , nihil ei lego, nec volo quod de meo 
aliquid habeat in iam dicto posse de Nicia. Item et Richierio, vel eius 
heredi, lego tantum de meo posse de Nicia, ubi voluerit, quod valeat 
per iustum adpretiatum libras denarorium Janue mille. Residuum de 
eo posse meo de Nicia lego Petro Richerio atque Richerio vel eorum 
heredibus equaliter inter eos, salvis rationibus heredis Hugonis Scoti 
in eo posse. Et tali modo et ea conditione hoc, predicto Petro Richerio 
atque Richerio lego quod per fideicommissum teneantur facere et 
faciant ospitale in iam dicto posse de Nicia, prope mare, super terram 
meam, in longitudine longum canellas vin et largum canellas v, et 
quod ipsum ospitale habeat tantum de meo posse de Nicia quod 
pauperes XII valeant in eo convenienter vivere. Ideo hoc hospitale 
constituendi et faciendi dispono, quia frater meus Lanfrancus mei 
fidei comixit quod iam dictum hospitale lego hospitali S. Johannis de 
Capite Arene, quod est prope civitatem Janue. Item et de meo posse, 
quod habeo in Janua, lego Aide nepotis mee, filie quondam sororis 
mee, tantum ubi voluerit Willielmus de Pallo et frater ejus Ogerius, 
quod bene valeat per iustum adpretiatum librarum denariorum Janue 
CCCC. Item de iam dicto posse quod habeo in Janua lego Willielmo, 
filio Enrici Cicale, tantum ubi similiter voluerit Willielmus de Pallo 
et Ogerius frater ejus, quod valeat per instum adpretiatum libras CC. 
Item de eodem posse lego aliis filiis Enrici Cicale tantum ubi voluerint 
Willielmus et Ogerius predicti, quod valeat per iustum adpretiatum 
libr&s C. Item et de eodem posse lego Berniciono et Baldoino fratribus 
equaliter, tantum ubi voluerint Willelmus de Pallo et eius frater, 
quod valeat libras CC per iustum adpretiatum. Et uxori mee Richelde, 
lego supra suas rationes omnia sua guarnimenta et tantum de iam dicto 
posse quod habeo in Janua, ubi voluerint Willielmus de Pallo et ejus 
frater, quod valeat per iustum adpretiatum libras C. Et Idoni de Pallo 


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DE JOURDAN RIQUIERI 


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iudico tantum de iam dicto posse, ubi voluerint dare Willielmus et 
ejus frater, quod valeat per iustum adpretiatum libras C. Janue. Item 
Baalardo de Pallo iudico similiter tantum ubi voluerint Willielmus de 
Pallo et ejus frater, quod valeat per iustum adpretiatum libras C. 
Totum aliud posse meum de Janualego equaliter Willielmo de Pallo 
et ejus fratri Ogerio, vel eorum heredibus, et volo quod ipsi Williel- 
mus et Ogerius habeant licentiam persolvendi in denariis predictos 
legatarios, quibus lego de posse meo de Janua, si voluerint dare et 
retinere posse, et in eorum voluntate sit dandi denarios pro retinere 
posse a quo voluerint. Hec est mea ultima voluntas, que si non valet 
vi testamenti, saltem vim codicillorum obtineat. 

Actum Janue, in curia, in domo predicti Willielmi de Pallo. 

Testes Ido de Pallo, Bernardus Brunus, Raimundus Unaudus, 
Oto de Caneto, Raimondus de Pallo, Bartholomeus filius Baldi 
Bancherii, Enricus Cicala, Baalardus de Pallo. MCLXXXXVIII 
indictione prima. XYI die intrantis Octubris. 

G u Caïs de Pierlas. 


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Le Schlnus molle (Lin) ou faux poivrier. — La chenille, 
Sericaria dlspar (Bombyx dispar) et le parasite de 
cette chenille, Blepharlpa scutellata (Rondani). 


Le 20 juin 1886, comme les années précédentes, du 
reste, les faux poivriers de mon jardin de Nice étaient 
dévorés par les chenilles velues d’un bombyx, le Sericaria 
dispar, qui couvraient les troncs, déchiquetaient les feuil- 
les, se laissaient choir sur les passants pendues à un long 
fil soyeux, et vagabondaient jusque sur les murailles de la 
maison, envahissant même l’escalier. 

Cette abondance vraiment extraordinaire de chenilles 
de cette espèce provenait évidemment de ce que depuis 
quelque temps on avait laissé croître des lierres contre le 
tronc des arbres, ce qui avait empêché de voir et de 
détruire les amas d’œufs déposés par les femelles à la fin 
de l’automne. 

Le faux poivrier appelé ainsi, sans doute, à cause de la 
forme de son fruit et de l’odeur de sa feuille, est l’un des 
plus jolis arbres d’agrément de nos jardins et de nos pro- 
menades. 

Il n’est pas possible, en effet, de rêver un feuillage 
pendant, plus délicat, plus gracieux surtout, lorsque, à l’ar- 
rière-saison, sur le vert de Chine de ses feuilles largement 
et irrégulièrement dentelées, vient se détacher le rouge 
carmin des longues et élégantes grappes de son fruit que 
met en mouvement la plus légère brise. 

Cet arbre d’ornement, très répandu autour de Nice 


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LE SCHINUS MOLLE 


depuis quelques années, atteint souvent la taille de nos 
saules pleureurs ; il ne perd pour ainsi dire pas ses feuilles, 
les nouvelles chassant chaque année les anciennes. 

Aux avantages extérieurs que je viens d’exposer, le 
faux poivrier joint celui de répandre une odeur balsamique 
assez prononcée, qui tient le milieu entre celle du poivre et 
celle de la térébenthine, laquelle ne peut qu’être hygié- 
nique au même titre que celle de la feuille de l’Eucalyptus 
tout en n’étant pas désagréable. C’est surtout en écrasant 
les feuilles sous les doigts, en égrenant les fruits naissants 
ou mûrs, c’est-à-dire verts ou rouges, que cette odeur res- 
sort avec le plus d’intensité. 

En cassant les jeunes tiges on peut recueillir un liquide 
d’un blanc laiteux légèrement verdâtre, visqueux au der- 
nier point, qui s’épaissit bientôt et se transforme en une 
résine vert-clair qui exsude aussi des grandes branches 
accidentellement blessées; cette résine odorante est em- 
ployée au Pérou, lieu d’origine de l’arbre, pour des usages 
médicinaux ; on y utilise aussi le fruit pour confectionner 
un vinaigre assez recherché. C’est une ressource qu’il n’est 
pas inutile de signaler aux propriétaires de nos régions, où 
la plantation du faux poivrier tend à se généraliser. 

La culture du Schinus molle à l’air libre est faite dans 
les pays à orangers ; ses graines aboutissent et les boutures 
réussissent aussi bien que les marcottes. 

Lorsqu’il a atteint une certaine hauteur, une certaine 
grosseur, il est utile de l’élaguer et même de l’étêter; 
la forme en boule lui convient tout particulièrement. Voici 
sa description botanique : 

« Schinus molle (Lin), de la famille des Anacardiacées ; 
« arbre atteignant en plein air tempéré la hauteur de 4 à 
« 5 mètres. Caractérisé par la saveur aromatique et poivrée 
« de ses feuilles persistantes composées de dix à quinze 


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LE SCHINUS MOLLE 


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« paires de folioles avec impaire, allongées, pointues, den- 
« telées, d’un beau vert; cet arbre donne, en juillet et 
« août, des fleurs blanches très petites, en panicules lâches 
« et terminales. 

« Drupe ou fruit globuleux, vert d’abord, rouge ensuite. 

« Cet arbre donne par incision un suc analogue au 
« mastic que fournit le pistachier. 

« Il aurait été importé en Europe méridionale vers 
« l’année 1597. » 


SERICARIA D1SPAR 

Nous avons dit que vers le mois de juin les faux poi- 
vriers, plus particulièrement que les autres arbres de nos 
jardins de Nice, sont envahis par la chenille d’un bombyx 
de taille moyenne, appelé Sericaria dispar, sans doute 
par le motif que les deux sexes du papillon diffèrent très 
sensiblement l’un de l’autre. 

J’ai rencontré ses œufs sur les rosiers banksia, ce qui 
indiquerait que la chenille se nourrit également des feuilles 
de cet arbuste ; on l’a signalée aussi sur le chêne, le peu- 
plier et d’autres arbres encore ; elle est donc essentiellement 
polyphage. 

En regardant de bas en haut les grosses branches des 
faux poivriers, en écartant les lierres qui peuvent en recou- 
vrir le tronc, on aperçoit des amas cotonneux atteignant 
parfois la dimension de 0 m ,03 à 0 m ,04 en longueur, sur 
0“,02 de largeur. Là, sous une bourre moelleuse d’un jaune 
d’ocre à l’intérieur, d’un jaune sale à l’extérieur, la femelle 
du dispar a disposé sa ponte, composée d’un grand 
nombre d’œufs ; j’en ai compté quatre-vingt-dix-huit sous 
vitrine, le papillon étant piqué, mais il y en avait deux 
cents dans un nid confectionné en liberté. 


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LE SCHINUS MOLLE 


Ces œufs, gros comme une tête d’épingle, sont soigneu- 
sement rangés les uns à côté des autres, dans la concavité 
d’une écorce bien abritée du vent et de la pluie, retenus en 
place par une liqueur visqueuse ; ils sont ensuite recouverts 
d’une couche épaisse d’une bourre jaunâtre très fine et 
défendus par un réseau très lâche. 

Lorsque le nid est vide de ses habitants, on aperçoit les 
petits trous ronds par lesquels sont sorties les jeunes 
chenilles. 

Ces œufs sont presque ronds, légèrement aplatis au 
centre, leur couleur est d’un rouge saumoné luisant. 

La chenille éclose laisse, dans le duvet, une enveloppe 
d’un jaune brillant. 

J’ajouterai que ces œufs sont très résistants, et que 
lorsqu’on les écrase, non sans peine , ils laissent échapper 
un liquide rougeâtre accompagné d’un certain bruit. 

CHENILLE 

La jeune chenille, noire en naissant, comme celle du 
ver à soie, prend ensuite une couleur plus ou moins jaune- 
rosé pendant ses premières mues ; le jour, elle reste en 
société de deux ou de trois, et même davantage, au repos, 
dans un trou de l’arbre ou sous une écorce ; la nuit étant 
venue, elle se répand dans le feuillage attaquant les folioles 
par la tranche, au point de dénuder promptement les 
rameaux. 

Prenons cette chenille au moment où , après plusieurs 
mues qui ont accusé de plus en plus les merveilles de sa 
robe, elle a atteint tout son développement et va se trans- 
former. 

A cette phase critique de son existence, elle a 0 m ,06 
à 0“,07 de longueur sur O", 01 de largeur; celles qui doi- 
vent produire des mâles sont sensiblement plus petites. 


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LE SCHINUS MOLLE 


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La tête est large, disgracieuse, aplatie sur le front, 
réunie au premier anneau thoracique par un cou très court 
qui n’apparaît véritablement qu’au moment des mues ; elle 
est jaune avec plaques finement pointillées de noir ; sur le 
devant existent deux taches noires, allongées, se dirigeant 
en biais du sommet vers les extrémités de la bouche ; les 
yeux sont larges, d’un brun jaimàtre, placés très bas, 
presque sur le devant ; la bouche est noire, avec des lèvres 
épaisses et jaunes ; les antennes courtes , blanchâtres à 
leur base, jaunâtres à leur extrémité, ont deux longs poils 
blonds. 

Le corps, en dessus, est d’un gris jaunâtre marbré de 
noir ; les anneaux, non compris la tête et le dernier seg- 
ment anal, sont au nombre de onze, à peu près égaux en 
largeur et en hauteur. 

Le premier anneau présente, sur le dessus, de chaque 
côté d’une espèce de ligne médiane jaunâtre, un tubercule 
bleu chagriné, garni de poils, accompagné de deux autres 
tubercules placés sur le même plan, également poilus, mais 
d’un rouge caroubier; sur le devant de cet anneau, par côté, 
encastrant la tête, existent deux espèces d’oreilles assez 
disgracieuses, garnies de grands poils et portées en avant. 

Les deuxième et troisième anneaux sont semblables au 
premier, sauf les oreilles, qui n’existent pas. 

Les quatrième et cinquième anneaux, qui terminent la 
série des tubercules bleus, sont semblables aux deuxième 
et troisième, avec, en plus, deux petits tubercules rougeâ- 
tres sans poils évidents, situés de chaque côté de la ligne 
médiane, au-dessus des gros tubercules bleus. 

La série des tubercules rouge-caroubier commence au 
sixième anneau. Cet anneau , ainsi que le septième , ont 
tous les tubercules rougeâtres ; de plus , au-dessus des 
gros, il en existe quatre petits sans poils, de même couleur, 


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LE SCHINUS MOLLE 


placés deux à deux, l’un dessus l’autre, de chaque côté de 
la ligne médiane, de manière à former presque un carré. 

Sur le huitième anneau, ces petits tubercules sont 
réduits à deux, comme pour les quatrième et cinquième. 

Les neuvième et dixième ont trois petits tubercules de 
la couleur des gros, placés, deux comme pour le huitième, 
et le troisième sur la ligne médiane. 

Enfin, le onzième anneau est en tout conforme au hui- 
tième. 

Le segment anal, très poilu, s’étend en éventail et pré- 
sente six taches allongées, rougeâtres, bordées de noir, 
disposées dans le sens de la longueur de la chenille. 

En définitive, la chenille du Bombyx dispar est essen- 
tiellement poilue ; les poils du dessus du corps sont, chez 
l’adulte, noirâtres et courts ; ceux des deux oreilles et du 
segment anal sont longs et noirs ; ceux des côtés sont plus 
blonds. 

Le dessous du corps est à peu près nu, d’un jaune 
rougeâtre velouté, avec le milieu noirâtre ; on y remarque 
trois paires de pattes vraies, rougeâtres et aiguës, adaptées 
aux trois premiers anneaux ; puis deux anneaux sans pat- 
tes, suivis de quatre anneaux ayant chacun deux fausses 
pattes de même couleur que les vraies, mais un peu nuan- 
cées de noir, formées d’une tige relativement grêle terminée 
par une semelle allongée à cils courts, serrés, en brosse, se 
posant carrément à plat de droite à gauche ; enfin une 
dernière paire de fausses pattes, très préhensibles et se 
posant de haut en bas, existe sous le dernier segment anal. 

Dans le jour, avons-nous dit, la chenille du Soricaria 
dispar paraît sommeiller, réfugiée en famille, sous une 
nodosité ou dans une cavité de l’arbre ; mais dès qu’on la 
touche, son agilité devient fiévreuse et l’amène à faire des 
bonds saccadés. 


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LE SCHINUS MOLLE 


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CHRYSALIDE 

Lorsque vient le moment de la dernière transformation, 
la chenille cesse de manger et maigrit ; elle cherche un 
endroit favorable, à l’abri du vent, de la chaleur, de la pluie, 
se joint à plusieurs de ses semblables, se presse contre elles, 
sous un léger réseau commun de couleur brunâtre, et 
après avoir ramené sous son corps sa tête et ses pattes, 
elle fait le gros dos et reste immobile pendant deux ou trois 
jours. Ce laps de temps écoulé, à la nuit, la peau du dos, 
desséchée, se fend dans sa longueur et la chrysalide appa- 
raît retenue par l’extrémité de son dernier anneau à sa 
dépouille. 

Cette nouvelle venue, précurseur du papillon, est lourde 
de forme, d’un bon tiers plus courte que la chenille. De 
couleur assez claire d’abord, elle brunit rapidement au 
contact de l’air et devient promptement d’un marron foncé 
mat avec méplats plus sombres et brillants ; sur le devant 
de la tête, sur les anneaux et surtout vers le segment anal , 
on remarque des bouquets de poils courts, inclinés et roux. 

Il n’est pas rare de trouver sous deux grosses branches 
qui se croisent, une agglomération de quinze à vingt 
chrysalides sous un même réseau. 

Nous verrons, lorsque nous parlerons du parasite du 
Sericaria dispar, combien la nature est prévoyante et à 
quel chiffre minime mais cependant déjà trop élevé, est 
réduit le nombre si grand au début des chrysalides. 

PAPILLON 

Il a fallu près de douze jours pour que sur vingt chenilles 
ayant fait l’objet de mes études j’aie obtenu un papillon. 

Ce papillon était une femelle, je l’ai reconnu à la 


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LE SCHINUS MOLLE 


finesse de ses antennes, à sa taille proportionnellement 
grande, et à l’ampleur démesurée de son abdomen. 

Voici sa description facile à établir, l’insecte ne parais- 
sant pas disposé à s’envoler et son activité ne se manifestant, 
lorsqu’il est dérangé, que par de petits déplacements et par 
quelques battements d’ailes. 

Cette femelle est donc généralement au repos, les ailes 
en toit assez ouvert et n’ayant de mouvement que dans 
l’extrémité de son abdomen qui se distend et se porte soit 
à droite, soit à gauche par suite, sans doute, d’un instinct 
de propagation de l’espèce, dont nous aurons à parler plus 
tard. 

Ce papillon est à peu près de la taille de celui du ver 
à soie. Il en a la forme et même presque la couleur ; la tête 
est noire avec des antennes de même couleur, très fines 
très doublement ciliées en dessous, sur le devant; sur le 
front, existe une houppe de duvet d’un blanc jaunâtre; le 
thorax large est garni du même duvet. 

Les ailes supérieures sont de couleur nankin pâle, 
tachées de cinq lignes sinueuses noires, en travers; le 
rebord postérieur de ces ailes est marqué de huit taches 
ou points allongés, de même couleur. 

Les ailes inférieures sont d’une seule couleur jaunâtre 
avec légère nuance brunâtre, et en bordure, les mêmes 
points noirs des ailes supérieures; une courte frange règne 
vers la partie postérieure des ailes. 

Le corps en dessus comme en dessous est d’un jaune 
soyeux avec l’extrémité d’une teinte gris-souris. 

L’abdomen est terminé par une espèce de bouton con- 
tractile, avec bouquets de poils à son extrémité. 

Les pattes sont noires comme la tête et les antennes ; 
celles intermédiaires ont, au-dessous du genou, de fortes 
manchettes en duvet blanchâtre. 


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LE SCHINUS MOLLE 37 

Depuis l’apparition de cette femelle, mes chrysalides ne 
me donnaient que des parasites; je désespérais déjà de 
pouvoir, faute de l’autre sexe, pousser jusqu’au bout mes 
observations, lorsque en examinant ma vitrine d’élevage 
dans une pièce de mon appartement située au Nord, m,es 
poivriers étant au Midi, j’ai vu sur les 11 heures du matin, 
entrer par ma fenêtre ouverte, un joli papillon au vol rapide 
et saccadé. Bien qu’il n’eùt aucune ressemblance extérieure 
avec ma femelle du dispar, je pensai que ce pourrait bien 
être son mâle et comme je le voyais voltiger fiévreusement 
autour de la vitrine fermée, j’enlevai la glace. Sans être 
intimidé par ma présence, ce charmant papillon vint 
immédiatement se placer contre la femelle sur le même 
plan, s’abritant pour ainsi dire sous ses ailes, et l’accou- 
plement se fit si intimement, que je pus déplacer le couple 
et l’examiner à mon aise pendant plusieurs heures sans 
que son transport d’une pièce dans l’autre semblât l’im- 
pressionner. 

L’arrivée dans mon appartement d’un mâle du dispar, 
à la recherche d’une femelle que j’avais sous vitre était un 
fait déjà passablement remarquable ; mais ce qui l’est plus 
encore, c’est que ce premier mâle a été suivi de deux ^ 
autres qui m’ont semblé assez peinés de trouver la place 
prise, et que j’ai cru devoir capturer afin que mon couple, 
en parfait état de conservation, ne fût ni dérangé, ni 
défloré. 

Voici la description du mâle du Sericaria dispar. 

Il est d’un bon tiers plus petit que la femelle; au 
repos, ses ailes sont en toit évasé mais un peu plus ou- 
vertes et plus courtes que celles de la femelle; la teinte 
générale est un jaune brun assez foncé avec reproduction 
sur les ailes supérieures en sombre plus accentué, des 
dessins en zig-zag qui ressortent sur les ailes de la femelle ; 

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LE SCH1NUS MOLLE 


à leur extrémité, existe une large bande brune nuancée de 
jaune foncé; le thorax au lieu d’ôtre nankin, est d’un gris 
prononcé; le corps très allongé, très étroit, et terminé en 
pointe ornée d’un bouquet de poils, est brunâtre en dessus, 
d’un jaune soyeux en dessous ; les ailes inférieures repro- 
duisent vaguement les dessins des supérieures, qui, signe 
utile à noter, présentent sur le sommet et sur les côtés 
un délicat reflet bleuâtre. 

La tête, petite et noire, est accompagnée de deux gros 
yeux noirs à mille facettes, et de deux antennes larges 
formées de deux séries de cils formant bateau , s’appuyant 
sur une nervure blanchâtre. Leur couleur est brun foncé; 
elles ont, en longueur, le quart du corps entier, et donnent 
à la tête l’aspect de celle d’une chauve-souris. 

Les pattes sont grises, avec poils épais sur leur char- 
pente. 

En résumé, on peut dire que le Ser /caria dispar est bien 
partagé par la nature et cela à tous les états : comme nid, 
comme œuf, comme chenille et comme papillon ; la chry- 
salide seule est un peu lourde et un peu sombre. 

Les moyens de défense se dégagent parfaitement de ce 
qui précède, et on ne doit pas hésiter à les mettre en œuvre, 
puisque, ainsi que je l’ai exposé, le faux poivrier est non 
seulement un arbre d’agrément, mais qu’il peut encore, au 
besoin, et jusqu’à un certain point, constituer un produit. 

En premier lieu, on doit débarrasser les troncs des 
lierres et autres plantes grimpantes qui les ont envahis et 
qui sont un abri précieux pour la ponte de la femelle, et 
pour les dernières métamorphoses de la chenille. 

On doit aussi chercher et détruire non seulement les 
nids, qui sont très visibles, mais même plus tard, les accu- 
mulations de chrysalides, qui existent sous les grosses 
branches et les nodosités du tronc. 


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LE SCHIXUS MOLLE 


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Si vous arrivez trop tard pour détruire les nids, ce dont 
vous vous apercevrez aux petits trous de sortie tranchant 
en noir sur le jaune de la bourre, vous pouvez encore vous 
livrer à la recherche de la chenille qui, pendant le jour, 
quitte le feuillage, pour venir s’abriter en société, dans les 
trous des troncs ou sous les grosses branches. 

Hésitez-vous à les écraser ? Vous n’avez qu’à laisser 
couler sur elles quelques gouttes de mauvaise huile; 
à peine atteintes par ce corps gras, les chenilles se tordent, 
se laissent choir, et ne tardent pas à périr asphyxiées ; les 
poils nombreux qui entourent l’insecte s’agglutinant par 
l’effet de l’huile, et venant entraver l’action des appareils 
respiratoires qui existent sur les côtes du corps. 

Mais gardez-vous de vous servir de pétrole pour frotter 
les branches de l’arbre envahi ; j’ai vu de belles plantations 
qui faisaient l’ornement de vastes jardins, dépérir au point 
de nécessiter leur arrachage, pour avoir été traitées par ce 
procédé. 

La nature prévoyante vient au secours de la négligence 
de l’horticulteur en envoyant à la chenille du dispar, un 
parasite des plus destructeurs dont nous allons nous 
occuper, poursuivant en cela le plan que nous nous sommes 
imposé. 


PARASITE 

BLEPHARIPA SCUTELLATA (Rondaki) 

Sur vingt chenilles dont j’ai entrepris l’élevage, deux 
sont mortes sans cause connue, deux m’ont donné des 
dispar mâles, quatre des femelles; des douze autres sont 
sorties seize grosses larves, logées parfois deux à deux dans 
la même chrysalide. 

Ces larves grasses et excessivement vives, ont en 


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LE SCHINUS MOLLE 


moyenne 0 ro ,03 de longueur sur 0 m ,01 de largeur; elles 
sont à peu près cylindriques, d’un blanc jaunâtre , sans 
autres taches que deux mamelons d’un noir brillant ayant 
l’aspect de deux yeux logés côte à côte, sans se toucher 
cependant dans la cavité terminale de l’abdomen. 

Les mandibules fines, aiguës, cornées, sont également 
noires. 

L’animal est sans pattes et son corps offre onze subdi- 
visions y compris la tête et l’anus; il sort par l’une des 
jointures des anneaux de la chrysalide qu’il a prompte- 
ment réduite sous son enveloppe parcheminée et intacte, à 
l’état d’une bouillie couleur chocolat clair, dans laquelle il 
grouille. 

Dans la vitrine d’élevage, le parasite, après avoir quitté 
la chrysalide dont il a épuisé les ressources, cherche à se 
transformer, car son existence végétative a pris fin ; à force 
de s’agiter dans tous les sens, il a découvert un abri 
sous lequel il se loge et s’immobilise ; sa couleur devient 
brunâtre, puis noire ; sa forme s’arrondit en pupe raccour- 
cie; les mandibules noires, désormais inutiles, disparais- 
sent, mais on aperçoit vaguement les deux tubercules 
écailleux de l’extrémité de l’abdomen. 

Dans cet état, la pupe a à peine 0 m ,02 de longueur et 
affecte la forme d’un cylindre arrondi aux deux bouts, et 
légèrement plus étroit à l’une de ses extrémités. 

Comment se passent les choses en liberté ? Ce qui est 
probable, c’est que la femelle du parasite dépose un ou deux 
œufs soit dans le corps de la chenille, soit dans celui de la 
chrysalide (je penche vers la première de ces supposi- 
tions), l’œuf ne tarde pas à éclore, et la petite larve se 
contente d’abord pour se nourrir des parties grasses de sa 
victime, épargnant les organes essentiels de la vie, et la 
dévore ensuite en entier pendant son sommeil. 


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LE SCHINUS MOLLE 


41 


Ce qui paraît probable aussi, c’est qu’en liberté, la larve 
du parasite, désirant se transformer, quitte la chrysalide, 
se laisse choir et va s’enfermer en terre à une certaine 
profondeur au pied de l’arbre. 

J’en ai eu la preuve le 16 octobre 1886 : cherchant des 
petites espèces de Coléoptères au pied de mes faux poi- 
vriers, j’ai trouvé autour du tronc d’un seul arbre, à 0 m ,25 
de profondeur, quatre-vingts pupes en tout semblables à 
celles de mes vitrines ; sur ces quatre-vingts pupes, vingt 
étaient percées de petits trous, ce qui indiquait qu’elles 
avaient donné naissance à des Chalcidites ; les autres mises 
dans un vase rempli de terre, arrosée de temps en temps, 
m’ont produit la mouche dont nous parlerons plus tard. 

C’est donc en terre que se fait la transformation, et la 
nymphe, contrairement à ce qui se passe pour d’autres 
insectes, se forme de bonne heure, et attend pendant toute 
la saison d’hiver, jusqu’en avril, pour se transformer en 
insecte parfait; ce qui m’a été démontré par l’ouverture 
de pupes ù différentes époques, entre juillet 1886 et 
avril 1887. 

Cette nymphe est d’un blanc sale, très grasse, ramassée 
sur elle- même; sa tête est grosse avec d’énormes yeux 
d’un jaune rougeâtre, les pattes sont ramenées sur le de- 
vant avec les antennes, les moignons des ailes sont courts 
et évidents, l’abdomen est bien détaché du corps et arrondi. 

Telle est la nymphe en juillet ; en octobre elle est de- 
venue presque grise, les yeux ont perdu leur teinte rouge- 
orange, de chaque côté, sous les yeux, existe, reposant sur 
le corselet, une espèce de bouton blanchâtre ; le corselet 
est recouvert d’une enveloppe noirâtre ridée en long qui 
se prolonge en pointe sur l’abdomen ; de chaque côté du 
corselet, vers le bas, on remarque une petite boule blan- 
châtre. 


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LE SCHINUS MOLLE 


A l’extrémité de l’abdomen, on aperçoit des lignes 
croisées d’un blanc de lait. 

En dessous, les pattes et les élytres sont enveloppées 
d’un réseau d’un noir mat ; la nymphe paraît approcher 
de sa dernière transformation , qu’elle attendra encore 
cependant pendant cinq mois, et son extérieur rappelle 
déjà la mouche à laquelle elle doit donner naissance. 

Enfin, le 1" avril 1887, après huit mois d’attente, 
les pupes recueillies au pied de mes faux poivriers, et 
celles formées dans mes vitrines et conservées en terre, 
m’ont donné plusieurs exemplaires d’une mouche de grande 
taille qui, selon l’avis de mon savant collègue M. Bigot, 
est le Dlepharipa scutellata de Rondani, appelé Nemorœa. 
scutellata en 1830 par Robineau, Senometopia ciliata en 
1835 par Macquart dans ses suites à Buffon, puis Masicera 
scutellata par le môme. 

Selon M. Bigot, la dénomination de Rondani doit être 
préférée. 

Cette mouche, de la famille des Tachinaires, est lourde 
de forme et de la grosseur d’une mouche à viande, le fond 
de sa couleur est grisâtre ; les yeux sont gros, rougeâtres 
pendant la vie, bruns après la mort, avec bordure blanchâ- 
tre, fine par derrière, s’élargissant sur le devant. 

Antennes courtes en palette, brunes à la base, d’un gris 
sombre velouté, ayant chacune, sur le devant, un assez 
long poil large à sa base, très fin à l’extrémité. 

Sur le front, dont le milieu est d’un noir velouté, bordé 
de blanc, on remarque de grands poils noirs qui convergent 
vers le centre. 

Le corselet, divisé en trois parties bien distinctes, est 
grisâtre pour les deux parties antérieures, avec raies lon- 
gitudinales noires et grises ; la troisième partie, se ter- 
mine en pointe émoussée et est rougeâtre. Cette partie 


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LE SCHIXUS MOLLE 


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est brillante, à peu près nue ; sur les deux premières au 
contraire, il existe de grands poils noirs couchés à moitié, 
et se dirigeant vers l’abdomen. 

L’abdomen est lourd, assez court ; on y remarque des 
damiers à couleur changeante noir et gris, couverts de 
petits poils couchés formant treillage. Il présente quatre 
parties : l’antérieure, complètement d’un noir brillant; 
la deuxième, grise d’un côté, noire de l’autre, avec deux 
gros poils noirs raides au milieu, près du bord postérieur ; 
la troisième, grisâtre, avec macules noires longitudinales 
et une série de gros poils noirs raides au bord postérieur : 
la quatrième, également grisâtre, brillante, avec reflets 
blancs et de gros poils noirs plantés surtout à l’extrémité. 
Ces divers anneaux semblent bordés de blanc brillant à 
leur marge postérieure. 

Pattes noires, poilues, avec l’intérieur des cuisses blan- 
châtre; ces pattes, terminées par deux forts crochets noirs 
très aigus, et en dessous, par deux palettes parcheminées 
roussâtres et mobiles. 

Ailes enfumées, un peu rousses, irisées de bleu et de 
rouge vers leur bord postérieur. Nervures roussâtres, ayant 
en dessous, au point d’attache avec le corps, des appen- 
dices parcheminés et blanchâtres. 

Le dessous du corps est très poilu, surtout vers l’extré- 
mité de l’abdomen. 

Cette mouche est connue comme parasite de diverses 
chenilles; il doit en être ainsi, en effet, puisqu’elle naît en 
avril, lorsque la chenille du dispar n’est pas encore ér lose. 

A. Peragallo. 


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LES FRANCS-TIREURS DES ALPES-MARITIMES 


pendant la Campagne de 1870-71 


i 

Au moment où tout semblait conspirer pour accabler la 
patrie française, quand l’incapacité des uns, la trahison 
des autres livrait nos frontières à l’invasion tudesque, 
malgré le courage de nos soldats, on vit s’accentuer, dans 
un pays nouvellement réuni à la France, un mouvement 
de patriotisme, un élan de bravoure et de dévouement, 
dont le gouvernement de la Défense Nationale a été 
profondément touché et dont la nation tout entière doit 
garder au comté de Nice une perpétuelle reconnaissance. 

Proportionnellement à sa population, Nice est une des 
villes de France qui a fourni le plus de volontaires à la 
défense nationale. 

On aime la liberté dans la patrie de Garibaldi : le plé- 
biscite qui a précédé la guerre de 1870 l’avait déjà démon- 
tré, mais la chute du régime impérial et la proclamation 
de la République y furent accueillies avec un enthousiasme 
indescriptible. 

Dès le quatre septembre, des enrôlements furent ouverts 
et, en quelques semaines, sept compagnies de voloütaires 
couraient à l’ennemi. De ces sept compagnies cinq appar- 
tenaient au corps des francs-tireurs des Alpes-Maritimes, 


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LES FRANCS-TIREURS 


que celui qui écrit ces lignes eut l’honneur d’organiser et 
de commander. 

C’est l’historique de ce corps, dont il possède tous les 
documents officiels, que l’auteur de ce mémoire croit devoir 
conserver comme exemple de ce que peut l’initiative privée 
et le renoncement à soi-méme pour le bien public. 

En rendant hommage à ceux qui ont volontairement 
sacrifié leur repos, leurs intérêts, leur bien-être, leur vie 
même, pour la défeuse de la patrie, nous ne faisons qu’ac- 
complir un devoir. Le bon citoyen qui s’est dévoué à la 
chose publique, doit être honoré par la nation, de même 
que le traître, le parjure doit être impitoyablement rejeté 
du sein de la patrie offensée, pour que les éléments de 
désorganisation soient écartés et pour que le châtiment 
serve d’exemple. 

« Tout dépeud, dit Montesquieu, d’établir dans la Répu- 
blique l’amour des lois et de la patrie et c’est à l’inspirer 
que l’éducation doit être attentive : mais, pour que les en- 
fants puissent l’avoir, il y a un sûr moyen, c’est que les 
pères l’aient eux-mêmes. » 


II 

A Nice, les hommes qui, après Wissembourg, Reischoffen 
et Forbach, se réunissaient pour demander au gouverne- 
ment impérial l’autorisation de fonder une société de tir 
n’étaient pas des chauvins ; presque tous avaient considéré 
la guerre déclarée à la Prusse comme une faute dont ils 
redoutaient les conséquences fatales. Dans toute autre cir- 
constance, leur demande aurait eu bien peu de chance 
d’être accueillie ; mais, en ce moment, la Préfecture en 
comprenant l’importance, approuva, le 19 août 1870, les 
statuts et règlements généraux de cette société, confor- 


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DES ALPES-MARITIMES 


47 


mément auxquels elle procéda à l’élection de son bureau, 
dont M. François Brun fut nommé président; MM. Lefèvre 
et Maxime Sauvan, vice-présidents ; M. Garnier, trésorier. 

Le 4 septembre, libre des entraves administratives, elle 
décida, à runanimité, dans une réunion générale, que, vu 
les malheurs qui accablaient la France, il y avait lieu de 
constituer rapidement, à l’exemple de l’Espagne en 1809 
et du Mexique en 1857, des corps-francs destinés à défen- 
dre pied à pied le sol de la patrie et à harceler l’ennemi 
par une guerre acharnée de tous les instants. Les membres 
présents à la réunion s’engagèrent à concourir à cette 
œuvre patriotique : la moitié des sociétaires, ceux aux- 
quels leur âge, leurs aptitudes physiques et leur état le 
permettaient, s’inscrivirent immédiatement pour faire par- 
tie du premier détachement. Les autres, regrettant de ne 
pouvoir participer plus activement à la défense nationale, 
contractèrent, séance tenante, l’obligation de pourvoir à 
l’équipement et à la solde des volontaires pendant toute la 
durée de la guerre et à former immédiatement un cadre 
d’instructeurs dont la mission serait d’enseigner aux enga- 
gés les principes de la guerre de partisan, de les entraîner 
par des marches et des exercices et, surtout, d’en faire 
rapidement d’adroits tireurs. 

La souscription immédiatement ouverte parmi les mem- 
bres de la société suffit non seulement à faire face aux 
frais d’équipement complet du premier détachement com- 
posé de cinquante hommes, mais encore à en assurer la 
solde. 

C’est grâce à cette prévoyante organisation, permettant 
de préparer les ressources, pourvoyant à tous les besoins, 
qu’il a été possible à la Société des francs-tireurs d’en- 
rôler, d’instruire, d’équiper et d’entretenir devant l’ennemi 
cinq compagnies d’hommes valides et courageux, aptes à 


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48 


LES FRANCS-TIREURS 


supporter toutes les fatigues et toutes les privations de 
cette malheureuse campagne de 1870-71. 

Nombre de ceux qui furent réduits à s’occuper de 
l’organisation enviaient le sort des partants. L’âge, les 
infirmités, une famille aux besoins de laquelle il fallait 
journellement pourvoir, des devoirs impérieux à accomplir, 
tels furent, en général, les obstacles qui retinrent à Nice 
une partie des membres de la Société. 

L’un d’eux, ancien officier, qui dès le début de la cam- 
pagne s’était mis, sans solde ni indemnité, à la disposition 
des autorités militaires, désirait partir avec les volontaires 
d’une compagnie. Le lieutenant-colonel de gendarmerie 
Petit-Jean, officier des plus distingués, qui faisait fonctions 
de général de brigade à Nice, le dissuada de ce projet. 
« Que feriez-vous en tenant la campagne avec une cin- 
quantaine d’hommes ? Ce serait pour vous une satisfaction 
personnelle, mais un plus jeune et plus vigoureux que 
vous peut rendre le môme service, tandis que tout le monde 
n’a pas les connaissances nécessaires aux organisations 
militaires qui vont nous incomber ici, soit pour les corps 
francs, soit pour la garde nationale mobilisée. Nous avons 
besoin de vous ici, il faut y rester. Il n’est pas amusant 
de faire la soupe, ajouta-t-il en plaisantant, mais il faut 
pourtant bien que quelqu’un se résigne à la faire. » 

Il en est donc resté pour faire la soupe, et nous devons 
leur rendre cette justice, c’est qu’ils l’ont faite aussi bonne 
qu’il leur a été possible. 

Les enrôlements pour le corps des francs-tireurs des 
Alpes-Maritimes furent annoncés par des affiches et par 
les journaux. Les jeunes gens, à partir de dix-huit ans, 
furent admis avec l’autorisation écrite de leurs parents, et 
il n’y eut point de limite d’âge pour les hommes faits qui, 
après la visite réglementaire passée par M. le docteur 


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DES ALPES-MARITIMES 


49 


Amphoux devant le Conseil d’administration, furent 
reconnus aptes à supporter les fatigues de la guerre. 
Quelques engagés s’entendirent avec le Conseil d’adminis- 
tration pour que leurs familles fussent secourues pendant 
leur absence, ce qui fut religieusement accompli. 

Le principe qui présida à la fixation de l’uniforme des 
volontaires fut l’hygiène d’abord, puis ensuite l’obligation 
de dissimuler autant que possible la présence des francs- 
tireurs par la couleur sombre de leurs vêtements. L’ha- 
billement fut arrêté de la manière suivante : tunique de 
drap gris foncé avec collet, parements et passe-poils verts, 
pantalon de même nuance avec bande verte ; képi gris 
foncé avec bandeau vert et petite cocarde tricolore sur le 
devant ; manteau court à la zouave avec capuchon de 
même drap que la tunique. 

Petit équipement semblable à celui des chasseurs à 
pied, cartouchière, couverture de laine brune portée en 
sautoir; chemises et ceinture de laine. Les sacs faisant 
défaut, chaque homme fut muni d’une musette en toile, et 
d’un grand carré d’étoffe imperméable destiné à envelopper 
dans la musette les objets craignant l’humidité. L’arme- 
ment fut le fusil chassepot avec baïonnette-sabre pour les 
soldats ; le sabre et le revolver pour les officiers. 

Au début, les galons des officiers étaient en cordonnet 
de soie noire ; ils furent modifiés plus tard pour les néces- 
sités du service et de la discipline, conformément aux 
instructions des généraux sous les ordres desquels se 
trouvèrent les compagnies. A partir du moment de son 
inscription sur les registres matricules du corps, chaque 
volontaire reçut de la société une solde de 2 francs par 
jour. 


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LES FRANCS-TIREURS 


IV 

Le 22 septembre, à 2 heures après-midi, c’est-à-dire 
dix-sept jours seulemeut après l’ouverture des enrôlements, 
M. Baragnon, commissaire extraordinaire du gouverne- 
ment de la défense nationale dans les Alpes-Maritimes, 
passait en revue la première compagnie. Le 23 à 6 heures 
du matin, elle partait de Nice entièrement équipée et 
armée ; il ne lui manquait que des cartouches qu’il avait 
été impossible de se procurer à Nice et qui lui furent 
distribuées à Tours où elle arrivait le 26 à 9 heures du 
matin l . 

Le jour même, la compagnie fut reçue par la délégation 
du gouvernement, dans la cour de l’archevêché et la lettre 
suivante fut adressée au président de la Société : 

Tours, le 27 septembre 1870. 

Mon cher Brun, 

Vos hommes sont superbes, la délégation du gouvernement de la 
défense nationale vient de les passer en revue et me charge de vous 
adresser toutes ses félicitations. 

Cette lettre était signée par un vieux républicain proscrit 
par l’Empire, Tavernier, alors secrétaire du gouvernement. 

M. Tavernier avait occupé à Nice les fonctions de secré- 
taire général de la Préfecture, sous l’administration de 
M. Baragnon ; il venait de quitter Nice et arrivait à Tours 
presque en même temps que la compagnie dont il est 
question. Il fut plus tard préfet d’Orléans, arrêté par les 
Prussiens et enlevé manu militari de son poste qu’il 
refusait d’abandonner. 

1 . Les autres compagnies furent exercées au tir au moyen de cartouches fabriquées par 
les soins de la société elle-même, sous la direction de M. Filiat, qui avait inventé une 
machine spéciale pour la fabrication des capsules. La capsulerie de Toulon était encore en 
construction le 7 décembre, lors de notre mission pour l’organisation de l’artillerie dépar- 
tementale, et les capsules faisaient absolument défaut à l'arsenal. 


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V 

A la nouvelle de la formation d’une compagnie de 
francs-tireurs à Nice, la jeunesse de Cannes s’était 
constituée en comité ; elle délégua deux de ses membres 
près des organisateurs de ce corps, à l’effet de s’informer 
de la marche à suivre et des moyens d’action à mettre en 
jeu. 

Le Président de la Société de Nice crut devoir s’entendre 
au préalable avec le commissaire du gouvernement, lequel 
lui fit adresser la lettre suivante, pour lui permettre de 
se mettre officiellement en rapport avec les autorités de 
la ville de Cannes. 

PRÉFECTURE Nice, le 23 septembre 1870. 

DBS ALPES -MABIT1M BS 

— Monsieur Brun, 

Je vous autorise à vous rendre à Cannes, auprès de M. Borniol, 
pour procéder, s’il y a lieu, à l’organisation de la Compagnie des 
volontaires francs-tireurs. 

Recevez, Monsieur, mes félicitations. 

Le Secrétaire général : 

Par ordre du Commissaire général , 
TAVERNIER, 

Le Président se rendit près de M. Borniol, maire de 
Cannes, patriote éprouvé, qui accorda tout son concours à 
la formation de la nouvelle compagnie. 

Le 25 septembre, il recevait de la Société des francs- 
tireurs de la ville de Cannes, un avis dont nous extrayons 
le passage suivant : 

Nous envoyons vers vous pour servir d'intermédiaire, un membre 
actif qui est tout à votre disposition et qui nous transmettra toutes 
vos décisions. 


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52 LES FRANCS-TIREURS 

lies officiers nommés par le suffrage sont : 


MM. Cresp, Jean-Honoré, capitaine; 

Chemit, Benoit, lieutenant; 

Périssol, Gaspard, sous-lieutenant: 

Perrin, Jean-Nicolas, sous-lieutenant. 

M. Lecal, notre envoyé, vous indiquera le jour où aura lieu la 
réunion du Comité de Cannes et nous espérons que vous voudrez bien 
venir nous indiquer les mesures nécessaires pour la formation. 

Agréez, Monsieur, nos sincères remerciements. 

Pour la section active de Cannes , 

J. H. CRESP. 

En conséquence, le Comité de Nice unit avec empresse- 
ment ses efforts à ceux du Comité de Cannes ; toutes les 
mesures furent prises pour l’organisation régulière, l’ar- 
mement et l’achèvement de l’équipement de la deuxième 
compagnie qui, comme on le verra dans la suite de ce 
récit, s’est particulièrement distinguée pendant la campagne 
et a fait le plus grand honneur à notre département. 

L’activité déployée par la jeunesse cannoise fut telle que 
la deuxième compagnie, armée et conduite au champ de 
tir du Var par le président de la Société de Nice, put pas- 
ser la revue de départ dix jours seulement après la pre- 
mière et partit de Nice le 1" octobre. Elle se rendit 
directement à Tours où elle put compléter son instruction 
et d’où elle partit le 14 à 5 heures du soir pour Vendôme. 

Le 16 elle ht étape à Cloyes ; le 17 au matin, une dépê- 
che l’appelait à Chàteaudun où l’enuemi était signalé et le 
18 elle livrait ce combat qui restera célèbre dans l’his- 
toire de la défense nationale. 

La deuxième compagnie des francs-tireurs des Alpes- 
Maritimes fit partie de la première armée de la Loire et fut 
attachée au XV* corps pour le service d’éclaireurs . 

Cependant, la première compagnie, après un court sé- 


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DES ALPES-MARITIMES 


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jour à Orléans, fut envoyée aux avant-postes ; le 4 octobre 
elle brûlait ses premières cartouches dans une embuscade 
contre la cavalerie ennemie, à Mareau-au-Bois, près de 
Vrigny; à Dadonville, près de Pithiviers, le 5, elle fut 
saluée par les boulets prussiens, ce qui ne l’empêcha pas 
de pousser jusqu’à Malesherbes où elle se trouva engagée 
avec la cavalerie dont une attaque fut repoussée par nos 
hommes dans la nuit du 8 au 9 octobre. Cette petite troupe 
absolument en l’air, fut rappelée comme trop exposée et 
reçut l’ordre de battre en retraite sur Orléans. 

VI 

Pendant ce temps, la formation de la troisième compa- 
gnie se poursuivait à Nice avec une activité fiévreuse ; le 
12 octobre elle quittait Nice pleine d’ardeur, sous le com- 
mandement de M. Albert Gignoux. Cette compagnie, pres- 
que exclusivement composée de très jeunes gens, tint, 
pendant toute la campagne, une conduite des plus hono- 
rables et qui lui valut à plusieurs reprises les félicitations 
chaleureuses des chefs sous les ordres desquels elle fut 
appelée à opérer. 

Dans un des nombreux engagements qu’elle eut avec la 
cavalerie prussienne, aux environs de Bonneval, à Moriers, 
le 15 novembre, elle blessa et fit prisonnier, après avoir 
détruit presque toute son escorte, l’aide de camp du prince 
Albrecht de Saxe-Weimar. 

Cette compagnie supporta le choc direct de l’aile gau- 
che de l’armée prussienne à Beaugency et fut obligée de bat- 
tre en retraite sans cesser de combattre, après avoir été 
décimée par le feu de l’ennemi et en perdant tous ses baga- 
ges. Le rappport du capitaine Gignoux sur la lutte qu’il 
eut à soutenir à Beaugency se termine par ces mots : « Nous 

s 


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LES FRANCS-TIREURS 


n’avons plus ni sacs, ni capotes, ni couvertures ; il ne nous 
reste que nos fusils et encore quelques-uns sont brisés. » 

La troisième compagnie a occupé llliers dans les pre- 
miers jours de novembre et c’est elle qui valut à ce village, 
dans les rapports officiels de l’ennemi, l’épithète d’affreux 
nid de francs-tireurs. 

Toujours en contact avec l’ennemi, c’est elle qui, à Saint- 
Léger, a tiré le dernier coup de fusil de l’armée de la Loire. 

Nous donnerons dans le rapport adressé au ministre de 
la guerre le détail de ses nombreux engagements. 

Cette compagnie fit partie de la deuxième armée de la 
Loire et fut attachée d’abord au XVII'' corps, première divi- 
sion, et, en dernier lieu, au XVI'' corps, quatrième division, 
deuxième brigade. 


VII 

La quatrième compagnie quitta Nice le 27 octobre. A 
9 heures du matin, elle avait été passée en revue à la Pré- 
fecture par M. Marc Dufaisse et par M. Blache ; à 1 heure 
et demie, elle partait entourée d’une foule énorme, qui sa- 
luait nos volontaires de ses acclamations sympathiques. 
La cinquième compagnie partit de Nice le 17 novembre à 
2 heures ; arrivée à Chagny, cette compagnie rencontra la 
quatrième qui, d’après décision du comité, fusionna avec 
elle. Les deux compagnies furent réunies sous les 
ordres du capitaine de la cinquième, M. Boyenval, 
ancien élève de l’Ecole Polytechnique, ingénieur des ma- 
nufactures de l’Etat, qui s’était engagé comme simple 
volontaire et avait été élu capitaine à l’unanimité par les 
hommes de sa compagnie. 

Les quatrième et cinquième compagnies réuuies firent 
partie, comme éclaireurs, de la deuxième armée de la Loire, 


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55 


XXI* corps, troisième division, deuxième brigade. Les 
principaux engagements auxquels elles out assisté sont les 
suivants : Marcbenoir, Binas, Villcrmain, Lorges, Frette- 
val, Le Mans, Sillé-le-Guillaume. 

VIII 

Pendant toute la campagne, les compagnies restèrent en 
communication directe avec la société dont elles éma- 
naient ; un service spécial de correspondance ayant été 
organisé par l’état-major du corps, qui avait confié plus 
particulièrement le transport des subsides à deux de ses 
officiers munis de leurs brevets en règle et reconnus comme 
belligérants. Ces deux messieurs, dont on ne saurait trop 
louer le zèle et le dévouement étaient, MM. Garnier, capi- 
taine trésorier, et Dupré, officier payeur. 

Cette mission délicate était loin d’être sans danger ; en 
plusieurs circonstances, c’est sous le feu même de l’en- 
nemi qu’ils ont pu rejoindre les compagnies. M. Dupré a 
même pu prendre une part active à divers engagements, 
notamment à celui de Moriers où il a fait le coup de feu en 
tirailleur comme un simple volontaire. 

D’autres membres du Conseil d’administration du corps 
de francs-tireurs des Alpes-Maritimes, dont la bonne orga- 
nisation avait frappé les administrateurs du département, 
furent désignés par la commission extraordinaire de la 
défense nationale pour faire partie du Conseil départemen- 
tal chargé de l’organisation de la garde nationale mobili- 
sée. MM. Brun et Humblot-Guerre faisaient partie de la 
commission d’armement et furent, avec M. Caméré, ingé- 
nieur des ponts et chaussées, délégués pour la confection 
des batteries d’artillerie départementales. Ils quittèrent 
Nice au mois de décembre pour cette importante mission. 


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LES FRANCS-TIREURS 


IX 

Nous publierons, à la suite de cette notice, quelques- 
uns des documents intéressants qui ont pu être conservés ; 
mais, avaut de terminer cet exposé succinct, il nous reste 
à étudier par quels moyens l’initiative et la volonté éner- 
gique de quelques patriotes ont pu triompher des obstacles 
qui leur ont été opposés et organiser, équiper, instruire et 
entretenir devant l’ennemi, pendant toute la durée de la 
lutte, cinq compagnies de volontaires. 

Les membres du comité, élus en Assemblée générale, 
s’étaient partagé le travail administratif dès la constitution 
de la société. Des listes de souscription furent imprimées 
et distribuées à tous les sociétaires, qui se mirent immédia- 
tement à l’œuvre. Une circulaire faisant appel au patrio- 
tisme des diverses communes du département fut adressée 
à tous les maires. 

Cet appel fut entendu et certaines communes s’empres- 
sèrent d’adresser leur offrande au comité d’organisation, 
savoir : 

Nice, qui fit un don de 10,000 fr.; Biot, 600 fr. ; Val- 
bonne, 525 fr.; Grasse et Mougins qui donnèrent 500 fr. 
chacune; Villefranche, Vallauris, Saorge, Contes, qui 
s’inscrivirent chacune pour 300 tr.; Le Cannet, pour 212 fr.; 
Clans, Villars, Breil, Moulinet, La Gaude, Valderoure, 
Saint-Laurent-du-Var, Roquebillière, qui envoyèrent cha- 
cune 200 fr.; et, enfin, les communes de Roquestéron, 
Saint-Paul, Bézaudun, Saint-Martin-d’Entraunes, Cabris, 
Gorbio, Mandelieu, Vence, Gréolières, Le Broc, Auvare, 
Saint-Dalmas,Guillaumes, Saint-Sauveur, Tourrette, Drap, 
Berre, La Trinité, La Turbie, Levens, LaRoquette-du-Var, 
Saint-Auban, Peille, Sigale, Ilonse, Bonson, Sospel, Cas- 


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DES ALPES-MARITIMES 


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tillon, Gilette, Châteauneuf-de-Grasse , Aspremont, Caus- 
sols, Cipières, Mouans-Sartoux, Villeneuve, Coursegoules, 
La Colle, Levens, Entraunes, Chàteauneuf-d’Entraunes , 
Villeneuve-d’Entraunes , Saint-Étienne, Pierlas, Touët, 
Saint-Vallier, Caille, Coursegoules, qui portèrent à la 
somme de 18,574 fr. 25 c. la souscription totale des com- 
munes du département. Il faut ajouter à cette somme les 
cotisations des membres de la société et les dons faits par 
eux s’élevant au chiffre de 22,842 fr. 95 c. 

Enfin, les dons particuliers parmi lesquels nous devons 
mentionner les souscriptions mensuelles de MM. Delestrac, 
ingénieur en chef des ponts et chaussées, Maxime Sauvan, 
Henri Lefèvre, Fieux, Abbo, Foutaine, Durand-Billon, 
Arlaud, Sardou père, Audiberti, ceux du Cercle Masséna, 
de M. Paul Gautier et de M lle Gautier, de M me Besobrazoff, 
de MM. Dauprat, Rastoin, Verdier, de Moya, Marchessaux, 
Blanc, Fesquet, Cassin, Maurel, Avette, de M“* Giguoux, 
de MM. Mayrargues, Aune de Lagorgette, Gall, Bouttau, 
Gillard, Crozals, de M. et M" e Dauprat, du sous-préfet de 
Grasse, et d’un grand nombre de personnes qui ont souscrit 
pour des sommes diverses inférieures à 50 fr. Ajoutons les 
offrandes des employés de la Gare, de la Société de Secours 
à la Patrie, du Cercle de l’Union de Valbonne, de la Société 
Commerciale et industrielle de Nice, de la Société du Gaz 
de Nice, du journal le Réveil des Alpes-Maritimes , du 
Cercle des Alpes-Maritimes à Grasse, du Bureau de Bien- 
faisance de La Colle, du Lycée de Nice, de la Manufacture 
des Tabacs, des Loges maçonniques, et, enfin, le produit 
de plusieurs concerts et représentations organisés par 
M. Buisson, par M”' Caméré, par M. Avette; enfin, un 
inconnu nous adressa la somme de 2,000 francs. 

Le chiffre total des sommes recueillies par le Comité de 
Nice seulement s’élève à 70,141 fr. 40 c. Il faut encore 


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'LES FRANCS-TIREURS 


ajouter à cette somme les offrandes recueillies par le Comité 
de Cannes et dont le montant a été spécialement affecté à 
l’instruction et à la solde de la deuxième compagnie. 

Le livre de caisse du trésorier pour le Comité de Nice 

accuse en recette Fr . 70.141 40 

et en dépense 69.957 05 

La différence, soit Fr. 184 35 

a été répartie de la manière suivante : 

A l’Asile évangélique, où plusieurs de nos volontaires 
ont reçu des soins au retour de la campagne et où l’un 


d’eux, M. Suzini, est venu mourir Fr. 100 » 

Aux Petites-Sœurs des Pauvres 84 35 


A part MM. Sauvan, Lefèvre et Paul Gautier, membre 
honoraire, dont la générosité a été inépuisable, nous n’avons 
pas compris dans cette énumération les noms des membres 
de la Société. Il est bon de rappeler que M. Sauvan a pris, 
en outre, à son compte, l’équipement complet d’une com- 
pagnie. 

Nous devons ajouter à ces détails, qu’après plusieurs 
combats, nos volontaires, comme en témoigne la lettre si 
éloquente dans sa simplicité du capitaine Gignoux, se 
trouvèrent dépourvus de tout. L’intendance à laquelle il 
fut fait appel pourvut à leurs besoins et leur fournit les 
vêtements indispensables dans une saison aussi rigou- 
reuse. Quand la facture de ces fournitures fut présentée au 
Conseil d’administration du corps, il fut décidé, à l’unani- 
mité, que l’on abandonnerait, en échange de cette fourni- 
ture, la somme due par l’État pour la masse de chaque 
volontaire, aucuue somme n’ayant été perçue, de ce chef, 
par la Société. La différence que nous abandonnions ainsi 
montait à plusieurs milliers de francs. 

Tel est le résumé succinct de la gestion financière du 


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Conseil d’administration de la Société puissamment aidé 
dans son œuvre, il ne faut pas l’oublier, par le dévouement 
des membres de l’association. 

X 

Notre intention n’est pas de publier un volume sur la 
campagne de 1870 et de suivre pas à pas la marche de 
chacune de nos compagnies ; notre but est plus modeste : 
nous nous bornerons à citer quelques épisodes de la cam- 
pagne, en souvenir de ceux de nos camarade^ qui ont eu 
l’honneur d’y prendre part. 

Dans l’un des premiers engagements de nos volontaires, 
le 5 octobre, à Dadonville, près de Pithiviers, la première 
compagnie, commandée par le capitaine Fombertaux, se 
trouva subitement en présence d’une forte colonne enne- 
mie composée d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie. A la 
vue du petit groupe formé par nos volontaires auquel 
s’étaient joints quinze hommes de divers corps et environ 
quatre-vingts paysans du village de Bouzonville-au-Bois, 
armés pour la plupart de fusils de chasse, les Allemands 
prirent une disposition de combat. Nos hommes s’engagè- 
rent dans les taillis et dans les vignes; quelques flanqueurs 
ennemis débusqués s’enfuient à la hâte ; on les poursuivit 
dans la plaine et une fusillade s’engagea avec les tirailleurs 
allemands. Si l’on en croit la chronique, les paysans mal 
armés qui s’étaient joints à nos volontaires ne résistèrent 
pas longtemps à l’envie de battre en retraite et nos volon- 
taires se trouvèrent bientôt seuls en face d’environ quinze 
cents hommes de troupes solides et de deux pièces de 
canon. Après une fusillade assez vive, le capitaine voyant 
qu’il s’était trop avancé fit cesser le feu et mettre la baïon- 
nette au canon et l’arme au pied. De leur côté, les Aile- 


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LES FRANCS-TIREURS 


mands restèrent immobiles, voulant s’éclairer avant de 
marcher en avant et croyant sans doute nos hommes ap- 
puyés par un corps de troupe masqué par le village ; cepen- 
dant, ils mirent leurs pièces en batterie et envoyèrent 
quelques obus. 

Devant des forces aussi disproportionnées, il n’y avait 
rien autre chose à faire qu’à se dérober, ce qui fut fait en 
bon ordre, en gagnant le village et faisant couvrir la 
retraite par une petite arrière-garde établie dans une 
vigne, sous un pommier, et à proximité d’un mur qui lui 
permettait au besoin de couvrir sa retraite. Ce groupe, 
commandé par un vieux sergent d’Afrique, était composé 
de six de nos hommes qui, sauf leur chef, n’avaient jamais 
vu le feu. Ordre leur fut donné d’attirer de ce côté l’at- 
tention de l’ennemi par une fusillade bien nourrie. 

Les branches du pommier, sous lequel nos francs-tireurs 
étaient couchés à plat ventre, se recourbaient et touchaient 
presque terre ; en avant, des vignes obligeaient la cavalerie 
à s’arrêter à une cinquantaine de mètres. Le sergent Séra- 
mon, vieux soldat d’Afrique, avait fait un petit speech à 
ses hommes ; il leur avait fait disposer à terre, devant eux, 
leurs paquets de cartouches ouverts et leur avait inspiré 
une telle coiifiance que ces jeunes gens, sachant qu’ils 
attiraient sur eux les forces de l’ennemi, ne cessèrent le 
feu que sur son ordre et dans les conditions suivantes : 

Le commandant des troupes ennemies donna l’ordre à 
la cavalerie de débusquer nos hommes. Deux pelotons 
chargèrent successivement et furent accueillis par une 
fusillade bien dirigée, Ils vinrent buter dans les vignes 
qu’ils n’avaient pas vues et furent obligés de se replier. 
Pour en finir on eut recours à l’artillerie : « Ne bougez 
pas, dit Séramon, ce n’est qu’au troisième coup qu’il y 
aura du danger. » En effet, le premier obus avait porté 


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DES ALPES-MARITIMES 


61 


au delà; le second n’arriva pas jusqu’à nos hommes; 
le troisième coupa le pommier qui tomba sur eux et les 
prit comme dans une cage. C’est alors seulement qu’ils se 
glissèrent entre les branches et rejoignirent au pas de 
course la compagnie déjà loin et hors de portée du feu de 
l’ennemi. Je cite ce petit épisode comme exemple de ce 
que peut chez les soldats la confiance en leurs chefs. Ce 
fut, comme je l’ai dit plus haut, en cette circonstance que 
la première compagnie reçut le baptême du feu; pas un 
homme ne fut blessé. 


XI 

Le 17 octobre la deuxième compagnie appelée par dépê- 
che de Cloyes à Châteaudun, arriva dans cette localité 
dont elle trouva les rues barricadées. Le chef des francs- 
tireurs de la Seine avait pris le commandement supérieur. 
11 envoya, le jour même, nos hommes en reconnaissance. 
La compagnie rentra le lendemain après s’être assurée de 
la présence de huit ou dix mille ennemis au village de 
Saint-Cloud. Le 18, à midi, l’ennemi s’avançait en colon- 
nes profondes. Les barricades étaient occupées ; les francs- 
tireurs des Alpes-Maritimes étaient aux postes avancés, 
déployés en tirailleurs. Obligés de se replier, ils prirent 
position derrière les barricades sur lesquelles l’ennemi fit 
immédiatement pleuvoir la mitraille. 

Les assaillants étaient au nombre d’environ dix mille 
hommes et avaient en batterie vingt-trois pièces dont deux 
spécialement chargées d’incendier la ville. En quelques 
instants plusieurs quartiers furent en feu. Nos volontaires 
tenaient ferme derrière les barricades, répondant au canon 
par une fusillade bien nourrie et des mieux dirigées. 

Ce combat acharné dura jusqu’à 7 heures du soir sans 


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LES FRANCS-TIREURS 


que l’ennemi fît le moindre progrès; si, à ce moment, les 
renforts qu’on avait demandés à Cloyes et à Vendôme 
étaient arrivés, l’ennemi aurait été infailliblement repoussé. 

La ville était en feu. La barricade de la gare, que défen- 
dait un petit poste de gardes nationaux, car on ne s’atten- 
dait pas à une attaque de ce côté, fut tournée par les 
Allemands qui débouchèrent sur la place d’où ils balayaient 
les rues par des feux de peloton. Nos volontaires les char- 
gèrent à la baïonnette en chantant la Marseillaise et leur 
firent à plusieurs reprises lâcher pied. Bientôt, devant les 
masses allemandes se renouvelant sans cesse, ils furent 
obligés de songer à la retraite qui s’effectua par le pont du 
Loir et la route de Courtalin. 

Ce fut principalement à la barricade de la rue de Char- 
tres que nos francs-tireurs se distinguèrent. Avec les 
volontaires de Nantes, ils tinrent l’ennemi à distance et 
repoussèrent plusieurs assauts à la suite desquels ils s’élan- 
cèrent à la poursuite de l’ennemi qu’ils pourchassaient la 
baïonnette dans les reins pendant plusieurs centaines de 
mètres. Des enfants, de jeunes filles prirent part à la 
défense héroïque de cette barricade; M l,e Laurentiue Proux 
et son jeune frère âgé de douze ans, approvisionnèrent 
nos hommes de cartouches pendant toute la durée du 
combat. M" 1 ’ Proux reçut derrière la tète une balle qui, 
heureusement, ne fit que traverser ses cheveux. Il n’y a 
que deux ans, je crois, que le gouvernement a songé à 
récompenser le courage de cette patriote en lui accordant 
une médaille d’honneur. 

A minuit, le feu avait gagné tous les quartiers de la 
ville et resserrait les combattants dans son cercle de flam- 
mes ; toute résistance était devenue inutile. Il fallut cesser 
le combat, mais l’ennemi sut à quel prix il resta vainqueur 
sur les ruines de la valeureuse cité. 


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DES ALPES-MARITIMES 


63 


XII 

Voici les rapports qui nous furent adressés par le capi- 
taine Cresp et par son lieutenant M. Cherait, aujourd’hui 
capitaine dans l’armée territoriale. 

Extrait du rapport du capitaine Cresp 

« D’après les ordres reçus du commandant des francs- 
tireurs de Paris, je rassemblai à la hâte une partie de la 
compagnie et je me rendis à la gare pour appuyer ce poste. 
Après avoir déployé les hommes en tirailleurs en avant 
de la gare, je fus obligé de me replier sur les barricades 
après quelques coups de feu. Je disposai une partie de mes 
hommes, avec ceux du poste avancé, à la barricade de la 
rue de la Gare, qui était inoccupée et j’y laissai le sous- 
lieutenant Dussol, des francs-tireurs de Paris. Je me portai, 
avec le reste de mes forces, à la barricade de la rue de 
Chartres où arrivait en même temps un lieutenant des 
francs-tireurs de Paris, à qui je donnai le commandement 
de cette barricade; je portai ensuite une cinquantaine de 
gardes nationaux dans les maisons de la rue de Chartres 
donnant sur le ravin du Loir, pour protéger ce côté de la 
ville. Après avoir visité sur le Mail un autre poste que je 
trouvai garni, je revins â la barricade de la rue de Chartres 
où je pris quelques hommes disponibles pour me mettre 
en embuscade dans un jardin clos, à droite et en avant de 
la barricade ; nous nous tînmes dans cette position jusqu’à 
4 heures ou 4 heures 1/2, heure à laquelle elle devint tout 
à fait inutile, l’ennemi étant tout à fait délogé de là et se 
portant en masse pour attaquer la gauche de la barricade 
en remontant le ravin du Loir. Je me portai avec mes 
hommes dans un jardin dépendant de la maison qui faisait 


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64 


LES FRANCS-TIREURS 


le coin gauche de la barricade; l’ennemi s’avançait en 
grand nombre, une fusillade bien nourrie le maintint à 
distance. Vers le soir, un bon nombre d’hommes ayant 
leurs armes rendues inutiles par l’encrassement provenant 
de la grande quantité de cartouches brûlées et ne pouvant 
les remettre en état à cause de l’obscurité, je les fis ranger 
la baïonnette au canon dans le corridor de la maison 
conduisant à la barricade, pour s’y joindre, l’assaut deve- 
nant imminent. Au moment où la barricade fut enlevée 
par l’ennemi, je me trouvai cerné de tous côtés dans le 
jardin avec deux hommes (le sergent Morin et le caporal 
Mouton), les seuls qui eussent les armes en bon état ; nous 
tâchâmes de nous frayer un passage à la faveur de la nuit 
pour gagner le Loir. Nous avions à peine fait vingt pas 
que je reçus une balle dans la cuisse ; je dus à mon revolver 
qu’elle ne me traversât pas le ventre. A dater de ce mo- 
ment, je perdis de vue mes deux compagnons *, je marchai 
en avant et après avoir sauté, malgré ma blessure, un mur 
de 4 à 5 mètres d’élévation, je me trouvai au milieu d’une 
douzaine de gens de la localité avec lesquels je me réfugiai 
dans une cave; là je pansai mes blessures avec de la terre 
et ma chemise de flanelle, je me déguisai aussi avec des 
effets que me fournirent ces gens-là, j’entendis la fusillade 
continuer jusqu’à minuit. Quelques coups de feu furent 
encore tirés jusqu’à 8 heures du matin. Le lendemain 
après-midi, ayant été laissé seul dans la cave par ces 
habitants qui m’avaient promis de me faire prendre par 
les ambulances, je me décidai à traverser la ville au milieu 
des Prussiens, qui ne me reconnurent pas, grâce à mon 
déguisement, et me transportai à l’hôpital militaire sans 
être inquiété. 


1. Il* Tenaient de tomber aux main* de l’ennemi. 


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DES ALPES-MARITIMES 


66 


« Les hommes ont tous fait preuve d’une grande bra- 
voure, ils méritent les plus grands éloges. 

« Parti de Châteaudun le 23 à 8 heures du soir, j’arrivai 
à Vendôme à minuit et à Tours le 24 à midi. 

« D’après les rapports qui m’ont été faits sur la com- 
pagnie, il est constaté que les nommés : 

MORIN Marie-Antoine, sergent ; 

MOUTON Léopold, caporal ; 

CAVALLIER Auguste, franc-tireur; 

APPENDINO Georges, id. 

FORESTIER François, id. 

BOYER François, id. 

sont prisonniers. 

« Le nommé Timothée Julien, franc-tireur, a reçu une 
balle à l’oreille; Julien Barthélemy, franc-tireur, a été 
blessé à la jambe d’un éclat d’obus : cet homme est resté 
enfermé dans une cave avec cinq personnes qui ont été 
asphyxiées, lui seul a survécu. » 

Le lieutenant Chemit, qui commandait une partie de la 
compagnie, a fourni le rapport suivant : 

« Je réunis immédiatement les hommes de la compagnie 
que je trouvai ; je fis garnir une barricade par le sous- 
lieutenant Perrin qui se trouvait là, et je laissai avec lui 
la moitié des hommes dont je disposais ; je montai ensuite 
avec les hommes qui me restaient, quelques francs-tireurs 
de Paris et quelques gardes nationaux, dans le clos des 
Dames-Blanches qu’on venait de me dire être inoccupé. 
Je fis placer immédiatement un homme à chaque meur- 
trière. Le feu ne commença pas immédiatement, puisqu’il 
y avait une ligne de tirailleurs à environ 300 mètres en 
avant de notre position. Ces tirailleurs étaient partis de 
la gare ; ils se replièrent lentement et en bon ordre, en 


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66 


LES FRAX CS - TIRE URS 


faisant de nombreux vides dans les rangs ennemis. Aussitôt 
la ligne de tirailleurs repliée sur notre position, mes hom- 
mes commencèrent un feu nourri sur les Prussiens qui 
débouchaient du bois et qui vinrent occuper une ferme 
située à environ 150 mètres du mur crénelé. L’ennemi, 
croyant cette ferme occupée par nous, dirigea sur l'habita- 
tion le feu d’une batterie qui l’incendia immédiatement ; 
il dut perdre assez d’hommes, car à plusieurs reprises il 
essaya de tourner notre droite, mais la vigueur avec 
laquelle nous répondions à son attaque le faisait bientôt 
se replier sur les débris de la ferme. 

« Tous les hommes ont fait preuve de beaucoup de 
sang-froid, tirant avec calme lorsque l’ennemi se montrait 
à découvert. Nous avons dû lui faire subir des pertes sen- 
sibles ; de notre côté, il n’y eut que quelques blessés. 

« A 9 heures du soir, un sergent des francs-tireurs de 
Paris vint nous annoncer que toutes les barricades étaient 
débordées et que l’ennemi occupait la place. Il avait été 
décidé qu’on battrait en retraite par la route de Courtalain, 
ce qui fut exécuté en bon ordre, la baïonnette au canon. 
Je n’ai qu’à me louer de la conduite et du sang-froid de 
tous les hommes qui étaient avec moi. » 

XIII 

Nous avons entendu raconter maint épisode de cette 
valeureuse défense de Châteaudun ; nous n’en citerons 
qu’un seul. Le jeune François Forestier, élève du Lycée 
de Nice, se trouvait embusqué derrière un mur crénelé 
d’où il tirait sans relâche et avec adresse, dès qu’il voyait 
un ennemi à découvert. Un obus bieu dirigé vers le créneau 
meurtrier enlève un pan de mur sans toucher à notre jeune 
volontaire. Ses chefs l’invitent alors à s’abriter derrière un 


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DES ALPES-MARITIMES 


67 


pan de muraille intact : « J’étais gêné pour viser, répond-il, 
mais comme cela je vois bien mieux. » Et il resta à la 
même place. C’est là que, se défendant jusqu’au dernier 
moment, il fut entouré par une nuée d’ennemis, désarmé 
et fait prisonnier. 

C’est grâce à la présence d’esprit du sergent Morin, 
ancien sous-officier de zouaves, que nos prisonniers échap- 
pèrent au sort destiné aux francs-tireurs. Il fut reconnu 
par un général allemand, devant lequel il avait été conduit 
avec ses camarades, et des ordres furent donnés pour qu’ils 
fussent traités humainement et comme belligérants régu- 
liers. Il eût été du reste absolument contraire au droit des 
gens de fusiller, sous prétexte de leur nom de francs- 
tireurs, des combattants portant l’uniforme et munis de 
livrets et de commissions en règle. 


XIV 

Le ministre de la guerre ayant demandé un rapport 
spécial sur la conduite de la 3e compagnie pendant la 
campagne, nous extrayons quelques notes succinctes de 
la relation du capitaine Gignoux. 

« Nous arrivâmes à Tours le 18 octobre, et le 21 la 
compagnie fut admise au titre du ministère de la guerre. 
Le même jour, les commissions furent remises aux of- 
ficiers. Le 22, sur l’ordre du général commandant la 
18e division militaire, je me rendis à la Ferté-Bernard 
(Sarthe). Arrivés dans cette localité le 24, nous en par- 
tîmes le 25 pour Brou (Eure-et-Loir), en passant pas 
Authon, les Autels, Unverre. 

« Le 30, je reçus avis du commandant des mobiles can- 


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LES FRANCS-TIREURS 


tonnés à Frazé de la présence à Illiers (à 6 ou 7 kilo- 
mètres de Brou), d’une reconnaissance ennemie forte 
d’environ cinquante hussards. 

« La compagnie s’y rendit avec un peloton de chasseurs 
d’Afrique et la compagnie des francs-tireurs de Fiers 
(Orne). L’ennemi fut surpris dans Illiers , cinq cavaliers 
et l’officier commandant le détachement furent tués, 
deux autres hussards furent faits prisonniers. Nous nous 
installâmes à Illiers où nous eûmes journellement des 
engagements avec les éclaireurs de l’ennemi. Le 3 no- 
vembre, attaqués par des forces plus considérables, nous 
demandâmes du renfort au colonel Pâris et pûmes re- 
pousser l’ennemi après lui avoir fait éprouver des pertes 
sérieuses. 

« Le 5, je reçus l’ordre du colonel Pâris de quitter 
Illiers et de me rendre à Courtalin pour mettre ma com- 
pagnie sous les ordres du général Fiereck. 

« Arrivé le 7 à Courtalin, le général me donna l’ordre 
de marcher en éclaireur vers Châteaudun en avant du 
XVII* corps. 

« Le 8, je fus dirigé de Châteaudun vers Marboué où 
nous avons séjourné jusqu’au 11 novembre. 

« Le 11, le général Fiereck me donna l’ordre de pous- 
ser jusqu’à Bonneval où l’on signalait de nombreux 
éclaireurs ennemis, et de m’établir, si possible, dans cette 
localité pour surveiller les environs. Arrivé à Bonneval 
le 12 à 4 heures du matin, j’établis immédiatement 
deux postes dissimulés en avant de la ville, l’un sur 
la route de Chartres, l’autre sur celle de Voves. 

« A 7 heures, un détachement ennemi d’environ trente 
cuirassiers blancs se montra sur la route de Chartres 
tandis qu’un autre peloton, à peu près de même force, 
ce dernier composé de hussards, s’avançait vers nous par 


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DES ALPES-MARITIMES 69 

la route de Vovcs. Notre poste se préparait à les re- 
cevoir par une salve quand un peloton de dragons, 
arrivant au galop, les chargea à fond et leur lit pren- 
dre la fuite. Comme nos cavaliers, qui ignoraient notre 
embuscade, se trouvaient entre eux et nous, il nous fût 
impossible de faire feu. 

« Les cuirassiers qui venaient par la route de Char- 
tres étaient encore à 250 mètres environ de notre 
embuscade, dans laquelle ils allaient tomber, quand ils 
virent nos dragons sur la route de Voves et s’empres- 
sèrent de tourner bride. J’ordonnai un feu à volonté 
qui tua six d’entre eux et en blessa plusieurs autres. 
Un de ces cuirassiers fut fait prisonnier. 

« Le 13 et le 14, engagements continuels, mais sans im- 
portance, avec les coureurs ennemis. 

« Le 14, à Moriers, une reconnaissance de quarante uhlans 
fut surprise par nous, et, quoique le feu ait été ouvert û 
assez longue portée, cinq cavaliers furent tués, un certain 
nombre blessés; trois, dont un officier, furent faits prison- 
niers. Cet officier, du grade de capitaine, était attaché à 
l’état-major du prince de Saxe-Weimar; il se nommait 
Bernhard von Pleissen, et, comme il était dangereusement 
blessé, il fut transporté par nous à l’hôpital de Bonueval 
d’où, deux jours après, il fut dirigé sur Tours par ordre du 
général Fiereck. 

« Dans cette rencontre, le sous-lieutenant Dupré et le 
sergent-major Bounin se sont particulièrement distingués. 

« Le 18, dans la nuit, rencontre d’une reconnaissance de 
uhlans qui est mise en fuite ; nous trouvâmes, le lende- 
main, sur le lieu de l’action, plusieurs lances brisées et de 
larges taches de sang. 

« Le 19, attaque de Bonneval par une troupe d’environ 
deux mille hommes avec artillerie. Nos hommes déployés en 


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LES FIIANCS-TIREURS 


tirailleurs dans la plaine soutinrent le choc jusqu’à l’arri- 
vée du capitaine de vaisseau Collet, campé à 2 kilomè- 
tres de Bonneval. L’ennemi battit en retraite en incendiant 
le petit village de Perruchet. 

« Dans la nuit du 22 au 23 , nous recevons l’ordre de 
couper les voies ferrées, ce que nous exécutons en avant 
de Bonneval, dans la direction de Chartres. 

« Le 23, au point du jour, ordre nous est donné d’aller en 
reconnaissance dans la direction de Brou. Nous arrivons à 
Dangeau qui est occupé par une nombreuse cavalerie. 
Obligé de battre en retraite, je fis déployer la compagnie 
en tirailleurs, appuyé que je fus par une. compagnie des 
volontaires de l’Ouest (zouaves de Charettc), accourus au 
bruit de notre fusillade. Le sous-lieutenant Saclier, qui 
commandait la ligne de tirailleurs, sut diriger très habile- 
ment sa marche et maintint à distance l’ennemi auquel il 
fit subir des pertes sensibles. Nous n’avons eu qu’un seul 
blessé dans cette escarmouche. 

« Le soir même, je fis mon rapport, à la suite duquel tou- 
tes les troupes de la division reçurent l’ordre de se concen- 
trer sur Marboué, près de Châteaudun. 

« Le 25, nous sommes placés à l’extrême droite du corps 
d’armée qui refoula l’ennemi sur Yèvres près Brou. 

« Le 26, nous gagnons la forêt de Marehenoir et sommes 
cantonnés du 27 au 29 courant. 

« Le 30, nous gagnons Saint-Peravy-la-Combe par Ou- 
zouer-le-Marché et Coulmiers. 

« Dans la journée du 3 décembre nous reçûmes l’ordre de 
nous replier sur Orléans ; la route étant coupée , nous 
marchons sur Beaugency où nous arrivons le 6 décembre. 

« Le 7, notre compagnie occupe l’extrême droite de l’ar- 
mée, sur les bords de la Loire, et nous échangeons quel- 
ques coups de feu avec l’ennemi qui oceupe la rive opposée. 


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DES ALPES-MAIUTIMES 


71 


« Le 8, nous sommes placés dès le point du jour, en avant 
de Bcangency, sur la route d’Orléans. 

« L’officier d’état-major qui nous assigna ce poste me fit 
savoir qu’à ma droite devait se trouver un bataillon de 
gendarmerie qui devait garder la ligne jusqu’au bord de la 
Loire. A ma gauche, se trouvait un bataillon de chasseurs 
à pied, dont nous étions séparés par le remblai du chemin 
de fer. 

« Mes hommes étant très fatigués par les grandes marches 
des jours précédents, je leur fis quitter les sacs qui furent 
entassés sur la voiture aux bagages. Deux hommes furent 
chargés de la garde de ce dépôt, avec ordre de se diriger 
sur Mers, dans le cas où l’armée serait obligée de battre en 
retraite. 

« Le combat s’engage dès le jour sur notre gauche et, 
devant nous, sur la route d’Orléans, se montrent des uhlans 
que nous laisons arriver à bonne portée, dissimulés que nous 
sommes par un pli de terrain. Je commande le feu et ils 
tournent bride aussitôt en laissant quatre morts sur le ter- 
rain. 

« A 10 heures, un brouillard épais se lève ; à 2 heures, 
le bruit de la mousqueterie se rapproche et quelques balles 
tombent ou milieu de nous ; les chasseurs à pied qui étaient 
à notre gauche déploient une ligne de tirailleurs et sonnent : 
en avant. Je suis le même mouvement, de façon à relier ma 
gauche à la droite des chasseurs et je me porte aussi en 
avant. Bientôt je distingue, quoique difficilement à cause 
du brouillard, une masse sombre qui se dirige vers nous 
venant de la Loire, un peu obliquement, du côté de notre 
droite. Ne pouvant distinguer quelles étaient ces troupes 
et croyant que les gendarmes étaient dans cette direction, 
j’arrêtai ma ligne dans un endroit où le terrain, s’élevant 
légèrement, offrait un certain abri et je lis mettre mes 


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LES FRANCS-TIREURS 


hommes à genoux. Reconnaissant enfin l’ennemi que j’avais 
pris pour le bataillon de gendarmerie, je fis ouvrir le feu et 
l’ennemi y répondit vigoureusement mais en visant au- 
dessus de nous, ce qui fit que les premières salves nous 
firent peu de mal 

« Il était alors 4 heures et demie, la nuit commençait 
à nous envelopper ; les masses ennemies se montraient sur 
notre droite qui, n’ayant pas de réserve, commençait àplier. 
Je songeais à me replier sur les chasseurs quand retentit de 
leur côté la sonnerie : en retraite ! En arrière, sur notre 
droite s’étendait un mur se reliant aux premières maisons 
de Beaugency; un espace découvert d’environ 300 mètres 
nous séparait de cet abri ; je crus devoir, tout en conservant 
ma ligne et en continuant le feu, diriger la retraite vers ce 
point. A peine sommes-nous à découvert qu’une grêle de 
balles nous arrive. Deux hommes tombent à mes côtés ; 
l’ennemi arrive rapidement et coupe notre ligne en deux. 
Une partie de la compagnie gravit le remblai du chemin 
de fer sous les ordres du sous-lieutenant Dupré ; l’autre me 
suit et gagne les premières maisons de Beaugency. Ajou- 
tons, ce qui n’est pas dans le rapport, que pendant cette 
retraite d’une cinquantaine d’hommes devant des forces 
considérables, un de nos volontaires nommé Charolles, ser- 
rurier à Nice, voyant tomber à ses côtés le caporal Gouget, 
ram piste, sou ami, frappé d’une balle à la gorge, le chargea 
sur ses épaules et l’emporta jusque dans la ville croyant 
qu’il n’était que blessé. Malheureusement le pauvre Gouget, 
l’un de nos ouvriers les plus intelligents, avait été tué 
raide. 

« Les obus commencent à tomber sur la ville que nous 

1. Le bataillon de gendarmerie qui devait occuper l’extrême droite entre la Loire et 
nos volontaires avait été surpris par l’ehnemi et presque détruit la veille. C’est pourquoi 
l’aile droite a pu être facilement débordée, aucune troupe n’ajant eu mission de remplacer 
le bataillon qui faisait défaut. 


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DES ALPES-MARITIMES 


73 


traversons rapidement en ralliant uue quantité de soldats 
de la ligne et de mobiles errant en désordre dans les rues, 
et à la tête de cette troupe, je gagne la route de Blois. 

« A 2 kilomètres de la ville, je fais halte pour tâcher de 
rallier la section commandée par M. Dupré, qui parvient eu 
effet à me rejoindre. Il fait nuit noire. Nous procédons à 
l’appel, seize hommes manquent. Nos bagages ont été enle- 
vés par l’ennemi. Le lendemain nous faisons partie d’une 
colonne allant se reformer et s’équiper de nouveau à Tours 
où nous arrivons le 11. L’intendance partait le même jour; 
on nous donna ordre de nous porter sur Angers, où j’arrivai 
le 15 décembre. Nous fîmes quelques enrôlements pour 
combler les vides et nous fûmes rééquipés. 

« Le 19, je partis pour le Mans avec ma compagnie, plus 
un détachement d’isolés de cent cinquante hommes, qui fut 
confié à ma garde avec ordre de le remettre aux autorités 
militaires de cette ville. 

« Nous fûmes, dès notre arrivée, incorporés dans le 18* 
corps, l rc division, sous les ordres du général de Roque- 
brune, qui était campé à Saint-Saturnin. 

« Le 10 janvier, notre division prend la route de Pari- 
gné-l’Evêque. Nous avions à peine parcouru 7 à 8 kilo- 
mètres, quand nous fûmes arrêtés par une colonne du 
XVI' corps engagé depuis plus d’une demi-heure et qui se 
repliait sur nous. Des obus nous arrivent; nous nous por- 
tons en arrière pour faciliter le tir d’une batterie que l’on 
met en position et nous campons sur place. 

« Le lendemain, après avoir été envoyés en reconnais- 
sance et avoir signalé au général l’établissement de batteries 
ennemies en face de notre position, nous fûmes disposés en 
soutien de la batterie occupant les hauteurs de Parigné- 
l’Evêquc, poste dont on nous releva à la nuit. 

« Le lendemain 12, commença la retraite sur Laval. Nous 


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LES FRANCS- TIREURS 


traversâmes le Mans, où les obus qui commençaient à 
tomber tuèrent deux de nos hommes. 

« Après trois jours et trois nuits passés dans la neige, 
nous arrivâmes à Laval le 17. Mes hommes étaient horri- 
blement fatigués. 

« Le 22, je fus envoyé â la chapelle Anthenaise pour me 
mettre à la disposition du colonel Farian, commandant le 
43 n,e régiment de marche, qui occupait les avant-postes. 

« Ordre me fut donné le 24, par cet officier, de m’établir 
en extrême avant-poste à Saint-Cénéré, près de Mont-surs. 
Etant continuellement en contact avec rennemi, nous 
eûmes à cette époque des engagements journaliers à la 
chapelle Rainsoin, à Vaiges, à Saint-Léger, à Evron. Notre 
dernier coup de fusil, probablement le dernier de l’armée de 
la Loire, fut tiré â Saint-Léger, que je vins occuper la nuit 
et où je trouvai quatre spahis venus en reconnaissance. 

« Cinq routes aboutissent à ce village; je plaçai une em- 
buscade de dix hommes à chaque entrée du village avec 
consigne de laisser entrer les cavaliers ennemis et de leur 
fermer ensuite le passage. Défense était faite aux spahis 
de se montrer sous aucun prétexte. 

« Au petitjour, une reconnaissance de cinquante â soixante 
hussards prussiens est signalée sur la route de Chammes ; 
elle est précédée d’une pointe de cavaliers, qui arrive jus- 
qu’aux premières maisons du village. Le détachement qui 
la suit s’arrête â 50 mètres en arrière ; mais, â ce moment, 
les spahis s’étant montrés malgré ma défense, les quatre 
éclaireurs tournent brusquement bride et se replient au 
galop sur le peloton resté hors du village. 

« Le sergent-major Bounin, qui commandait l’embuscade 
en cet endroit, ouvre alors un feu bien nourri sur le gros 
des hussards, qui ripostent avec leurs mousquetons avant 
de tourner bride. 


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DES ALPES-MARITIMES 


75 

Le poste le plus rapproché, commandé par le sous-lieu- 
tenant Saclier, se porte en courant sur le lieu de l’action 
et peut joindre son feu à celui du petit poste commandé 
par le sergent-major. Trois cavaliers tombèrent entre uos 
mains, six furent tués sur place. Le lendemain nous avons 
su qu’il y avait eu un certain nombre de blessés emportés 
par leurs chevaux. 

« En rentrant dans notre cantonnement, nous trouvâmes 
un ordre du colonel nous annonçant l’armistice et m’en- 
joignant de conserver les positions que j’occupais. A partir 
de ce moment, nous fîmes partie du [XVI* corps, 4 mc divi- 
sion, 3 m * brigade. 

« Le 5 février, dans une revue de la division, le général 
de Roquebrune adressa des félicitations particulières à la 
compagnie sur sa conduite aux extrêmes avant-postes. » 

A la suite de ce rapport, dont nous n’avons cité que les 
passages les plus importants, M. Albert Gignoux avait 
signalé à M. le Ministre de la Guerre, comme s’étant 
particulièrement distingués : MM. Louis Saclier, sous- 
lieutenant, et Eugène Bounin, sergent-major, ainsi que 
les volontaires Pierre Perrin et Emile Reynard. 

Ajoutons que la conduite de cette compagnie a été 
exemplaire et que les certificats les plus honorables ont 
été délivrés à son chef par les autorités civiles de tous les 
pays où elle a tenu cantonnement. 

XV 

Les débris de nos compagnies sont rentrés à Nice dans 
un état des plus misérables. Plusieurs hommes malades 
sont morts des suites de leurs fatigues. Trois volontaires, 
qui avaient refusé d’entrer en Suisse, ont quitté l’armée 
de l’Est avec autorisation de louis chefs et se sont pré- 


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76 


LES FRANCS-TIREURS 


sentes au dépôt avec armes et bagages; l’un d’eux, blessé 
au pied , n’avait d’autres chaussures qu’un chiffon de 
toile et c’est dans cet état qu’il a traversé le Jura couvert 
de neige, et passant par le mont Rizou, sans vivres, 
sans secours d’aucune sorte, ils arrivèrent à Collonges, 
d’où ils purent prendre la voie ferrée pour rentrer à Nice. 
Ces trois francs-tireurs étaient MM. Mallard, artiste pein- 
tre; Lajoie, entrepreneur de travaux de charpente, etBros- 
son, employé au Théâtre-Français à Nice. De tous les 
vêtements qui avaient été délivrés au départ, les manteaux 
à capuchon à la zouave étaient ceux qui avaient le mieux 
résisté et dont nos volontaires avaient tiré le meilleur 
parti. Le manque de sacs leur avait causé beaucoup de 
gêne; aussi quelques-uns étaient-ils heureux d’avoir pu 
s’eu pourvoir pendant la campagne. 

Le Conseil d’administration du corps a délivré à chaque 
homme, à son retour à Nice, un congé de libération et, sur 
l’avis des capitaines, les certificats de bonne conduite mé- 
rités par presque tous. Il a signalé au ministre de la guerre 
les chefs qui se sont distingués devant l’ennemi. Aucune 
suite n’a été donnée à cette démarche, mais si ces messieurs 
et leurs braves compagnons n’ont reçu aucune récompense 
officielle, ils ont du moins su conquérir l’estime de leurs 
frères d’armes et de tous les bons Français. 


F. Brun. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

ÉTUDE SUR LES PEINTRES NIÇOIS DE LA RENAISSANCE 


1 

Pendant plusieurs siècles, l’un des chefs-d’œuvre de Louis 
Bréa, appartenant à la confrérie de la Miséricorde de Nice, 
resta exposé en plein air près de l’église Sainte-Réparate. 
En 1862, mon compatriote et collaborateur Ch. Abel (de- 
puis député protestataire au parlement d’Allemagne) publia, 
dans la Revue de Nice, une note relative à ce tableau 1 . Plus 
tard, dans sa livraison du 1" août 1874, la même publica- 
tion signalait l’état déplorable de ce panneau, dont toute la 
partie inférieure était dégradée et qu’il était urgent de 
soustraire aux influences atmosphériques *. 

L’auteur de cet article indiquait le danger qu’il y aurait 
à confier ce chef-d’œuvre à un restaurateur de peinture, et 
conseillait de faire une copie fidèle du tableau pour la 
substituer à l’original, qu’il aurait désiré qu’on déposât au 
Musée de la ville. 

Il ne fut malheureusement pas tenu compte de ce conseil 
et il est aujourd’hui difficile, pour ne pas dire impossible, 
de reconnaître, dans le panneau exposé à la chapelle de la 
Miséricorde, la touche délicate et lestons si harmonieux du 
plus célèbre peintre niçois de la Renaissance. En un mot, 
cette œuvre remarquable a été recouverte d’une épaisse 
couche de couleur à l’huile. 

1. Revue de Nice , tome IV, p. 67. 

2. Id. tome VI, p. 255. Causeries artistiques par Franck (F. Brun). 


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78 


JEAN MIHA1HET1 ET LES TROIS BREA 


Lors de la XLIV' session du Congrès scientifique de 
France, j’eus l’occasion de signaler ce tableau, ainsi que 
plusieurs autres du même maître, et un magnifique rétable 
déjà cité par la Revue de Nice et dit au pinceau de Jean 
Miraiheti. Cette œuvre décore la sacristie de la chapelle de 
la Miséricorde 

Je n’ai pas cessé, depuis lors, de m’occuper du célèbre 
artiste niçois, dont quelques auteurs ont voulu faire le chef 
de l’école génoise. Les lacunes regrettables que présente au 
sujet des Bréa V Histoire des Peintres de Ch. Blanc m’ont 
encouragé à continuer mes études sur cette famille, et c’est 
le résultat de ces recherches que j’ai soumis à notre Société 
des lettres, sciences et arts, qui en a voté la publication. 

Il 

Voici la courte et inexacte notice qu’on trouve sur 
Louis Bréa dans le grand dictionnaire de Larousse : 
« Bréa (Ludovico), peintre italien né à Nice, vivait à la fin 
du quinzième siècle et au commencement du seizième. Il 
habita presque constamment Gênes, où se trouvent la plu- 
part de ses œuvres. Ses tableaux, de petites dimensions et 
peints avec un soin extrême, présentent la sécheresse de 
l’ancien style; toutefois, on y remarque une bonne entente 
de la composition et de la perspective, un coloris vigou- 
reux et des têtes qui ne manquent pas de beauté. » 

Luigi Lanzi, dans son histoire des peintres italiens, s’ex- 
prime ainsi au sujet de cet artiste * : 

« On ne connaît aucun peintre étranger ayant ouvert une 
école dans la Ligurie, si ce n’est un Niçois qui, par la suite, 
a été considéré comme le fondateur de l’école génoise. Il se 

I. Compte rendu de la XLIV • session du Congrès scientifique de France , tome II. 
p. 253 et suivantes. 

Ü. SRtritt pitUn'irn dclCItalia, Toute V. p. 287. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BREA 


79 


nomme Louis Bréa et ses œuvres ne sont pas rares à Gènes 
et dans le territoire. 11 est fait mention de lui depuis 1483 
jusqu’en 1513. Il est inférieur, quant au goût, aux princi- 
paux artistes contemporains des autres écoles ; il employait 
les dorures et avait dans son dessin plus de sécheresse 
qu’eux. Cependant, son style ne le cède qu’à bien peu quant 
à la beauté des tètes et à la vivacité des couleurs, lesquelles 
sont encore presque intactes. Il drapait bien, composait 
avec science, ne reculait pas devant les difficultés de la 
perspective et était hardi dans les mouvements. 

« En somme, on peut dire de sa peinture qu’au lieu de sui- 
vre les traditions des autres écoles, elle a inauguré une 
école nouvelle. Il n’osa pas essayer les grandes proportions : 
dans les petites, comme dans son Massacre des Innocents , 
à Saint-Augustin, il est remarquable. Un saint Jean, qui se 
trouve dans l’oratoire de la Madone de Savone, est très es- 
timé. Ce tableau a été exécuté à la demande du cardinal 
de la Rovère, avec le concours d’autres artistes. » 

Le tableau en question, représentant saint Jean le Pré- 
curseur et saint Jean l’Evangéliste, a été en partie exécuté 
par Foppa et en partie par Bréa qui, du coté de saint Jean 
l’Evaugéliste, a signé et daté le tableau : 

Ludovicus Brea Nicensis pinxit hac parte : mccoclxxxx 
die x Augusti complecta. 

Filippo Baldinucci parle à peine de Louis Bréa; il cite 
comme ses élèves Antonio Semeno et Teramo Piaggia l . Il 
le considère cependant comme le chef de l’école génoise. 

Soprani donne la liste des ouvrages connus de Bréa et 
cite comme son plus ancien tableau l'Ascension de l’église 
de Santa-Maria délia consolazione à Gènes*. C’est une er- 
reur qu’il importe de relever, attendu que ce tableau porte 


1. Dellr nolizie de' professa ri de/ dixegnn. T. IV, p. 222. 

2. Vite de pii b tri, scultori cd nrchiteUi getutrcxi, 1 074. 


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80 JEAN MIRA1HETI ET LES TROIS BRÉA 

la date du 17 août 1483 et que nous connaissons de Louis 
Bréa plusieurs œuvres plus anciennes. 

Adolphe Siret, dans son dictionnaire de toutes les écoles, 
fait naître Bréa en 1499, ce qui prouve qu’il ne connaissait 
pas les œuvres de cet artiste. 

Nous ne parlerons pas de la date 1465 attribuée par le 
restaurateur du panneau de la Miséricorde au tableau de la 
Madone protectrice de Nice. Cette date est évidemment 
fausse, car le plus ancien tableau exécuté par Louis Bréa 
seul porte la date de 1478 et se trouve dans la sacristie de 
la chapelle des Franciscains deCimiez. 

Antérieurement à cette époque, Bréa ne travaillait pro- 
bablement que sous la direction de ses maîtres. Ce qui sem- 
ble le démontrer, c’est l’inscription que M. Schæffer a 
retrouvée sur un tableau de l’église des Dominicains à 
Taggia près de San Remo, dans la première chapelle à 
gauche en entrant '. Ce tableau, composé de six comparti- 
ments, trois en bas et trois plus petits au dessus, représente 
comme sujet principal l' Annonciation . Entre la figure de 
la Vierge et celle de l’ange, M. Schæffer a lu, avec une 
loupe, l’inscription suivante : 

10 RAI . ETI ET LVDOVICVS BREA 

PI. ..RES NICENSES FECERVNT 

AN.. DOM CLXXIII DIE XXI..L1. 

Donc, en l’année 1473, Louis Bréa, né à Nice, travaillait 
avec Miraiheti, peintre niçois que nous avons déjà cité 
comme l’auteur de l’admirable rétable de la chapelle de la 
Miséricorde à Nice. 

M. Schæffer n’hésite pas à considérer Miraiheti, dont il 
écrit le nom Mirailleti, comme le maître de Louis Bréa. 

1. Giovanni Mirallivti (sic) e Ludovic o Bréa. Brochure in-16 de 31 pages, par Henri 
Schipffer, 1874. 


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JEAN M1RAIHET1 ET LES TROIS BRÉA 81 

Nous partageons entièrement sa manière de voir, car Mirai- 
heti, dont on connaît des œuvres datant du milieu du 
quinzième siècle *, était plus âgé que Bréa. 

Ce dernier fut même chargé d’achever un tableau de Mi- 
raiheti après la mort de ce peintre *. Ce tableau porte l’ins- 
cription suivante : 

10. MIRAlHETI 

NICENS1S DVM VIVERET 1NVEN. 

LVDOVICUS BREA P1NX. 

1488. 

Ce texte démontre que L. Bréa, dont on connaît des œu- 
vres datant de 1513, travaillait, dans sa jeunesse, avec 
Miraiheti, le plus célèbre peintre niçois du quinzième siècle ; 
il fut chargé d’achever l’une de ses œuvres ; tout nous 
porte donc à croire qu’il était son élève. 

III 

Quoique nous ne puissions rien affirmer de positif à ce 
sujet, il est cependant permis de supposer d’après les dates 
connues, que Miraiheti vécut jusqu’en 1487 ou 1488 ; qu’en 
1451 il était déjà assez connu pour qu’on lui commandât la 
Madone de Savone, ce qui laisserait supposer qu’il avait 
au moins vingt-cinq ans vers le milieu du quinzième 
siècle et qu’il mourut à l’âge de soixante-deux ou soixante- 
trois ans. 

Son élève Louis Bréa, qui partageait ses travaux et pos- 
sédait déjà la maîtrise en 1473, devait avoir à cette date 
au moins vingt-cinq ans et environ quarante en 1488, 
quand il acheva l’une des œuvres de son maître qui venait 
de mourir. 

1. Entre autres, La madone de Savone , 1451. 

2. Ce tableau a été vendu en 1859 par M. Sajago de Milan, à un prince d’Allemagne. 
8ch*ffer loc. cit. 


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82 


JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BREA 


On ne connaît aucune œuvre de Louis Bréa postérieure 
à l’année 1513. Cependant, un inventaire de la paroisse de 
Montaldo comprend un tableau de cet artiste daté de l’an 
1519. 11 aurait eu, à cette époque, environ 70 ans, mais la 
date portée dans cet inventaire est-elle exacte? 

Nous ne devons, évidemment, tenir aucun compte de 
celle inscrite par le restaurateur sur le tableau qui a été 
transporté de la rue Sainte-Réparate à la sacristie de la 
Miséricorde de Nice. Cette date, 1465, ne peut être attri- 
buée à une œuvre de Louis Bréa, de beaucoup supérieure à 
celle portant la date de 1478 qui se trouve dans la sacristie 
des Franciscains de Cimiez. La Madone protectrice de 
Nice appartient à la seconde manière de Louis Bréa et est 
de plus de quinze ans postérieure au tableau de Cimiez. Le 
restaurateur du tableau de la Miséricorde ne s’est trompé 
que d’une trentaine d’années ! 

Donc, selon toutes les probabilités, Louis Bréa est né 
vers l’année 1450 et n’est mort que vers l’année 1520, âgé 
de soixante-dix ans. Son maître Jean Mirailieti. né vers 
l’année 1426, est mort avant 1488 et a vécu environ 62 ans. 

Ce qui semble confirmer ces faits, c’est qu’en 1454 le plus 
célèbre peintre de Nice n’était pas encore Jean Mirailieti, 
mais bien Jacob Durando, auquel fut confiée l’exécution 
du beau tableau d’autel du célèbre monastère de Lérins. 
Dix ans plus tard, Mirailieti, qui devait avoir étudié en 
Italie, était chef d’école à Nice. 11 appartient par la vérité 
du dessin et le naturel des figures, à l’école de Masaccio. 

Avant de décrire les chefs-d'œuvre de L. Bréa, que nous 
possédons à Nice, je me permettrai de rappeler, d’une ma- 
nière succincte, l’histoire des progrès accomplis dans l’art 
de peindre vers le milieu du quinzième siècle. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BREA 


83 


IV 


La plus ancienne peinture à l’huile connue est le fameux 
retable de l’agneau mystique dû à Hubert et à Jean van 
Eyck, chef-d’œuvre dont les diverses parties sont dispersées 
de nos jours et qui fut exposé pour la première fois à Garni, 
le 6 mai 1432. C’est l’œuvre capitale de l’école flamande 
primitive. 

En 1449 seulement, Roger van der Weyden, élève des 
Van Eyck, partit pour l’Italie où étaient déjà célèbres 
Masaccio, Filippo Lippi, Bellini, Fra Angelico, etc. Il en- 
seigna à Antonello de Messine les procédés de la peinture 
à l’huile et celui-ci les transmit, vers 1473, à Bellini de 
Venise. 

Gentile Bellini mourut en 1507; son frère, Giovanni, en 
1516. Ils étaient nés en 1426 et 1427. Ce sont donc les con- 
temporains de notre peintre niçois Louis Bréa. 

Mautegna, qui débutait à peine quand Roger van 
Weyden arriva en Italie, épousa la sœur des Bellini et 
apprit d’eux les procédés nouveaux. 

Il est évident qu’avant de passer de l’école de Venise à 
celle de Gênes, la peinture à l’huile mit un certain temps 
et qu’elle ne fut guère connue dans le comté de Nice avant 
la fin du quinzième siècle. 


V 

Tous les tableaux de Miraiheti sont donc antérieurs à 
la propagation de la peinture à l’huile et également les 
premiers tableaux de Bréa. 

* Le sujet du rétable signé de Miraiheti, dont nous avons 
parlé plus haut, est Notre-Dame de la Miséricorde, lise 
compose de onze panneaux et a 2"‘,10 de large sur 2 n ‘,50 de 


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84 JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BREA 

haut. Le panneau central a 1"‘,10 sur O™, 75 de hauteur. 
La Vierge, debout et couronnée, abrite sous son riche man- 
teau de pourpre et d’or une foule de personnages de tout 
rang, y compris le Pape, des cardinaux, des princes. Des 
anges gravés à la pointe décorent le fond d’or du panneau. 
La figure de la Vierge est d’un dessin des plus purs et 
d’une grâce inexprimable; les petites figures des person- 
nages abrités sous son manteau sont très soignées et l’é- 
tude de leurs costumes offre un intérêt archéologique par- 
ticulier. Dans les autres compartiments du rétable, à droite, 
sont peints saint Sébastien et saint Grégoire ; à gauche, 
saint Cosme et saint Damien ; ces deux derniers sont de 
véritables portraits. Les panneaux de droite et de gauche 
mesurent 0"',90 sur 0 m ,60. 

Au-dessus de ces quatre saints sont représentées quatre 
autres figures plus petites sur des panneaux de 0“,52 
0“,13, saint Estève, saint Laurent, saint Valentin et 
sainte Pétronille. Au milieu, dans une espèce de fronton, 
sur un fond bleu étoilé, le Christ, les mains croisées et 
percées et deux anges tenant le saint suaire ; ce panneau 
mesure 0“,40 de large et O”, 45 de hauteur. 

La prédelle est divisée en trois parties : le premier com- 
partiment à gauche, mesurant 0 m ,67 sur 0 ra ,32, représente le 
Christ apparaissant à Madeleine; il tient un étendard blanc 
écartelé d’une croix rouge, comme dans un tableau du 
Louvre attribué à Louis Bréa ; seulement, dans ce dernier, 
le champ blanc est semé de petites croix noires. 

Au milieu de la prédelle on a représenté la mise au tom- 
beau avec huit personnages, et, à l’extrémité de droite, la 
visite des saintes femmes et l’ange. Le panneau du milieu 
aO m ,75 de largeur et 0 m ,32de hauteur; celui de droite a les 
mêmes dimensions que celui de gauche. 

Toutes les dorures sont gravées en creux au pointillé; 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 85 

tous les fonds sont dorés à plat. Les nimbes de forme cir- 
culaire, les couronnes et les ornements sont gravés à la 
pointe sur fond d’or. 

Cette œuvre porte l’inscription suivante : 

hoc pinxit johannes miraiheti (en lettres gothiques). 

Pettinati Luigi restauravit 1850. 

Cette peinture est un des chefs-d’œuvre du quinzième 
siècle et l’une des curiosités les plus remarquables de la 
ville de Nice. 

L’ensemble est harmonieux, le dessin est très correct et 
se ressent à peine de la raideur de l’école primitive. Cer- 
taines figures sont traitées avec un talent exceptionnel ; 
celle de la Vierge est d’une douceur et d’une pureté inex- 
primables. 

On connaît peu de tableaux de Miraiheti ; M. Schæffcr 
en signale un de 1542 à Stoccarda 1 ; celui dont nous avons 
parlé plus haut, qui se trouve à Taggia, et auquel Louis 
üréa a collaboré en 1473; le tableau fini par Bréa en 1488: 
le petit tableau de Savone représentant une Madone as- 
sise, avec l’enfant Jésus, entourés d’une douzaine d’anges 
et de saints chantant et lisant. Cette œuvre est datée de 
1451. 

Enfin, dans le couvent de Saint-Barthélémy, entouré de 
découpures en carton doré, dans le corridor du premier 
étage, un petit tableau que, partageant l’avis de 
M. Schaeffer, je n’hésite pas à considérer comme devant 
être attribué à Miraiheti. 

Un de nos amis, M. le l) r Baréty, nous signale au Villars 
(arrondissement de Puget-Théniers) un rétable placé der- 

1. Au sujet de ce tableau, M. Schaeffer relève l’orthographe du nom de Miraiheti qu’il écrit 
toujours Mirallieti par deux /, il dit que le nom est mal écrit sur le tableau où il y aurait, 
selon lui : MirailbeU . C’est en réalité Miraiheti qu’on doit lire. 


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86 JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

rière le maître-autel dont la disposition rappelle, dans de 
plus grandes proportions, celle du tableau de la sacristie 
de la Miséricorde à Nice ; il pense que ce tableau peut être 
attribué à Miraiheti. 

Ni Charles Blanc, ni les écrivains qui, avant lui, ont 
écrit l’histoire des peintres n’ont fait mention de cet artiste 
qui fut le maître de Louis Bréa. Bien des œuvres de ce 
peintre, transportées hors de son pays natal, sont attribuées 
à d’autres maîtres. 

Je ne serais pas éloigné d’attribuer à Miraiheti, par 
exemple, le tableau du Louvre catalogué sous le nom de 
Louis Bréa et dans lequel nous retrouvons toutes les qua- 
lités du rétable de la Miséricorde de Nice et même certains 
détails tels que celui de l’étendard blanc à croix rouge 
porté par le Christ, sans parler des fonds d’or du dessin et 
de la facture particulière de l’ensemble. Ce tableau, com- 
posé de huit compartiments, représente entre autres person- 
nages le patron de Nice saint Nicolas de Tolentino, que 
les Niçois nommèrent leur avocat auprès de Dieu. 

Ce tableau ne porte pas le nom de son auteur, mais il 
est daté de 1477. C’est sur l’avis d’Otto Mundler et de 
M. Willot qu’il a été attribué à Bréa. Ces deux écrivains ne 
connaissaient peut-être pas l’existence de Miraiheti; s’ils 
avaient vu le rétable de la Miséricorde, ils n’auraient pro- 
bablement pas hésité à attribuer à cet artiste le tableau du 
musée du Louvre. Il serait peut-être bon d’appeler sur la 
convenance de cette rectification l’attention des conserva- 
teurs de notre grand musée national. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BREA 


87 


VI 

Charles Blanc, dans son Histoire des Peintres ', ne fait 
aucune mention de Miraiheti, mais il consacre deux ou 
trois pages à Louis Bréa. 

Le jugement qu’il porte sur cet artiste est loin d’être 
exact, car il n’est basé que sur l’examen de quelques 
œuvres. L'auteur ne mentionne même pas les grands ta- 
bleaux du couvent de Cimiez. D’après lui, les œuvres de 
Louis Bréa seraient inférieures à celles produites à la même 
époque à Venise, à Pise et à Florence ; le coloris de cet 
artiste manquerait de chaleur et d’éclat * ; les figures aux 
contours nets et secs seraient emprisonnées, incrustées, 
comme figées dans le fond doré et gaufré sur lequel elles 
se découpent ; l’or est répandu sur les vêtements, sur les 
accessoires et jusque sur les chairs. 11 suffit cle jeter un 
coup d’œil sur le grand Christ en Croix de Cimiez pour 
être convaincu de l’inexactitude de cette appréciation. 

Il est évident que Ch. Blanc n’a pas connu cette œuvre 
remarquable. Il en est de même d’un grand nombre d’au- 
tres dues à notre artiste niçois, car la nomenclature qu’il 
donne de ses ouvrages est fort incomplète. 

Voici, d’après cet auteur, les œuvres attribuées à Louis 
Bréa : 

L'Ascension, qui se trouve à Gênes dans l’église de 
Sainte-Marie de la Consolation. Ce tableau a été exécuté en 
1483, sur la commande de Pierre de Fatio ; 

Un rétable du Musée du Louvre, dont le sujet principal 
est l’apparition miraculeuse du Christ à la Madeleine 3 ; 

1 . Appendice, page 4. 

2. En ce point, Ch. Blanc est en contradiction avec Soprani, Lanzi et tous les écrivains 
qui ont sérieusement étudié l'œuvre de L. Bréa. 

3. Ce tableau peut être attribué à Miraiheti. 


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88 JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

Un rétable de la chapelle Chiabrera, à Saint-Jacques de 
Savone, peint en 1495 ; 

Un rétable représentant saint Jean l'Evangéliste, à Notre- 
Dame de Savone 1 ; 

La Gloire des Saints, à Santa Maria del Castello à Gènes, 
exécuté en 1513, et passant, généralement, pour la dernière 
œuvre de Louis Bréa * ; 

L'Annonciation, dans la môme église ; 

L’Assomption, à Saint- Augustin de Gènes, datant de 
1483 ; 

La Madone de Bon secours ; 

La Madone des Innocents ; 

Le Christ en Croix, à Saint-Barthelémv des Arméniens. 

Charles Blanc attribue à Louis Bréa deux élèves connus, 
ce sont : Antonio Semini et Tcramo Piaggia da Zoagli 3 . Il 
dit que ces deux artistes, qui avaient adopté les procédés et 
le style du maître, abandonnèrent la peinture primitive de 
l’école niçoise, pour adopter la méthode plus savante du 
célèbre Carlo Mantegna, que le Doge de Gènes, Ottaviano 
Fregoso, appela dans cette ville vers 1513. 

Si Ch. Blanc avait vu les œuvres de Bréa que nous pos- 
sédons à Nice, il n’eût pas eu besoin de recourir à Man- 
tegna pour expliquer la révolution qui s’opéra dans l’école 
génoise, antérieurement à l’arrivée de cet artiste dans cette 
ville. 

Le Christ en Croix, de Cimiez, daté de 1412, n’appar- 
tient plus à l’école primitive ; c’est une œuvre absolument 
moderne, que nous analyserons dans la suite de cette 
étude. 

1. Le reste de ce retable a été peint par Foppa en l'iDO, commandé par Julio délia RoTere 
(Jules II.). 

2. En admettant que l'inventaire de la paroisse de Montalto contienne une erreur de date. 

3. Antonio Semeno, né vers 1483, étudia sous la direction de L. Bréa et devint en peu de 
temps si habile qu’il reçut les commandes les plus importantes de sa patrie. Teramo Piaggia 
fut son condisciple. Baldinucci, t. 4, p. 222. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 89 

Nous nous bornerons actuellement à constater que l’on 
remarque, dans l’œuvre de Louis Bréa, trois époques bien 
tranchées : la première absolument primitive et qui 
procède directement de la manière de Miraiheti. Les 
œuvres de cette période sont certainement inférieures, 
comme style et comme goût, à ce qui se faisait en Toscane 
et en Vénétie à la même époque ; c’est d’après ces œuvres 
que Ch. Blanc semble avoir jugé Louis Bréa, et à elles 
seules que peut s’appliquer sa critique sur les fonds dorés 
et la raideur byzantine des figures. 

Dans sa seconde manière, on constate l'effort fait par 
Bréa pour s’affranchir des anciennes méthodes et se créer 
une manière à lui. C’est à cette période de transition que 
nous devons la Madone de la Miséricorde , la Pieta de l’é- 
glise Saint-Augustin, à Nice, et plusieurs autres œuvres. 

Enfin, sa troisième manière est le résultat de ses études 1 
pendant les huit années de 1495 à 1503, durant lesquelles il 
n’exécuta aucune œuvre connue de nos jours. L’œuvre la 
plus remarquable de cette troisième manière de Louis Bréa 
est leChrist en Croix de l’église des Franciscains de Cimiez. 

Avant d’étudier les quatre tableaux de Louis Bréa que 
nous possédons à Nice, il me semble utile de compléter la 
liste des œuvres de ce peintre donnée par Charles Blanc. 

Nous ne parlerons pas de l Annonciation de Taggia 
exécutée en collaboration avec Miraiheti en l’année 1473 ; 
ce n’est pas une œuvre personnelle. Nous mentionnons, 
sous réserve, le tableau du Louvre daté de 1477, qui lui est 
attribué et qui a été exécuté par ordre d’Ange de Saccis 
pour l’église Saint-Jacques de Savone. 

En 1478, Bréa exécute un rétable on trois parties pour le 


1. Si l’on s’en rapportait à Toselli (Biographie niçoise), L. Bréa aurait été étudier à Rome 
et à Naples, ce qui est inadmissible. Ces deux villes, à cette époque, manquaient absolu- 
ment de peintres de talent. 


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90 


JEAN M1RA1HETI ET LES TROIS BREA 


couvent de Sainte-Croix, à Nice, construit au lieu dit « il 
Camiine vecchio, » aujourd’hui « la Croix-de-Marbre. »Ce 
couvent était habité depuis 1461 par les pères franciscains 
mineurs de l’observance de Saint-Louis de France. C’est 
• là que le pape Paul III fut reçu lors de son entrevue à Nice 
avec Charles-Quint et François I" en 1538. Ce tableau est 
actuellement dans la sacristie de l’église de Cimiez. 

De 1478 à 1483, Bréa exécute divers tableaux à Gênes. 

Eu 1485, il peint seize petits tableaux (la. Passion ) dans 
l’église des Dominicains de Taggia ; un rétable en cinq 
parties pour l’église Saint-Jean-Baptiste, de Montai to. (Ce 
tableau est actuellement à Londres.) 

En 1488, il peint, d’après les cartons de Miraiheti, les 
quinze tableaux du rétable de l’église d’Albenga. 

D’après M. Schæffer, la Pieta de l’église Saint-Augustin, 
à Nice, daterait de l’année 1489. 

En 1490, il exécute pour l’oratoire de Notre-Dame de 
Savonc le saint Jean l' Evangéliste , qui fait pendant au 
saint Jean le Précurseur, dû au pinceau de Foppa. 

Le Massacre des Innocents, pour l’église Saint-Au- 
gustin, de Gênes, date de l’année 1492. Il en est de même 
de l’autel de l’église des Franciscains de Viutimille et 
d’un tableau peint pour l’église de Campo Rosso. 

Eu 1495, il peint à Saint-Jacques de Savone, pour la fa- 
mille Chiabrera, un rétable divisé en huit compartiments, 
dont le principal représente l'Assomption. A droite et à 
gauche, on voit la Crèche et le Mariage de sainte Cathe- 
rine. C’est à cette même date que nous croyons pouvoir 
attribuer la Madone protectrice de Nice, que le restaura- 
teur de cette peinture fait remonter à 1465, ce qui n’est pas 
admissible. 

Nous ne trouvons aucune trace des travaux de Louis 
Bréa depuis 1495 jusqu’en 1502. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 91 

En 1502 et 1503, Louis Bréa était associé à Barbagelata 
et à Fazolo; en 1513, il exécuta le beau panneau de la 
Gloire des Saints à Santa Maria del Castello, à Gênes. 

On connaît encore de cet artiste l’Annonciation qui se 
trouve dans la même église ; le Christ en Croix de Saint- 
Barthélémy des Arméniens et la Madone de Bon Secours. 

L’œuvre la plus parfaite que nous connaissions de cet ar- 
tiste, porte la date de 1512; c’est le Christ en Croix qui se 
trouve actuellement dans l’église des Franciscains de 
Cimiez. 

On attribue encore à Louis Bréa le beau tableau de la 
Déposition qui se trouve à Cimiez, dans la même église que 
le Christ en Croix. Nous verrons, dans la suite de cette 
étude s’il ne serait pas plus exact de le considérer comme 
l’œuvre de son frère Antoine. 

VII 

Nous allons maintenant décrire les principales produc- 
tions de Louis Bréa qui se trouvent dans notre contrée et 
dont les historiens de l’art n’ont pas, à notre avis, donné 
une analyse assez complète ; savoir, par ordro chrono- 
logique : la Pieth du chœur du couvent des F ranciscains 
de Cimiez ; celle de l’église Saint-Augustin, de Nice ; la 
Madone de la Miséricorde ; le Christ en Croix, et la Dé- 
position, qui sont au couvent de Cimiez. 

VIII 

Le rétable en trois compartiments qui se trouve actuelle- 
ment dans le chœur de la chapelle des Franciscains, à 
Cimiez, représente, dans la partie centrale, une Pieth, 
autrement dit la Vierge des Douleurs tenant sur ses genoux 
le Christ mort. 


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92 JEAN MIRAIHETI F.T LES TROIS BRÉA 

Le dessin du visage de la Vierge est très correct, très 
noble et d’une belle expression, mais la peinture est pres- 
que monochrome. Derrière cette figure s’élève la croix avec 
huit anges aux ailes de couleur sombre, quatre au-dessus 
et quatre au-dessous de la branche transversale. 

Dans le compartiment à gauche du spectateur est re- 
présenté saint Martin à cheval et le pauvre de la légende, 
auquel il donne un pan de son manteau. Le saint est re- 
présenté sous les traits d’un gentil cavalier italien du quin- 
zième siècle, richement vêtu, coiffé d’une toque élégante 
et couvert d’un manteau broché d’or. Il est monté sur un 
vigoureux cheval blanc luxueusement harnaché. 

A droite sainte Catherine d’Alexandrie est représentée 
en pied, une main, qui tient une palme, se pose sur la roue 
du supplice, tandis que l’autre tient une épée et un livre, 
emblèmes de sa science et de son double supplice. 

Cette peinture est très riche de couleur. La sainte est 
vêtue d’une robe de brocart rouge aux riches broderies, et 
d’un manteau de pourpre. 

Ce rétable a 1 m ,80 de hauteur sur deux mètres de largeur, 
dont 0 m , 54 seulement pour chacune des parties latérales, ce 
qui explique pourquoi le cheval du saint est en partie coupé 
par le cadre. L’encadrement est formé d’une simple frise en 
entrelacs du quinzième siècle. 

Les figures sont bien traitées, quoique les chairs soient 
un peu mouochromes ; les modèles sont généralement bien 
indiqués. 

Cette œuvre porte l’inscription suivante : 

IIoc opus fecit fieri condam (sic) 

Nobilis Mar t inus de Rala cujus 
Executor fuit Nobilis Dms Jacobus Galeas 
1478 

Die 2~)junii et Ludovicus Dre a pinxit. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 93 

Les vêtements de la Vierge ont été très maladroitement 
retouchés, ainsi que quelques autres parties de cette œuvre 
remarquable, dout le style un peu sec ne manque pourtant 
pas de noblesse. Les étoffes laissent un peu à désirer, les 
mains sont en général assez imparfaitement dessinées. La 
pose du Christ, la manière dont il est peint, rappellent le 
panneau de l’église Saint-Augustin à Nice, qui est pour- 
tant une œuvre postérieure. Le paysage est des plus primi- 
tifs, dans les fabriques surtout. 

IX 

Eu entrant dans l’église Saint- Augustin (ancienne pa- 
roisse Saint-Martin), on remarque sur le pied-droit de gauche 
de la deuxième arcade à droite (chapelle de saint Nicolas 
de Tolentino, protecteur de la ville de Nice) un tableau de 
0 œ ,72 de largeur sur environ 1"‘,45 de hauteur, dont le haut 
est cintré, c’est une Pietà. La Vierge, assise, tient, sur ses 
genoux le Christ mort. Ce panneau de noyer est très atta- 
qué, surtout dans sa partie inférieure. Le manteau bleu de 
la Vierge est semé de taches jaunâtres par suite de l’enlève- 
ment de la peinture dans les parties où le bois s’est décom- 
posé. C’est à ce point qu’on croit, au premier abord, que 
ces taches sont des broderies dorées peintes sur le voile. 

La Vierge est assise au milieu d’un groupe composé de 
saint Jean et de la Madeleine. Derrière elle s’élève la croix 
avec l’inscription i.n.r.i. 

Les figures se détachent sur le ciel et sur un fond de 
paysage très sombre. La tête de la Vierge et celle de la 
Madeleine sont très remarquables, bien modelées, gra- 
cieuses et d’un bon style. Le coloris des chairs est très 
sobre, les mains sont naïvement dessinées, beaucoup moins 
réussies que les têtes. 


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94 JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÊA 

La composition est bien groupée : à gauche du specta- 
teur, saint Jean, jeune homme blond, qui pleure une main 
à ses yeux, l’autre comprimant sa poitrine. Il est vêtu d’un 
manteau bleu et d’une tunique rouge. 

A droite, la Madeleine, vêtue d’un manteau rouge et 
d’une robe de couleur foncée ; elle tient dans sa main 
gauche une cassolette d’argent de forme cylindrique avec 
un couvercle conique, objet qu’on retrouve dans le rétable 
de Miraihcti à la Miséricorde. La figure du Christ est peinte 
d’après le type amaigri des Byzantins. Les traits du visage 
sont émaciés et n’ont rien de beau. La pose avec le bras 
droit pendant et les jambes presque parallèles à ce bras 
rappelle la Pietk du chœur de l’église de Cimicz, les têtes 
des trois autres personnages sont très belles et très expres- 
sives. 

L’ensemble de la peinture est harmonieux. 

Je me suis attaché particulièrement à l’étude de la 
figure de la Madeleine, qui est d’un modelé irréprochable 
et d’une grâce parfaite. C’est une belle blonde dont les che- 
veux encadrent le cou. Sa robe est décolletée carrément 
comme celles d’un grand nombre de portraits de l’époque 
et des Vierges de Marco d’Uzzione, de Francia, du Péru- 
gin, etc. Les mains sont peu élégantes et les doigts des- 
sinés d’une façon primitive. 

Cette œuvre est postérieure au tableau du chœur de Ci- 
miez, mais elle est antérieure de beaucoup au beau tableau 
daté de 1512. Nous croyons donc pouvoir lui conserver la 
date de 1489 qui lui a été attribuée. 

La Madone de la Miséricorde ou la Vierge protectrice 
de Nice, qui se trouvait jadis dans la rue Sainte-Réparate, 
près de l’évêché, a été, comme nous l’avons dit, transportée 
dans la sacristie de la confrérie à laquelle elle appartenait 
et qui, jadis, possédait une chapelle rue Sainte-Réparate. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 


95 


Ce tableau est peint sur un panneau d’environ un mètre 
de large sur deux de hauteur. Au fond, vers la droite, on 
aperçoit le château de Nice et le pont Saint-Antoine. La 
Vierge couronnée, tenan 1 sur le bras gauche l’enfant Jé- 
sus, écarte de la droite son manteau à l’abri duquel se 
trouvent, à genoux, des personnages de tout rang : un roi, 
le pape même. La Vierge est vêtue d’une belle robe de bro- 
cart rouge. Deux anges font flotter au-dessus de sa tête une 
banderole sur laquelle on lit : cnnceptio tuâ dei genitrix. 
saloe regina mise ri cor die (sic J cita dulcedo. 

Ce tableau, avant sa restauration malheureuse, était l’une 
des œuvres les plus remarquables de Louis Bréa. Sa com- 
position, pour ainsi dire classique, se retrouve dans une 
quantité d’œuvres de la même époque, mais l’ensemble est 
harmonieux, les têtes sont bien dessinées et expressives, le 
visage de la Vierge est très noble et d’une bello expres- 
sion. 

Le restaurateur du tableau n’a pas été plus heureux dans 
l’établissement de la date qu’il a inscrite sur le panneau 
que dans l’inspiration étrange qui lui a fait recouvrir de 
couleur à l’huile l’œuvre délicate de Bréa. 

Cette œuvre, qui porte actuellement la date de 1465, 
époque à laquelle Bréa pouvait avoir environ quinze ans, 
est, comme nous l’avons démontré plus haut, de trente an- 
nées moins ancienne. 


X 

Nous allons maintenant étudier le chef-d’œuvre du peintre 
niçois, autrement dit le rétable de la dernière chapelle à 
gauche de l’église du couvent de Cimiez. 

Ce rétable se compose de deux pilastres d’ordre com- 
posite, d’une corniche et d’une prédello, encadrant un ma- 


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96 JEAN M1RAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

gnifique panneau cintré représentant le Christ en croix. La 
hauteur de ce panneau est de 2”, 45, sa largeur de 2 œ ,30. 

Sur chaque pilastre sont peints trois saints personnages, 
les uns au-dessus des autres. 

La prédelle est divisée eu cinq tableaux d’un fini remar- 
quable. Chacun de ces tableaux est un véritable petit chef- 
d’œuvre. Les personnages sont vêtus à la mode du quin- 
zième et du commencement du seizième siècle. 

Le premier sujet à gauche représente la trahison de Ju- 
das. Il conduit des soldats armés de lances, portant des 
torches et des lanternes, qui viennent pour s’emparer de 
Jésus. 

Le deuxième sujet est la flagellation. 

Le troisième, la croix. 

Le quatrième, le couronnement d’épines, 

Le cinquième, la marche vers le lieu du supplice. 

Le panneau central, le crucifiement, est tellement bien 
proportionné que les personnages paraissent grandeur na- 
ture. C’est une admirable composition dont oii ne saurait 
trop louer la noblesse et l’expression. 

Autour de la croix sont groupés neuf personnages : à 
gauche du spectateur, la Vierge évanouie, soutenue par 
saint Jean et par l’une des Marie. Saint Jean est représenté 
sous les traits d’un jeune homme portant des cheveux 
blonds frisés, et dont le type rappelle celui du saint Jean de 
l’église Saint- Augustin. 

Dans l’angle du tableau, ou remarque le beau profil 
d’une sainte femme en prière, les regards levés vers le ciel 
et drapée dans un manteau d’un vert bleuâtre très clair. 
Devant elle, saint François d’ Assise stigmatisé, en con- 
templation devant le Christ. 

A droite, saint Gérôme, les yeux tournés vers Jésus, se 
frappe la poitrine avec une pierre. A côté de lui se trouve 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA U7 

un personnage richement vêtu et coiffé d’un turban, faisant 
face à un homme dans la force de l’âge, vêtu à la manière 
des seigneurs italiens du seizième siècle. La tradition veut 
que ce personnage représente le peintre lui-même. Dans 
ce cas, Bréa ne se serait pas peint tel qu’il était à l’époque 
(1512), car il avait alors plus de soixante ans, mais tel 
qu’il était dans sa jeunesse. Quoi qu’il en soit, il est inté- 
ressant de décrire cette belle figure. C’est un gentilhomme 
brun, portant toute sa barbe et les cheveux longs. 11 est 
coiffé d’une toque rouge à retroussis et porte une chemi- 
sette à petits plis qui laisse à nu le cou et le haut des 
épaules. Sa riche tunique rouge, serrée à la taille, est bor- 
dée de larges bandes d’or, les manches sont bouffantes. Ses 
chausses sont couleur chamois clair. Il est vu de dos et 
regarde vers sa gauche ce qui permet de distinguer un pro- 
fil qui ne manque ni d’énergie ni de noblesse. 

11 a le poing gauche sur la hanche et porte à sa ceinture 
un large damas à la turque. 1 

Le neuvième personnage est la Madeleine prosternée au 
pied de la croix qu’elle embrasse avec exaltation. 

Rien de plus doux, de plus aimable, que cette gracieuse 
figure de blonde dont le type, quoiqu’un peu plus fin, rap- 
pelle cependant celui de la Madeleine du tableau de l’é- 
glise Saint-Augustin. 

Nous remarquons dans cette belle œuvre, outre la com- 
position, la richesse du coloris et l’harmonie générale. 

Le dessin est plus soigné, plus gracieux que dans toutes 
les autres œuvres de Bréa. 

Les extrémités sont d’un dessin plus pur. Les doigts ne 
sont plus de même grosseur au bout qu’aux naissances ; en 
général, ils sont élégants et effilés. 

1. M. Gambart croit que ce personnage a été peint après l’achèvement du tableau. C’est 
peut-être le portrait du donateur. 


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98 JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

Le paysage est traité à la manière de Raphaël, avec des 
lointains bleus et des fabriques dans des demi-tons chamois. 

Les chairs sont d’une bonne couleur et bien modelées. 
Le corps du Christ n’est pas décharné et l’anatomie en est 
meilleure que dans les autres tableaux du maître, qui avait 
donc renoncé à la tradition byzantine. 

Dans les tympans sont peintes deux ligures représentant, 
sous des costumes du quinzième siècle, David et Isaïe, qui 
ont, avec le plus de précision, prédit le supplice du Christ. 

Nous ne saurions trop attirer l’attention de tous ceux qui 
s’occupent de l’histoire de l’art sur cette œuvre splendide 
du commencement du seizième siècle. Œuvre digne de 
figurer dans les plus beaux musées et dont la valeur est 
véritablement considérable. 

Ce tableau était primitivement dans le couvent de Sainte- 
Croix, situé dans le faubourg de Nice, sur la route de 
France. Il en fut emporté après la ruine de cet établisse- 
ment où, comme nous l’avous dit, le pape Paul III fut reçu 
quand il eut à Nice son entrevue célèbre avec François I" 
et Charles-Quint. 

XI 

Du même couvent de Sainte-Croix provient un autre 
tableau qui se trouve à Cimicz en face du précédent et que 
l’on attribue aussi à Louis Bréa. 

Je ne crois pas que cette attribution soit exacte ; elle est 
au moins contestable et j’en exposerai la raison après avoir 
décrit cette œuvre qui, sans avoir la valeur de la précé- 
dente, est cependant loin d’être sans mérite. 

Je pense pouvoir l’attribuer au frère de Louis, à Antoine 
Bréa. Le rétable dont nous parlons est du même ordre ar- 
chitectural que celui du crucifiement et représente l’ense- 
velissement. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 99 

Il ne faisait pas primitivement pendant à l’autre, attendu 
que, dans l’un, la disposition du cadre est rectangulaire, 
tandis que, dans l’autre, elle est ci trée. Dans le premier, 
les deux pilastres sont flanqués intérieurement de deux 
contre-pilastres décorés d’arabesques de couleur, d’un 
dessin fort élégant, qui reçoivent les retombées du cintre 
encadrant le tableau. J’ai dit que, dans le premier, six 
figures de saints étaient peintes sur les pilastres ; ceux 
du second sont simplement décorés d’arabesques en or d’un 
dessin lourd et manquant de style. Les chapiteaux ne sont 
pas absolument semblables quoique la masse en soit imitée. 
Il y a donc lieu de supposer que l’encadrement du rétable 
de l’ensevelissement a été fait après le transport du tableau 
à Cimiez et pour lui faire faire pendant, autant que possible, 
à celui du crucifiement. Le tableau de l’ensevelissement 
a 2 m ,20 de hauteur sur 2"“,45 de long. 

Huit personnages entourent le Christ descendu de la 
croix. 

Sur la gauche du spectateur, l’artiste a représenté les 
trois gibets et a donné à celui du Christ la forme du tau 
égyptien, tandis que la croix du tableau, signé de Louis 
Bréa, est une vraie croix latine. 

La composition du tableau dont nous nous occupons, est 
moias heureuse que celle du précédent : au milieu, le 
Christ descendu de la croix est étendu, soutenu par une des 
saintes femmes. Le corps du Christ n’a plus la morbidesse 
de celui du tableau qui lui fait face ; il est plus maigre des 
jambes et rappelle la manière de Miraiheti. En face se 
trouvent la Vierge évanouie, soutenue par une des Marie 
et par saint Jean, qui n’est plus représenté sous les traits 
d’un tout jeune homme, mais sous ceux d’un homme dans 
la force de l’âge. Une sainte femme, drapée dans un voile 
gris, est à gauche de celle qui soutient la Vierge ; la Ma- 


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100 JEAN .MIKAIHETI ET LES TKOIS BUÉA 

deleine est à droite du tableau. C’est une belle personne à 
la fleur de l’âge, aux traits nobles et accentués, au nez 
aquilin et aux cheveux bruns. Elle est vêtue d’une robe 
rouge et d’un manteau noir. 

Joseph d’Arimathie et Nicodème richement vêtus et coif- 
fés de toques, sans doute semblables à celles que portaient 
les Israélites au quinzième siècle et du même style que 
celles portées par David et Isaïe dans les tympans de l’autre 
tableau, figurent, l’iiu à droite et l’autre à gauche de la 
composition. 

Le paysage est bien traité, très harmonieux et dans les 
tons verts, bistre et roux des vieilles tapisseries. Les arbres 
et les fabriques sont peints de main de maître. 

Enfin, la prédellc se compose des cinq sujets suivants : 

1° Joseph d’Arimathie et Nicodème portant le corps du 
Christ dans un linceul ; ils sont accompagnés de Jean et 
d’un autre disciple et, derrière ce groupe, on voit la Vierge 
accompagnée des saintes femmes ; 

2® Les gardes qui veillent sur le tombeau ; les uns sont 
armés de hallebardes, les autres de lances. Quelques sol- 
dats sont endormis dans diverses poses pendant que leurs 
compagnons veillent ; 

3° Un ange qui descend du ciel et les gardes épouvantés; 

4° Les saintes femmes arrivant le matin au sépulcre, et 
l’ange leur annonçant que Jésus n’est plus dans le 
tombeau ; 

5® Les deux anges vus par la Madeleine près du sépulcre 
et derrière eux la sainte qui se jette aux pieds de Jésus res- 
suscité qui lui apparaît dans un jardin. 

Ainsi que je l’ai dit plus haut, il m’est difficile d’admettre 
que ce tableau soit du même artiste que le crucifiement et 
voici quelles sont mes raisons : 

Le coloris de l’ensemble est moins vigoureux ; les chairs 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 


101 


sont monochromes, modelées avec des tons bistres, ce qui 
est le caractère des œuvres d’Antoine Bréa. Ni le corps do. 
Jésus, ni son visage ne rappellent ceux du Christ crucifié 
qui se trouve en face. Aucun des personnages de l’un des 
tableaux ne rappelle ceux de l’autre. 

Les étoffes sont plus lourdes, moins bien drapées dans le 
second que dans le premier. Les extrémités, mains, pieds, 
manquent de dessin, les doigts sont aussi gros au bout qu’à 
la naissance. 

Les figures des petits tableaux de la prédelle sont peintes 
à la manière primitive, avec des membres grêles et n’ont 
pas, bien s’en faut, le mérite de celles du crucifiement. 

Enfin, le paysage de l’ensevelissement est traité d’une 
façon absolument remarquable ; les arbres, les rochers, les 
fabriques, le tout d’un ton bistré et rougeâtre sont supé- 
rieurs, au point de vue du faire, à ceux du premier tableau. 

Il est évident que les deux artistes qui ont peint ces œu- 
vres remarquables ont étudié à la même école ; ce sont évi- 
demment deux élèves de Miraiheti, mais il ne nous est pas 
possible d’admettre que ces deux œuvres si différentes soient 
sorties de la même main. 


XII 

Les lignes qui précèdent avaient déjà fait l’objet de deux 
communications à la Société des lettres, sciences et arts des 
Alpes-maritimes, quand il nous a été possible de nous procu- 
rer l’ouvrage d’Alizeri sur les peintres de la Ligurie, qu’à 
notre demande, la municipalité de Nice a acquis pour la 
bibliothèque de la ville. Nous espérions y trouver des ren- 
seignements artistiques plus complets que ceux que nous 
avons donnés sur nos artistes niçois, mais, si l’ouvrage est 
très savamment et très consciencieusement traité au point 

8 


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102 JEAN MIKAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

de vue historique et contieut de précieux documents, il no 
nous donne pas, au point de vue spécial, les détails d’ana- 
lyse critique que nous espérions y rencontrer. A ce point de 
vue particulier, notre étude n’est donc pas inutile et nous 
sommes encouragés à la poursuivre, d’autant plus que les 
observations d’Alizeri ont confirmé les nôtres et nous ont 
engagé à entreprendre certaines recherches dont voici les 
résultats : 

Alizeri a raison quand il dit qu’il suppose que le grand 
maître des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, en quit- 
tant Nice en 1529, n’y a pas laissé le tableau original de la 
Vierge de Filermo, mais une imitation de cette œuvre. 
Quant aux deux volets du triptyque, représentant l’un saint 
Jean-Baptiste et l’autre saint Sébastien, ils sont tous les 
deux, avec le tableau de la Vierge, dans l’église des capu- 
cins de Saint-Barthélémy et, contrairement à l’opinion d’A- 
lizeri, le saint Jean-Baptiste du Villars n’appartenait pas à 
cet ensemble. 

Il s’agit aussi de déterminer si ces tableaux peuvent être 
attribués à l’un des Bréa et, dans ce cas auquel des trois ar- 
tistes qui portèrent ce nom. 

D’après le récit de Gioffredo ', on conserve très religieu- 
sement, dans l’église de Saint-Barthélémy apôtre, un tableau 
représentant la Vierge de Filelmo (sic), œuvre d’un artiste 
habile ; F. Oherubinus de Nice et Henri Pastorelli racon- 
tent son histoire. 

En 1480, pendant le siège de Rhodes par Mahomet II, ce 
tableau, caché dans l’église de Saint-Marc par Pierre d’Au- 
busson, grand maître des chevaliers de Saint-Jean, fut sauvé 
du bombardement qui détruisit cet édifice. Il fut alors trans- 
porté dans l’église Sainte-Catherine de Rhodes, mais, en 
1522, lors du siège de cette ville par Soliman, les eheva- 

1. Xio^a ci citas (j>. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS URÉA 103 

liers, obliges de capituler, quittèrent Rhodes sous la con- 
duite de leur grand maître Villiers de l’Isle-Adam, en em- 
portant, selon les conditions de la capitulation, la Vierge 
de Filermo et deux autres tableaux représentant saint Sé- 
bastien et saint Jean-Baptiste. 

Après un long voyage et quelques stations en Crète et 
en Italie, Villiers de l’Islc-Adam arriva à Nice avec ses 
chevaliers, le 14 novembre 1527. 

Charles-Quint, ayant, en 1529, donné l’île de Malte aux 
chevaliers, ils partirent le 12 juillet pour eu prendre pos- 
session. Avant de s’embarquer sur sa trirème, Villiers de 
l’Isle-Adam assista à une messe solennelle devant la Vierge 
de Filermo et envoya aux Niçois ce tableau et les deux 
autres, en signe de reconnaissance éternelle. 

Il existe maintenant à Malte, dans la cathédrale, ajoute 
Gioffredo, une chapelle dédiée à la Vierge de Filermo, où 
l’on a placé un tableau semblable à celui de Rhodes et à 
celui de Saint-Barthélemy qui se trouve chez les capucins 
et qui porte l’écusson de la famille de Villiers de l’Isle- 
Adam. 

Revenant sur ce récit, le même auteur, dans son Histoire 
des Alpes-Maritimes s’exprime de la sorte 1 : 

« Le matin du 12 juillet, le grand maître ayant assisté, 
avec tous les membres du conseil,, à une messe solennelle 
dite devant la très sainte image de la Vierge de Filermo 
qu’il avait transportée de Rhodes, s’embarqua sur la plage 
de Nice, ville où, contrairement au récit de Francesco 
Cherubini, capucin de Nice, par lequel nous avions été 
induit en erreur, il ne laissa pas la dite madone de Filermo, 
ainsi que nous l’avions dit autre part, mais une autre très 
estimée et très belle image de cette très sainte Vierge qu’on 
dit avoir aussi été apportée de Rhodes et, avec elle, deux 

1. Histoire des Alpes-Maritimes , LXIX (vol. 4L 


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104 JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

autres très beaux tableaux représentant, l’un saint Jean- 
Baptiste, protecteur des chevaliers de Jérusalem, l’autre 
saint Sébastien. Nous n’avons pas non plus voulu dire que 
ces trois tableaux composaient le rétable existant dans 
l’église de la Commanderie de Nice et qu’ils faisaient par- 
tie de l’œuvre de Ludovic ou de François Bréa, peintre 
célèbre de cette ville dans le siècle précédent, mais bien 
que le nom de la célèbre madone de Filermo fut donné à 
cette œuvre pour perpétuer à Nice la mémoire de cette 
vierge, de la môme façon, que, selon le père Colombi *, un 
autre tableau portant le môme nom, est conservé dans 
l’église des mômes chevaliers de Saint-Jean à Manosque 
où se voient, sur la base des colonnes qui séparent les 
panneaux, les armes du grand maître Philippe de Villiers 
avec les deux figures de saint Barthélemy et de saint 
François, peintes d’une main moins habile et plus mo- 
derne. » 


XIII 

Quand je vis, pour la première fois, les tableaux du 
couvent de Saint-Barthélemy, je reconnus, sans hésitation, 
que les deux saints qui se trouvent à droite et à gauche de 
la fenêtre de la sacristie n’étaient pas de la main de Louis 
Bréa. Ils ont , en effet , le caractère des peintures de son 
frère Antoine. Ces panneaux mesurent à peu près 1™,60 de 
hauteur, sur 0 m ,50 de largenr. 

Le saint Jean-Baptiste représente un homme dans toute 
la force de l’âge ; il a les cheveux bruns et porte une barbe 
brune, séparée en deux pointes; il est halé par le soleil et sa 
maigreur n’a rien d’exagéré. Ses pieds sont nus et, par- 
dessus son sayon grossier en poil de chameau , il porte un 

1. Colombi, M. S. I. 3, n. 47-48. 


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JEAN MIRAIHETI ET LES TROIS BRÉA 105 

superbe manteau de pourpre semé de roses d’or à quatre 
feuilles. Sa tête est inclinée vers la droite et il montre un 
crucifix au bout d’une longue tige qu’il tient de la main 
gauche, dans laquelle il a aussi rassemblé les pans de son 
manteau. 

Le fond sur lequel se détache le saint est un ciel qui 
semble avoir servi de type à presque tous ceux peints par 
Antoine et par François Bréa : très noir dans sa partie 
supérieure, il est assez lumineux près de l’horizon , et à la 
hauteur du visage du saint s’étend horizontalement une 
lourde barre de nuages blancs moutonnés, séparant la 
partie claire de la partie obscure. 

Le paysage est traité dans les tons bleuâtres et roux que 
nous avons déjà trouvés dans la Mise au tombeau de 
Cimiez. 

Le dessin et le coloris sont bons; les pieds laissent à 
désirer mais les mains sont mieux traitées. Le visage du 
saint exprime la foi et la sérénité. 

Le saint Sébastien est préférable au précédent comme 
dessin : l’anatomie est assez bien comprise quoique les 
formes soient un peu molles. Le modelé et le coloris sont 
bons. 

Le peintre a choisi pour type un homme jeune, aux 
formes élégantes, à la barbe fourchue et aux cheveu*: 
châtains. Le visage du martyr est empreint d’un sentiment 
de confiance en Dieu et de résignation. Les draperies sont 
un peu sèches. Quant au paysage, il est traité de la même 
manière que le précédent, et les tons roux y dominent 
comme dans les autres paysages d’Antoine. Le ciel est 
semblable à celui du saint Jean-Baptiste et les effets y sont 
disposés avec le même parti-pris. 

Les panneaux sur lesquels sont peintes ces deux figures 
sont très lourds et très épais ; les cadres, qui, évidemment, 


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106 


JEAN M1KAIHETI ET LES TROIS BREA 


ne sont pas les anciens, sont deux simples listels avec 
baguettes plates, le tout recouvert d’une couche de jaune. 

La tète du saint est inclinée à gauche symétriquement à 
celle de saint Jean, qui lui fait pendant. Cette particularité 
nous indique que la Vierge, occupant le centre de la 
composition, le saint Jean était à sa gauche et le saint 
Sébastien à sa droite, c’est-à-dire à la gauche du specta- 
teur. 

Ni ce tableau, ni le précédent ne peuvent être attribués 
à Louis liréa, dont on ne connaît aucune œuvre datée 
postérieure à 1513 ; il ne peut non plus être attribué à 
François, dont nous avons vu récemment une œuvre bien 
plus modernement traitée, avec la date 1520 ; du reste, 
ils ont tous deux les caractères des œuvres d’Antoine, 
auquel on attribue moins de grâce et de dessin, une 
certaine rusticité et l’emploi fréquent des tons roux dans 
les paysages et des bistres dans les carnations. 

Au-dessus de l’autel de la chapelle des Capucins se 
trouve uu vitrage dont la partie supérieure est cintrée. 
Derrière ce vitrage est un store sur lequel on a peint une 
Vierge. Quand on lève ce store, on aperçoit la copie de 
la Vierge de Filermo, offerte par Villiers de l’Isle-Adam. 

Je me permets ici de faire observer qu’on a tort de 
laisser ce tableau dans l’obscurité, car tout le monde sait 
que, dans ces conditions, la peinture tend à noircir et les 
couleurs s’altèrent. 

Le tableau se voit difficilement et encore à la lumière 
d’un cierge. 

La Vierge, sur un trône, tient Jésus à sa droite. L’enfant 
est revêtu d’une robe dont la couleur est difficile à déter- 
miner, surtout à la lumière. La mère et l’enfant tiennent 
un globe surmonté d’une croix. La Vierge est couronnée ; 
sa robe échanerée carrément, à la mode du seizième siè- 


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JEAN MIRAIHET1 ET LES TROIS BRÉA 107 

cle, est de couleur pourpre et son manteau bleu. Les deux 
figures sont empreintes d’une douceur remarquable et 
sont très délicatement modelées. 

Les trois tableaux que je vieus de décrire ne peuvent 
dater du quinzième siècle ; ils ont le caractère indéniable 
des œuvres du seizième. 

Quant aux deux saints ils sont, selon toute apparence, 
l’œuvre d’Antoine Bréa. 

S’il m’avait été permis de mieux voir le panneau 
central, il me serait peut-être possible de me prononcer 
également sur son origine; mais, ce que je puis affir- 
mer, c’est qu’il ne semble pas remonter à une époque 
antérieure aux deux volets du triptyque et que rien ne 
nous empêche de supposer qu’il est dû au même pinceau. 

Il est donc certain que cette œuvre, dans son ensemble, 
est postérieure à 1480. Ce n’est donc pas elle qui, déjà 
célèbre à cette époque, existait à Rhodes du temps de 
Pierre d’Àubusson et, par conséquent, ce n’est pas elle qui 
fut transportée à Nice par Villiers de l’Isle-Adam. Cette 
dernière datait du commencement du quinzième siècle. 

Les tableaux de Saint-Barthélemy sont donc des imita- 
tions de l’original faites par ordre de Villiers de l’Isle- 
Adam qui en fit don aux Niçois et emporta, comme bien 
on pense, le tableau de la Vierge miraculeuse, qui avait 
fait l’objet d’uue clause spéciale dans la capitulation de 
Rhodes, et dont les Chevaliers ne pouvaient évidemment 
se dessaisir. 


XIV 

J’ai trouvé chez un marchand de tableaux de Nice, 
M. Simon, quai Saint-Jean-Baptiste, un tableau de 
François Bréa. 


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108 JEAN M1RAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

C’est un panneau de l m ,26 de hauteur sur O”, 79 de large, 
représentant saint Sébastien et saint Roch. 

M. Simon dit avoir acheté ce tableau à Gênes, en 1883, 
avec la moitié environ de la galerie Lomellini. 

Près du pied gauche de saint Roch se trouve, sur le sol, 
une espèce de cartel oblong sur lequel restent les traces 
d’une inscription où l’on lit encore : 

FRANCISCUS 

BREA NI 

PINX....MX* 


Est-ce MXX ou MXV? 

En supposant que l’artiste ait employé le même sigle 
qu’ Antoine Aundi dans son tableau de l’hôpital d’Antibes 1 . 
Nous penchons pour la date la plus récente, soit 1520. 

Le ciel est traversé, à la hauteur du visage des saints, 
par un nuage blanc qui semble avoir été maladroitement 
retouché. C’est le même caractère que dans les ciels des 
tableaux de son père Antoine Bréa. 

Le paysage est presque noir. 

Saint Sébastien est un adoloscent attaché à un arbre 
et percé de flèches. L’anatomie est assez bonne quoique 
les muscles soient peu indiqués et trop mous, le dessin 
est bon ; les têtes rappellent l’école de Louis et d’Antoine 
Bréa et sont bien traitées, les pieds et les jambes sont 
bien dessinés. Les mains de saint Roch également. Ce der- 
nier est vêtu d’une tunique ouverte par devant qui semble 
être eu soie vieil or, avec dessins noirs. Ses hauts-de-chaus- 
ses sont rouges ainsi que son manteau , lequel se termine 
vers le haut par un faux collet blauc. Le saint porte 
son chapeau suspendu derrière la tête par une cordelière 
verte. Il a toute sa barbe et de longs cheveux. D’une 

i. h. 


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JEAN M1RAIHETI ET LES TROIS BRÉA 


109 


main il tient son bâton de pèlerin et de l’autre montre, 
à travers une déchirure de ses chausses, une blessure qu’il 
a reçue à la partie interne de la cuisse gauche. 

Cette œuvre est empreinte d’un caractère plus moderne 
que toutes celles de Louis et d’Antoine que nous connais- 
sons ; les tons sont assez harmonieux , mais les figures 
sont peu expressives. 

François Bréa était, selon toute probabilité, le fils 
d’Antoine et, par conséquent, le neveu de Louis ; c’est 
du moins l’avis d’Alizeri aux judicieuses observations 
duquel nous n’hésitons pas à nous soumettre. 

On voit de cet artiste, à Vintimille : le Baptême du 
Christ, dans la chapelle de la confrérie de Saint-Jean-Bap- 
tiste, et un autre tableau, non signé, mais qui lui est 
généralement attribué, à la chapelle suburbaine de Saint- 
Augustin. 

Il peignit également, en 1538, un tableau pour la cha- 
pelle des Dominicains de Taggia. Il habita longtemps ce 
pays et, en 1547, il est encore fait foi de sa présence par un 
acte des minutes du notaire Giambattista Ferro, foglio n” 4, 
loil, rogati in Taggia 1 . Ce qui permet de supposer que 
François Bréa séjourna très longtemps à Taggia et dans 
la rivière de Gênes et que , avec son oncle Louis , il fut 
très fréquemment absent de Nice, d’où son père, Antoine, 
semble au contraire s’être rarement éloigné. 

A part les diverses conventions privées citées par Alizeri, 
nous ne possédons aucun document certain sur les Bréa, 
sauf l’acte d’acquisition d’une maison qui porte aujourd’hui 
le numéro 14 de la rue Barilerie, à Nice. 

M. le comte de Pierlas a trouvé aux archives de Turin, 
année 1462, une note relative au payement par Honoré 
Bréa, d’une cense d’un florin ( parvorum , pro servitio 

1. Aliseri page 290. 


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110 JEAN M1RAIHETI ET LES TROIS BRÉA 

suæ terras sitæ als calmes vieils 1 , habitæ a Ludovico 
Sannesii ). 

Dans l’inventaire des biens de la confrérie de la Miséri- 
corde de Nice, le rétable de Miraihet est estimé 100.000 frs 
On prétend qu’avant la malheureuse restauration du pan- 
neau de la Vierge protectrice, un ministre de Grèce avait 
offert 75,000 francs de ce chef-d’œuvre. 

Tels sont les renseignements, malheureusement encore 
incomplets, qu’il m’a été possible de recueillir sur Mi- 
raiheti et sur les trois Bréa. J’espère que des découvertes 
nouvelles viendront compléter cette imparfaite étude et 
que, grâce aux intelligentes recherches de nos jeunes 
confrères, on retrouvera dans la contrée des œuvres 
inconnues de nos artistes de la Renaissance. 


1. Aujourd’hui quartier de la Croix-dc-Marbre. 


F. Brun. 


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L’OBSERVATOIRE DE NICE 


Après huit années de travaux ininterrompus, l’observa- 
toire fondé à Nice par M. Bischoffsheim est aujourd’hui ter- 
miné. 

Par le nombre et la variété des instruments, par leur 
puissance et leur perfection, par son installation en un mot, 
cet observatoire peut rivaliser avec les plus grands établis- 
sements astronomiques. 

Une simple description de cette œuvre grandiose en dira, 
d’ailleurs, beaucoup plus (pie tous les éloges que l’on pour- 
rait en faire. 

Désireux d’élever à la science française un monument 
durable et digne d’elle, M. Bischoffsheim eut l’heureuse 
inspiration de faire appel aux lumières du Bureau des lon- 
gitudes et déplacer, dès le début, sa création sous la direc- 
tion supérieure de ce corps savant. 

M. Bischoffsheim assurait ainsi le succès de son œuvre 
dans le présent et lui procurait, pour l’aveuir, au-dessus 
des changements des hommes et des choses, cet esprit de 
suite, cette constance dans l’unité de direction si nécessaires 
au développement régulier et fécond de tout établissement 
scientifique. 

Dès 1879, une commission composée de trois membres du 
Bureau des longitudes, de M. Faye, son illustre président, 


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112 


L OBSERVATOIRE DE NICE 


de MM. d’Abbadie et Loevy, s’occupait des instrumeuts et, 
la môme année, après avoir pris son avis, M. Bischoffsheim 
commandait à divers constructeurs un cercle méridien por- 
tatif, un grand cercle méridien, un grand équatorial et un 
autre équatorial, de moindre dimension. 

Quelque temps auparavant, une délégation du Bureau, 
formée de MM. d’Abbadie, Lœvy et Perrier, avait exploré 
le littoral méditerranéen et proposé à M. Bischoffsheim, 
qui l’avait accepté, l’emplacement sur lequel devait être 
bâti le nouvel observatoire. 

Un ciel presque toujours beau, l’élévation déjà grande 
au-dessus de la mer, l’éloignement de la ville et de ses dis- 
tractions, le calme et la stabilité qu’exigent les études as- 
tronomiques, avaient déterminé le choix des savants acadé- 
miciens, qui s’était fixé sur le Mont-Gros, dans les environs 
de Nice. 

De 380 mètres d’altitude, isolée de toutes parts, ou peu 
s’en faut, cette montagne domine, à l’ouest la ville et la 
mer, au nord et à l’est la vallée profonde du Paillon et se 
rattache, en s’abaissant vers le sud, aux derniers contre- 
forts des Alpes Maritimes. 

On y arrive par la route de la Corniche qui en gravit, à 
l’ouest, les pentes rapides sur une étendue de 2 kilomètres, 
pour la contourner ensuite, au nord et à l’est, sur une éten- 
due à peu près égale, et la quitter enfin, au sud, à une hau- 
teur de 300 mètres environ. 

Une crête de 400 mètres de longueur, suffisamment large, 
se prêtait admirablement à l’installation des instruments 
d’astronomie. 

M. Bischoffsheim acheta tout le sommet et les terrains 
avoisinants sur une superficie de 35 hectares. 

Dans l’intervalle, le précieux concours de M. Ch. Gar- 
nier, de l’Institut, le célèbre architecte de l’Opéra, était 


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L’OBSERVATOIRE DE NICE 113 

acquis, et les travaux pouvaient être immédiatement com- 
mencés. 

Nous-même, appelé à l’honneur de diriger, sous le con- 
trôle du Bureau des longitudes, le futur observatoire, nous 
venions nous établir au Mont-Gros, en janvier 1881, après 
avoir visité en détail les principaux observatoires d’Europe, 
dont M. Bischoffsheim nous avait chargé d’étudier l’instal- 
lation et l’organisation *. 

Dès ce moment, les travaux, qui s’étaient bornés jusque 
là à la construction d’une route faisant communiquer, à 
travers la propriété, le sommet de la montagne avec la 
route de la Corniche, étaient poussés avec la plus grande 
activité, et six mois s’étaient à peine écoulés que le premier 
instrument, le cercle méridien portatif, était placé dans son 
pavillon. Cela nous permettait de procéder, sans retard, 
par les moyens connus et à l’aide du télégraphe qui nous 
rattachait depuis peu à Nice, à la détermination de la dif- 
férence de longitude entre l’observatoire du Mont-Gros et 
les observatoires de Montsouris et de Milan, avec la colla- 
boration des officiers du dépôt de la guerre et des astro- 
nomes italiens*. 

Quelques mois après, le même instrument servait à me- 
surer la latitude, et les deux coordonnées fixant la position 
de l’observatoire se trouvaient ainsi connues avec toute 
l’exactitude que comportent les méthodes actuelles. 

Au printemps de 1882, les maçonneries et les toits mo- 
biles étaient en bonne voie d’avancement, mais aucun autre 
instrument n’était près d’être fini. Dès lors l’observatoire 
pouvait organiser deux missions scientifiques importantes, 
dont M. Bischoffsheim voulait bien faire les frais ; la pre- 
mière devait observer l’éclipse totale de soleil du 17 mai 

(1) Visite à divers observatoires d'Europe; notes de voyage; Gauthier- Villars, 1831. 

(Z) MM. le colonel Baasot, pour la guerre ; Gloria, pour l’observatoire de Brera, à Milan* 


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114 


I.’OBSEKVATOIKE UE NICE 


1882; elle comprenait MM. Thollou et A. Puiscux, et se 
rendit à Siouth, en Égypte; la seconde devait observer le 
passage de Vénus du 6 décembre de la môme année et était 
composée de MM. Thollon et Charlois; le moment venu, 
elle alla s’établir à Avila, en Espagne. 

Sur ces entrefaites, nous étions nous-même désigné par 
l’Académie des sciences pour diriger l’une des huit expédi- 
tions que le gouvernement envoyait en Amérique pour l’ob- 
servation du môme passage et, le 20 juillet, nous quittions 
Bordeaux pour nous rendre sur les bords du Rio Negro, en 
Patagonie, au point qui nous avait été assigné. 

A notre retour en France, en février 1883, la coupole du 
petit équatorial était terminée et, au mois de juin suivant, 
l’instrument lui-même était monté sur son pilier. 

L’observatoire était dès ce moment en possession des 
deux instruments fondamentaux de tout établissement 
astronomique ; d’un cercle méridien et d’un équatorial, et 
se trouvait en mesure de fonctionner régulièrement ; c’est 
ce qu’il a fait depuis, sans interruption. 

Les deux autres instruments ne devaient être livrés que 
beaucoup plus tard, à la fin de 1886 et au commencement 
de 1887, et leurs aménagements terminés seulement dans 
la seconde moitié de cette dernière année. 

Entre-temps, de nouvelles constructions et des installa- 
tions d’importances diverses étaient entreprises et achevées. 

Actuellement l’observatoire comprend quatorze pavillons 
ou corps de bâtiment, isolés les uns des autres, ayant cha- 
cun sa destination spéciale. 

On trouve d’abord sur la crête de la montagne, en allant 
du nord au sud : le grand équatorial, la grande méridienne, 
la petite méridienne, le petit équatorial, le pavillon de 
spectroscopie, le pavillon de physique; puis, à un niveau 
inférieur, sur les flancs de la montagne : au nord, le pavil- 


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l’OUSEKVATOIKE DE NICE 115 

lou magnétique, installé sur les indications de M. Mascart; 
à l’ouest, trois grands corps de bâtiment, dont deux mai- 
sons d’habitation pour les astronomes, et la bibliothèque 
avec ses cinq mille volumes et ses trente journaux ou re- 
cueils périodiques ; à l’est, les ateliers et la salle des machi- 
nes; au sud une nouvelle maison d’habitation ; plus au sud 
l’écurie et la remise, enfin plus loin dans la même direction, 
à l’entrée de la propriété, la maison du concierge. 

Parmi ces bâtiments, celui du grand équatorial est le plus 
important. Tout compris, il a coûté à lui seul, plus d’un 
million de francs. 

C’est une immense construction cariée, en pierres de 
taille de la Turbie, large de 26 mètres, haute de 10 mètres, 
à l’aspect monumental, à l’architecture sobre, surmontée 
de la fameuse coupole d’Eiffel. 

Le principe de cette dernière est si simple qu’on est sur- 
pris, en la voyant se mouvoir avec tant de facilité, qu’on 
ait attendu si longtemps pour en faire l’application aux 
coupoles astronomiques. 

Dès 1881, M. Eiffel avait proposé son système pour la 
construction d’une grande coupole mobile mise au concours 
par l’Observatoire de Paris. Après des fortunes diverses, 
dont il serait superflu de parler ici, l’affaire était restée en 
suspens, lorsque M. Bischoffsheim, dont l’esprit toujours en 
éveil est à l’affût des innovations scientifiques et indus- 
trielles pouvant tourner au profit de son observatoire, réso- 
lut d’adopter pour sa grande lunette de Nice la coupole de 
l’ingénieur français. 

Cette coupole était d’ailleurs chaleureusement préconisée 
par l’amiral Mouchez et M. Ch. Garnier qui, dès l’origine, 
s’en étaient montrés les ardents défenseurs, et devant des 
opinions d’une autorité incontestable, M. Bischoffsheim 
n’avait pas hésité. 


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116 


L’OBSERVATOIRE DE NICE 


Après quelques modifications demandées par le savant 
architecte, le marché était conclu, en février 1884, et les 
travaux, entrepris aussitôt, étaient conduits avec la plus 
grande célérité. 

Au printemps de l’année suivante, la coupole était expo- 
sée dans les ateliers de Levallois-Perret, puis démontée et 
expédiée à Nice, enfin définitivement mise en place au 
Mont-Gros, à la tin de 1885, moins de deux années après la 
signature du traité. 

Cette immense coupole, la plus grande des coupoles mo- 
biles, est établie sur un mur circulaire inscrit dans le mo- 
nument carré dont nous parlions tout à l’heure. C’est une 
demi-sphère recouverte en acier, du poids de 95,000 kilos, 
d’un diamètre de 24 mètres à l’extérieur, reposant par la 
circonférence de sa base sur un flotteur annulaire. Ce 
flotteur plonge dans l’eau d’une cuve également annulaire, 
de dimensions un peu plus grandes que lui, et flotteur et 
coupole nagent dans le liquide à la manière d’un corps 
flottant qui se maintient sur l’eau. 

Tout le système est là, et les autres mécanismes plus ou 
moins ingénieux ne sont que des accessoires destinés à 
mettre en œuvre cette disposition fondamentale. 

La coupole se meut au moyen d’un treuil qui actionne un 
câble métallique sans fin enroulé sur le pourtour du flot- 
teur. 

Ce treuil fonctionne à la main, mais, sous peu de jours 
et, sans d’ailleurs renoncer à cet arrangement si simple, 
un moteur électrique, construit d’après les indications de 
M. Marcel Deprez, permettra à l’observateur de faire 
tourner, de sa place à la lunette, la coupole dans un sens 
ou dans l’autre, avec une vitesse variable. 

En dehors du système de flottaison, la coupole peut, 
quand cela devient nécessaire, reposer et tourner par une 


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I.’OBSEUV.YTOIUE DE NICE 


117 


série de galets mobiles sur un chemin de fer fixe, ainsi que 
cela se passe d’ordinaire pour les autres coupoles, dans le 
cas de notre petit équatorial, par exemple. 

Mais on conçoit très bien que ce mode de mouvement, 
suffisant pour des coupoles légères, puisse présenter de 
sérieux inconvénients quand ils s’agit de coupoles d’un 
grand poids, en raison du tassement irrégulier des maçon- 
neries qui a pour effet de détruire, à la longue, l’horizon- 
talité du chemin de roulement et de faire disparaître ainsi 
la condition essentielle d’un bon fonctionnement. 

Rien de semblable n’est à craindre avec le flotteur, et 
cet avantage constitue pour ce système une supériorité 
certaine sur les autres. 

C’est sous ce dôme mobile, dans lequel on a ménagé 
pour les besoins de l’observation une fente de 3 mètres de 
largeur, sorte de fenêtre dont les volets peuvent s’ouvrir et 
se fermer à volonté, que se dresse, sur une double colonne 
en pierres de taille, le grand équatorial, chef-d’œuvre 
d’équilibre et de précision, qui est comme le dernier mot 
des perfectionnements apportés par les artistes dans la 
construction des instruments d’astronomie. 

La lunette de 18 mètres de long se meut à la main ou à 
l’aide d’un mouvement d’horlogerie avec une rare facilité. 
Elle est pourvue d’un objectif de 0"“,76 de diamètre 
dont les verres, sortis de la maison française Fcil, ont été 
travaillés par MM. Henry, de l’Observatoire de Paris. 

Un escalier roulant sur le plancher et une plate-forme 
mobile latéralement et en hauteur sur des rails fixés dans 
le mur, dont l’invention appartient à M. Bischoffsheim, 
permettent à l’observateur de suivre la lunette dans ses 
évolutions. 

Les autres instruments figurent avec honneur à côté de 
celui-ci et il convient d’accorder une mention spéciale au 

9 


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118 


l’observatoire de mge 


grand cercle méridien de MM. Brunner frères, de Paris, 
modèle de haute précision et de stabilité, qui vient tout 
récemment encore, de s’enrichir d’un nouvel appareil des 
mêmes constructeurs, imaginé par M. Cornu, de l’Institut. 

Quand, pour terminer cette rapide description, nous 
aurons dit que l’observatoire du Mont-Gros est maintenant 
habité par vingt-six personnes dont dix observateurs, assis- 
tants ou élèves ; quand nous aurons ajouté que tout l’éta- 
blissement est éclairé à l’électricité, qu’il possède un réseau 
téléphonique complet, nous aurons donné une idée de cette 
création unique, à laquelle, en octobre de l’année dernière, 
l’association géodésique internationale, par un de ces 
mouvements de justice et d’admiration qui honorent la 
science, venait rendre un solennel hommage. 

Aux astronomes de se montrer dignes de si grands sacri- 
fices et de tirer parti de l’outillage merveilleux que 
M. Bischoffsheim a mis entre leurs mains. 

Nous osons espérer que leurs efforts ne sont pas restés 
jusqu’ici tout à fait infructueux. 

Un premier volume contenant les travaux exécutés à 
l’Observatoire a paru eu 1887 chez Gauthicr-Villars ; 
d’autres suivront (1). Le prochain donnera l’important 
dessin de M. Thollon sur le spectre solaire, œuvre de 
longue haleine qui n’a pas demandé moins de huit années 
d’un labeur incessant et dont le but principal se trouve 
indiqué, par son auteur, dans un article publié en 1886, 
dans le journal astronomique de M. Tisserand : « Je me 
suis imposé la tâche, disait M. Thollon, de fixer en quel- 
que sorte l’état actuel du spectre solaire, de manière que 
tout changement un peu notable qui pourrait survenir 
puisse être sûrement constaté. » 

(1) L’un d’eux donnera un résumé des belles expériences du pendule faites à 
l’Observatoire par le commandant DclToi^es. 


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L’OBSERVATOIRE DE NICE 


119 


L’étude du spectre solaire n’a pas seule occupé 
M.Thollon pendant son séjour au Mont-Gros, et l’on trouve 
dans les recueils scientifiques, dans les comptes rendus de 
l’Académie notamment, des traces nombreuses de son 
activité. 

Rien d’ailleurs ne permettra mieux de juger du prix qui 
s’attachait à ses travaux et de la place qu’il avait conquise 
dans l’astronomie physique, que les paroles par lesquelles 
le président de l’Académie des sciences annonçait à cette 
illustre assemblée la mort de notre regretté collaborateur, 
arrivée en avril 1887. 

Le nom de M. Thollon est trop lié à la fondation de cet 
observatoire pour que nous n’en citions pas quelques ex- 
traits : « La mort de M. Thollon, disait M. Janssen avec sa 
haute compétence, enlève à la science un observateur aussi 
consciencieux que distingué et dont les travaux, de plus en 
plus estimés, étaient toujours accueillis avec un vif intérêt... 

« On sait que M. Thollon s’était d’abord fait connaître 
par la construction du spcctroscope le plus puissant et, 
sans doute aussi, le plus parfait qui ait été obtenu avant lui. 
On sait également avec quel talent il sut s’en servir. De 
temps en temps il nous faisait connaître des portions très 
consciencieusement étudiées du spectre solaire, si énormé- 
ment dilaté et si riche en détails, que son instrument lui 
donnait. 

« C’est au cours de ces études que M. Thollon fit une 
observation du plus haut intérêt, que l’histoire de la 
science doit retenir... Au moment où elle fut faite, cette 
belle observation constituait, et constitue encore aujour- 
d’hui, la preuve la plus décisive en faveur de la réalité du 
principe posé par notre illustre confrère M. Fizeau sur les 
modifications que le mouvement de la source lumineuse 
apporte à la réfrangibilité des rayons et par suite à la 


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1*0 


l’qHSERVATOIHE DE NICE 


position des raies spectrales... Depuis plusieurs années, 
AI. Thollon travaillait à Nice. AI. Bischoffsheim lui avait 
donné l’hospitalité dans le bel observatoire qu’il y a élevé 
à l’astronomie. C’est une perte très sensible pour la phy- 
sique céleste et qui sera cucore plus vivement ressentie 
par tous ceux qui avaient pu apprécier la droiture de son 
caractère, l’élévation de ses sentiments et son amour si 
grand et si désintéressé de la science. » 

De telles paroles dispensent de tout autre éloge ; elles 
montrent la perte considérable que l’observatoire a faite 
par la mort de AJ. Thollon. 

Le volume relatif au dessin du spectre solaire donnera 
aussi une relation détaillée des études faites cette année au 
Mont-Gros sur la planète Alars. 

Comme les observations de Nice ont appelé de nouveau 
l'attention des astronomes sur cette intéressante question 
et qu’elles ont eu un certain retentissement, on nous 
excusera d’y consacrer quelques lignes. 

Il est peu de personnes qui n’aieut entendu parler de ces 
apparences singulières qu’à tort ou à raison l’on nomme 
Canaux de Mars et dont le caractère a été précisé dans 
ces derniers temps seulement, il y a huit ou dix ans à 
peine, par les recherches du directeur de l’observatoire de 
Milan, AI. Schiaparelli, l’auteur de découvertes célèbres sur 
la commune origine des comètes et des étoiles filantes. 

Beaucoup n’y crurent pas tout d’abord, et aujourd’hui 
encore, si l’on en juge par les dissertations publiées dans 
les journaux scientifiques, les prétendus canaux n’ont pas 
réuni tous les suffrages. 

Cette difficulté à faire admettre comme réels des faits 
nouveaux appuyés seulement par le témoignage d’un petit 
nombre, trouve, dans le cas actuel, une force particulière 
dans cette circonstance que rien sur notre globe ou sur les 


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L OBSERVATOIRE DE NICE 


121 


autres planètes ue peut nous donner une idée du spectacle 
vraiment extraordinaire que nous offre Mars. 

Un coup d’œil jeté sur une carte de cette planète suffit 
pour uous montrer que les diverses régions de sa surface, 
à l’exception des taches neigeuses des pôles, se présentent 
à nous avec des teintes variées permettant de les ranger 
en deux classes distinctes. La première comprend les 
parties plus claires et plus lumineuses, ce sont les conti- 
nents ; la seconde comprend les parties plus sombres et 
plus obscures, ce sont les mers. Ces dénominations, 
arbitraires au premier abord, reposent sur des analogies 
avec la terre et se justifient chaque jour davantage à 
mesure que les observations augmentent en nombre et en 
précision. 

La plus grande partie des continents occupe une vaste 
zoue équatoriale s’étendant sur tout le pourtour de la 
planète et d’une manière presque continue, en apparence 
du moins, tandis que les mers, distribuées de chaque 
côté, ne semblent avoir entre elles, de l’un à l’autre hémis- 
phère, que de rares et peu importantes communications. 

Enfin, si on regarde avec attention les continents 
(surtout sur une carte récente), on les voit traversés par 
un grand nombre de lignes droites, sombres, qui les 
divisent en une multitude de petites îles. Ce sont les 
canaux. 

« Les canaux, écrivions-nous en 1886, dans le Bulletin 
astronomique, tels que les a décrits M. Schiaparelli et tels 
que nous les avons vus, en partie, constituent, dans la 
région équatoriale de Mars, un réseau de lignes qui pa- 
raissent tracées suivant des arcs de grand cercle. Us tra- 
versent dans toutes les directions la zone des continents et 
font communiquer entre elles les mers des deux hémis- 
phères ou simplement les canaux entre eux. Ils se coupent 


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122 


l’oDSERVATOIRE DE NICE 


sous tous les angles et se projettent sur le fond brillant du 
disque suivant des lignes de couleur grisâtre de nuance 
plus ou moins foncée. Los plus fines de ces lignes ont 
paru avoir une largeur variant entre 100 et 150 kilomètres ; 
certaines de celles que nous avons vues s’étendaient sur 
une longueur de plus de 3.000 kilomètres. Plusieurs de ces 
canaux sont doubles et composés de lignes rigoureusement 
parallèles, placées, d’après les estimations de M. Scliia- 
parelli, à des distances qui peuvent varier entre 300 et 
600 kilomètres. » 

Nos observations de 1888, poursuivies pendant près de 
cinq mois, ont pleinement confirmé celles de 1886. Les 
canaux de Mars, ou mieux les objets qui ont l’apparence 
de canaux, ne sont pas le résultat d’une illusion ; ils 
existent, quelque singuliers qu’ils soient. 

Aux observations futures à préparer les éléments devant 
servir de base à leur explication. 

En ce moment, ou ne peut hasarder que des conjectures 
plus ou moins fondées. 

Pour certains, la diminution et l’accroissement alter- 
natifs des deux masses de glaces polaires indiquent un 
mouvement considérable de liquide de l’un à l’autre 
hémisphère soit à l’état de vapeur, soit surtout sous forme 
de courants liquides auxquels livrent naturellement pas- 
sage, à travers les continents, les nombreux canaux qui 
les sillonnent. Ce serait la raison d’étrc de ces derniers. 

Pour d’autres, pour M. Fi/.eau, qui a récemment déve- 
loppé cette opinion devant l’Académie des sciences, les 
canaux seraient tout simplement d’immenses crevasses ou 
fentes rectilignes produites par la succession des saisons 
dans la surface de Mars, supposé à l’état glaciaire. 

Quoi (pi’il en soit, la nécessité de surveiller avec la 
plus grande attention les changements du genre de ceux 


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L’OBSERVATOIRE DE NICE 


123 


que nous avons signalés, cette année même, dans les 
régions équatoriales de la planète, s’impose d’une façon 
pressante ; car ces changements, que nous avons lieu de 
croire périodiques, sont très probablement destinés à nous 
donner la clé des mystères qui enveloppent encore la 
constitution physique de Mars. 

Nous ne faillirons pas, quant à nous, à ce devoir et, le 
moment venu, nous reprendrons ces études avec une satis- 
faction réelle, sans impatience si le succès ne couronne pas 
nos efforts, mais aussi sans désespérer du triomphe final 
de la science, et en nous inspirant de ces sages paroles 
de Leverrier : « La vie d’un homme est trop courte pour 
rassembler les matériaux indispensables à la solution des 
grands problèmes astronomiques ; et lorsque à chaque 
instant nous recueillons le fruit des travaux de nos devan- 
ciers, ne comprendrions-nous pas (pie nous avons à 
remplir un devoir sacré, celui de laisser, à notre tour, à 
nos successeurs, les matériaux dont ils auront besoin pour 
pénétrer plus avant dans les secrets de la nature ? » 


Perrotin, 

membre correspondant. 


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LETTRES DE M. PERROTIN A M. FAYE 


Nice, mai 1888. 

« Il m’a été possible, par de très bonnes images, de 
revoir, avec notre grande lunette, une partie des canaux 
de Mars que j’avais observés en 1886. 

« Ils sont à la place où je les ai vus à cette époque et 
présentent les mêmes caractères : ils se projettent, sur le 
fond rougeâtre des continents de la planète , suivant des 
lignes droites sombres (des arcs de grand cercle proba- 
blement), les unes simples, les autres doubles, — les 
deux composantes, dans ce dernier cas, étant, le plus 
souvent parallèles, — se coupant sous des angles quel- 
conques et paraissant établir des communications entre 
les mers des deux hémisphères ou entre les diverses par- 
ties d’une même mer, ou bien encore entre les canaux 
eux-mêmes. 

« Leur aspect est eu général le même qu’en 1886. 
Pourtant quelques-uns paraissent plus faibles, d’autres 
ont peut-être disparu en partie. 

« J’ai fait deux croquis que j’aurai l’honneur de vous 
envoyer dès que je les aurai complétés. Mais, dès à 
présent, je dois signaler trois modifications importantes 
qui se sont produites depuis 1886 dans l’aspect de la 
surface de la planète, modifications d’autant plus cer- 
taines qu’elles ont eu leur siège dans des régions sur 


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LETTRES DE M. PERROTIN A M. FAYE 125 

lesquelles mon attention s’était plus particulièrement 
portée en 1886. 

« 1® C’est d’abord la dispaiàtion d’un continent qui 
s’étendait, alors, de part et d’autre de l’équateur, par 
270® de longitude (Lybia, carte de Schiaparelli). De forme 
à peu près triangulaire, ce continent était limité au sud 
et à l’ouest par une mer, au nord et à l’est par des 
canaux. 

« Nettement visible il y a deux ans, il n’existe plus 
aujourd’hui. La mer voisine (si mer il y a) l’a totalement 
envahi. A la teinte blanc rougeâtre des continents a 
succédé la teinte noire ou plutôt bleu foncé des mers de 
Mars. Un lac, le lac Mœris, situé sur l’un des canaux, a 
également disparu. 

« L’étendue de la région dont l’aspect a aussi complè- 
tement changé peut être évaluée à 600,0Q0 km< i environ, 
un peu plus que la superficie de la France. En se portant 
sur le continent, la mer a abandonné, au sud, les régions 
qu’elle occupait antérieurement et qui se présentent 
maintenant avec une teinte intermédiaire entre celles des 
continents et celle des mers, avec une couleur bleu 
clair, analogue à la couleur d’un ciel d’hiver, légèrement 
brumeux. 

« Cette inondation (ou autre chose) du continent Lybia 
si j’en crois un dessin antérieur (de l’année 1882), pourrait 
bien être un phénomène périodique. S’il en est ainsi, les 
observations en donneront la loi à la longue. 

« C’est ensuite, au nord du continent disparu, à 125® 
de latitude, la présence d’un canal simple qui n’est pas 
indiqué sur la carte Schiaparelli, bien que ce savant 
astronome en ait noté de beaucoup plus faibles, et que 
je ne l’aie pas vu non plus lors de la dernière opposition. 
Ce canal, long de 20® environ et large de 1® ou 1®,5, ert 


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126 LETTRES DE M. PERR0T1N A M. FAYE 

sans doute de formation récente. II est parallèle à l’équa- 
teur et continue en ligne droite une branche d’un canal 
double, déjà existant , qu’il met en communication avec 
la mer. 

« 3° La troisième modification consiste, enfin, dans la 
présence, assez inattendue, sur la tache blanche du pôle 
nord, d’une sorte de canal qui semble relier, en ligne 
droite, à travers les glaces polaires, les deux mers 
voisines du pôle. Ce canal, qui se détache avec une 
grande netteté sur la surface de Mars, coupe la calotte 
sphérique blanche suivant une corde qui correspond à 
un arc de 30* environ. » 


Nice, juin 1888. 

« Dans le courant de la semaine prochaine, j’aurai 
l’honneur de vous adresser les croquis de Mars que je 
vous ai annoncés. 

« La région Lybia, dont je vous ai entretenu dernière- 
ment, s’est présentée avec de nouvelles modifications. 
La mer, qui recouvrait la surface de cette sorte d’île, s’est 
retirée en grande partie et l’aspect actuel est intermé- 
diaire entre celui de 1886 et celui sous lequel elle se voyait 
il y a un peu plus d’un mois. 

« Ce que j’ai constaté de plus intéressant, depuis ma 
dernière lettre, c’est l'existence de canaux, en partie 
doubles, qui partent des régions voisines de l’équateur et 
atteignent les environs du pôle boréal. 

« Ces canaux (mes dessins en contiennent quatre, dont 
trois doubles ayant le même caractère) prennent leur 
source dans des mers de l’hémisphère austral, non loin de 


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LETTRES DE M. PERROTIX A M. FAYE 


127 


l’équateur, suivent à peu près un méridien de la planète 
et vont se perdre dans les mers qui entourent la calotte 
de glace du pôle boréal. Ce qu’il y a de plus singulier, 
c’est qu’on peut suivre leurs traces, à travers ces mers, 
jusqu’à la calotte elle-même. Il n’est pas à ma connais- 
sance que d’autres observations aient constaté l’existence 
de pareils canaux, s’étendant sur une aussi grande lon- 
gueur et présentant ce caractère. 

« M. Schiaparelli lui-même, auquel on doit les plus 
belles études sur Mars, ne semble avoir vu qu’en partie 
les canaux que je viens de signaler. » 


Nice, juillet 1888. 

« J’ai l’honneur de vous adresser, ci-inclus, les croquis 
de Mars que j’ai annoncés dans ma précédente lettre et 
qui donnent l’aspect de la planète aux dates indiquées. 

« La différence entre les dessins 1 et 2 de cette année 
et le dessin correspondant 3, de 1886, est frappante en 
ce qui concerne la région Lybia, de Schiaparelli. A un 
mois d’intervalle, les dessius 1 et 2, de leur côté, indiquent, 
dans la même région, des modifications notables. 

« Les deux premiers dessins contiennent le nouveau 
canal A, et le canal de la calotte blanche du pôle boréal, 
dont il est question dans les comptes rendus du 14 mai 
dernier. 

« Dans le dessin n° 2 se trouve, en outre, un canal 
simple B, vu le 12 juin pour la première fois. 

« Le dessin n° 4 contient quatre canaux simples et trois 
doubles, dont un seulement double sur une partie de sa 
longueur, mais tous bien caractérisés. 


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128 


LETTRES DE M. PERROTIN A M. FAYE 


« Deux de ces derniers, C et D, partent des régions 
voisines de l’équateur et viennent, en suivant à peu près 
un méridien (long. 330° pour l’un, 5“ pour l’autre, de la 
carte de Schiaparelli) se perdre dans les environs de la 
calotte blanche du pôle nord. 

« Sont-ce bien là des canaux dans le sens que nous 
attachons à ce mot? 11 me semble que les deux canaux 
doubles singuliers que je signale pourront un jour ou 
l’autre nous donner à ce sujet d’utiles renseignements. Si 
ce sont de vrais canaux, ils ne peuvent, en effet, manquer 
d’éprouver de profondes modifications lors des change- 
ments de saison, au moment surtout où, sous l’influence 
des rayons solaires, le tache blanche du pôle boréal tend 
à disparaître , à fondre , comme le pensent certaius 
astronomes. 

« Ainsi considérés, les canaux en question et deux 
autres du même genre, que nous indiquerons dans une 
publication d’ensemble, se recommandent d’une façon 
particulière à l’attention des observateurs. « 


Nice, septembre 1888. 

« J’ai l’honneur de vous envoyer quatre nouveaux 
dessins de Mars, qui font suite aux quatre que l’Académie 
a bien voulu publier dans les comptes rendus (16 juillet 
1888). 

« Afiu de rendre facile la comparaison de ces dessins 
avec ceux faits par d’autres observateurs, il est utile de 
connaître les coordonnées du centre de la planète au 
moment où les dessins ont été pris. 

« Les voici, en adoptant pour origine des longitudes le 


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LETTRES DE M. PERROTIX A M. FAYE 


120 


méridien accepté par les astronomes, M. Schiaparelli 


particulièrement : 

Numéros 

Longitude 

Latitude IV 

5 

193® 

24“ 

6 

140® 

24® 

7 

120® 

24® 

8 

90® 

24® 


« La figure n® 5 montre une partie de la surface de la 
planète fort accidentée, surtout dans le voisinage de la 
calotte de glace du pôle nord, et, en même temps, une 
région R, comprise dans une sorte de pentagone formé 
de canaux, et qui, par sa couleur blanchâtre et éclatante *, 
tranche d’une façon singulière avec la couleur rougeâtre 
des parties environnantes, 

« La figure n® 8 présente deux canaux, un simple et l’au- 
tre double, K L, M N, analogues à ceux dont j’ai parlé 
dans une de mes précédentes lettres. Ces canaux partent 
des régions équatoriales et se dirigent, en suivant à peu 
près un méridien, vers le pôle nord. 

« Ce dessin est à rapprocher de celui portant le n® 4, 
dans la première série. Il reproduit, d’ailleurs, des régions 
voisines de celles de ce n® 4 et situées seulement plus à 
l’est sur la planète. 

« Les dessins n®* 6 et 7 sont malheureusement incomplets. 
Je les donne parce qu’ils mettent en évidence l’existence 
d’un nouveau canal qui, ainsi que celui déjà signalé 
précédemment (üg. 1 et 2), coupe suivant une ligne droite 
sombre la calotte blanche des glaces polaires. 

« Ce nouveau canal est peut-être un peu moins net que 

1. L’éclat est presque aussi vif que celui de la calotte polaire. Cet état de choses 
n’existait plus ou n’avait pas été remarqué quand on a fait les dessins 1 et 2 ; mais il est 
probable qu’il s’est produit là encore un changement notable durant les observations de 
cette année. 


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130 


LETTRES DE M. PERROTIN A M. I-’AYE 


le premier ; mais son existence 1 et son caractère ne sont 
pas douteux. 

« La figure 5 montre les deux canaux ; celui de droite 
est l’ancien, celui de gauche est le nouveau. 

« On voit encore mieux ce dernier dans les dessins 
n°* 6 et 7; le dessin n" 7 le fait voir dans tout son 
développement. 

« J’ai beaucoup regretté que les circonstances atmos- 
phériques ne m’aient pas permis de revoir en juillet, par 
de bonnes images, la région Lvbia. 

« Ce que j’ai entrevu me fait croire à de nouvelles 
modifications qui se seraient produites dans cette partie 
fie la surface de la planète depuis le mois de juin, et je 
crains beaucoup qu’il ne soit trop tard pour qu’il soit encore 
possible d’en reconnaître la nature. C’est la continuation 
des changements sur lesquels j’ai appelé l’attention au 
mois de mai dernier et qui ne sont, sans doute, qu’une 
partie des changements, à période plus ou moins longue, 
qui se produisent fréquemment à la surface de la planète. 
En ce qui ine concerne, pendant mes longues soirées 
d’observation, j’en ai constaté plusieurs, plus particulière- 
ment dans le voisinage de la calotte de glace. Ces 
changements, qui ont lieu quelquefois du jour au lende- 
main, ne modifient pas l’aspect général, mais portent 
seulement sur les détails ; ils affectent surtout les parties 
sombres de la surface. 

« J’en ai remarqué aussi d’autres de nature différente. 
C’est ainsi que, le 18 et le 19 juin, j’ai vu, en peu de temps, 
pendant le cours de mes observations, la région R de la 
figure 5 se couvrir et se découvrir tour à tour d’une sorte 
débrouillard rougeâtre qui s’étendait jusque sur les canaux 

1. Circonstance bisarre, le nouveau canal commence le pourtour de la calotte de glace, 
au point même où finit le eaual primitivement reconnu. 


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LETTRES DE AI. PERROTIN A M. FAYE 


131 


environnants, tandis que le reste de la surface de la planète 
continuait à se montrer avec une grande netteté et une 
rare pureté de détails. 

« Je ne puis mieux comparer ce phénomène qu’à celui 
que vous donnent ici souvent, pendant l’été, les brouillards 
de la mer qui, le soir, après les journées chaudes, en- 
vahissent le littoral en quelques minutes, pour disparaître 
ensuite presque aussitôt. 

« Je n’ai pas besoin d’ajouter que tout ceci, môme dans 
notre grande lunette, ne saute pas aux yeux et qu’il faut 
pour le voir une attention soutenue, un bon instrument et 
par-dessus tout des images, non pas seulement bonnes, 
mais excellentes. » 


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GAHPAGXE DANS LES ALPES PENDANT LA REVOLUTION 

PA* 

MM. KREBS ET MORIS 


CAMPAGNE DE 1792 


PRÉFACE 


Si, d’une manière générale, les études historiques sont 
utiles aux militaires, pour ceux appelés à agir en pays de 
montagne elles sont indispensables. Dans les Alpes 
notamment, les accidents topographiques et les phéno- 
mènes météorologiques ont une telle importance que 
l’industrie moderne, malgré tous ses progrès, n’a pu en 
triompher complètement et imprimer à la guerre le carac- 
tère nouveau qu’elle tend à prendre dans les pays de plaine. 

L’effectif des troupes, en montagne, est limité par suite 
de la pénurie des ressources locales, du petit nombre et du 
faible rendement des principales voies de communication, 
routes et chemins de fer. L’augmentation de la portée et de 
la précision des armes est, en partie, annulée par l’étendue 
des zones inaccessibles, la multiplicité et la diversité des 
couverts, bois, rochers, ravins. Les armées seront donc 
aujourd’hui, sur la frontière franco-italienne, dans des 
conditions assez peu différentes de celles où elles étaient 
au siècle passé. 

La puissance du relief du sol et la rareté des chemins 
contribuent aussi à restreindre le nombre des combinaisons 

10 


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134 


PRÉFACE 


militaires, en sorte que, le plus souvent, les mouvements 
des troupes, à diverses époques, présentent une très grande 
analogie 1 . Les plus illustres capitaines ont seuls pu 
s’affranchir de cette influence du terrain, par l’emploi de 
passages peu connus ou considérés jusqu’alors comme 
inaccessibles. A cet égard, la connaissance complète du 
pays offre un intérêt capital, et rien n’est plus propre à 
donner cette connaissance que l’étude détaillée des opéra- 
tions militaires antérieures. 

L’épopée napoléonienne a eu un tel éclat qu’e'le a laissé 
dans l’ombre les campagnes qui l’ont immédiatement pré- 
cédée. Aussi deux historiens militaires seulement, Jomini*, 
en France, Piuelli 3 , en Italie, ont-ils raconté celles de la 
Révolution sur les Alpes. 

Ecrits au moyen de documents dont la provenance n’est 
pas indiquée et ne peut, par suite, être discutée, leurs 
ouvrages ont une valeur contestable. Ils présentent en 
outre des erreurs et des exagérations d’autant plus fâcheuses 
qu’elles ont donné naissance à des légendes, susceptibles 
de conduire à des conclusions absolument fausses. Ajou- 
tons que leur caractère trop général, pour le premier 
surtout, ne permet pas de reconnaître la physionomie spé- 
ciale de la guerre de montagne, constituée par des actions 
de détail. 

Les Mémoires de Masséna 4 , de Roguet 5 et de Thaon de 
Revel® les complètent, il est vrai, en partie. Mais tous 
ces travaux ont encore le grave inconvénient de n’avoir 

1. Voir la préfaça de notre ouvrage sur les Opération» militaire» dan» le» Alpe» pen 
dont la guerre de la Succession (PAutriche , Pari*, Baudoin, 1886. 

2. Jornioi, Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution, Paris, 1820. 

3. Pinelli, Storia mi li tare del Pie monte, Tori *o, 1854. 

4. Koch (général), Mémoire de Mass?na. Paris, 1848. 

5. Roguet (comte), Mémoire» militaire», Paris, 1862 

6. Thaon de Revel Mémoire» sur la guerre de» Alpes. Turin, Rome, Florence, 1871. 


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PRÉFACE 


135 


été faits qu’au point de vue d’un des deux belligérants. 
Ils nous renseignent bien sur les effectifs, les desseins, 
les espérances, les sentiments des troupes de la nation à 
laquelle appartient l’écrivain ; ils contiennent , au con- 
traire, des appréciations erronées sur l’adversaire. 

Dans le présent travail, on a cherché à éviter ce double 
écueil, et, pour y arriver, on a circonscrit d’une manière 
très précise le sujet traité, on a puisé aux sources les plus 
autorisées, aussi bien en Italie qu’en France. 

Tous les ouvrages touchant de près ou de loin à la ques- 
tion ont été utilisés. La longue nomenclature qui en est 
donnée à la fin de ce volume ', les nombreux renvois notés 
au bas des pages témoignent suffisamment de la préoc- 
cupation constante qu’ont eue les auteurs de ne laisser 
échapper rien d’intéressant ou même de simplement curieux 
dans les écrits de leurs devanciers. 

Mais c’est surtout à la recherche et à l’étude des docu- 
ments inédits qu’ils se sont attachés. 

Ils ont fouillé, d’un côté, les archives historiques de la 
Guerre*, celles de la section technique du génie 3 , du 

1. Voir la Bibliographie à la fin da volume, avant la table des matières. 

2. Note sdr les Archives historiques du ministère de la Guerre. — L’ancien 
Dépôt de la Querre forme actuellement deux divisions de l’état-major de l’armée : le 
semce géographique et le service historique. 

Cette dernière division comprend : la Bibliothèque , les Archives des Cartes et les 
Archives historiques. 

Les Archives historiques se divisent en deux grandes séries, savoir : Archives anté- 
rieures à 1789. — Archives postérieures à 1789. 

La première surtout est remarquable. Elle comprend, entre autres documents du plus 
haut intérêt, les 140 volumes ms. (non compris 5 vol. de tablas), dans lesquels le lieute- 
nant général de Vault a fait, à la fin du siècle dernier, l’historique des guerres soutenues 
par la France de 1672 à 1782, en analjsant la correspondance de la cour et des généraux. 
Quarante-deux volumes seulement de cette admirable collection, relatifs à la guerre pour 
la Succession d’Espagne ont été publiés par le général Pelet fV. Collection des Documents 
inédits pour servir a Phistoire de France). C’est le complément de l’œuvre de MicUelet 
sur cette époque. 

Dans la seconde série, les pièces sont rangées, pour chaque armée, par ordre chronolo- 
gique (an, mois et jour); les situations, l’effectif et l’emplaoement ont une place à part. 
U existe également un classement particulier pour certains théâtres d’opérations très dis- 
tincts et pour les mémoires spéciaux. 

Ces Archives sont complétées par une collection de carte*, généralement manuscrites, 
tirées des archives des Cartes, où il reste encore neanmoins des documents intéressants. 

Pour le présent ouvrage, nous avons consulte les pièces classées aux armées du Midi, 
des Alpes et d’Italie; à la Sardaigne et à la Cor6e ; à Lyon et â Toulon: enfin les mé- 
moires et cartes se rapportant au théâtre d’opérations des Alpes pendant la période qui 
nous occupe. 

3. Voir, à la Un du volume, avant la table des matières, la liste des documents des 
Archives de la section technique du génie utilisés dans cet ouvrage. 


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136 


PREFACE 


ministère des affaires étrangères 1 et du département des 
Alpes-Mari ti mes . 

De l’autre, ils ont eu en mains des papiers de la plus 
haute importance, rassemblés par l’officier du génie 
sarde Alziari de Malausséna, qui a pris part à toutes ces 
campagnes et qui est mort, en 1811, à Breil (Alpes-Mariti- 
mes), au moment où il commençait à en rédiger l’histoire. 
Ces papiers, déposés aux archives de la commune, se 
composent d’originaux et de copies faites sur les minutes 
existant à Turin : lettres, ordres de service, tableaux de 
situation; correspondances autographes, recueillies sans 
doute dans le pays; récits circonstanciés provenant de 
témoins oculaires, etc *. 

Ici, la version piémontaise, là, la version française. 

L’authencité de ces documents ne pouvant être mise en 
doute, il n’y avait qu’à les comparer entre eux pour placer 
chaque fait dans son vrai jour et donner un récit aussi 
conforme que possible à la réalité. 

On ne s’est pas borné à mentionner simplement leur 
existence et leur classement soit au ministère de la guerre, 
soit aux archives de Breil 3 ; on a publié, comme pièces 
justificatives, celles qui ont paru les plus importantes. 

Ce mémoire comprend la campagne de 1792. Plus 
tard on étudiera celles de 1793, 1794, 1795 et 1796, 
jusqu’à l’armistice de Cherasco. Les opérations suivantes, 

1. Les Archives du ministère des affaires étrangères ont été consultées surtout pour 
la rédaction du chapitre premier de l’Introduction. 

2 Ces papiers, enfouis, en 1811, sous les combles de rhôpital de Breil, légataire de 
M. AUiari de Malausséna. ont été découverts, en ls#l, par le regrette baron Cachiardy 
de Montfleury, de son vivant maire de Breil et conseiller général du canton. CVst à lui 
que nous en devons la communicati n et nous nous faisons un devoir de payer A sa mé- 
moire, universellement vénéree dans le pays, le tribut de notre respect et de notre grati- 
tude. — Ces papiers étaient enfermés dans des malles de l’armée, au nom du general Colli. 
C’est IA un nouveau caractère indéniable de leur authenticité. 

3. Voir, A la fin du volume, la nomenclature des pièce» des Arçhives <U Breil utilisées 
dans oette étude. 


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PREFACE 


137 


n’ont plus les Alpes pour théâtre et out d’ailleurs fait l’objet 
de nombreux commentaires. 

Cette histoire, exclusivement militaire, est précédée d’un 
aperçu sur les causes de la guerre, sur l’organisation des 
armées, sur la topographie des Alpes, aperçu qui a semblé 
nécessaire pour mettre le lecteur à même de mieux con- 
naître une époque déjà assez éloignée de la nôtre. 

On n’a pas craint d’entrer dans le détail des opérations 
qui fait le principal intérêt de la guerre de montagne, mais 
exige une connaissance approfondie du pays. Pour en faci- 
liter l’étude, on a désigné les localités par les noms en 
usage aujourd’hui et inscrits tant sur la carte de l’état- 
major français au 80,000' que sur la carte sarde au 40,000'. 
Ces deux cartes sont dans toutes les mains ; la seconde se 
rapproche plus de celle de Bourcet, seule en usage en 1792, 
que les planches remarquables publiées récemment par 
l’état-major italien aux échelles du 100,000', du 50,000' et 
du 25,000'. On a d’ailleurs signalé, dans les notes, les 
différences les plus notables de la topographie du pays à 
l’époque de la Révolution et à la nôtre. 

Cette méthode a permis de n’insérer , dans les deux 
volumes consacrés à ces campagnes si intéressantes, que 
les croquis relatifs à certains points particulièrement impor- 
tants. Ces croquis ont été tirés de plans manuscrits ou 
imprimés, contemporains des événements eux-mêmes, qui 
sont conservés aux Archives des cartes du ministère de la 
guerre 1 . On donnera en outre, avec le second volume, une 
carte générale du théâtre d’opérations des Alpes, dressée 
d’après celles de Bourcet, de Bâcler d’Albe et de Raymond, 
complétées au moyen des croquis de Capitaine. 

1. Voir, à 1& fin du volume, la notice consacrée aux cartes insérées dans cet ouvrage. 


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138 


PREFACE 


On s’est proposé surtout de fournir aux militaires des 
matériaux d’étude nombreux et exacts. On n’a donc pas 
fait la critique des opérations et manœuvres, afin de ne 
pas allonger ni compliquer le récit des événements, que 
chacun pourra interpréter selon ses sentiments. On se bor- 
nera à présenter, sous forme de conclusions, quelques 
considérations propres à faire ressortir l’importance des 
travaux de cette nature. 


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INTRODUCTION 


CHAPITRE I" 

LES CAUSES DE LA GUERRE 


Rapports de la France et de la Sardaigne de 1789 & 1791. — 
Le mouvement révolutionnaire inquiète le roi de Sardaigne 
en 1791. — Il cherche à faire une ligue des Etats d’Italie. — 
Etat de l’Italie à la fin de 1791. — Préparatifs de guerre de 
Victor-Amédée. — Demande d’explications delà France. — Affaire 
de M. de Sémonville. — Rupture des relations diplomatiques. 

Les relations de la France et de la Sardaigne étaient 
excellentes en 1789 ; mais, dès 1791, les événements qui se 
passent de l’autre côté des Alpes effraient Victor-Amédée. 
Il est trop voisin des révolutionnaires pour ne pas se sentir 
exposé à la contagion des idées nouvelles. Afin d’obtenir 
sa neutralité dans la grande lutte qui va s’engager, on lui 
offrira le Milanais, mais il restera sourd à cette proposition 
des ennemis de la royauté. 

Dès longtemps , le grand dessein de la maison de Savoie 
était de grouper en un faisceau tous les Etats d’Italie 1 : 
la république de Venise, le royaume de Naples, le grand- 
duché de Toscane, Rome, la répqblique de Gênes. 

La ligue devait être défensive. 

Quelle était la situation de ces Etats et quel intérêt 
avaient-ils à seconder les vues de la cour de Turin? 

1. En 1780, le comte Napi'me proposait à Victor-Amédée de fonder une confédération 
italienne, qui « animerait l’espnt patriotique en Italie et réunirait de* paya d’origine 
commune ». (Bianchi, Storia délia Monarchla Piemontese dal 1113 sino al 1861 , t. I, 
chap. 8, § 4), Torino, Bocca. 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


Epuisée par l’excès même de sa prospérité, amollie par 
la richesse, craignant l’Autriche, qui espérait en faire sa 
proie, et ne pouvant compter que sur la France, Venise 
croyait prudent de ne pas attirer sur elle l’attention et de 
ne pencher d’aucun côté *. 

Le roi de Naples, continuellement stimulé par sa femme, 
ne demandait qu’à prendre les armes. Il pouvait mettre sur 
pied 25,000 hommes de mauvaises troupes et appareiller 
40 bâtiments; mais il n’osait se déclarer ouvertement, 
n’ignorant pas qu’une flotte était prête à sortir du port de 
Toulon à la première alerte *. 

Le grand-duc de Toscane, Léopold, dont le gouverne- 
ment était, sans contredit, le plus sage de l’Europe, avait 
trop d’attaches avec la maison d’Autriche pour aimer la 
France ; mais l’intérêt qu’il avait à défendre le commerce 
de Livourne contre les entreprises des Anglais , formait 
entre les deux pays un lien dont les événements démon- 
trèrent la solidité 8 . 

Le pape voyait avec impatience les innovations révo- 
lutionnaires ; mais l’Assemblée constituante protestait de 
son désir de rester unie au chef de l’Eglise catholique , et 
longtemps il n’osa entrer en lutte avec elle. Vint ensuite 
l’Assemblée législative qui fut plus audacieuse que sa 
devancière ; le pontife lança ses foudres contre les réforma- 
teurs et consentit à mettre ses faibles ressources au service 
de nos ennemis 4 . 

Gênes redoutait l’Autriche et recherchait la protection 
de la France. Toute sa politique se réduisait à obtenir de 
ses voisins de la laisser vivre. Le doge de Gênes, écrivait 
un contemporain, devrait , en ouvrant chaque séance du 

1. Botta ( Storia cCItalia dal 1789 al i814 , Parigi 1824 , p. 73-74).— Sorel, L' Europe 
et la Révolution française , 1 . 1 , p. 391-392. 

2. Botta, p. 74. — Sorel , p. 3^8. 

3. Botta, p. 75. — Sorel, p. 390. 

4. Botta, p. 76. — Sorel, p. 390. 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


141 


Sénat, dire à haute voix : « N’oubliez pas, Sénateurs, que le 
salut de la République dépend de sa neutralité » 

Tel était, à la fin de 1791, l’état des esprits des petites 
puissances d’Italie : préparatifs secrets de guerre à Naples; 
désir de rester neutre en Toscane; esprit guerrier mais 
faiblesse extrême à Rome; neutralité déclarée dans les 
deux républiques*. 

Le roi de Sardaigne ne pouvait donc guère compter sur 
ses voisins. Cependant, pressé chaque jour par les émigrés, 
dont un grand nombre s’étaient réfugiés en Savoie, à Nice 
et en Piémont , il prend toutes ses dispositions pour parer 
aux éventualités d’une guerre prochaine. 

En janvier 1792, M. de Lalande, chargé d’affaires de 
France, qui remplace M. de Choiseul, ambassadeur en 
congé, puis démissionnaire 3 , signale une grande efferves- 
cence et des envois de troupes en Savoie 4 . Il annonce que 
quatre régiments autrichiens sont arrivés à Milan 5 ; que le 
gouvernement sarde vient de contracter un emprunt pour 
augmenter ses forces 8 . Le 14 mars 7 , il envoie au ministre 
des affaires étrangères l’état de situation des troupes autri- 
chiennes qui sont en Lombardie et, le 21, lui fait savoir 
qu’un train considérable d’artillerie vient d’être envoyé en 
Savoie *. 

La France, trop occupée par les événements intérieurs 
et par la coalition qui menaçait de fondre sur elle*, ne 
semblait pas s’émouvoir de ces armements. Cependant, le 
20 mars, Dumouriez prend le portefeuille des affaires étran- 
gères et, dès le jour de son entrée au ministère, il demande 

1. Bielfeld, t. III, ch. 8, cité par Sorel, p. 391. — Àrch. des affaires étrang. , fonds de 
Gènes, 1791, paastm. 

2. Botte, p. 77-85. 

S. Démissionnaire le 22 janvier 1793.— M. de Lalande est accrédité en qualité de chargé 
d’affaires an milieu de février. 

4. Arch. des aff. etrang.. fonds de Tnrin, 1792 : Lettre de M. de Lalande an ministre 
de affaires étrangères, des 4 et 7 janvier. 

5. Ibid., ibid. : Lettre du même sa même, du 14 janvier. Les régiments sont Belgiojoso, 
Caprara et deux régiments de Garnison. 

6. Ibid., ibid. : Lettre du même au même, dn 38 janvier. 

7. Ibid., ibid. : Lettre dn même an même, dn 14 mars. 

8. Ibid., ibid. : Lettre dn même an même, dn 21 mars. 

9. Le 20 avril, la guerre est déclarée à l’Autriche. 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


au roi de Sardaigne s’il entend vivre en paix avec la 
France, «car la nation ne doit plus être incertaine sur le 
nombre de ses ennemis ». Il le met en demeure de dire s’il 
veut rester fidèle aux traités et aux devoirs de bon voisi- 
nage ; d’expliquer la destination des troupes autrichiennes 
cantonnées dans le Milanais, le but des transports d’artil- 
lerie et de l’augmentation des garnisons eu Savoie ; de dis- 
siper les attroupements d’émigrés à Nice, qui devront se 
tenir à distance des frontières '. 

1. Àrch. des aff. étrang., ibid. : Lettre de Dumouriez à M. de Lalande : 

Lettre de Dnmouriec, da 21 mars, an chargé d’affaires de France auprès de la Cour 
de Turin : « J’aurais désiré, Monsieur, trouver plus d’intérét dans votre correspondance ; 
mais je ne puis m’en prendre à vous, puisque, depuis le départ de M. de ChoiseuJ, vous 
n’avex reçu aucun ordre sur les démarchés que vous aviez à faire auprès de la Cour de 
Turin. — Le Roi veut que vous consultiez le ministre sur les dispositions de cette Cour, 

£ arce que la nation française ne doit plus être incertaine sur le nombre de ses ennemis. 

•es intentions du Roi à l’egard de S. M. Sarde sont très amicales, mais les rassemblements 
de troupes qui se font dans le Piémont et dans le Milanais, le transport d’un gros train 
d’artillerie en Savoie, sont des circonstances sur lesquelles vous pouvez demander des 
expliehtions franches et promptes. Il n’est pas possible que la France voye sans inquiétude 
un train d’artillerie au*si considérable aux portes de Lyon. Le train est assez inutile 
pour contenir les habitants, quelle que soit l’agitation des esprits, puisque des garnisons 
sont entretenues dans les villes. Il ne pont donc annoncer, de la part du gouvernement de 
Sardainne, que des intentions hostiles, surtout lorsque l’on voit aue les émigrés français se 
rassemblent à Nice, non pas comme dans un asyle, mais comme dans un cantonnement, où 
Ils font des enrôlements, achètent des armes, forment des magasins et sont soutenus par 
la dour de Turin. Le Roi a déjà fait expliquer à cet egard les Electeurs ûe Trêves et de 
Mavence sur des dispositions semblables. Ces deux princes lui ont fait des réponses 
satisfaisantes, il doit à la confiance delà nation de prendre les mêmes mesures à regard 
de S. M. Sarde et de loi deman .er les mêmes explications. 

« Vous déclarerez au ministre : * Réponse de la Cour de Turin, le 29 mars : 

1* Que la nation frança se désire conser- 1° Le Roi de Sardaigne reçoit avec 

▼er la paix et l’harmonie qui a sub-ûsté plaisir du Roi de France les assurances de 

jusqu’à présent entre Elle et S M. Sarde. ses sentiments pacifiques. 

2* Qu’Elle desire que S. M. Sarde con- 2* Sa Majesté a déjà donné assez de 

serve les mêmes intentions et lui donne les marques de non rlésir d’entretenir la bonne 
mêmes assurances de sa fidélité aux traites harmonie et le bon voisinage et Elle dé- 

et aux devoirs de bon voisinage. eirerait que le meme désir fut témoigné par 

les Français. 

3* Le Roi des Français demande à 3* Sa Majesté ne fait aucune difficulté 

S. M Sarde une explication franche et de s’expliquer sur le nombre des troupes 

loyale sur la destination des troupes autri- oui sont dans le Milanais. Celles qui y sont 

chiennes cantonnées dans le Milanais et dans ce moment sont beaucoup au-dessous 

qui doivent se rendre dans le Piémont. du pied de paix et suffisent à peine pour 

la garde des Etals. 

4* Il demande aussi une explication sur 4* L*s bruits répandus sur le transport 
les transports d’artillerie en Savoye vers d’une grosse artillerie en Savoie sont 

les frontières de France et sur l’augraen- controuves : Les troupes qui sont dans cette 

taüon des troupes dans cette province. province ne s’elevent pas an-dessus du 

nombre fixé par les traités et l’on a pris 
tontes les précautions que les circonstances 
rendent indispensables. 

5° Le Roi des Français désire que les 5» S. M. Sarde a toujours eu pour prin- 

attroupements des Français émigrés soient cipe de se pas souffrir dans ses Etats des 

dissipés à Nice et qu’il leur soit donné attroupement* d’émigrés, et tout rècem- 

l’ordre de s’éloigner à une distance des ment Elle a fait donner à Nice des ordres 

frontières où ils ne pourront donner aucune pour faire éloigner des frontières ceux qui 

inquiétude. • n’auraient pas avec eux leurs familles. Elle 

a fait défendre aussi les enrôlements. Le 
Roi de Sardaigne, avant satisfait aux 
devoirs de bon voisinage, attend la même 
conduite de la nart du Roi de France. » 
(Arch. des aff. étrang., fonds de Turin, 21 mars 1792.) 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


143 


La cour de Turin, le 29 mars, semble affirmer ses inten- 
tions pacifiques et répond aux questions qui lui sont posées : 
les troupes rassemblées dans le Milanais sont beaucoup au- 
dessous du pied de paix et suffisent à peine pour la garde 
du pays. Les bruits répandus sur le transport d’une grosse 
artillerie en Savoie sont controuvés; les troupes qui se 
trouvent dans cette province ne s’élèvent pas au-dessus du 
nombre fixé par les traités et l’on a pris toutes les précau- 
cautions que les circonstances rendent indispensables. 
S. M. Sarde a toujours eu pour principe de ne pas souffrir 
dans ses Etats des attroupements d’émigrés, et, tout ré- 
cemment, elle a donné à Nice des ordres pour faire éloi- 
gner des frontières ceux qui n’auraient pas avec eux leurs 
familles ; elle a fait défendre aussi les enrôlements. Le roi 
de Sardaigne ayant satisfait aux devoirs de bon voisinage, 
attend la môme conduite de la part de la France 1 . 

Il accentue ses protestations d’amitié dans une lettre per- 
sonnelle adressée à Louis XVI*, le 30 mars. 

Le 8 avril, M. de Sémonville, ministre plénipotentiaire 
de France près la république de Gênes, est nommé en la 
même qualité à Turin, pour remplacer le baron de Choi- 
seuil 3 . 

Le 19, M. de Sémonville, se rendant à son poste, arrive 
à Alexandrie; le gouverneur lui déclare qu’il a l’ordre 
formel de ne pas délivrer aux Français de passeport pour 

1. Voir à la note ci-dessas la réponse an questionnaire dressé par Pumouries. 

2. Arch. des aiT. étrang., fonds de Tarin, 1792: Lettre de Victor- Amédee àLoais XVI, da 
30 avril. 

3. Ibid., ibid. : Lettre da 8 avril, de Loais XVI aaroi de Sardaigne (minute) : 

A Paria, le 8 avril 1792. — Du Roi au Roi de Sardai r ne. — » Monsieur mon frère et 
couain, le désir dont je sais an ; mé d’entreten ! r avec Votre Majesté la correspondance la 

{ dus intimo et de maintenir la bonnl intelligence et l’amitie dont Elle m’a fait, en dernier 
ieu, renouveler les assurances, m’a porté à remplacer promptement M. de Choiseul. J’ai 
fait choix du sieur de Sémonville, mon ministre plénipotent iaire auprès de la République 
de Gènes, pour résider, avec le même caractère, auprès de Votre Majesté. J’espère que 
voua voudres bien ajouter une foi entière k tout ce qu’il vous dira de ma part. Le télé que 
ie lui connais p >urles interets de la nation française et pour ce qui peut m’être personnel- 
lement agréable, son amour invariable pour la Constitution que j’ai adoptée, tout me 
laisse croire qu’il remplira les fonctions que je lui confie d’une manière également satis- 
faisante et pour Votre Majesté et pour moi.» (Minute). — Comment se fait-il que tout le 
débat qui suit porte sur ce point, à savoir que Victor-Amédee n’a pas été avisé de la nomi- 
nation de M. ae Sémonville, si cette lettre lui a été réellement adressée ? 


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144 LES CAUSES DE LA GUERRE 

Turin sans autorisation du gouvernement et refuse de 
laisser poursuivre sa route l . 

Le 21, le roi de Sardaigne fait savoir au nouveau minis- 
tre qu’il n’est pas avisé de sa nomination ; que, ne sachant 
comment interpréter une mission qui se présente sous des 
formes aussi inusitées, il a jugé de toute convenance de se 
procurer quelque éclaircissement direct du roi T. C.; que, 
jusqu’au retour du courrier expédié à Paris pour cet objet, 
il ne pourra recevoir à Turin M. de Sémonville 2 . 

Ce n’était pas la seule considération qui dictât la con- 
duite de Victor-Amédée. M. de Hauteville, ministre des 
affaires étrangères de Sardaigne, se plaint amèrement du 
choix fait par la cour de France. Il reproche à M. de Sé- 
monville d’avoir, pendant son séjour à Gênes : cherché 
continuellement à susciter des troubles dans les pays voi- 
sins ; propagé des maximes et des principes de nature à 
pousser les peuples à l’insurrection, à l’insubordination et 
à la révolte contre le gouvernement ; témoigné, en toutes 
circonstances, une mauvaise volonté particulière contre le 
Piémont. Il ajoute que, non seulement M. de Sémonville ne 
doit pas être agréable à la cour de Turin, mais que sa pré- 
sence dans cette ville ne peut, loin de les cimenter, que 
troubler les bonnes relations qui existent entre les deux 
nations. Il conclut en demaudant qu’on donne un autre 
successeur au baron de Choiseul 3 . 

M. de Lalande, qui avait avisé, le 17, M. de Hauteville 
de la nomination du nouveau plénipotentiaire, mais n avait 
reçu de lui aucune réponse, est mis, le 19, au courant des 
événements. Il se rend aussitôt au ministère des affaires 


1 Ibid ibid. : Lettre de M. de Sémonville à Dumouriev, datée d’Alexandrie, du 80 avril. 

2 Ibid7 ibid : Extraite des ordres du roi de Sardaigne expédiés an 
d’Alexandiie, le 20 avril, par la cour de Turin et communiqués, le 26 du même mois, k 
Dumouriez, par M. Porte, chargé d’affaires de Sardaigne à Paris. 

B. Ibid., ibid : Copie de la dépêche de M. de Hauteville à M. Porte, communiquée à 
Dumouriez, le 26 du même mois. 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


145 


étrangères, d’où il voit sortir les ministres de Hongrie et 
de Gênes avec le chargé d’affaires d’Espagne. Comme il 
témoigne à M. de Hauteville sa surprise de cette sorte 
d’entente, celui-ci lui répond que ces diplomates sont venus 
s’informer des bruits relatifs à M. de Sémonville 

Le 23, nouvelle démarche de M. de Lalande, qui adresse 
au cabinet piémontais un mémoire pour réclamer des 
éclaircissements sur les préparatifs militaires qui se font 
sur les frontières de France, sans qu’avis ait, selon l’usage, 
été donné à son gouvernement*. 

M. de Hauteville réplique que le roi, tout en se flattant 
des dispositions pacifiques de la France, ne laisse pas, vu la 
réunion de certaines circonstances, d’avoir quelques inquié- 
tudes à cet égard. Il prie M. de Lalande de détruire toute 
exagération et de prévenir toute fausse interprétation des 
actes de son maître, qui ne tendent, dans le fait, qu’à proté- 
ger ses frontières et à veiller à la tranquillité de ses Etats*. 

Le 25, la cour de France a appris l’affaire de M. de Sé- 
monvilie. Dumouriez se rend à l’Assemblée nationale et lui 
communique la lettre de M. de Hauteville. Il lit ensuite la 
réponse de Louis XVI, qui soulève d’unanimes applaudis- 

1. Ibid, ibid : Lettre de M. de Lalande à Dumouriez, dn 20 avril. 

2 Ibid ibid. : Copie du mémoire envoyé à M. de Hauteville, le 23 avril, pour avoir 
des éclaircissements sur les préparatifs militaires : 

« Le chargé d’affaires de France a l’honneur de prier M. le comte de Hauteville de se 
rappeler que quand S. M. le Roi de Sardaigne a juge à propos d’augmenter le nombre de 
ses troupes dans ses provinces-frontières de France, il en a toujours été donné connais- 
sance A l’ambassadeur. 11 suffira de citer ce qui s’est fait au mois de juillet 1790. Le chargé 
d’affaires espère donc que le bruit public an-ionçant une augmentation considérable de 
troupes, soit actuelle, soit future, dans le comte de Nice et en Savoie est controuve. M le 
comte de Hauteville voudra bien le mettre à même d’instruire son ministre sur cet objet par 
le courrier de mercredi, pour prévenir les impressions qui pourraient résulter de l’ex gération 

3 ne font quelquefois les nouvelles publiants. Le charge des Affaires de France a l’honneur 
e renouveler, à M. le comte de Hauteville, les assurances de ses respectueux attachements.* 
(Turin, 23 avril 179 J. Signé : de Lal»nde ) 

3. Ibid ibid. : Lettre deM. de Hauteville à Dumouriex, du 25 avril : Du bureau d’Etat 
des affaires étrangères, le 25 avril 1792 — «Quoique le Roi ait lieu dé se flatter des dispo- 
sitions pacifiques de la Cour de France, d’après surtout la dernière déclaration qui lui en a 
été faite delà part du Roi T. C. et sa réponse aux explications qui lui ont été demandées, 
la réunion néanmoins de plusieurs circonstances ne laisse pas que de lui causer quelque 
inquiétude 4 cet égard S. M. n’ignore pas qu’il se fait un rassemblement de troupes de 
ligne dans la Bresse, tirées de l’Alsace ; que l’on a transporté de gros trains d’artillerie le 
long du Rhône dans le Bujey et le pays de Gex ; qu’outre l’armement pour ainsi dira 
général des habitants de la frontière de France ver* les Etats de S. M, où tout est sans 
armes, le corps de volontaires et de gardes nationaux ont été considérablement augmentés 
dans les endroits peu éloignés desdits Etats, et que finalement les bruits publics et parti- 
culiérement differents journaux et feuilles de France annonçaient une prochaine attaque et 
invasion inopinée, tant en Savoye que dans le comté de Nice, sans parler des menaces que 
des clubs ont directement faites à cet égard et entre autres ceux de Bresse et de Marseille. 

• On aime 4 se persuader que toutes ces dispositions ne sont que des mesures depré- 
cautions, qui n’ont rien d’hostue », etc. 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


sements 1 : « La cour deTuriu, écrit-il, à violé le droit des 
gens et le respect dû au ministre d’une grande nation, en 
l’arrêtant à Alexandrie et en l'empêchant de remplir une 
mission pacifique et amicale. Pour lever tous les obstacles 
à la bonne harmonie entre le roi des Français et le roi de 
Sardaigne, il est nécessaire de faire cesser l’arrestation de 
M. de Sémonville à Alexandrie et de le recevoir à Turin 
dans son caractère public. 

« S’il y a des griefs personnels contre M. de Sémonville, 
Sa Majesté Sarde voudra bien, après la réception de M. de 
Sémonville dans son caractère public, ordonner à son 
ministre de les développer avec les preuves, et, dans ce cas, 
lorsque les preuves seront parfaitement établies, le roi des 
Français donnera satisfaction à Sa Majesté Sarde, en retirant 
M. de Sémonville et lui donnant un successeur. En cas de 
refus, le roi ordonne à M. de Lalande, actuellement chargé 
des affaires de France à Turin, d’en sortir dans les 24 heu- 
res, d’aller « joindre M. de Sémonville à Alexandrie et de 
se retirer avec lui à Gênes » s . 

Victor- Amédée répond « qu’il est très étonné d’entendre 
appeler violation du droit des gens le fait du gouverneur 
d’Alexandrie, relatif à M. de Sémonville » ; que ce magistrat 
n’a fait qu’exécuter l’ordre général de ne laisser passer 
dans la capitale aucun étranger sans avoir obtenu du gou- 
vernement l’autorisation de lui délivrer un passeport ; que 
M. de Sémonville n’a jamais été en état d’arrestation, 
qu’au contraire il a été comblé d’égards par le gouverneur 
d’Alexandrie ; que les griefs personnels du roi contre ce 
ministre ont été amplement exposés par le chargé d’affaires 
de Sa Majesté à Paris ; qu’enfin le roi est disposé à recevoir 
tel autre ministre contre lequel il n’aura pas des motifs 
aussi urgents de défiance 3 . 

1. Moniteur Universel , 27 avril 1892. 

2. Ibid. ibid. : Réponse k la note officielle de M. le comte de Hanteville, du 20 avril, 
et communiquée, le 25, par M. Daporta (sic), 

3. Ibid., ibid. : Note officielle de la cour de Turin, copie communiquée par M. Porte. 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


147 


Le 2 mai, M. de Lalande rend compte de l’insuccès de 
sa démarche auprès de M. de Hauteville et annonce son 
départ pour le lendemain'. Il quitte Turin sans avoir pris 
congé de la cour et arrive à Gênes, le 4, dans l’après- 
midi*. * 

Les relations diplomatiques sont rompues entre les deux 
pays. 

A cette époque, s’il n’existait pas de preuves matérielles 
de l’entente de la cour de Turin avec les ennemis le la 
France, les preuves morales abondaient. 

Les armements étaient de plus en plus considérables à 
Nice 3 et en Savoie*. A Turin, il y avait plus de 4,000 émi- 
grés, entre autres Monsieur et son frère, qui recevaient et 
expédiaient tous les jours des courriers pour Lyon 5 . A Nice, 
les émigrés abondaient aussi ; ils poussaient à la désertion 
les soldats en garnison à Antibes et à Lorgues* et entrete- 
naient des correspondances avec tout le midi, soutenus par 
le président du Sénat et par les agents du gouvernement 7 . 
Le roi de Sardaigne faisait, à Gênes, un emprunt de six 
millions en hypothéquant les revenus de ses tailles de 
Piémont*. On travaillait à l’armement de Coni et un corps 
auxiliaire était demandé à l’Empereur*. 

En juin, la situation est tellement tendue que le ministre 
des affaires étrangères n’hésite pas à déclarer à l’Assem- 
blée nationale qu’il est temps de se mettre en garde contre 
la Sardaigne w . 

En juillet, les préparatifs ont déjà coûté à Victor-Amé- 
dée neuf millions ; 10,000 Autrichiens sont sur le point 

1. Ibid., ibid. : Lettre de M. de Lalande à Dumouriez, du 2 mai. 

Z, Ibid., ibid. : Lettre de M de Lalande à Dumouriez, du 5 mai. datée de Génea. 

3. Ibid., ibid. : Lettre de M. Leseure, contai de France à Nice, da 27 avril : « Le régi* 
ment de la Reine était renforcé par cenz des Gardes et de Mondovi. Ce corps de troupes 
devait être porte à 15,000 hommes et pourvu d’un parc d’artillerie. 

4. Monit. unir>er g. du 22 et du 27 mai : Lettres datées de Chambéry, du 1" et du 17 mai. 

5. Monit. univers, du 29 mai : Lettre de Turin, du 17. 

6. V. pag. 79. 

7. Arcn. des aff. étrang., fonds de Turin : Lettre de M. Leseure, consul de France à 
Nice. 

8. Ibid., ibid. : Lettre de M. de Lalande à Dumouriez, du 15 mai, datée de Gènes. 
— L’emprunt est fait à 4 %; les banquiers exigent encore 4 •/• » ce qui fait 8 •/• . Rem* 
bonnement en six années 

9. ibid., ibid. : Lettre de M. Leseure. 

10. Monit. univers, du 12 juillet. 


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LES CAUSES DE LA GUERRE 


d’entrerà Milan; l’archevêque de Turin, par ordre de la 
cour, publie une lettre pastorale pour inviter le peuple 
« à prier en faveur des armées piémontaises contre une 
nation également ennemie de Dieu et des rois » '. 

La France n’avait pas attendu ce moment pour se mettre 
en mesure d’entrer en campagne. Elle avait répondu aux 
armements du roi de Sardaigne par la création d’une armée, 
dite du midi, qui devait, en septembre, en former deux, 
celle des Alpes ou de Savoie et celle du Var ou d’Italie. 
Ces armées comprenaient environ 25,000 hommes, sans 
compter 18 bataillons de ligne, 11 de volontaires et trois 
escadrons pour la garde des places. 

Victor-Amédée brûlait d’en venir aux mains, persuadé 
que la France, obligée de faire face en même temps à 
l’Autriche, à la Prusse et à la Russie coalisées, défendue 
seulement par des soldats jeunes et insubordonnés, ne 
pourrait tenir contre une armée compacte et bien discipli- 
née comme la sienne*; mais il attendait, pour entrer en 
lice, que les alliés fussent arrivés sur les bords de la Seine 
et de la Marne*. 

Les victoires des Français en Champagne changèrent 
les conditions de la guerre et le roi de Sardaigne, qui 
venait de relever, au mépris des traités, les fortifications 
de Moutmélian, attaqué à la fois par Montesquiou, en 
Savoie, et par d’Anselme, sur les bords du Var, dut bientôt, 
au lieu d’envahir, comme il l’espérait, la Provence et le 
Dauphiné, songer à défendre ses propres Etats. 

1. Monit. univers., du 2 août : Lettre de Turin, du 27> juillet. 

2. Il y avait eu Savoie, au mois de s-pterabre, 22 bataillons et deux escadrons, soit 
10,000 hommes ; dans le comté de Nice, 15 bataillons et trois escadrons. 

3. Botta, p. 36. 


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CHAPITRE II 


LES ARMÉES 


1° Armée piémontaise : — L’armée régulière. — Sa composition. 
Modifications introduites. — Sa valeur. — Les milices. — 
La levée en masse. — Les corps francs. — Les auxiliaires 
autrichiens. — Forces mises en ligne. — Le commandement. 

2® Armée française : — L’armée régulière. — Sa composition. — 
Sa valeur. — Sa désorganisation. — Insuffisance des moyens 
employés pour la reconstituer. — La milice. — La garde natio- 
nale. — Les volontaires. — Les corps francs. — La réquisition. 
— Les amalgames. — Les états-majors. — Forces mises en ligne. 
3° Conclusion. 


1" ARMÉE PIÉMONTAISE' 


A l’issue de la guerre de la Succession d’Autriche, le roi 
de Sardaigne Charles-Emmanuel III, prince pacifique, 
avait réduit son armée à 26 régiments d’infanterie, 
dont 12 provinciaux * et quatre étrangers, quatre régi- 
ments de dragons et trois de cavalerie. Son successeur 
Victor-Amédée III exerce, augmente ces troupes et les 
organise sur de nouvelles bases. 

Les premières décisions importantes sont prises à la suite 
de manœuvres exécutées, aux environs de Turin, par huit 

1. La majeure partie des renseignements relatifs à l'armée piémontaise sont tirés de la 
Storia mi litare del Piemonte , par JPinelIi. 

i. Ces régiments, qu'il ne faut pas confondre avec les milices provinciales, dont il sera 
question plus loin, «avaient pris part à toutes les campagnes et valaient les autres régi- 
ments. Ils avaient pour équivalent, en France, les grenadiers royaux (Jomini). 

11 


L’armée 
piémontaise 
en 1792 


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Modifications 

faites 

de 179*2 à 1796. 


150 ARMÉE PIÉMONTA1SE 

bataillons d’infanterie, accompagnés de cavalerie. L’année 
suivante, une légion légère, de quatre bataillons, et une 
compagnie de dépôt ou de réserve sont destinées à la garde 
de la frontière Une autre légion, dite des campements, 
est organisée spécialement pour tracer les camps et remplir 
l’office de pionniers *. Cinq cents artilleurs provinciaux 
sont répartis dans les régiments de ligne, afin d’y servir 
deux pièces de canon par bataillon. Enfin il est créé un 
régiment de cavalerie et un de dragons, pour constituer 
deux ailes ou divisions de quatre régiments, sans y com- 
prendre les dragons de Sardaigne, destinés à demeurer 
dans l’île de ce nom. 

Des règlements de manœuvre sout élaborés et mis en 
pratique dans des camps d’instruction, particulièrement en 
mars et novembre 1784. Deux ans après, on forme encore 
le régiment de Lombardie et deux nouveaux régiments 
provinciaux, dénommés Suse et Acqui. Les artilleurs des 
régiments d’infanterie sont versés dans le corps royal de 
l’artillerie, qui comprend quatre bataillons et une compagnie 
d’ouvriers et de mineurs. En vue d’assurer le service des 
pièces régimentaires , 25 hommes par bataillon sont 
rassemblés, chaque année, pendant quelques mois, à Coni, 
Alexandrie et Turin, pour y apprendre la manœuvre 
du canon. 

En 1792 3 , l’infanterie présente ainsi 64 bataillons, 
répartis en 29 régiments et deux légions. Chaque régi- 
ment se compose de : une compagnie de dépôt de 
136 hommes, huit de fusiliers de 123 hommes, deux de 
grenadiers du môme effectif, et deux de chasseurs de 
55 hommes. Ces dernières ne sont créées dans les régiments 


1. Cette légion peut être considérée comme l’origine des troupes alpines. Ses compa- 
gnies furent portées à 116 hommes en 1794. 

2. Trois cents dragons et cavaliers faisaient partie de cette légion. 

3. Voir l’état de cannée piémontaise aux pièces justificatives, tableau n» 1. 


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ARMEE P1EM0.NTAISE 


151 


provinciaux qu’en 1794 L’état-major du régiment 
comprend : un colonel, un lieutenant-colonel, deux 
majors, commandant les bataillons, deux adjudants- 
majors. Dans la compagnie il y a : un capitaine en 
premier, un capitaine en second, un lieutenant, un sous- 
lieutenant. 

Cinq régiments de dragons et quatre de cavalerie consti- 
tuent toutes les troupes à cheval. Chaque régiment a quatre 
escadrons* de deux compagnies de 48 hommes, et 
une compagnie d’élite, dite de carabiniers dans la cava- 
lerie, et de grenadiers dans les dragons. Les troupes du 
génie formaient deux bataillons ; mais le cadre était 
suffisant pour une armée de 100,000 hommes, alors que 
l’effectif de l’armée piéraontaise ne devait pas dépasser 
45,000 hommes sur le pied de guerre, et était à peine 
de 25,000 mille hommes sur le pied de paix 3 . 

Eu 1792, un nouveau régiment suisse avait été organisé 
en Sardaigne sous le nom de Schmid. La difficulté des 
communications, surtout au début de la guerre, quand la 
flotte française était maîtresse de la mer, força d’ajourner 
à l’hiver de 1793 à 1794 la levée du deuxième bataillon de 
ce régiment *. Au printemps de 1793, on forme trois 
nouveaux corps de la môme nationalité avec les troupes 
suisses à la solde de la France, licenciées à la suite de la 
journée du 10 août. En môme temps ou crée le régiment 
d’Oneille, au moyen des équipages de la marine sarde, 
réfugiés dans cette ville après l’occupation du comté de 
Nice. La compagnie de chasseurs de ce corps n’est consti- 
tuée qu’en 1794, et celle de grenadiers en 1795. Le service 


1. Ces compagnies, à l’effectif de 60 hommes, furent d’abord constituées à titre d’essai, 
dans les régiments de Nice, Pignerol et Àcqui, puis dans ceux d’Oneille, d’Ivrée et 
d’Asti. 


2. On appelait alors escadron, dans toutes les armées, la réunion de deux compa- 
gnies, correspondant à l’escadron actuel, au point de vue administratif. 

3. Effectif de 1780 à 1782 : 19,504 fantassins, 2,759 cavaliers (Pinelli). 

4 . Le 2* bataillon du régiment de Schmid est resté en Sardaigne pendant toute la guerre. 


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Valeur 
de l’armée 
piémontaise. 


152 ARMÉE PIÉMONTAISE 

du transport des vivres est confié à un millier d’hommes, 
appelés dragons de la provende. 

La légion des campements donne naissance, en 1792, à 
deux régiments, les grenadiers du roi 1 et les pionniers *. 
Dans les guerres précédentes et pendant les manœuvres, 
on avait pris l’habitude de former des colonnes distinctes 
de compagnies de grenadiers et de chasseurs, distraites 
momentanément de leurs régiments. Cette mesure fut 
régularisée en mars 1793 par la formation définitive de 
deux bataillons de chasseurs et dix de grenadiers. Ces 
derniers constituèrent môme des régiments, et un onzième 
bataillon fut organisé en 1794, avec les compagnies de 
grenadiers des quatre derniers régiments suisses et du 
régiment d’Oneille. 

Le soldat piémontais était sobre, endurci à la fatigue, 
brave, soumis à une discipline ferme et douce à la fois. 
Mais le système de recrutement par enrôlement volontaire 
fonctionnait difficilement, lorsque l’effectif de l’armée at- 
teignait un et demi pour cent de la population ; il avait en 
outre l’inconvénient de tenir éloignés des corps des officiers 
et des sous-officiers envoyés dans les provinces pour 
racoler les recrues. 

Après la perte de la Savoie 3 , le régiment de Chablais 
ne put se recruter qu’au moyen de déserteurs et d’émigrés 
français ; en 1794, on y admit des habitants de Toulon, 
qui avaient abandonné cette ville à l’issue du siège et 
vivaient à Valence de subsides anglais. Mais ces expédients 
n’étaient pas suffisants et ne pouvaient s’appliquer à 
d’autres régiments, tels que Novare et Tortone, recrutés 

1. Commandés par le marquis de Bellegarde. 

2. Ce régiment, ayant à sa tête le comte Roubion, fut aussitôt employé à construire 
des retranchements aux environs de Turin, sous la direction du chevalier Salmour. 
nommé gouverneur. 

3. Tous les régiments furent augmentés à ce moment de 207 hommes et portés à 
l’effectif de 1,385. L’opération fut dilïicile aussi pour les régiments de Savoie et de 
Sardaigne. 


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ARMÉE PIÉMONTAISE 153 

au milieu de populations moins patriotes que celles des 
autres provinces. Le comté de Nice surtout, bien qu’occupé 
par les Français, assura continuellement le recrutement 
du régiment de ce nom. 

Aussi, après avoir épuisé les ressources fournies par les 
compagnies de réserve des divers corps, eut-on recours aux 
milices pour compléter l’effectif des régiments provinciaux 
dont les hommes passaient dans les régiments de ligne, 
qui maintenaient à leur tour au complet les compagnies de 
grenadiers. 

Ces milices avaient été appelées pendant l’hiver de 1792 Le» milices, 
à 1793 '. Elles étaient organisées en compagnie de 
36 hommes et trois officiers, au minimum, 48 hommes 
et quatre officiers au maximum. Deux compagnies 
formaient une centurie et trois centuries un bataillon, 
commandé par un major. Il y avait un lieutenant-colonel 
par trois bataillons. Tous les officiers étaient nommés par 
le roi. Ces troupes devaient garder les places et rendre 
ainsi l’armée régulière entièrement disponible pour les 
opérations. 

La levée se lit d’abord avec un grand enthousiasme à 
la suite de l’émotion produite par la perte de la Savoie et 
du comté de Nice *. Les miliciens de ces deux provinces, 
de la dernière surtout, s’organisèrent spontanément, com- 
battirent pendant toute la durée de la guerre, et rendirent 
les plus grands services grâce à leur connaissance du pays. 

Ils étaient particulièrement employés pour les coups de 
main, et, bien qu’il manquassent de solidité et de ténacité, 
ils génèrent continuellement les communications des 
Français même sur des points très éloignés. Ruinés, 


1. Cinq jours* après l'évacuation de la Savoie, le comte Prosper Balbo présentait un 
projet pour la mise sur pied de la garde urbaine de Turin. 

2. Voir l’état des milices appelées, aux pièces justificatives, tableau n* 2. A Turin 
seulement il y eut immédiatement 1,256 inscrits. 


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154 


ARMEE PIEMONTAISE 


proscrits, exposés aux dénonciations des habitants, qui 
s’étaient ralliés à la France, ces robustes montagnards 
s’établirent dans les forêts et sur les rochers les moins 
accessibles après l’entière conquête du comté de Nice, et 
devinrent ces redoutables bandits connus sous le nom de 
barbets, qui ne disparurent qu’en 1805. 

La milice fournit environ 40,000 hommes, indépen- 
damment de certaines gardes urbaines qui existaient 
depuis longtemps dans les grandes villes *. A la fin 
de 1793 et de 1794, on organisa en outre des compagnies et 
des centuries de milices locales, destinées à remplacer les 
premières en cas de mobilisation. Les milices locales 
devaient être soutenues par un bataillon, dit de garnison, 
composé, en 1792, de 740 vieux soldats, que leur âge 
rendait impropres aux opérations en montagne. Ce corps 
fut augmenté de deux compagnies à la fin de 1793. 

A mesure que la guerre se prolongeait sans succès, 
l’armée piémontaise devenait moins nombreuse et perdait 
de sa qualité. De graves symptômes de lassitude appa- 
raissaient dans la population *. Pour réveiller le sentiment 
patriotique , on eut recours , en 1794, à la levée en masse. 

L’idée était ancienne. Dès 1792, quelques jours après la 
prise de la Savoie par les Français, le comte Garetti di 
Ferrare, sénateur, avait proposé au comte Graneri, ministre 
de l’intérieur, de tenter une levée dans le pays des Laughe, 
province de Mondovi ; cette proposition soumise à un 
comité \ ne fut pas adoptée. L’armée était encore intacte, 
il n’y avait que 300 fusils disponibles à Turin. 

1. A Turin, par exemple, elle comptait 2,500 hommes, commandés par le colonel- 
brigadier chevalier Grilfa, qui s’était distingué à La défense des retranchements de 
Villefranche, en 1744, et le major comte Provana di Collegno. 

2. Dès 1793, le comte Clermont de Saint-Jean, émigre français, ne parvenait pas à 
lever un régiment. Nommé aide-de-camp du roi, il fut employé à former, en 1794, un corps 
de milices avec des habitants de la Savoie. 

3. Ce comité était composé des comtes Graneri, Valnerga, commandant de la cité 
de Turin, Cravansana, RebutTo de San Michèle, chevalier Damiano di Priocca, Carlevaris, 
auditeur général de guerre. 


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ARMÉE PIÉMONTAISE 


155 


Un essai fut fait en 1794, mais il échoua de la façon la 
plus ridicule, et, dès lors, le roi de Sardaigne renonça à la 
levée en masse. Il lui fallait cependant renforcer son 
armée, car il ne voulait traiter à aucun prix avec la Répu- 
blique française ; pour ce faire, il eut recours aux corps 
francs. 

En 1792, l’armée régulière possédait une compagnie twcorp» franc» 
franche, qui fut portée à 800 hommes en 1793, puis 
divisée en deux corps, l’un national, l’autre dit français, 
composé d’émigrés et de déserteurs. A la même époque, 
un ancien capitaine des gardes, le comte Malabaila di 
Canale, obtient l’autorisation de lever une centurie d’infan- 
terie légère, qui prend le nom de chasseurs-carabiniers. 

Pour compléter cette troupe, qui devint un bataillon de 
quatre compagnies, il enrôle des contrebandiers de. la 
frontière génoise, gens peu recommandables, mais braves 
et énergiques. 

En 1793, un assez grand nombre d’officiers français 
émigrés forment un corps appelé chasseurs Bonnaud, du 
nom de son commandant, homme hardi et intrépide, qui 
réunit sous ses ordres jusqu’à deux compagnies, employées 
aux missions les plus téméraires et les plus dange- 
reuses. 

C’est en 1794 que les corps francs furent grossis et mul- 
tipliés. Ou voit alors apparaître, presque en môme temps : 
les 150 chasseurs levés à Castagnole d’Asti par Michel 
Piano, qui, six mois après, est nommé major et dirige deux 
compagnies de 307 hommes, commandées par ses frères; 
les 120 carabiniers de Martin Montu Beccaria ; les deux 
compagnies régulière et franche du capitaine de milices 
niçoises la Roque ; le corps de Pandini ; la bande de 
Radicati ou chasseurs niçois. 

Ces troupes étaient excellentes pour la guerre de parti- 


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Les auxiliaires 
autrichiens. 


150 ARMÉE P1ÉM0NTAISE 

sans, mais causaient de réels embarras par leur indiscipline 
et leurs habitudes de pillage. Les officiers eux-mêmes 
manquaient en général de probité, témoin le fameux major 
Canale, qui s’appropriait la solde de ses chasseurs. Pour 
les discipliner, on réunit tous ces chasseurs en un seul corps 
de dix compagnies, sous les ordres supérieurs du chevalier 
fiorgarelli d’Isone. Il ne resta, en dehors de cette formation, 
que les chasseurs niçois, au nombre de 1,500 hommes ', 
divisés en deux bataillons de quatre compagnies. 

Ces efforts furent successifs. Ils ne servirent qu’à main- 
tenir sur le même pied l’effectif de l’armée piémontaise, 
qui devenait de plus en plus inférieur à celui des 
armées de la République. Aussi, dès l’année 1192 , le roi 
de Sardaigne avait-il demandé quelques renforts à l’empe- 
reur. Au terme d’une convention signée à Milan le 
22 septembre *, l’Autriche mettait à la disposition du Pié- 
mont sept bataillons d’infanterie, deux divisions de 
Croates, quatre escadrons de dragons et 22 pièces de 
divers calibres, en tout 6,000 hommes. Ces troupes, 
composées de soldats italiens et d’officiers lombards, 
étaient en général assez médiocres, sauf les grenadiers 
Wollust. 

Ce contingent fut augmenté, en 1793, de deux régiments 
de vétérans ou de garnison, impropres à la guerre de 
montagne et qui ne quittaient Turin que rarement. Mais, 
en 1795, les succès des armées françaises faisant craindre 
une invasion du Piémont, une armée autrichienne entra 
en ligne, dans la Rivière de Gênes. Elle comptait 
25 bataillons et dix escadrons, qui furent renforcés de 
cinq nouveaux bataillons en 1796. Le roi de Naples, qui 

1. Il ne faut pas confondre cette excellente troupe, commandée par les chevaliers 
Chevillard et Garetti de Ferrere, qui recevait la solde des compagnies de chasseurs de 
l’armée régulière, avec le régiment provincial de Nice, alors sous les ordres du colonel 
Ignace de Hcvel et du lieutenant-colonel Grimaldi. 

2 . Voir aux pièces justificatives, n* 3. 


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ARMEE PIEM0NTA1SE 


157 


envoya un corps de troupes à Toulon, ne fournit qu’une 
division de cavalerie de douze escadrons L’Angleterre 
apportait à la coalition l’appoint d’une flotte que les 
amiraux Hood et Jerwis devaient rendre redoutable. 

L’armée austro-piémoutaisc atteignit ainsi le chiffre de 
60,000 hommes, mis en ligne eu 1796, sans compter 
les garnisons des places fortes et de l’intérieur. L’effectif 
le plus considérable des Piémontais seuls fut atteint en 
1794 ; il s’élevait à 45 ou 50,000 combattants y compris 
les milices du comté de Nice. Au début de la guerre il 
n’y avait pas eu plus de 20,000 hommes engagés. Les 
places fortes étaient en bon état et bien armées. 

L’entretien de ces troupes était onéreux. On ne put 
trouver de nouvelles ressources que par l’augmentation de 
la gabelle, ce qui rendit la guerre impopulaire, et par la 
vente des biens ecclésiastiques, autorisée par le pape, 
dans certaines conditions. Cela produisit 40 millions; c’était 
peu, quand fallait payer d’énormes indemnités de logement, 
de fourrages, de vivres, de voyage à ces nombreux états- 
majors autrichiens toujours insatiables *. 

Aucune sympathie n’existait entre les alliés. C’était cha- 
que jour des froissements et des réclamations de la part 
des officiers piémontais 3 , beaucoup mieux au courant des 
opérations militaires en montagne que les Autrichiens. 
Imbus des principes des formations rigides, des manœuvres 
lentes et compassées en usage dans les précédentes campa- 
gnes d’Allemagne, habitués à marcher méthodiquement, à 
portée de magasins de toute espèce, ceux-ci étaient 
déroutés par cette guerre d’incessantes surprises et de 

1. Voir, aux pièces justificatives, l’état des troupes autrichiennes, n* 4. 

2. Le baron de Wins, généralissime, touchait à lui seul 3,500 fr. par mois. Bimenfeld, 
créature de de Wins, avait amassé une fortune considérable dans la fourniture des vivres. 

3. Arch. de Breil, Dièce n* 2. Quelques émigrés français, nommés officiers supérieurs, 
furent utilement employés dans les états-majors : Bonne de Savardin, servit au corps de 
la vallée d’Aoste : Jargoyer de Joily. Fléchier de Senez, à l’état-major général. 


Forces mises 
en ligne. 


Le comman- 
dement. 


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158 


ARMÉE P1ÉM0NTAISE 


coups de main hardis, tentés par des hommes à peine 
nourris et vêtus, dans ces montagnes des Alpes aux gorges 
profondes et aux rocs escarpés. 

Ils ne comprenaient pas surtout que cette Révolution, 
dont ils ne remarquaient que les excès, allait, sous la 
pression des événements tant intérieurs qu’extérieurs, 
tenter un effort immense et répandre dans toute l’Europe 
les idées d’émancipation et de liberté dont la diffusion 
sera l’éternelle gloire de la France. 


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159 


II» ARMÉE FRANÇAISE 


Au 1 er janvier 1789, l’armée royale se composait de l’ar- L’année royale, 
mée de ligne, recrutée par engagements volontaires, et 
des milices ou troupes provinciales , formées par tirage au 
sort. Dans la transformation générale des institutions, la 
première reçut une organisation nouvelle, les secondes 
furent supprimées. 

L’armée de ligne comprenait : 

1® Les troupes réglées, savoir : 

79 régiments français, 23 régiments étrangers *, à deux 
bataillons de quatre compagnies de fusiliers et de grena- 
diers ou chasseurs*. Le régiment du roi seul à quatre ba- 
taillons. 

12 régiments de chasseurs à pied ou infanterie légère à 
un bataillon. 

7 régiments d’artillerie de 20 compagnies, groupées en 
cinq brigades de deux bataillons 3 . 

15 compagnies d’ouvriers et de mineurs. 

26 régiments de cavalerie, 16 régiments de dragons à 
trois escadrons de deux compagnies 4 . 

6 régiments de hussards, 12 régiments de chasseurs à 
quatre escadrons de deux compagnies 5 . 

2° La maison militaire du roi , savoir : 

1 bataillon des gardes de corps du roi à quatre compa- 
gnies *. 

1. Onxe Suisses, huit Allemands, trois Irlandais, et un Liegéois (Poisson). 

2. Effectif du bataillon, 600 hommes au maximum en temps de paix (Poisson) ; 1,174 hom- 
mes probablement en temps de guerre (Duruy). Le 1* T bataillon avait la O de grenadiers, 
le 2“* celle de chasseurs. 

3. Le corps de l’artillerie portait le n* 64 sur la liste d’ancienneté des régiments. Effectif 
de la O : 75 hommes (Poisson, Yung.l Effectif total, état-major compris, 9,100 hommes 
(Dussieux). Son organisation datait de l’ordonnance du 3 novembre 1776. 

4. Les régiments de cavalerie étaient munis de cuirasses (Poisson). Effectif de la 
O : 80 à 93 hommes ; de l’escadron : 140 à 186 hommes (Duruy). Effectif du régiment : 

516 hommes (Poisson), 439 (Rousset). 

5. Effectif du régiment, 699 hommes (Poisson), 580 hommes (Rousset). 

6. Effectif de la C* : 148 gardes, 48 surnuméraires (Poisson). 


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160 ARMÉE FRANÇAISE 

1 compagnie des Cent-Suisses. 

Les gardes du corps de Monsieur, les gardes du corps du 
comte d’Artois, comprenant deux compagnies françaises et 
une compagnie suisse 

1 compagnie des gardes de la prévôté de l’hôtel, de 100 
hommes*. 

1 régiment des gardes françaises 3 . 

1 régiment des gardes suisses \ 

L’effectif normal de cette armée était environ de 175,000 
hommes, sur le pied de paix, et de 219,000, sur le pied de 
guerre 5 . 

Un comité de 12 membres" est constitué, le 2 octobre 
1789, dans l’Assemblée nationale et chargé de la réorgani- 
sation de l’armée, tâche ardue, poursuivie de 1790 à 1791 au 
milieu de longues discussions et de nombreuses difficultés. 
Malgré l’opinion de quelques membres de la commission et 
particulièrement de Dubois-Crancé, qui réclamait la cons- 
cription, l’Assemblée décide, par décret du 16 décembre 
1789, que l’armée continuera à être recrutée par enrôlements 
volontaires, à prix d’argent. L’effectif de l’armée de ligne, 
en temps de paix, est fixé à 150,000 hommes, dont un cin- 
quième de cavalerie et un sixième d’artillerie, mais l’effectif 
des régiments étrangers ne doit pas dépasser 26,000 hom- 
mes 7 . 

Le règlement du 1" février 1791 substitue des numéros 
d’ordre aux noms particuliers des corps, qui sont classés 

1. (Poisson). 

2. (Poisson). 

3. Effectif: 4,000 hommes (Duruy), 3,600 (Poisson). 

4. Effectif : 4,000 hommes (Duruy), 3,600 (Poisson). 

5. Effectif de paix : 180,974 (Gousset, cité par Duruv), 163,483 (Grimoard), 160,000 
(Poisson), 173,500 (Dussieux). Effectif de guerre: 218,948 (Rousset). 

6. Emmery, avocat ; maréchal de camp, marquis de Rostaing ; lieutenant-général, 
marquis d’Egmont-Pignatelli ; Dubois-Crancé, écuyer, ancien mousquetaire ; lieutenant- 
général, marquis do Bouthilier ; maréchal de camp," comte de Gomer ; vicomte de Noaillcs, 
colonel des chasseurs d’Alsace ; vicomte de Panai, maréchal de camp ; baron de Menou, 
brigadier; baron de "Wimpfen, maréchal de camp; baron de Flacnslanden ; comte de 
Mirabeau (Poisson). 

7. (Poisson, Rousset et Dussieux). 


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ARMEE FRANÇAISE 


161 


suivant leur ancienneté, sans distinction de race ni d’ori- 
gine 1 ; seuls les régiments suisses, liés au service de la 
France par des capitulations, conservent leurs noms et leur 
organisation spéciale. Le régiment du roi, compromis gra- 
vement dans l’insurrection militaire de Nancy *, est sup- 
primé, et le corps qui le remplace prend le dernier numéro 
de la série. Il en est de même du régiment de cavalerie 
Mestre du Camp 3 . 

Les différents corps de la maison du roi sont licenciés à 
diverses reprises, sauf les gardes suisses, dont une grande 
partie furent massacrés le 10 août 1792. A la même épo- 
que disparaît la garde constitutionnelle du roi, créée en 
1791 4 . Le régiment des gardes françaises, qui avait coopéré 
à la prise de la Bastille, est dissous le 30 août 1789. Les 
soldats de ce corps, versés d’abord dans la garde nationale 
soldée de Paris 5 , servent, après le licenciement de cette 
garde, en septembre 1791, à former trois régiments d’infan- 
terie, deux bataillons d’infanterie légère et trois divisions 
de gendarmerie 6 . Au mois d’avril de la même année, les 
régiments d’artillerie cessent de faire partie de l’infanterie 
et constituent une arme distincte 7 . 

Enfin un décret du 11 août 1791 place sous les ordres du 
ministère de la guerre les troupes des colonies, instituées 
le 24 octobre 1784 et bientôt transformées en six régiments 
d’infanterie et un d’artillerie*. 


1. Le décret du 21 juillet 1791 consacre l’assimilation des régiments étrangers aux 
régiments français. 

2. 30 août 1791. 

3. Un 3“* régiment, celui de Chàteauvieux (suisse), avait également pris part à cette 
insurrection. 

4. Effectif : 1,200 hommes infanterie, 600 cavaliers (Poisson). 

5. Formée en août 1789 (Poisson, Dussieux, Suzanne). 

6. 102*, 103*, 104* régiments d'infanterie, 13* et 14* bataillons, 29*, 30* et 31* division 
(Poisson, Suzanne). 

7. (Poisson, Yung, Dussieux). 

8. Le corps des colonies avait été organisé le 24 octobre 1784 ; il comprenait les régi- 
ments du Cap, de Port-au-Prince, de la Martinique, de la Guadeloupe, de l’Ile de France, 
de l’Ile de Bourbon, de Pondichéry, les bataillons d’Afrique, de la Guyane, le bataillon 
auxiliaire, les C 1 ** de Saint-Pierre et Miquelon, les cipayes de Pondichéry, et un régiment 
d’artillerie , dit de Rennes (Dussieux et Suzanne). 


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L'armée 

de 

ligne. 


162 ARMÉE FRANÇAISE 

L’armée de ligne se compose alors de 1 : 

111 régiments d’infanterie, à deux bataillons, dont onze 
Suisses. 

14 bataillons de chasseurs ou infanterie légère. 

8 régiments d’artillerie à deux bataillons. 

16 compagnies d’ouvriers et de mineurs. 

2 régiments de carabiniers’, 12 régiments de chasseurs, 
6 régiments de hussards à 4 escadrons. 

24 régiments de cavalerie, 18 régiments de dragons à 
3 escadrons. 

A la tête du régiment d’infanterie se trouvait un colonel, 
assisté de deux lieutenants-colonels, commandant les 
bataillons, composés de neuf compagnies, dont une de 
grenadiers. Chaque compagnie comptait, sur le pied de 
paix, un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un 
sergent-major, un sergent, un caporal-fourrier, quatre 
appointés, un tambour, 40 soldats ; l’effectif du bataillon 
était de 504 hommes, celui du régiment de 1,029 J . 

L’escadron de cavalerie a 142 hommes, répartis en deux 
compagnies, ce qui donne 580 hommes pour l’effectif de 
paix du régiment à quatre escadrons, et 439 pour celui du 
régiment à trois escadrons *. 

Dans l’artillerie, les compagnies de bombardiers avaient 
été transformées en canonniers et le régiment comprenait 
20 compagnies de canonniers et de sapeurs, réparties entre 
les deux bataillons et présentant un effectif de 1,142 hom- 
mes 5 . 

L’armée de ligne devait donc avoir, en temps de paix, 
environ 110,000 hommes d’infanterie, 30,000 de cavalerie, 

1. Voir pièces justificatives n* 5. 

2. Considérés comme les troupes d’élite, les carabiniers se recrutaient dans toute la 
cavalerie (Poisson, Roussetb 

3. Dussieux, Chuquet, Poisson) les régiments suisses n’avaient que 12 compagnies 
(Suzanne). 

4. (Poisson, Chuquet). 

5. (Yung, Poisson, Chuquet). 


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ARMÉE FRANÇAISE 163 

10,000 d’artillerie ce qui la plaçait immédiatement après 
celles de l’Autriche et de la Prusse *. 

Cette armée laissait très peu à désirer sous le rapport de valeur militaire 
l’instruction militaire. Elle était devenue manœuvrière à 1,armée de ligne, 
la suite des exercices exécutés aux camps de Vaussieux *, 
de Metz et de Saint-Omer. On y avait expérimenté les 
deux systèmes de tactique de Ménil-Durand et de Guibert, 
le premier, basé sur l’emploi des tirailleurs et de petites 
colonnes, était plus dans le tempérament français que le 
second, inspiré -surtout par la rigidité et la correction des 
manœuvres prussiennes. Le principe des grandes manœu- 
vres avait du reste été posé par Choiseuil et appliqué 
plusieurs fois, notamment par Mathieu Dumas 4 . 

Le résultat de ces travaux et des polémiques passionnées 
qui se produisirent dans l’armée sur ce sujet, avait été 
condensé dans un règlement de manœuvres, rédigé par 
Guibert et publié en 1791. Il servit à l’instruction des 
nouvelles recrues et des bataillons de volontaires. Il a 
formé la base de tous les règlements ultérieurs. 

L’infanterie, composée de très beaux hommes, présen- 
tait des régiments bons ou mauvais, suivant le zèle des 
officiers. En général, le corps des sous-officiers compre- 
nait non seulement d’excellents instructeurs, mais un assez 
grand nombre d’hommes remarquablement intelligents et 
énergiques, ainsi que le prouve la forte proportion de géné- 
raux distingués sortis de cette classe 5 . 

La cavalerie était bien montée depuis que l’Etat lui 
fournissait les chevaux. La création des écoles de cavalerie 
avait mis l’équitation en honneur. Les régiments étaient 

1. Au 1** octobre 1790, il manquait 30,000 hommes (Rousset, Poisson). 

2. (Duruy). 

3. Au camp de Vaussieux, en 1778, sous le ministère du prince de Montbarey, on avait 
réuni 60 bataillons, 40 escadrons de dragons et 40 canons. Jourdan, Berthier, Desaix 
assistaient à ces manœuvres (Dussieux). 

4. 1 Duruv, Dussieux Chuquet ). 

5. (Jomini, Duruy, Chuquet). 


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Valeur morale 
de 

l’armée de ligne. 


164 ARMEE FRANÇAISE 

numériquement trop faibles, peu habitués à manœuvrer en 
grandes masses ; les officiers trop vieux 

L’artillerie était véritablement une arme d’élite de- 
puis 1774. Gribeauval avait corrigé et complété l’œuvre 
de Vallière, au point de vue du matériel et du personnel. 
Des règlements de manœuvre précis avaient été élaborés, 
fixant tous les détails du service et de l’instruction. Les 
pièces et les affûts étaient allégés, l’emploi des gargousses 
et des cartouches à boulet se généralisait. Toutes les 
constructions, faites sur un modèle uniforme, rendaient 
faciles les recharges. Auprès de chaque régiment des 
écoles fixes servaient à l’instruction des officiers et des 
sous-officiers *. 

Mais à toutes ces troupes il manquait la cohésion 3 . 
L’organisation spontanée des gardes nationales en pro- 
vince après la prise de la Bastille, et leur fraternisation 
avec l’armée, la promulgation des décrets du 4 août, 
déclarant tout citoyen apte à replir les fonctions civiles ou 
militaires, et l’influence des clubs amènent des actes 
d’indiscipline, dont la gravité va croissant à mesure que 
les municipalités tendent à se substituer au pouvoir central, 
affaibli par les décrets de l’Assemblée *. 

Parmi les nombreux faits de ce genre qui se passent 
dans toute la France, il suffira de rappeler les suivants, 
dont la région Sud-Est a été le théâtre en 1790. La milice 
bourgeoise de Marseille, formée dès le mois de mars 1789, 
s’empare des châteaux de Notre-Dame de la Garde, de 
Saint-Nicolas et de Saint-Jean, avec la complicité des 
troupes du régiment de Vexin, dont elle massacre le chef, 
le chevalier de Beausset 5 . A Toulon, Grenoble, Montpel- 

1. (Jomini, Duray, Dussieux, Chuquet). 

2. (Duruy, Dussiêux, Chuquet, Suzanne). 

3. (Jomini, Dussiêux, Yung). 

4. (Poisson, Carnot, Rousset). 

5. (Poisson, Tainel. 


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ARMÉE FRANÇAISE 165 

lier, Nîmes, de semblables tentatives sont plus ou moins 
couronnées de succès '. A Valence, les soldats du régiment 
d’artillerie laissent assassiner leur colonel, le vicomte de 
Voisins, à la suite d’une réclamation faite au sujet d’une 
punition encourue par un des leurs. La municipalité de 
Lyon refuse de laisser partir le régiment de cavalerie 
Royal-Guyenne, qui doit changer de garnison avec les 
dragons de Penthièvre . Les dragons de Lorraine, à 
Tarascon, s’emparent de la caisse du régiment et cassent 
les officiers nobles ; une lettre du président de- l’Assemblée 
nationale suffit pour faire rentrer ce régiment dans le 
devoir *. 

Cette grande influence que prenait l’Assemblée sur 
l’armée, ne pouvait s’exercer qu’au détriment de l’action 
de ses chefs naturels, dont l’impuissance était d’autant 
plus manifeste que les actes des représentants de la nation 
étaient en opposition constante avec leurs demandes 
réitérées 3 . Le ministre de la guerre de la Tour du Pin 
avait obtenu néanmoins, en avril 1790, que toute commu- 
nication fût interdite entre les soldats et les sociétés popu- 
laires 4 . Mais, tandis que la discussion et le rejet d’une loi 
sur la discipline enlève toute sanction à ce décret 5 , les 
cérémonies de la fête de la Fédération, les conseils des 
journaux, des distributions d’argent même ne font qu’ac- 
croître le désordre. L’arrêt du 6 août 1790, édictant des 
peines sévères contre les militaires séditieux, arrive trop 
tard ; il n’empêche pas la terrible insurrection de Nancy ®. 

C’est bien pis encore sous l’Assemblée législative. Les 
atttaques incesssantes contre les ministres et les généraux 

1. (Poisson). 

2. (Poisson). 

3. Le colonel de Mirabeau, député, ne parvient pas à réprimer une insurrection de 
son régiment (Touraine) à Perpignan. Il est déféré à un conseil de guerre et émigre 
(Poisson). 

4. (Poisson). 

5. (Poisson, Yung, Carnot). 

6. (Jomini, Poisson). — L’insurrection de Nancy coûte la vie à 500 personnes. 

12 


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Les cadres. 


166 ARMÉE FRANÇAISE 

à la tribune, dans les clubs et les journaux ', l’insubordi- 
nation de certains bataillons de volontaires et des gardes 
nationaux des grandes villes, la faiblesse pour ne pas dire 
la tolérance du pouvoir à l’égard des révoltés *, tendent à 
effacer toute trace de discipline. L’armée, en butte à la 
malveillance et à la méfiance générales, perd considération 
et honneur. 

Eu octobre 1791, quatre officiers du régiment suisse 
d’Ernest, qui avait remplacé le régiment de Vexin à 
Marseille, sont mis en prison par ordre de la municipalité 
et bientôt relâchés. Quelque temps après, sur l’ordre de 
M. de Coincy, lieutenant général à Toulon; le régiment est 
envoyé dans le Comtat. Venaissin pour y réprimer les 
brigandages d’une bande de 600 individus de tous pays. 
Il revient ensuite à Aix, où se trouvait le Directoire du 
département, sur le refus de la commune de Marseille de 
recevoir aucune troupe. Le 26 février 1792, 3 à 4,000 Mar- 
seillais arrivent à Aix avec six canons. Afin d’éviter une 
inutile effusion de sang, le régiment, cerné dans sa 
caserne, reçoit du général Barbentanc l’ordre de verser ses 
armes et de se retirer à Toulon. Le nouveau colonel de 
Vatteville, d’accord avec le conseil du canton de Berne, 
demande alors à rentrer eu Suisse, où il arrive le 
18 juin 1792 3 . Il sera rejoint, après le 10 août, par les 
autres régiments de la même nation, qu’un décret de 
l’Assemblée supprime en octobre 1792 \ 

L’armée perd ainsi 12,000 bons soldats. Le reste n’a plus 
de cadres par suite de l’émigration. L’ordonnance du 
22 mai 1781, qui fut présentée ou subie par M. de Ségur, 

1. (Poisson). 

2. (Poisson, Rousset). 23 suisses du régiment de Chûteauvieux, qui s’étaient révoltés à 
Nancy, avaient été envoyés aux galères. Ils sont ramenés triomphalement de Brest à 
Paris, le 9 avril 1792 (Poisson). 

3. (Poisson, Taine, Arch. de la Guerre). 

4. Décrets du 20 et 24 octobre. 


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ARMEE FRANÇAISE 


167 


alors ministre de la guerre *, édictant qu’il fallait faire 
preuve de quatre quartiers de noblesse pour être officier, 
avait amené une profonde mésintelligence entre les offi- 
ciers et les bas-officiers, qui s'appellent sous-officiers à 
partir du 1" février 1791 *. Intelligents, énergiques, actifs 
et assez instruits depuis l’organisation des écoles régi- 
mentaires, ces derniers font tout le service intérieur et 
servent d’instructeurs 3 . Ainsi en contact avec les soldats, 
ils en sont beaucoup mieux obéis que les officiers, dévoués 
au roi par les traditions de famille, braves à la guerre, 
parce que la bravoure est éminemment une qualité fran- 
çaise, mais imbus des préjugés de caste, pleins de morgue 
et de raideur à l’égard des civils et peu habitués aux 
devoirs journaliers de la profession des armes 4 . 

Ce désir immodéré et irréfléchi d’une égalité chimérique, 
qui caractérise les débuts de la Révolution, l’abolition des 
privilèges, la soumission du pouvoir royal et de la force 
armée à l’élément roturier, représenté par l’Assemblée et 
les municipalités, enfin les attentats réitérés contre la 
majesté du roi, l’honneur ou l’autorité des officiers, ren- 
daient irrévocable la scission entre les deux éléments ap- 
pelés à se substituer l’un à l’autre. 

L’Assemblée avait cependant cherché à donner une juste 
satisfaction à des intérêts si divers. Les charges inutiles 
ou exclusivement vénales avaient été déjà supprimées par 
l’ordonnance de 1788 s . Le décret du 20 septembre 1790 
fixait les conditions de l’avancement et les droits de 
chacun *. L’ancienneté était la règle jusqu’au grade de 
capitaine inclusivement. Une place de sous-lieutenant sur 


1. (Yang, Dussieux). 


• (y«ng). 
i. Voir no 


notamment les éloges décernés à l'adjudant Masséna, devant le corps d’offi- 


ciers, par le lieutenant-colonel du régiment. (Mémoires de Masséna, par Kock). 
(bui 


4. (buruy, Dussieux). 

5. (Dussieux). 

6. (Dussieux, Yung, Roguet). 


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168 ARMÉE FRANÇAISE 

quatre était réservée aux sous-officiers. Les grades supé- 
rieurs étaient donnés partie à l’ancienneté, partie au choix 
du roi *. 

Aussi l’émigration ne fut-elle d’abord qu’une mode, 
puisqu’au 16 octobre 1791, 1,932 officiers seulement man- 
quaient à l’appel *. Ce sont les révoltes, les vexations de 
toutes sortes, l’impossibilité de se faire obéir, la méfiance 
et même la mauvaise volonté des Assemblées qui contri- 
buèrent à accroître ce mouvement. Au 1" décembre 1791, 
le chiffre des absents s’élevait à 2,160 3 , en décembre 1792, 
à 6,000 sur 9,000 4 . 11 est juste d’ajouter que, mettant leur 
dévouement au roi au-dessus des sentiments patriotiques, 
un assez grand nombre d’entre eux n’avaient pas craint de 
conspirer ouvertement contre le pouvoir et croyaient 
accomplir un devoir en se ralliant à l’armée que cherchait 
à réunir le comte d’Artois à Coblentz. Funeste aberration 
de ces temps si troublés, qui allait armer les uns contre 
les autres les citoyens d’un même pays ! 

Si l’on a pu dire d’une façon générale que l’émigration 
des officiers permit à quelques esprits d’élite de parvenir 
aux grades les plus élevés 5 , il n’en faut pas moins recon- 
naître que les résultats furent déplorables au début. C’est 
à l’absence de cadres anciens et exercés que sont dues les 
premières paniques 6 . Il fallut deux années de guerres 
continuelles pour amener à la tête de l’armée ceux qui en 
étaient digues, par des procédés de sélection peu ordinaires. 

Mise sur le pied Les revers ne furent pas dus seulement à cette pénurie 

de guerre. 1 

des cadres, mais aussi et surtout à la faiblesse des effectifs 
de l’armée de ligne. Au milieu de l’agitation générale du 

1. (Yungl. 

2. ( Yung). 

3. (Chuquet). Carnot, dans ses mémoires dit que le ministre Duportail constate en 
octobre qu’il manque 3,864 otiieiers. 

4. (Chuquet). 

5. (Dussieuz, Chuquet). 

6. (Poisson). 


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ARMÉE FRANÇAISE 169 

pays, les enrôlements volontaires, maintenus par l’Assem- 
blée pour recruter cette armée, étaient suspendus. Dès le 
1" octobre 1790, il manquait plus de 30,000 hommes 
Après que l’armée a reçu l’ordre, le 5 juillet, de porter 
les bataillons à 750 baïonnettes et les escadrons à 
170 sabres, le ministre de la guerre Duportail constate, à la 
fin de 1791, que le déficit est de plus de 50,000 hommes*. 
Des régiments presque entiers de cavalerie passent à 
l’étranger avec armes et bagages 3 . Dans l’infanterie, le 
1" bataillon seul avait pu être complété au moyen des 
ressources du second *, qui devait servir de dépôt, expé- 
dient précaire, régularisé par le décret du 15 mars 1792, 
qui prescrit la mise sur pied de guerre. Dans la cavalerie, 
on ne peut faire marcher que deux escadrons sur trois et 
trois sur quatre. 

Cependant la guerre était imminente, et la proposition 
de M. de Narbonne d’incorporer les gardes nationaux 
volontaires dans l’armée de ligue ayant été repoussée avec 
indignation 5 , l’Assemblée législative, pressée par la gravité 
des circonstances, invite, en janvier 1792, les citoyens 
de 18 à 50 ans à contracter des engagements de 2 à 4 ans, 
moyennant une prime de 80 livres dans l’infanterie et de 
120 dans la cavalerie et l’artillerie *. Trente livres sont 
même accordées par le décret du 12 septembre 1792, pour 
chaque année de service accomplie par un garde national 
volontaire dans l’armée de ligne 7 . Des dépôts sont institués 
à Valenciennes, Strasbourg, Metz et Nîmes pour recevoir 
les recrues. Ces mesures eurent peut-être pour résultat de 


1. {Roussel, Poisson, Dussieux, Yung donne même 39,000). 

2. (Rousset, Yung, Chuquet). 

3. {Chuquet, Poisson). 

4. (Roussel, Yung). 

5. Quelques membres demandent même que l’armée ne soit plus composée que de 
gardes nationales. (Poisson, Rousset). 

6. (Rousset, Yung, Chuquet). 

7. (Yung). 


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Résumé. 


170 ARMÉE FRANÇAISE 

réduire à 27,000 hommes, en juin 1792 *, le déficit, que 
Dubois-Crancé estime à 34,122 en février 1793*, bien qu’un 
décret du 2 août 1792 promît une pension viagère de 
100 livres et une gratification de 50 à tout sous-officier ou 
soldat étranger venant servir sous le drapeau français. 

L’artillerie est l’arme la moins atteinte par l’émigration 
et les difficultés du recrutement 3 . Elle s’accroît même par 
la création de neuf compagnies d’artillerie légère ou 
volante , correspondant à nos batteries montées actuelles. 
Jusqu’alors les pièces, traînées par les attelages d’entre- 
preneurs, arrivaient fort lentement en position et ne 
servaient guère que dans les batailles préparées à l’avance. 
Ce mode ne convenait plus au système d’opérations essen- 
tiellement actives et imprévues qu’allaient inaugurer les 
armées révolutionnaires. Les services rendus par ces 
premières compagnies d’artillerie , libres de leurs mouve- 
ments, pouvant suivre et même devancer audacieusement 
l’infanterie , furent tels que, le 21 février 1793, leur nombre 
avait été porté à vingt. Deux compagnies volontaires 
prennent les numéros 21 et 22 par décret du 11 mai 
suivant 4 . 

Quoi qu’il en soit de cette exception , l’armée de ligne 
ne pouvait tenir tête, à elle seule, aux efforts de la coalition. 
Elle n’était pas non plus en état de servir de cadres à de 
nouvelles levées. Elle avait donné de graves exemples 
d’insubordination. Quel que fût son patriotisme, elle était 
tenue en méfiance par les autorités civiles 5 . C’est en 
s’épurant au feu , en se régénérant par l’héroïsme et 

1. Rapport d’Àubert-Dubayet (Yung). 

2. (Yung, Rousset). 

3. L’artulerie se recrutait en général dans l’armée même. 

4. (Suzanne) Les deux premières batteries volantes furent organisées à Met* en 1791, 
par le général Mathieu Dumas. Chacune d’elles comptait soixante-seize hommes. Elles 
étaient commandées par les capitaines Barrois et Chanteclair. L’une fut attachée à l’armée 
de Lafavette, l’autre à l’armée de Luckner. 

5. (Yung). C’est sur la demande de Lafavette que la création de neuf batteries 
volantes fut décidée le 29 avril 1792. Deux de' ces batteries étaient rattachées à chacun 
des deux premiers régiments d’artillerie et une aux cinq autres. 


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ARMÉE FRANÇAISE 171 

l’abnégation, qu’elle se prépare à se fusionner avec les 
volontaires, qui lui apporteront le nombre et l’enthou- 
siasme. Cette mesure est du reste préparée par la suppres- 
sion de l’habit blanc ; mais longtemps encore , officiers et 
soldats conserveront les boutons et les ornements de leurs 
anciens uniformes, et les généraux, dans leurs rapports, 
désigneront les régiments de ligne par leurs anciens noms, 
illustrés sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI en Eu- 
rope, en Asie et en Amérique. 

Les milices provinciales se composaient de 1 : 13 régi- 
ments de grenadiers royaux, 16 régiments, dits provin- 
ciaux, à deux bataillons, 78 bataillons de garnison, à 
quatre compagnies de fusiliers de 150 hommes et une de 
grenadiers de 110 hommes, rattachés aux 78 régiments de 
ligne, à titre de dépôt, par une heureuse idée de M. de 
Montbarey, 7 régiments d’artillerie*, 5 régiments dits 
d’état-major, destinés à l’exécution des travaux nécessaires 
pour ouvrir des marches , ou établir des camps, c’est-à-dire 
faisant le métier de pionniers. 

Ces troupes présentaient un effectif de 55,240 hommes 
sur le pied de paix, et de 76,000 sur le pied de guerre. 
Définitivement instituées par Louvois, en 1688, elles s’étaient 
bien conduites pendant les campagnes de la Succession 
d’Espagne et de la Succession d’Autriche 3 . Mais on les 
employait de moins en moins , et leur mode de recrutement 
par tirage au sort était antipathique à la population , qui 
n’y voyait qu’une corvée de plus. Aussi , dans presque 
tous les cahiers, réclame-t-on leur suppression *. Après 
une vive discussion entre la Tour du Pin, qui demandait 
150,000 hommes d’armée de ligne avec 120,000 miliciens, et 

1. Duruy, Dussieux (Rousset). 

2. Créés le 1er mars 1778 (Yung). 

3. ( Rousset, Duruy ). 

4. (Dussieux, Jomini). 


Les milices. 


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172 


ARMEE FRANÇAISE 


Dubois-Crancé, qui ne voulait qu’une seule armée, recrutée 
par une sorte de conscription, l’Assemblée nationale 
décrète la suppression de la milice les 16 décembre 1789, 
4 et 20 mars 1791 *. 


Les gardes 
nationales. 


Il faut des revers bien cruels pour qu’un peuple se décide 
à aliéner complètement sa liberté et à se soumettre à la 
dure mais salutaire condition du service obligatoire. 

Pour remplacer cette précieuse ressource de la milice , 
on institua une armée auxiliaire de 100,000 hommes , qui 
devait se fondre en temps de guerre dans celle de ligne , 
mais n’exista jamais en réalité *, et la garde nationale , 
comprenant en principe tous les citoyens actifs, c’est-à- 
dire âgés de 25 ans , domiciliés dans la ville ou le canton 
depuis un an au moins , payant une contribution directe 
delà valeur locale de trois journées de travail, et, par 
suite , électeurs aux assemblées primaires 3 . 

Proposées par Mirabeau, le 8 juillet 1789, sous la déno- 
mination de gardes bourgeoises, demandées au roi par une 
députation de l’Assemblée nationale le 14 juillet, les gardes 
nationales s’organisèrent spontanément ce même jour à 
Paris, puis, pendant le mois d’août, dans le reste de la 
France 4 . De cette origine révolutionnaire résultèrent de 
grandes dissemblances entre les différents bataillons. 

Aussi, dès le mois de décembre 1789, l’Assemblée sus- 
pendit-elle, par un décret, la création de nouveaux corps 
jusqu’au moment de l’établissement d’une règle unique. 
Le 19 juillet 1790, elle fixe l’uniforme et, en septem- 
bre 1791, décide que chaque bataillon comportera quatre 
compagnies de fusiliers à effectif indéterminé, et une com- 


1. (Rousset, Joraini). 

2. La loi du 4 février 1791 prescrivit la levée de ces auxiliaires, qui furent répartis par 
celle du 12 juin, entre la Marine (25,000 h.), et la Guerre (75,000 h.). Mais cet appel, 
coïncidant avec la levée des gardes nationaux volontaires, fut absorbé par cette dermere, 
(Rousset). 

3. (Dussieux, Yung, Poisson). Décret du 2 juin 1790. 

4. (Poisson). 


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ARMEE FRANÇAISE 


173 


pagnie de 80 grenadiers. Deux pièces d’artillerie pouvaient 
être affectées à chaque bataillon et servies par une section 
de canonniers, jointe à la compagnie de grenadiers; la réu- 
nion de 8 à 10 bataillons du même district prenait le nom 
de légion. On admettait aussi la formation, par canton, de 
compagnies ou de bataillons de vétérans âgés de plus de 
60 ans et d’enfants au-dessous de 18 ans, par district, de 
deux compagnies à cheval '. On compte, à cette époque, 
deux à trois millions de gardes nationaux dans toute la 
France *. 

En admettant ce chiffre comme exact, il s’en fallait de 
beaucoup que cet effectif représentât une force vraiment 
utilisable. Bien loin de maintenir l’ordre ou de réprimer le 
brigandage et le pillage, les gardes nationaux ne faisaient 
qu’augmenter la confusion générale par leur indiscipline 
et leurs exigences 3 . 

L’Assemblée législative autorise toutefois, en juillet 1792, 
les généraux commandant les armées à requérir la moitié 
des compagnies de grenadiers de la garde nationale exis- 
tant dans l’étendue de leur commandement 4 . Cette mesure, 
dictée par l’imminence du péril, ne pouvait être que transi- 
toire. Il en fut de même au milieu de 1793. Les compagnies 
d’artillerie rendirent souvent de réels services B , mais en 
général l’impuissance et l’inertie pour le bien public des 
gardes nationales, les violences et les désordres commis 
dans un grand nombre de localités par les armées dites 
révolutionnaires, exclusivement formées de gardes natio- 
naux, amènent leur réorganisation par la Convention les 
16 juin et 8 octobre 1795 8 . A ce moment, du reste, les 
meilleurs éléments en avaient été tirés, à diverses reprises, 

1. (Poisson, Yang). 

2. (Rousset, Jomini). 

3. (Yung, Taine). 

4. (Rousset, Chuquet, Poisson, Jomini). 

5. (Poisson.) 

6. (Poisson). 


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174 


ARMEE FRANÇAISE 


Le» volontaires 
nationaux. 
Levée de 1791 


pour donner à l’armée l’énorme extension exigée par le 
développement des opérations militaires sur toutes les 
frontières. 

Le principe mémo de la levée d’un volontaire sur 
20 gardes nationaux avait été discuté dans les séances des 
11 et 13 juin 1791 A la nouvelle de la fuite du roi, 
l’Assemblée constituante vote la mise en activité de la 
garde nationale et, dans la crainte d’une guerre immédiate, 
demande, le 3 juillet, 18 à 26,000 hommes aux départe- 
ments de la frontière du Rhin, puis, les 22 juillet et 17 août, 
décide que les 83 départements fourniront 169 bataillons 
de 574 hommes, présentant ensemble un effectif de 97 à 
101,000 hommes *. 

Enfin les décrets des 2 et 4 août de la même année et le 
règlement du 28 décembre fixaient les bases définitives de 
cette première levée. Le bataillon comptait neuf compa- 
gnies, dont une de grenadiers, commandées chacune par 
deux capitaines, un lieutenant, un sous-lieutenant et d’un 
effectif de 80 hommes, officiers compris 3 . A la tête du 
bataillon se trouvent deux lieutenants-colonels, assistés 
d’un adjudant-major, chargé de l’instruction, et d’un adju- 
dant pour l’organisation, la discipline et les détails du ser- 
vice. Tous les officiers et sous-officiers sont nommés à 
l’élection, sauf ces deux derniers, désignés par le roi ; un 
des lieutenants-colonels au moins doit avoir servi dans les 
milices provinciales ou dans l’armée de ligne b 

Ces dispositions deviennent bien vite inexécutables par 
suite de l’émigration de la majeure partie des officiers et du 
nombre croissant de bataillons levés ; on est même obligé, 
en décembre 1791, d’engager les officiers de l’armée à ren- 

1. (Poisson, Rousset). 

2. (Poisson, Rousset, Yung, Chuquet). 

3. (Poisson, Rousset, Yung). 

4. (Poisson, Yung, Roguct). 


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ARMÉE FRANÇAISE 175 

trer dans leurs corps 1 ; il convient toutefois de remarquer 
que là où elles furent appliquées, elles donnèrent d’excel- 
lents résultats. C’est à elles que l’on doit l’éclosion de cette 
nombreuse et brillante génération de jeunes généraux, mis 
ainsi de très bonne heure aux prises avec les difficultés du 
commandement et instruits par le meilleur de tous les ensei- 
gnements, l’expérience*. 

Acceptée avec enthousiasme, cette levée se fit en général 
très rapidement ; les bataillons formés avant le décret cons- 
titutif du 4 août eurent même 613 hommes 3 . Le 23 septem- 
bre, le ministre de la guerre Duportail annonçait que 60 
bataillons étaient déjà rendus dans les garnisons qui leur 
avaient été assignées 4 . Au 1 er janvier 1792, il n’en manquait 
qu’une vingtaine, dont la moitié rejoignit dans le courant 
du mois 5 . Quelques départements seulement tardèrent à 
fournir leur contingent. Ainsi, sur les dix bataillons que 
devait fournir Paris, trois partent presque immédiatement, 
mais le 4 m ', au bout de six mois, comptait à peine quelques 
hommes. Par contre, un certain nombre de départements 
fournirent plus de bataillons qu’il ne leur en était de- 
mandé 6 . 

Partout, sur leur passage, les volontaires étaient fêtés 
par les gardes nationales. Aux armées 7 , les généraux les 
reçurent moins bien à cause de la petite taille d’un grand 
nombre d’entre eux 8 . On avait pu se procurer l’habil- 
lement et l’équipement ; les armes furent plus difficiles à 

1. (Yung, Roquet). On cherchait ainsi à combler les vides produits par l’émigration. Afin 
d’engager les officiers à ce changement de position, on alla, au commencement de 1793, 
jusqu’à leur conserver dans l’armée de ligne le grade qu’ils avaient acquis à l’élection 
dans les bataillons de volontaires. Ainsi M. de Vicoso, lieutenant au régiment de Vexin, 
élu lieutenant-colonel en premier au premier bataillon de Haute-Garonne, passe lieutenant- 
colonel au 91* régiment, ait de Barrois. 

2. (Chuquet, Koguet, Gouvion Saint-Cyr, Soult, etc). 

3. (Rousset). 

4. (Rousset, Poisson). Voir pièces justificatives n* 6. 

5. Dates de formation de bataillons. 

6. (Rousset, Poisson). Dates de formation des bataillons. 

7. Le 14 décembre 1791, M. de Narbonne, ministre de la guerre, annonce à l’Assemblée 
que les trois années du Nord, du Centre et du Rhin sont formées. 

8. Les volontaires furent dispensés des conditions de taille exigées pour les troupes 
de ligne (Poisson). 


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Levée de 1792. 


\ 

La Patrie 
en danger. 


176 ARMÉE FRANÇAISE 

trouver. On en avait déjà distribué un grand nombre incon- 
sidérément aux gardes nationaux et aux habitants des 
frontières. Ces bataillons avaient presque tous comme ca- 
dres d’anciens officiers ou sous-officiers retraités ou en ser- 
vice. Ils eurent le temps de s’instruire avant d’aller au feu. 
Ils montrèrent sur le champ de bataille de la fermeté et de 
la bravoure l . 

Cependant, alors que le péril de l’invasion devenait plus 
imminent, que le gouvernement, poussé par les clubs et le 
parti violent, déclarait successivement la guerre à toutes 
les puissances voisines , ce premier effort 'devenait insuf- 
fisant. Le 27 juin 1792, le ministre de la guerre Lajard 
déclarait à la tribune de l’Assemblée législative qu’il ne 
disposait que de 205,280 hommes, dont 92,500 volontaires 
nationaux *. Ces chiffres étaient sans doute exagérés puis- 
que le maréchal Luckner ne comptait que 70,000 combat- 
tants pour les trois armées réunies du Nord, du Centre et 
du Rhin, et que l’armée du Midi n’était pas encore consti- 
tuée 3 . 

On avait, le 6 mai, décrété la formation de 46 nou- 
veaux bataillons de volontaires, répartis entre les dépar- 
tements, insuffisamment taxés, ou n’ayant pas fourni tout 
le contingent qui leur avait été demandé la première 
fois 4 . Le mois suivant, Aubert- Dubayet estimait qu’il pou- 
vait y avoir aux armées 168 bataillons de volontaires à 500 
hommes, soit 84,000 hommes s< Mais toutes ces troupes n’é- 
taient pas encore disponibles, et, devant le succès de l’inva- 
sion prussienne, il fallait aviser. 

La création de 54 compagnies franches de 200 hommes ®, 
le projet d’installation près de Paris d’un camp de réserve, 

1. (Chuquet, Poisson, Roussel). 

2. (Poisson). Voir pièces justificatives n* 6. 

3. (Poisson, Rousset). 

4. (Rousset). 

5. (Poisson). 

6. Loi du 6 mai et décret du 7 juillet 1792 (Poisson, Rousset, Chuquet). 


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ARMEE FRANÇAISE 


177 


formé de 23,200 volontaires, dont 4,688 à cheval 1 , n’étaient 
que des palliatifs insuffisants. Il importait avant tout de 
faire renaître l’enthousiasme de la nation pour la défense 
de la liberté. Le 11 juillet, le président de l’Assemblée légis- 
lative déclare la « Patrie en danger » et cette formule, répé- 
tée avec solennité la semaine suivante dans toutes les com- 
munes, provoque de nouveaux enrôlements volontaires*. 

Le décret indiquait que les départements devaient four- 
nir d’abord 50,000 hommes, destinés à compléter les troupes 
de ligue, puis le nombre d’hommes nécessaires pour porter 
de 574 à 800 l’effectif des 215 bataillons de volontaires exis- 
tant déjà, enfin 42 nouveaux bataillons, dits de réserve, 
présentant 33,000 fusils. L’armée devait atteindre ainsi 
450,000 hommes. 

En outre, l’organisation des corps francs est encouragée. 
La limite d’âge requise pour servir est abaissée de 18 à 16 
ans. Au commencement de septembre, tout individu est 
autorisé à lever une troupe et reçoit une prime de 800 livres 
par cavalier armé et monté, et de 150 par fantassin équipé 
et armé 3 . On crée aussi une légion par armée, puis des lé- 
gions de patriotes étrangers, comprenant chacune de l’in- 
fanterie, de la cavalerie et de l’artillerie 4 . C’est avec ces 
ressources que s’achève la campagne de 1792, par la libé- 


1. Chacun des 4,688 cantons de France dut fournir 5 hommes (Poisson, Yung, Carnot). 
C’est sous ce prétexte que l’on fit venir à Paris ces premiers fédérés en grande partie 
fournis par Brest et Marseille, qui se firent remarquer par leur férocité dans la journée du 
10 août. Envoyés ensuite à Soissons, puis à Chàlons, le plus grand nombre rentra à Paris 
après Valmy ; on eut beaucoup de peine à les en faire sortir. Mis, le 12 février 1793 à la 
disposition du ministre de la guerre, ils furent renvoyés chez eux par décret du 12 mars 
suivant pour être employés à la défense des côtes. 

2. (Poisson, Rousset). 

3. Décret du 2 septembre 1792. 

4. Loi du 3 mai : pour chacune des armées du Nord, du Centre et du Rhin, il est créé 
une légion composée de deux bataillons d’infanterie, un régiment de^ chasseurs à cheval, 
une C'* de canonniers servant quatre pièces. Loi du 21 juillet : une légion pour l’armée du 
Midi comprenant 18 C>e* d’infanterie et quatre Cies de cavalerie. Loi du 13 août: légion 
Allobroge comprenant quatorze C»e* d’infanterie de 120 hommes, (sept de carabiniers et 
sept de fusiliers), trois C‘ ## de dragons de 100 hommes et une C“ d’artillerie légère de 
160 hommes. Décret du 7 juillet : légions étrangères, Belge, Liégeoise, Batave. 29 jan- 
vier 1793 : Légion des montagnes ou miquclets. 17 juillet 1792: C«e» de chasseurs nationaux. 
La légion germanique, créée en septembre 1792, comprenait deux escadrons de cuirassiers, 
quatre de dragons, deux bataillons de chasseurs a pied, un d’infanterie de ligne, une 
C** d’artillerie, soit 1,000 cavaliers, 2,000 fantassins. 


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ARMEE FRANÇAISE 


ration du territoire et la conquête du comté de Nice, de la 
Savoie, du Palatinat et de la Belgique. 

Levées de 1793. Mais cette armée de volontaires, produit presque spon- 
tané d’un patriotisme exalté, ne devait durer qu’autant que 
la cause qui l’avait fait naître. L’Assemblée législative, re- 
doutant l’action du pouvoir exécutif et le militarisme, avait 
pris soin de décréter, le 28 décembre 1791, que les engage- 
ments volontaires expireraient le 1" décembre de chaque 
année et qu’à partir de cette époque tout garde national 
était libre de rentrer dans ses foyers, en avertissant son 
commandant de compagnie deux mois à l’avance. Aussi, 
dès le mois d’octobre 1792, presque tous les volontaires de 
1791 préviennent-ils qu’ils useront de leur droit. En vain, 
à la suite de proclamations inutiles de l’Assemblée et du 
pouvoir exécutif, la Convention décide, le 13 décembre, 
que les volontaires ne peuvent obtenir que des congés d’un 
mois et à raison d’un sixième de l’effectif; au commence- 
ment de décembre, 60,000 volontaires avaient quitté l’armée 
pour rentrer dans leurs foyers 1 . 

Cette perte parfaitement constatée, si grande quelle fût, 
ne donnait qu’une idée incomplète de l’état d’affaiblissement 
de l’armée. A cet égard, l’opinion de la Convention était 
si bien établie que, dans la séance du 7 février 1793, Dubois- 
Crancé , rapporteur du comité de la guerre , n’eut qu’à 
l’indiquer en termes assez vagues et couverts. 

Depuis le licenciement des régiments suisses, il restait 
98 régiments de ligne à deux bataillons, qui, au complet 
de 750 hommes par bataillon, devaient représenter 147,000 
hommes. Les états d’effectif du mois de décembre accusaient 
un déficit de 34,000 hommes, qui devait certainement 
s’élever au double. 


1. Rapport de Dubois-Orancé le 7 février 1793. 


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ARMEE FRANÇAISE 


179 


Ou comptait en outre 517 bataillons de volontaires, qui, 
à raison de 559 hommes par bataillon au lieu du complet 
de 800, auraient dû donner 289,000 hommes. Mais 135 de 
ces bataillons étaient réduits sans doute à leurs cadres, 
puisqu’ils n’avaient pas fourni de situations d’effectif, 
et les autres devaient compter beaucoup moins do 
559 hommes *. 

En fait, l’Assemblée, admettant que l’effectif présent ^oœ'hômmtà. 
sous les drapeaux no devait pas dépasser de beaucoup* 

200,000 hommes, décide, le 20 février, que, pour porter les 
armées au chiffre reconnu nécessaire de 502,000 hommes, 
il sera fait un appel de 300,000 hommes, dont 100,000 pour 
l’armée de ligne, et 200,000 pour les volontaires 3 . 

A cet effet, tous les gardes nationaux de 18 à 40 ans, non 
mariés ou veufs sans enfants, étaient déclarés en réquisition 
permanente, jusqu’à la constitution du contingent, fixé 
par département d’après un tableau de répartition publié 
au Moniteur du 26 février. Il n’était plus formé de bataillon. 

L’effectif indiqué devait être obtenu soit par inscription 
volontaire, soit par tout autre mode à la disposition des 
communes. 96 membres de la Convention, armés des 
pouvoirs les plus étendus, vont surveiller cette opération et 
rentrent à la fin d’avril, annonçant que leur mission est 
terminée, bien que les résultats aient été minimes. 

Il y avait en effet d’abord un nombre considérable 
d’exemptions légales : ouvriers des manufactures d’armes, 
personnel des charrois, boulangers, payeurs, etc. 3 . Le 
remplacement, déjà autorisé l’année précédente, avait 
encore été toléré et avait servi à un assez grand nombre 


1. (Poisson, Rousset). Voir pièces justificatives n* 6. 

2. Cet effectif devait se décomposer ainsi qu'il suit : Infanterie de ligne y compris l’artil- 
lerie de bataillon, 477,000 ; Infanterie légère, 33,000 ; Cavalerie et Dragons, 32,000 ; 
Cavalerie légère, 30,000 ; Artillerie, 12,000 ; Gendarmerie, 7,000. Total: 591,000 hommes. 

3. (Poisson, Rousset). 


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180 ARMÉE FRANÇAISE 

d’individus, qui trafiquaient de l’enrôlement *. Malgré des 
mesures de répression énergiques et même cruelles, on 
s’était heurté, sur plusieurs points du territoire, à la résis- 
tance ouverte * ; dans d’autres localités, les rassemblements 
importants de troupes déjà faits se mettaient au service 
d’une faction politique au lieu de se rendre aux armées qui 
leur avaient été assignées 3 . 

Cependant, la guerre s’étendant non seulement à toutes 
les frontières, mais même à plusieurs provinces de l’inté- 
rieur, les représentants du peuple auprès des armées requiè- 
rent directement dans les départements voisins. S’il ne se 
présente pas d’engagés volontaires, on procède par indi- 
cation ou désignation plus ou moins arbitraire des plus 
aptes, et par tirage au sort ; en cas de refus, la peine de 
mort sommairement appliquée, le pillage, l’incendie, la 
terreur en un mot servent de moyens coercitifs souverains. 
Le 30 mai, la Convention fixe même l’ordre suivant lequel 
s’exercera le droit de réquisition : d’abord les citoyens 
de 16 à 25 ans, puis ceux de 25 à 35 et de 35 à 45, enfin 
tout individu en état de porter les armes. 

En outre, pour empêcher le départ des volontaires à la 
fin du temps de service consenti, il est décrété, le 15 août, 
contrairement aux dispositions antérieures, confirmées par 
la loi d’organisation du 14 février 1793, qu’aucun corps 
soldé par la République ne peut se dissoudre sans que son 
remplacement ait été préalablement ordonné. Tout citoyen 
qui quitterait les drapeaux sans avoir obtenu de congé se- 
rait puni de mort *. 

Des mesures aussi arbitraires, sanctionnées parles péna- 
lités les plus fortes, inculquaient peu à peu à chaque citoyen 

1. Il fut interdit par le décret du 16 août 1793. 

2. Ainsi la guerre de Vendée a pour origine le refus de se soumettre à la réquisition le 
15 mars 1793. — (Poisson). 

3. (Taine). 

4. (Poisson). Voir pièces justificatives n* 6. 


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ARMEE FRANÇAISE 


181 


l’idée qu’il pouvait être à un moment quelconque appelé à 
la défense de la patrie, comme du reste cela se pratiquait, à 
chaque instant, sur les frontières depuis deux années. Aussi 
le décret relatif à la levée eu masse ne causa-t-il aucune 
émotion et souleva-t-il dans son application moins de dif- 
ficu tés que la réquisition des 300,000 hommes 1 . 

C’est ù Carnot que l’on doit cette proposition si juste et si LeT< « en maue 
énergique : qu’une nation de 25 millions d’habitants, bien 
décidée à défendre sa liberté, est invincible, si l’on sait uti- 
liser toutes ses forces pour les jeter sur l’ennemi, au lieu de 
s’en tenir à la défensive passive. Telle fut la base de la loi 
du 23 ao7t 1793, admirablement complétée par des mesures 
d’exécution simples et pratiques, décrétées le 7 septembre 3 . 

Tous les jeunes gens de 18 à 25 ans devaient être organisés 
au chef-lieu de leur district en bataillons de deux compa- 
gnies de fusiliers, de 86 à 100 hommes. Les cadres avaient 
la composition fixée pour la première levée et étaient nom- 
més à l’élection ; mais il n’y avait qu’un chef de bataillon *. 

Les commissaires des assemblées primaires, convoqués à 
Paris pour la fête du 10 août, avaient re;u des instructions 
au sujet de cette levée en masse 3 . Dès le 29 octobre, 

543 bataillons, formant 450,000 hommes, étaient ou déjà 
partis pour les armées, ou réunis dans les villes qui leur 
avaient été désignées comme garnison lors de la réparti- 
tion faite entre les armées 4 . 

Mis presque aussitôt en présence de l’ennemi, un cer- 
tain nombre de ces bataillons, sans aucune éducation 


1. (Poisson, Carnot). C’est Charrier qui fit le premier la proposition d’une levée en masse, 
en réponse à la proposition du ministre de la guerre N irbo me de verser les volontaires 
dans l'armée de lig îe pour la renforcer, e i janvier 1792. O i ne doit pas du reste confondre 
avec la levée ci misse pir ré (uisitio t du mois d’août 1793, cette proposition, qui avait 
plus d’analogie avec l'appel des gardes uatio iules séde it lires en juillet, août 1792 et 1793 
pour couvrir les frontières, appel que, par une déplorable confusion, M. Camille Roussel 
qualifie de levée en masse. 

2. (Poisson, Rousset). 

3. (Poisson, Carnot). 

4. (Poisson, Rousset, Yang, Carnot). Voir pièces justificatives n*6. 


13 


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Les amalgames. 


182 ARMÉE FRANÇAISE 

militaire, lâchèrent pied à la première attaque ; mais la 
bravoure, qui est le fond du caractère national, reprit vite 
le dessus et, en général, ces réquisitionnaires se montrè- 
rent bien supérieurs sous tous les rapports à la levée de 
1792 '. S’ils n’avaient pas l’enthousiasme des volontaires 
de 91, ils firent preuve de plus d’esprit de discipline. Au 
sentiment élevé du devoir accompli, se mêlait sans doute 
chez ces jeunes gens la joie égoïste d’échapper à la sensa- 
tion de terreur qui pesait à cette époque sur la France. 
C’est certainement à cette cause que l’on doit rapporter le 
grand nombre d’enrôlements volontaires qui, à partir de 
1794, permirent de maintenir les armées à l'effectif de près 
d’un million d’hommes sans recourir à de nouveaux appels. 

Cette masse énorme présentait la plus étrange confusion. 
Pour la rendre maniable et par suite lui donner toute sa 
puissance, il fallait l’organiser, question d’autant plus 
difficile à résoudre que cette organisation devait se faire 
en quelque sorte sous le feu de l’ennemi. 

Au commencement de 1793, l’ancienne armée de ligne 
présentait des bataillons excellents, dont les cadres avaient 
conquis leurs grades sur les champs de bataille. Rattacher 
à chacun d’eux cette foule de corps isolés, inconnus même 
depuis longtemps, provenant des diverses levées de gardes 
nationaux volontaires, pour en faire un seul corps brave, 
dévoué et discipliné, telle fut l’idée féconde exposée à la 
Convention par Dubois-Crancé au nom du Comité de la 
guerre, dans la séance du 7 février 1793. Pour faire accepter 
cet amalgame, il indiquait que, « sans oublier les récom- 
penses dues à ceux qui se sont dévoués à l’état militaire, 
la reconnaissance de la Convention s’exercerait dignement à 
l’égard des braves troupes de ligne en les considérant 
toutes comme des volontaires nationaux et en les réunis- 

1. (Poisson, Dussieux). 


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ARMÉE FRANÇAISE 183 

sant aux citoyens soldats, leurs frères d’armes, afin de 
n’en faire qu’un seul et même faisceau contre les ennemis 
de la patrie » 

C’était reprendre au fond la proposition faite par le 
ministre de la guerre Narbonne en janvier 1792; seu- 
lement les termes en étaient renversés fort habilement, ce 
qui suffit pour faire adopter, les 12 et 14 février, la nouvelle 
organisation, dont l’exécution fut renvoyée à la fin de la 
campagne suivante. Toutefois, cette mesure était si juste 
que, partout où il fut possible, les généraux l’appliquèrent 
immédiatement*. A la fin de 1793, les armées se compo- 
saient donc de corps essentiellement différents 3 . 

L’infanterie présentait : 

Des demi-brigades, résultat d’essais isolés d’amalgame 4 . 

Des régiments de ligne et des bataillons légers de l’an- 
cienne armée de ligne. 

Des bataillons ou plutôt les débris des nombreux batail- 
lons de gardes nationaux volontaires'. 

Quelques restes des légions françaises ou étrangères, 
comprenant des fantassins, des cavaliers et des canonniers, 
qui sont dissoutes après leur réunion à Péronne, le 25 
novembre. 

Des compagnies franches. 

Enfin les bataillons de la levée en masse. 


1. L’idée de considérer l’armée comme la garde nationale en activité subsiste encore 
dans la Constitution de l'an 111, titre IX, et dans l’arreté relatif à l'organisation de 
l’armée de terre du 1er novembre 1795. On doit donc considérer, pendant la période 
révolutionnaire, la dénomination de garde nationale comme synonyme de nation armée 
(Poisson, Rousset). 

2. Kellermann, Servan et Biron avaient proposé l’amalgame sous diverses formes dès 
le commencement de 1792. Les 21 juillet et 20 août, Kellermann renouvelle la même 
demande, et, le 29 décembre, Custine indiaue la fusion des troupes de ligne, et des volon- 
taires comme propre à constituer une excellente armée (Rousset). 

3. (Poisson, Suxanne, Dussieux). 

4. L’autorisation de procéder à l’amalgame a été donnée par un décret du 10 juin 1793. 
Tout d’abord les volontaires et les soldats de ligne ne fraternisèrent pas. Ils se désignaient 
par les sobriquets de Culs-blancs et de Bleuets, ce qui amenait fréquemment des duels, 
tes difficultés ne se représentèrent pas à l’issue de la campagne de 1793, qui fut meurtrière 
et rude. Soumises aux plus dures épreuves, les deux troupes avaient appris à se connaître 
et à s’estimer. 

5. Il y avait des bataillons de moins de 100 h. (Poisson, Rousset). Le total était de 
725 bataillons. 


L’armée en 1794. 


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184 


ARMEE FRANÇAISE 


Tout d’abord ces derniers servirent à porter l’effectif de 
tous les bataillons d’infanterie de 777 à 1.067 hommes 1 . Les 
officiers et sous-officiers des bataillons de la levée eu 
masse furent tout simplement remis dans le rang. Les 
réclamations contre cette violation flagrante de la loi sur 
l’élection des cadres furent rapidement arrêtées par un 
décret du 21 décembre, en vertu duquel tout individu qui 
tiendrait quelque propos contre l’incorporation serait 
puni de mort. 

Le bataillon fut alors composé de neuf compagnies, 
dont une de grenadiers, comptant trois officiers, cinq 
sergents, neuf caporaux, deux tambours, 64 hommes, et 
neuf de fusiliers, ayant le même cadre et 104 hommes. 

La demi-brigade comprenait * trois bataillons sembla- 
bles, un état-major composé de un chef de demi-brigade, 
trois chefs de bataillon, deux quartiers-maîtres trésoriers, 
trois adjudants-majors, trois adjudants sous-officiers, un 
tambour major, un caporal tambour, trois musiciens dont 
un chef, trois maîtres tailleurs, trois maîtres cordonniers, 
et une compagnie de 64 canonniers servant six pièces 
de quatre 3 . L’effectif de la demi-brigade était ainsi de 
2.437 hommes. 

A l’issue de l’embrigadement, le 1" germinal (21 mars) 
1794, l’infanterie devait présenter au complet 196 demi- 
brigades de ligne ou de bataille, et 22 demi-brigades 
d’infanterie légère, soit en tout plus de 700.000 hommes, 
et 1.176 pièces de campagne *. 


1. Leur suppression fut prononcé® par le décret du 23 novembre 1793. 

2. Le 5 février 1794, des représentants du peuple furent e ivoyés spécialement pour 
procéder à l’amalgame et à la formation des demi-brigades. Le décret du 12 août avait 
réglé le détail des opérations, et celui du 8 janvier 1794 en avait décidé l’exécution 
immédiate. 

3. Trois pièces furent retirées le 7 mai 1795, et l’artillerie des demi-brigades supprimée 
complètement en 1796. 

4. En fait on eut d’abord 198 demi-brigades de ligne, 15 demi-brigades légères et 15 
demi-brigades formées exclusivement de bataillons de volontaires. A la fin des opérations, 
on comptait 209 demi-brigades de ligne **t 42 légères. 


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ARMEE FRANÇAISE 


185 


Les corps de cavalerie avaient également besoin d’être 
refondus. Indépendamment des régiments de ligne, il y 
avait : deux divisions de 800 hommes, formées avec l’an- 
cienne maréchaussée, devenue gendarmerie et appelées le 
17 juillet 1792 ; quelques escadrons irréguliers, tirés de la 
garde nationale en vertu du décret du 25 juin 1793*; des 
compagnies irrégulières ; des corps francs ; les troupes à 
cheval des légions ; enfin les contingents fournis par les 
armées ou les gardes nationaux volontaires et remontés au 
moyen de 40,000 chevaux levés dans tous les départements, 
à raison de 6 par canton, le 5 octobre 1793 3 . 

Les décrets du o janvier et 3 février 1794 réglaient l’or- 
ganisation de la cavalerie de la manière suivante : 

27 régiments de cavalerie (carabiniers et cuirassiers), com- 
posés chacun d’un état-major comprenant : un chef de de- 
mi-brigade, deux chefs d’escadrons, un quartier-maître 
trésorier, deux porte-étendards, deux adjudants sous-of- 
ficiers, un chirurgien-major, un aide-chirurgien, un maître 
maréchal, un maître sellier, un maître armurier, un maître 
tailleur, un maître culottier, un maître bottier, huit trom- 
pettes, — et de huit compagnies, réunies en quatre esca- 
drons. La compagnie comptait un capitaine, un lieutenant, 
un sous-lieutenant, un maréchal des logis chef, deux maré- 
chaux des logis, un brigadier fourrier, quatre brigadiers et 
74 cavaliers, dont un maréchal ferrant. L’effectif du régi- 
ment de cavalerie était donc de 704 cavaliers, tous montés, 
sauf les maîtres ouvriers. 

1. C’est par décret du 21 décembre 1791 que la maréchaussée réorganisée prend le nom 
de gendarmerie. Ces deux divisions avaient été formées au moyen de 1,600 gendarmes, 
tirés des 1,600 brigades de France. Elles étaient composées chacune de quatre escadrons de 
huit compagnies. Il ne faut pas confondre ces deux divisions oui furent des troupes d’élite, 
avec les tro.s divisions tirées, le 3 juillet, des anciennes gardes françaises. Ces dernières 
ne se flre.it remarquer que p «r des actes d’atrocitc et de pillage et furent licenciées avec 
beaucoup de peine en mars 1793. Les divisions de gendarmerie ne furent pas amalgamées 
avec la cavalerie. 

2. Un dixième de la réquisition des 300, 0C0 hommes, soit 30,000 hommes, devait être 
affecté à la formation de corps de cavalerie. 

3. Le décret du 3 octobre instituait 20 divisions ou circonscriptions de remonte; celui 
du 25 octobre flxa les conditions de l’eaioleme *t des militaires de l’armée ou des citoyens 
volontaires dans la cavalerie. — Voir les Cahiers du capitaine Coignet., par Lorédan Larcher. 


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186 


ARMEE FRANÇAISE 


59 régiments de cavalerie légère (21 de dragons, 25 de 
chasseurs et 13 de hussards), comprenant six escadrons à 
deux compagnies, ayant à peu près la même composition 
que les précédents et présentant un effectif de 1,410 cava- 
liers '. 

Au complet, la force totale de la cavalerie devait être 
de 90,000 chevaux. 

Les huit régiments d’artillerie conservent l’ancienne 
organisation, qui leur attribuait au complet un effectif de 
8,442 hommes, non compris les compagnies de mineurs, 
rattachées au corps du génie par les décrets des 23 octobre 
et 4 novembre 1793. Les 10 compagnies d’ouvriers ne 
reçoivent aucune modification. Les compagnies d’artillerie 
volante, qui avaient été portées à 30 par décret du 24 juil- 
let 1793, puis à 40 en janvier 1794, sont réunies, avec 
quelques compagnies volontaires, en neuf régiments, com- 
posés d’un état-major, d’un dépôt et de six compagnies de 
100 canonniers, servant chacune six pièces*. Le régiment 
au complet présentait donc un effectif de 614 hommes au 
moins, ce qui donnait, pour l’artillerie légère 5,526 
canonniers. Il existait en outre un grand nombre de 
compagnies de canonniers volontaires, qui furent orga- 
nisées en juin et juillet 1793, sur le modèle des compagnies 
de ligne 3 . Le corps du génie 4 n’avait été composé en 1790 
que de 334 officiers ; douze bataillons de sapeurs, à huit 
compagnies de 200 hommes, avaient été créés le 15 dé- 
cembre 1793. En y ajoutant les compagnies de mineurs 
retirés de l’artillerie, l’effectif total de cette armée atteint 
5,313 hommes. 


1. (Voir pièces justificatives n* 7.) 

2. (Suzanne). La loi du 7 mai 1795 régla définitivement l’organisation de l'artillerie sur 
ces bases. 

3. Ces compagnies furent toutes supprimées le 25 janvier 1798 (Suzanne). Il y en 
avait une par departement , servant deux pièces. 

4. Ce corps avait été constitué en 1776. 


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ARMEE FRANÇAISE 


187 


Si nous ajoutons le personnel des établissements de 
l’artillerie, du génie, des administrations, nous obtenons, 
pour l’ensemble des forces militaires de la France, au 
commencement de 1794, un total de 800 à 850,000 hommes, 
en supposant que toutes les troupes fussent au complet 
réglementaire. L’effectif réel n’était que de 770,932 hommes, 
sur lesquels 632,101 étaient présents aux armées *. 

Un nombre considérable de lois, décrets et règlements 
complétèrent cette organisation * et eurent surtout pour 
effet de ramener l’ordre, la discipline et la cohésion. Il 
suffit de rappeler l’organisation de deux tribunaux mili- 
taires près de chaque armée, la publication d’un code pénal, 
rédigé du 24 avril au 1 1 mars 1793, et l’interdiction, faite 
le 4 janvier 1794, de toutes manifestations et pétitions 
collectives. 

Telle fut l’œuvre du Comité du Salut public 3 et tout 
particulièrement de Carnot, qui y avait été appelé le 
14 août 1793 et s’était réservé la direction des opérations 
militaires ainsi que le service du personnel. Il fallait toute 
l’énergie de ce travailleur infatigable pour reconstituer un 
organisme dont l’existence même semblait menacée par la 
lutte violente des partis politiques, l’instabilité et l’impé- 
ritie des ministres. 

On ne compte pas moins de treize ministres de 
la guerre, du 3 août 1789 au commencement de 1794 4 . 

1. Voir pièces justificatives n* 6. 

2. Comité du génie établi en 1791, réorganisé le 3 avril 1795. Comité central des fortifi- 
cations et Comité d’artillerie, créés le 2 mai 1795. Organisation du service de chirurgie et 
de médecine, par Percy, Desgenettes. Comité de santé institué en 1792. Ecole du Val- 
de-Gràce, créée en 17961 Décrets relatifs aux drapeaux (1789, 1790 et 1792). Il n’y avait pas 
de type unique. Les trois couleurs étaient combinées de la fa 1,-011 la plus variée. Création 
de l’Ecole polytechnique 1794, etc. (Poisson, Dussieux, Suzanne). 

3. Le l* r janvier 1793, l’Assemblée législative avait institué le Comité de défense géné- 
rale, dont presque tous les membres continuèrent leurs fonctions sous La Convention. Ce 
Comité fut reconstitué en janvier 1793, sur la proposition de Kersaint. Les membres en 
étaient très nombreux, les séances publiques ; on y passait le temps en discussions stériles. 
Le 26 mars 1793, sur la demande de Quinette, appuyée par Isnard, on constitue un Comité 
de Défense et de Salut public de 25 membres, remplacé, le 4 avril, par un Comité de neuf 
membres seulement, qui sont renouvelés le 10 juillet. Carnot et Prieur y entrent le 14 août 
et y sont maintenus à chaque renouvellement mensuel. A partir de ce moment il y eut une 
véritable direction et les ministres furent réduits au rôle de simples commis (Yung, Carnot). 

4. Voir pièces justificatives n* 8. 


Le Comité 
de Salut public. 


Le ministère 
de la guerre. 


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188 


ARMEE FRANÇAISE 


Deux d’entre eux, Pache et Bouehotte, en 1793, contri- 
buèrent particulièrement à la désorganisation, en rem- 
plissant les bureaux, organisés par M. de Narbonne 1 , 
les états-majors et les cadres des armées, de Jacobins 
et de Sans-Culottes dont le seul titre était la vio- 
lence de leurs déclamations dans les clubs. C’est en 
vain que Beurnouville cherche à remettre un peu d’ordre 
pendant les deux mois qu’il exerce les fonctions si com- 
plexes, surtout à ce moment, de ministre de la guerre. Le 
Comité de Salut public lui-même, malgré sa toute-puis- 
sance, ne peut parvenir à faire remplacer Bouehotte, 
soutenu par la Montagne, bien que son incapacité soit 
reconnue par tous les membres de la Convention. Il ne lui 
reste d’autre ressource que de se substituer au ministère. 

A cet égard , Carnot fut puissamment aidé par Prieur- 
Duvernois (de la Côte-d’Or), capitaine du génie comme lui, 
qui constitua le matériel nécessaire aux armées, par Prieur 
(de la Marne) et Robert Lindet, qui s’occupèrent d’habiller 
et de nourrir les troupes. La tâche était immense*. 

Dès 1792, l’habillement et l’équipement manquaient. 
L’argent, qui affluait, ne suffisait pas à la passation des 
marchés le plus souvent onéreux, et les livraisons mal 
surveillées s’opéraient lentement. Bientôt il fallut lutter 
contre les concussions, les détournements et les fraudes de 
toute espèce commis par des employés du ministère et 
même par des membres des Assemblées. La création d’ate- 
liers nationaux ne remédia que faiblement à la pénurie 
absolue d’approvisionnements. Le manque de chaussures 
était surtout pénible ; sur quelques points on y remédia en 
déchaussant et en déshabillant les citoyens au profit des 
soldats. Le 8 décembre 1793, la Convention décida même 

2 i)n ne doit pas oublier les savants que le Comité s’adjoignit. Berthollet, Foorcroy 
Ouyton de Morveau, Chaptal et surtout Monge, qui fut Taine de ce Conseil (Dussieux). 


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ARMÉE FRANÇAISE 189 

que, du 21 décembre au 8 février suivant, tous les cordon- 
niers de France ne travailleraient que pour l’administration 
de la guerre. Malgré ces mesures radicales, toutes les 
armées et particulièrement celles des Alpes et d’Italie, plus 
éloignées, eurent cruellement à souffrir de ce chef. La 
correspondance des représentants du peuple, des généraux 
et des commissaires ordonnateurs est unanime à ce sujet 
jusqu’en 1796. Ce ne fut qu’en portant la guerre au cœur 
des territoires ennemis que les armées républicaines 
parvinrent à s’habiller et à se chausser. 

Quant à l’armement, on parvint à se le procurer en L’armement, 
déployant une énergie et une activité extrêmes. Les ressour- 
ces des arsenaux avaient été en grande partie gaspillées 
par la remise de 100.000 fusils aux municipalités des 
frontières, à la fin de 1790, et de 400.000 fusils distribués 
aux gardes nationaux. Il fallut un décret de l’Assemblée 
natiouale pour conserver dans les grands ports militaires 
l’armement nécessaire aux navires de croisières. Le reste 
de la réserve ne put suffire à armer les volontaires de 1791. 

La production des ateliers de l’Etat avait été déve- 
loppée ; d’autres manufactures furent installées 1 ; des mu- 
nicipalités passèrent des marchés. L’incurie et le désordre 
de l’administration de la guerre firent échouer ces mesures 
du reste insuffisantes. Les fusils à réparer s’accumulaient 
dans les manufactures, bien que les ouvriers eussent été 
non seulement exemptés du service militaire mais même 
obligés de ne pas y participer. Les armes retirées aux régi- 
ments suisses licenciés, aux officiers et sous-officiers de 
l’armée de ligne, les perquisitions opérées dans les maisons 
ne constituaient qu’une ressource illusoire. L’emploi de 
la pique, rendu réglementaire en juillet 1792, était ridi- 

1. Ces manufactures étaient à Maubeuge, Charleville, Saint-Etienne et Tulle. On en créa 
à Moulins et à Versailles. On installa en outre 20 manuf ictures d'armes blanches (Dussicux, 

Yung). Le prix du fusil fut porté, en 1792, de 36 à 42 livres. 


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Les subsistances 


190 ARMÉE FRANÇAISE 

cule 1 . Au moment de la levée en masse, le Comité de Salut 
public parvint à se procurer les 500,000 fusils nécessaires, 
en organisant des forges et des foreries au milieu de Paris 
et en réquisitionnant tous les ouvriers en fer et les horlogers 
pour les pièces délicates *. 

Des procédés analogues furent employés pour développer 
la fonte des bouches à feu 3 , tandis qu’à Grenelle, une vaste 
poudrerie, installée à la hâte, inaugurait une méthode de 
trituration de la poudre qui a conservé le nom de révolu- 
tionnaire et permettait de produire, en trois heures, ce qu’on 
ne produisait auparavant qu’en douze heures *. Cet établis- 
sement parvint à livrer jusqu’à 30,000 livres de poudre par 
jour et ne sauta que le 31 août 1794, chose extraordinaire 
vu le peu de soins que prenaient les ouvriers 5 . 

La question des subsistances était des plus complexes. 
Toute transaction commerciale avait été anéantie, au com- 
mencement de 1793, par le cours forcé des assignats et 
l’établissement du maximum. Pour nourrir les armées on 
avait procédé, le plus souvent, par réquisitions. A mesure 
que la guerre se prolongeait, on avait été contraint d’en 
étendre le rayon, car plusieurs réquisitions successives 
ruinaient un pays. Les frais de transport absorbaient la 
majeure partie des nouvelles ressources ainsi trouvées et 
les cultivateurs employaient, pour se soustraire à ces 
mesures, tous les moyens inspirés par le désespoir. Robert 


1. Cependant il y avait à Maubeuge une division de piquiers. 

2. Clouet, professeur de chimie à l’école de Mézières, organise à Daigny, près de Sedan, 
dans les Ardennes, à Chauvency, à Givonne, à VilUncy 4 grandes forges, qui fournissent le 
fer forgé (Dussieux). 258 forges, pour la fabrication des fusils, furent établies à Paris, 140 
sur l’Esplanade des Invalides, 54 au Luxembourg, 64 dans divers autres emplacements; 
15 forenes étaient installées sur la Seine. On put ainsi produire plus de 1,000 fusils par jour 
(Carnot, Poisson). 

3. Il existait des fonderies de bouches à feu en fer. On créa 15 fonderies de canons de 
bronze qui produisirent, en un an, 7,000 pièces; 30 fonderies de canons de fonte, qui en 
donnèrent 13,000 tDussieux). 

4. Pour la fabrication de la poudre, tout était à faire. On extrait du sol, en neuf mois, 
12 raillions de livres de salpêtre. 

5. Quatre nouvelles poudreries furent aussitôt créées aux Minimes, à Vincennes, à 
l'abbaye des Loges, à Saint-Germain, à l’Ermitage de Sénart et à la maison des Antonines 
de Saint-Gennain en l’ile, à Essone (Poisson). 


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ARMÉE FRANÇAISE 191 

Lindet leur substitue uu procédé aussi vexatoire, il est 
vrai, mais plus fécond en résultats. 

Le 12 février 1794, la Convention décrète que nulle 
autre autorité que la Commission des subsistances ne 
pourra user du droit de réquisition. Celle-ci applique alors 
systématiquement le principe qui consiste à verser les 
grains de district en district, en divergeant du centre du 
pays vers les armées. Les charrois imposés aux cultivateurs 
sont alors réduits à moins de dix lieues. 11 fallait que ce 
mécanisme n’éprouvât aucune interruption dans sa simul- 
tanéité, afin que les grains pussent incessamment converger 
vers les frontières. Un y parvint non par des moyens coer- 
citifs, qui auraient pu échouer, mais en appelant à Paris 
les représentants des municipalités qui faisaient de l’oppo- 
sition au système, pour leur eu exposer le fonctionnement 
général et leur faire comprendre que cette combinaison 
pouvait seule assurer le salut de tous. 

Une grande quantité d’autres objets, tels que le service 
de la remonte 1 , celui de la solde*, la construction de 
voitures et de matériel de toute nature 3 sont réglés avec 
soin et permettent de donner aux armées, immobilisées le 
plus souvent, la direction qui paraissait la plus conforme 
au caractère national et aux desseins du gouvernement 
républicain. 

Les états-majors de l’ancienne armée 4 , formés avec tant Le» étau-major» 


1. Suppression des chevaux de selle des officiers d’infanterie, sauf pour les capitaines 
âpés^^^>Ius de 50 ans, 6 décembre 1793 ; fixation du prix d’achat aes chevaux, 13 jan- 

2. Le décret du 14 février 1793 avait attribué aux troupes de ligne la solde des volon- 
taires, qui était plus forte. Le rappel en fut fait à partir du l* r février. Par le même décret 
l'engagement d’un an était maintenu pour les volontaires, mais des gratifications étaient 
accordées à la fin de chaque campagne et des pensions devaient être établies à l’issue 
de la guerre. Un décret du 21 juillet 1794 fixa définitivement la solde, pour chaque grade 
et chaque position, dans les différentes armes, sauf celle du génie, dont la solde fut fixée 
par un décret du 6 août suivant (Poisson) . 

3. Il convient de mentionner aussi le premier emploi de l’aérostation dans les armées, 
notamment à la bataille de Fleurus, le 26 juin 1794, et au siège de Mayence, ainsi que 
la création des premières lignes de télégraphie aérienne. 

4 . Le corps d’état-major avait été organisé par M. de Ségur en 1783. Il était composé 
des ' aides-majors généraux des logis, colonels, lieutenants-colonels, capitaines et des 
ingénieurs géograpnes institués en 1777. Us furent remplacés, par décrets aes 20 septembre 
et octobre 1790, par 137 aides de camp ou adjoints aux 30 adjudants généraux, qui rem- 
plissaient les fonctions de chefs d’état-major (Dussieux, Yung, Chuquet). Les ingénieurs 
géographes, réunis au génie en 1791, formèrent de nouveau un corps distinct en 1792. 


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192 


ARMEE FRANÇAISE 


Les 

représentants 
au peuple. 


Les cadres. 


de sollicitude par les généraux de Vaux et de Bourcet, 
avaient presque complètement disparu ; cependant les 
travaux si complets et si remarquables faits par eux, en 
vue de la défense de toutes les frontières de la France 
avaient servi tout d’abord à préparer les opérations des 
armées républicaines l . La défiance et la suspicion géné- 
rales eurent pour résultat d’annihiler les généraux les plus 
capables par l’envoi aux armées de commissaires des 
Assemblées* désignés sous le nom de représentants du 
peuple, à partir du mois d’avril 1793, et investis des pouvoirs 
les plus étendus 3 . 

Souvent méprisés, ridiculisés, mais toujours redoutés par 
les militaires, ces mandataires de l’autorité centrale n’eurent 
d’autre influence que celle qu’ils devaient à leur caractère 
personuel. S’ils surent parfois imprimer aux opérations un 
caractère d’énergie tout particulier, s’ils aidèrent de temps 
à autre les généraux dans leur tâche, en contribuant au 
maintien de la discipline et en s’occupant du bien-être 
matériel des troupes, on doit reconnaître qu’en général ils 
mirent le plus grand désordre dans le commandement par 
leur intervention inopportune et méfiante, par la distri- 
bution de grades élevés à beaucoup d’individus qui se 
faisaient un titre patriotique de leur profonde ignorance 4 . 

On en vint à ce poiut que la Convention, après avoir 
réglé à nouveau la série des grades 5 , établit, les 21 et 


1. 11 ne fat rien changé à l'organisation territoriale du commandement militaire institué 
par ordonnance du comte de Brienne, ministre de la guerre, en date du 17 mars 1788. La 
France était divisée en 21 divisions militaires, qui comprenaient 48 brigades d’infanterie et 
32 de cavalerie. Il y eut seulement deux divisions de plus par suite de La réunion à la 
France de la Savoie et du comté de Nice. 

2. C’est le 10 août 1791 que l’Assemblée législative envoya aux armées les premiers 
commissaires. 

3. D’après le décret du 30 août 1793, il devait y avoir quatre représentants du peuple 
par armée, deux s’occupant du personnel et deux des plans et fortificatio is. Us avaient le 
droit de faire des nominations. Ils devaient être renouvelés chaque mois par moitié. 

4. De 1791 à juillet 1793, 593 généraux furent nommés et remplacés successivement (Yung). 
Le cadre fixé par la loi d’organisation de l’armée de 1790, comportait quatre généraux 
d’armée, 30 lieutenants généraux, 60 maréchaux de camp. La loi d'orga dsation du 19 fé- 
vrier 1793 fixait le cadre de l'état-major de chaque armée, ainsi que les conditions de 
l’avancement aux divers grades. 

5. Le décret du 19 février substituait de nouvelles dénominations aux anciennes, pour 
les grades supérieurs. — Général d’armée : général en chef. — Lieutenant général : gé léral 
de division. — Maréchal de camp : général de brigade. — Colonel : chef ae 1/2 brigade. — 
Lieutenant-colonel : chef de bataillo i, chef d’escaoron. — Les généraux en cnef ne rece- 
vaient qu'une commission temporaire. 


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ARMEE FRANÇAISE 


193 


25 février 1793, une loi sur l’avaucement, aux termes de 
laquelle nul ne pourrait occuper les emplois de caporal ù 
général, s’il ne savait lire et écrire. Un tiers des vacances 
était réservé à l’ancienneté de service, les deux autres tiers 
à l’élection. Le 19 juillet 1794, la Convention se réserva 
un tiers des vacances pour l’avancement au choix, sur la 
proposition des généraux et des représentants du peuple. 

Enfin, le 3 avril 1795, une autre loi substitua l’ancienneté 
de grade à l’ancienneté de service, mesure égalitaire mais 
absurde, et une commission était instituée pour réviser les 
avancements obtenus et délivrer de nouveaux brevets. 

Ainsi il avait fallu trois années d’etforts incessants Résumé, 
pour mettre l’armée française en état de défendre les 
frontières, et on avait été amené, en dernière analyse, à 
mettre à exécution le projet présenté à l’Assemblée na- 
tionale en 1791. 

Au début de la campagne de 1794, la force militaire 
du pays avait atteint son apogée 1 . Au point de vue 
physique, la résistance des troupes était extraordinaire. 

Les guerres, les privations de toute espèce avaient opéré 
parmi les jeunes gens du pays une sélection des plus 
remarquables. Depuis 1792, on ne se servait plus de tente. 

Le cantonnement dans une large mesure et le bivouac 
même, en hiver, étaient appliqués. L’esprit des armées 
était devenu admirable; vigueur, abnégation*, dévoue- 
ment, enthousiasme pour la liberté et l’indépendance de 
la patrie , foi absolue dans sa vitalité, ces sentiments ne 
se retrouveront plus réunis au même degré à aucune 
époque de l’histoire militaire de la France, sauf peut-être 
pendant les premières campagnes d’Algérie. 

1. On ne demande ni grades, ni récompenses. Carnot passe chef de bataillon à l’ancien- 
neté le 11 mai 1795; Bouchotte, après avoir été mi îistre de la guerre, est encore capitaine 
en 1805 ; Prieur (de la Cote-d’Or) sort du Comité de Salut public avec le grade de capitaine. 

(Dussieux, Carnot). 

2. Voir pièces justificatives, n* 9. 


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194 ARMÉE FRANÇAISE 

En même temps s’étaient développées chez le soldat 
les qualités naturelles de la race : l’adresse, l’intelligence 
et l’initiative, donnant cette grande liberté d’allure, carac- 
térisée par le combat en tirailleurs, qui prépare le succès; 
la bravoure, l’élan, la confiance en soi, poussant à la 
charge eafiévrée, sans arrêt, qui seule assure la victoire. 

L’habit blanc avait été définitivement défendu sous 
peine de mort le 29 août 1793 et avait disparu. Mais, sous 
l’habit bleu , les demi-brigades de l’armée nationale 
allaient conquérir de nouveaux noms sur les champs de 
bataille de l’Europe entière ', et suivre les glorieuses 
traditions des anciens régiments royaux. 

Pour commander à ces soldats il fallait des chefs fermes, 
instruits et justes. Ceux qui ne possédaient pas ces qualités 
étaient vite ridiculisés et obligés de disparaître. La disci- 
pline était du reste des plus rigoureuses*. 

Cette armée, fidèle miroir du caractère national, était 
devenue un instrument puissant, souple et maniable 3 . 
Elle ne reçut d’autre modification que la réduction du 
nombre des demi-brigades, effectuée en 1796 4 , ce qui 
entraîna la mise en réforme de 23.000 officiers 3 . 

1. La 32* ou l’invincible, la 57* ou la Terrible, etc. (Dussieux). 

2. (Roguet, Carnot, Yung). 

3. Les armées étaient formées ordinairement en divisions, composées de 4 demi-brigades 
d’infanterie, de 2 régiments de cavalerie et deux batteries, dont une volante. 

4. Il n’y eut plus que 102 demi-brigades de ligne et 30 légères. 

5. La Convention avait fixé l’effectif de l’armée, pour 1796, de la manière suivante : 
100 demi-brigades d’infanterie de ligne ; 323.000 h. infanterie légère; 96,960 h. artillerie; 
29,128 h. génie ; 20,272 h. cavalerie ; 20 régiments 14,080 ; dragons et chasseurs, 
chacun 20 régiments, 16,920 h.; hussards, huit régiments, 11,288. — Total : 531,253 h. 


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195 


III» CONCLUSIONS 


L’histoire de la Révolution française, au point de vue 
militaire, présente donc trois phases distinctes : 

De 1789 à 1792, l’armée royale est rapidement désor- 
ganisée par l’esprit de délibération introduit dans les 
corps, l’intervention des Assemblées et autorités civiles 
dans la discipline intérieure des régiments, la suppression 
de la milice, le contact avec les gardes nationales, l’émi- 
gration des officiers et le licenciement des régiments 
suisses. L’insurrection à l’intérieur, la panique devant 
l’ennemi et la déroute, sont les conséquences d’une trans- 
formation systématique, exécutée trop brusquement, et 
de l’affaiblissement du pouvoir central. 

La première invasion, tentée du reste sans conviction 
et sans énergie, échoue toutefois devant l’habileté d’un 
général plein de confiance en lui et l’enthousiasme de 
quelques bataillons de gardes nationaux volontaires. A ce 
moment, il eût été possible de reconstituer une armée 
solide, en suivant les indications des ministres de la guerre 
et des généraux. 

Mais livrées à la lutte des partis et redoutant par suite 
toute force militaire, les Assemblées achèvent l’œuvre de 
dissolution en mettant à la tête des troupes des patriotes 
ignares et en introduisant dans les camps les habitudes 
des clubs. Des efforts désespérés et inutiles sont faits 
pour tirer du pays, par enrôlements volontaires, une force 
militaire capable de résister, à la frontière et à l’intérieur, 
aux attaques multipliées qu’a suscitées une politique 
brouillonne et provocatrice. En 1793, la France n’a été 
sauvée que par l’incohérence et la lenteur des opérations 
des coalisés. 


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196 


LES ARMEES. — CONCLUSIONS 


En 1794, tout change de face. Tandis que l’ennemi 
s’affaiblit par les maladies et les désertions, les soldats 
de ligne et les volontaires, aguerris par les épreuves les 
plus pénibles, conduits par des chefs qu’a formés une 
année de combats incessants, renforcés par toute la jeu- 
nesse du pays, puis habilement amalgamés, constituent 
une armée dont l’effectif, deux fois plus fort qu’en 1793, 
dépasse celui des armées alliées de plus de 200,000 
hommes *. 

Dès lors, le résultat n’est plus douteux. La nation fran- 
çaise, armée tout entière, abandonne la défensive, envahit 
les territoires ennemis et contraint, par ses succès inces- 
sants, les puissances de l’Europe à reconnaître le gouver- 
nement de la République. 


1. Voir pièces justificatives 6, 9 et 10. 


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CHAPITRE III 


APERÇU DE LA TOPOGRAPHIE MILITAIRE 

DES ALPES 


Aspect général du théâtre de la guerre dans les Alpes. — Conditions 
climatériques. — Théâtres et lignes d’opérations. — Principales 
campagnes antérieures. — Etat des voies de communication en 1792. 
— Caractères particuliers des opérations militaires dans les 
montagnes l . 


Le théâtre de la guerre entre la France et le Piémont est Aspect générai 

D du théâtre 

limité, au uord et à l’ouest, par la vallée du Rhône, au sud, d ^* 9 1 f e ?’ju"4. 
par la mer Méditerranée. Il comprend, à l’est, les plaines du 
Pô, ainsi que les collines du Montferrat et des Lang-lie, qui 
s’étendent sur la rive droite de ce fleuve et la rive gauche 


1. Ont servi à la rédaction de ce chapitre les ouvrages suivants : I* Borson, colonel 
d’état-maior, aujourd'hui général de division, Etude sur la frontière du Sud-Est, 
extraite de la Revue militaire française. Paris, Dumaine, 1870. — 2" de Bourcet, lieu- 
tenant général. Principes de la guerre de montagne , manuscrit de 1775, édité, sur 
l'ordre du ministre de U guerre, par les soins du colonel Arvers, Paris, imprimerie 
nationale, irncccLxxxvm. — Carte géométrique du Haut-Dauphiné et de la frontière 
ultérieure au 86,000* (une ligne par toise), dont la publication est assurée parle service 
géographique de l’armée. — Sept mémoires militaires sur les frontières de la France, du 
Piémont et de la Savoie, Paris et Strasbourg, Levrault, frères, an X. (Les 4\ 5* et 7 e 
mémoires, qui sont des plans de campagne, peuvent seuls ctre attribués à Bourcet; 
le 1" est de la Blottière, le 2* de Milet de* Moinelle, le 6 e de d'Aguiton, tous trois ingé- 
nieurs ou oîHciers du génie). — H" Dabormida. capitaine d'état-major italien. Défense 
de notre frontière occidentale. — 4'* Garnier, général de division. Mémoire local et 
militaire sur le département des Alpes-Maritimes , édité par ordre du ministre de la 
guerre, imprimerie du service géographique. Paris, mm tnn.wxviii. — 5* Levasseur, 
membre de l’Institut, Les Alpes et les Grandes Ascensions, Deiugrave. Paris ISsO. — 
6" Lorv, professeur de géologie à la Faculté dos science* de Gienoble, Description 
géologique du Dauphine , Paris, S.»vy : Grenoble, MaBonvi’.le. lSili. lissai sur /'oro- 
graphie des Alpes occidentales, Paris, Savy ; Grenoble, MaUon ilîe, IMS. — 7 Maiga, 
capitaine du génie, professeur-adjoint du cours d'art mil taire a 1T>. !•* «T appln ■;« t i ou ’ de 
l'artillerie et du çeuie, Géographie militaire, Eraest Bourg e.-. Fontainebleau, isso. — 
8* Montannel, ingénieur du roi. Topographie militaire îles Alpes, manuscrit de 1777, 
édité par les soins de M. de Hochas d’Aiglnn, capitaine du gé.de, dans la coibvtiori des 
documents inédits relatifs au Dauphiné, publiés par l'Académie Delpliinale. Allier, (ire- 
noble, 1875. — 9* Niox, lieutenant-colonel d’état-major. Géographie militaire, Paris, 
Baudoin, 1886. — ÎO Pinelli, maggiore in ritiro, Storia militare de/ Pie monte in conti- 
nuazione di quella del Saluzzo , Degiorgis, Torino, 1854. — 11° Elisée Reclus. Géo- 
graphie universelle , Hachette, Paris, 18i7. — 12° Sironi, colonel italien, Géographie 
stratégique, traduction de Selmer, capitaine du génie, Dumaine, Paris, 1875. 


14 


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198 


TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 


Condtions 

climatériques. 


(lu Tanaro. Les pics escarpés des Alpes et les sommets 
boisés des Apennins dessinent sur ce vaste territoire une 
ligne courbe, dont la concavité, tournée vers l’Italie, a son 
centre aux environs d’Alexandrie. Les deux versants de 
cette barrière grandiose, en apparence infranchissable, sont 
d’un aspect bien différent. 

En France, la région montagneuse, épaisse et tour- 
mentée, s’abaisse, sur une largeur totale de 180 kilomètres, 
en gradins successifs, depuis les champs de glaces et de 
névés qui couronnent les escarpements granitiques du 
mont Blanc et de la Vannoise, de l’Oisans et du Pelvoux, 
jusqu’aux massifs calcaires de la Savoie, qui les entourent 
comme d’une ceinture. Du côté de l’Italie, c’est un mur 
escarpé de roches plutoniqucs et métamorphiques, aux 
contreforts abrupts de 39 à 40 kilomètres de longueur, que 
dominent la masse glacière du grand Paradis, la pyramide 
du Viso avec ses ramifications à travers les pays sauvages 
des Vaudois et les croupes dénudées où les Apennins 
viennent se souder aux Alpes. 

Les montagnes du nord-ouest rappellent le Jura par 
leurs arêtes régulières ; celles du sud se rapprochent des 
Vosges par leurs formes arrondies, ou des Pyrénées par 
leurs dentelures. L’élévation des cimes, l’aspect singulier 
des crêtes, la diversité des pentes due à des actions géolo- 
giques multiples et à la formation successive des terrains, 
donnent aux parties centrale et orientale une physionomie 
toute particulière. 

De Nice au lac de Genève, en ligne droite, il y a plus de 
300 kilomètres. Sur une surface aussi étendue et aussi 
accidentée, les phénomènes météorologiques présentent 
des variations considérables, suivant les conditions d’alti- 
tude et d’expositiou. Toutefois les résultats généraux ont 
permis de partager la région des Alpes, au point de vue 


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TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 199 

climatérique, en deux zones distinctes, dites subalpine et 
alpine. 

La première est caractérisée par la culture de la vigne 
et des arbres fruitiers, qui ne dépasse pas de beaucoup 
l’altitude de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer ; 
puis par les bois à feuilles caduques, châtaignier, chêne, 
noyer, hêtre, ce dernier s’élevant jusqu’à 1,700 mètres; 
enfin par les forêts à feuilles persistantes, sapins et pins, 
qui ne disparaissent qu’entre 2,000 et 2,200 mètres. La 
zone alpine présente alors ses pâturages avec quelques 
broussailles d’aulnes, de saules, puis de rhododendrons et 
de gentianes. A partir de 2,600 ou 2,800 mètres, on ne 
trouve plus que les ueiges perpétuelles et les rochers 
stériles. 

Pendant l’hiver, long et rude, c’est-à-dire du 1" novem- TMâtn» 
bre au 1 er juin, cette dernière zone est absolument inac- d , op l jÇ“’ M 
cessible ; la température moyenne y est inférieure à 4 de- 
grés centigrades au-dessous de zéro, et toute opération mi- 
litaire un peu importante y devient impossible. On ne peut 
habiter d’une façon permanente que dans la zone subalpine, 
plus particulièrement dans les grandes vallées, voies d’in- 
vasion naturelles, offrant seules les ressources nécessaires 
pour mouvoir, abriter et nourrir des masses de troupes 
qui ne peuvent cependant excéder 30 à 40,000 hommes. 

Les vallées du versant italien sont en général courtes 
et profondes. Au sortir des gorges qu’ils ont creusées et 
affouillent incessamment dans leur course torrentueuse, 
entre le massif du Paradis et le mont Viso, la Dora Riparia, 
le Clusone, le Pellice et le Pô convergent aux environs de 
Turin. Au sud du Viso, les eaux de la Vraita, de la Maira, 
de la Stura et du Gesso, divisées e:i mille canaux à l’issue 
de la région montagneuse, arrosent et fertilisent les riches 
campagnes de Coni. Les deux seules vallées qui présentent 


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200 TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 

un certain développement sont situées aux deux extrémités 
de la frontière : au nord, celle de la Dora Baltea débouche 
à Ivrée, dans les plaines de la rive gauche du Pô et permet 
de gagner Alexandrie, que l’on peut atteindre également 
en suivant, au sud, le cours du Tanaro, intimement lié à la 
Rivière de Gênes par les nombreux passages des Apennins. 

A ces quatre théâtres d’opérations correspoudeut, sur le 
versant français, les grandes vallées du Rhône, de l’Isère, 
de la Durance, et le littoral de la Méditerranée. 

En sortant du lac de Genève, le Rhône se dirige vers le 
sud-ouest jusqu’à Bellegarde où, rencontrant un chaînon 
escarpé du Jura, il se rejette vers le sud jusqu’à l’embou- 
chure du Guicrs. Il prend alors la direction du nord-ouest 
et, arrivé au débouché des montagnes, coule vers l’ouest 
jusqu’à Lyon. A partir de cette ville, le fleuve, grossi de 
la Saône, roule ses eaux en un courant rapide, du nord 
au sud, jusqu’à la mer. 

L’Isère, si l’on considère l’Arly comme formant le pro- 
longement supérieur de sa vallée en amont d’Albertville, 
présente une similitude parfaite avec le cours moyen du 
Rhône. Du mont Blanc à Montmélian, cette rivière coule 
vers le sud-ouest ; elle se replie au sud jusqu’à Grenoble, 
se dirige vers le nord de l'embouchure du Drac à Voreppc, 
et continue vers le sud-ouest. 

La Durance suit d’abord une direction à peu près sem- 
blable à celles de l’Isère et du Rhône ; puis, se rejetant vers 
le sud, elle s’en éloigne considérablement entre Tallard et 
Pertuis et s’infléchit alors vers le nord-ouest parallèlement 
à la côte de la Méditerranée. 

Du delta du Rhône à Vintimille, celle-ci décrit une vaste 
courbe convexe vers le sud, dont le point saillant est 
marqué par la presqu’île de Giens, rattachant au continent 
le groupe des îles d’Hyères. 


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TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 201 

La grande arête des Alpes peut être également divisée 
eu quatre sections, dont la concavité est tournée vers la 
France. Chacune d’elles est traversée par deux lignes 
d’opérations principales, savoir : 

1® De Villeneuve, sur le lac de Genève, au mont Blanc, 
avec les passages de Martigny à Chamounix par Vallor- 
cine et de Saint-Maurice à Thonon ; 

2® Du mont Blanc au moût Tabor, cols du petit Saint- 
Bernard et du mont Cenis ; 

3° Du mont Tabor au pic de l’Enchastraye, passages 
du mont Genèvre et de la Madeleine ; 

4® Du pic de l’Enchastraye à Vintimille sur la Médi- 
terranée, col de Tende et chemin de la Corniche. 

Ainsi, chacun des quatre théâtres d’opérations, situés 
de part, et d’autre de la chaîne capitale des Alpes, est 
desservi par deux lignes d’opérations principales, qui che- 
vauchent l’une sur l’autre. Tandis que ceux du versant 
italien sont intimement reliés par les plaines du Piémont ; 
sur le versant français, celui des Alpes-Maritimes et de la 
Provence est séparé des trois autres par la région monta- 
gneuse, escarpée, aride, dénuée de voies de communi- 
cation, qui s’étend entre l’Ubaye et les cours supérieurs de 
la Tinée, du Var, du Verdun et la Bléonc. 

Les coupures des lacs d’Annecy et du Bourget servent à 
la jonction des forces opérant dans les bassins du Rhône et 
de l’Isère. Les relations entre ce dernier bassin et celui de 
la Durance sont du reste assurées, sur les flancs du Pelvoux, 
par les vallées de la Romanche et du Drac. Enfin les 
massifs épais du Vercors, de la Drôme et du Ventoux, qui 
ne peuvent être abordés que par un petit nombre de chemins 
médiocres, couvrent la grande vallée du Rhône entre 
Valence et Avignon. 


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202 


TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 


Principales 

campagnes 

antérieures. 


De ces considérations on peut déduire la diversité des 
combinaisons militaires et les difficultés de coordination 
des mouvements d’attaque ou de défense sur ce vaste 
échiquier, en vue d’atteindre ou de couvrir les principaux 
objectifs, Lyon, Grenoble, Toulon et Marseille, en France ; 
Alexandrie, Turin, Coni et Gênes en Italie. 

L’importance relative des diverses lignes d’opérations 
de la frontière du sud-est avait été bien mise en évidence 
au cours des nombreuses guerres dont les Alpes ont été le 
théâtre et tout particulièrement pendant celles de la Ligue 
d’Augsbourg, de la Succession d’Espagne et de la Succes- 
sion d’Autriche 1 . 

C’est par la voie du littoral que les Austro-Piémontais 
s’étaient portés sans succès sur Toulon en 1707 et avaient 
en vain essayé d’envahir la Provence à la fin de 1740. 
Après l’avoir abandonnée à la suite de la conquête du 
comté de Nice en 1744, pour aller assiéger inutilement 
Coni par le col de la Madeleine, c’est également cette 
ligne que suivirent les Franco-Espagnols pour pénétrer 
en Italie en 1745. 

Les armées étaient attirées par la douce température de 
la côte méditerranéenne, qui permet de poursuivre les opé- 
rations militaires même pendant l’hiver. Mais l’aridité d’uu 
sol presque entièrement dépourvu d’eau, la pénurie des 
chemins provenant de l’àpreté des pentes, rendent les 
ravitaillements extrêmement difficiles à celui des deux 
belligérants qui n’est point maître incontesté de la mer. 


1. L’histoire de ces guerres a été “rédigée, il y a un siècle, par M. le général de Vaux, 
directeur du dépôt de la Guerre, au moyen des archives officielles. Les volumes relatifs à la 

? pierre de la Succession d’Espagne ont seuls été édités parles soins du général Pelet , aux 
rais du ministère de l'Instruction publique et font partie de la collection des documents 
pour servir à l’histoire de France. En ce qui concerne la guerre pour la Succession d’Au- 
triche, on peut utilement consulter à la fois les Guerres sous Louis XV. par le général 
Pajol, Paris, Firmin-Didot 1883, ouvrage écrit surtout avec les documents au dépôt de la 
Guerre français, et notre ouvrage sur les 0/>é rations militaires dans les Alpes et les 
Apennins (Paris, Baudoin, et Turin, Bocea, 1886), relation rédigée plus particulièrement 
d’après des manuscrits inédits, faisant partie des archives de la petite ville de Breil, dans 
les Alpes-Maritimes. 


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TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 203 

En 1792, cette zone était fermée par la neutralité de la 
République de Gênes, qui, moitié de gré, moitié de force, 
devint pour la France une alliée très avantageuse. La 
route difficile du col de Tende et le chemin muletier 
de la Madone de Feuestre étaient par suite les seules 
communications du comté de Nice avec le Piémont, com- 
munications précaires, obstruées en grande partie par les 
neiges, de décembre à mai, et qui n’avaient jamais servi 
qu’aux Piémontais. 

Le mont Genèvre, aux sources de la Durance, est un 
des passages les plus faciles et les plus fréquentés. 
Louis XIII l’avait franchi en 1629, avec l’armée qui allait 
emporter si brillamment les barricades du Pas de Suse. Il 
faisait partie de la route d’étapes des forces militaires que 
les rois de France entretenaient avec soin dans leurs 
possessions du versant italien des Alpes, vallée de 
Pragelas, marquisat de Saluces, cité de Casai, etc., peu à 
peu échangées contre d’autres territoires. 

C’est ainsi que Pignerol et Fénestrelles, qui avaient 
servi de base d’opérations à l’armée française pendant la 
guerre de la Ligue d’Augsbourg,furent ensuite remplacées 
par les remparts élevés à grands frais autour de Briançon 
et de Montdauphin. En 1708 et 1709, le duc de Savoie 
avait tenté de s’emparer de la première de ces places, d’où 
partit, en 1747, l’expédition malheureuse du chevalier de 
Belle-Isle contre la forte position de l’Assiette, entre Suse 
et Fénestrelles. Reprenant, en 1711, le plan de la campagne 
de 1692, le même prince avait cherché à déboucher par 
les cols de la Madeleine et de Vars, et avait été arrêté par 
le camp retranché de Tournoux, élevé à la tête de la 
vallée de Barcelonnette, qui ne lui appartenait plus. 
Montdauphin avait alors été le pivot des manœuvres du 
maréchal de Berwick. Cette forteresse avait encore servi, 


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204 


TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 


pu 1743, de base d’opérations à l’armée espagnole marchant 
sur la vallée de la Vraita par les cols de l’Agucl et de 
Saint-Véran ; mais cette attaque trop tardive avait échoué 
devant les retranchements du bois de la Levée et de 
Pierre-Longue, aux pieds du Viso, retranchements qui 
devaient être tournés et enlevés, l’année suivante, après 
un combat meurtrier. 

Les cols du petit Saint-Bernard et du mont Cenis 
avaient été utilisés par les armées à toutes les époques de 
l’histoire et plus récemment en 1709, 1711 et 1742. Situés 
de part et d’autre de l’énorme massif du grand Paradis, 
ils formaient les deux communications principales et 
directes du Piémont avec la Savoie. On y accède, de 
France, par les vallées contiguës de la Tarentaise et de la 
Maurienne, que relient les passages de Basmont, de la 
Madeleine, des Encombres, de la Vanuoise et de l’Iseran ; 
mais les débouchés en Italie sur Turin et Ivrée, par les 
vallées de la Dora Riparia et de la Dora Baltea, sont fort 
éloignés et dépourvus de toute liaison intermédiaire. 

D’Aoste, on peut, il est vrai, gagner le Valais par le 
passage du grand Saint-Bernard, et, de là, se rendre en 
Savoie par la rive gauche du Rhône et du lac de Genève. 
Ce chemin était heureusement interdit aux armées enne- 
mies en 1792. par suite de la neutralité de la République 
Helvétique, qu’un malentendu politique faillit trans- 
former en hostilité au début même de la guerre. Au nord, 
les opérations militaires étaient donc limitées par le mont 
Blanc, que permettait seulement de longer l’étroite vallée 
de l’Allée-Blanche, aboutissant au col de la Soigne, d’où 
l’on pouvait gagner soit Sallanches, par le passage du 
Bonhomme, soit, par celui du Cormet de Roselend, Con- 
flans, aujourd’hui Albertville, au confluent de l’Isère, de 
l’Arly et du Doron de Beaufort. 


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TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 


205 


L’état des voies de communication dans les Alpes était, 
il y a un siècle, bien différent de celui de nos jours. Non 
seulement il n’y avait pas de voies ferrées, mais aucune 
route carrossable ne traversait la chaîne capitale. Au mont 
Genèvre et au mont Cenis, chemins les meilleurs, il fallait 
démonter les voitures pour les faire passer. Sur le versant 
français, il n’y avait que cinq ou six routes perpendicu- 
laires à la frontière, c’est-à-dire dans les grandes vallées. 
Eu Italie, les voitures ne pouvaient guère s’engager dans 
la zone montagneuse '. On avait conduit cependant de 
l’artillerie de siège devant Coni en 1744, par ie col de la 
Madeleine ; quelques pièces d’artillerie légère avaient été 
descendues dans la vallée de la Vraita, par le col de 
l’Agnel en 1743, et traînées devant l’Assiette, en 1747, par 
celui de Bousson ; enfin on avait également fait circuler 
des canous sur les chemins qui longent la mer, dans la 
Rivière de Gènes, ou qui traversent les Apennins ; mais il 
avait fallu beaucoup d’hommes, de temps et de peine pour 
obtenir ces résultats. 

Par contre, les communications muletières, indispen- 
sables aux habi ants, étaient beaucoup mieux entretenues 
que de nos jours. Les principales étaient pavées, de façon à 
empêcher les dégradations par les avalanches au moment 
de la fonte des neiges, ou par les torrents à la suite des 
orages, si violents dans la montagne *. Parmi les autres 
chemins, ceux qui étaient jugés nécessaires aux mouve- 
ments des troupes étaient réparés ou même refaits entiè- 
rement au début de chaque campagne par des milliers de 
paysans requis à cet effet. Comme les guerres étaient 
longues, au bout de quelques années ces chemins deve- 

1. Topographie militaire des Alpes , par Montannel. 

2. Principes Je la guerre de montagne , par le lieutenant général de Bourcet. On voit 
encore dans plusieurs régions des Alpes des portions de ces cnemins pavés plus ou moins 
dégradés, 


Etat des voies 
de 

communication. 


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206 


TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 


Caractères 
particuliers 
des opérations 
militaires 
dans 

les montagnes. 


liaient excellents et le passage des soldats ou des convois 
s’y effectuait, même la nuit, à la clarté de feux de pins 
allumés de distance en distance 1 . 

Malgré cela, les mouvements n’en étaient pas moins 
très lents. La marche devant avoir lieu le plus souvent 
par un seul homme de front, la moindre colonne était 
excessivement longue et ne pouvait parcourir qu’une très 
petite étape, d’autant plus qu’en montagne on ne s’élève 
que de 300 mètres au plus par heure*. 

Au point de vue des subsistances, le pays ne fournit que 
la viande. Il faut donc tirer de fort loin toutes les autres 
denrées nécessaires à l’existence d’une armée, passer des 
marchés onéreux à longs termes, constituer à l’avance des 
magasins successifs. Le moindre transport exige un nombre 
considérable de bêtes de somme, dont la nourriture quoti- 
dienne absorbe une grande partie du poids de 100 à 
150 kilos que chacune d’elles peut porter. La moindre 
imprévoyance dans un service aussi important, le plus 
petit retard peuvent entraîner les plus graves inconvénients 
ou créer au commandement les difficultés les plus sérieuses. 
En 1692, 1708 et 1709, les opérations défensives de Catinat, 
de Villars et de Berwick avaient été paralysées par la 
difficulté des ravitaillements 3 . 

Si, pour mouvoir les troupes en montagne, il faut une 
préparation longue et minutieuse, pour les disposer judi- 
cieusement une rare sagacité, une longue expérience, — une 
connaissance approfondie du pays surtout est indispen- 
sable. A ce dernier point de vue, les longues guerres des 

1. Ce moyen fut employé notamment, en 1692, pour les troupes envoyées par le maréchal 
de Catinat du camp dePallon, dans la Durance, au pas d'Aspre, sur le* Drac, et, en 1708, 

f iar le régiment d’Hessy Sui'se, dirigé par le maréchal de Villars, de Vizille au Monestier, 
Montannel, Bourcet, Correspondance ae Catinat). 

2. Ce fait est le résultat de nombreuses marches exécutées depuis dix ans dans les 
Alpes, par les troupes des 14* et 15* corps d’armée. 

3. Histoire manuscrite des campagnes du lieutenant général de Vaux ; Mémoires 
du maréchal de Bcncick ; Correspondance de Catinat. 


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TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 


207 


règnes de Louis XIV et de Louis XV avaieut été une 
excellente école pour les états-majors sarde et français. 

Les études des officiers piémontais 1 furent sans doute 
communiquées aux généraux autrichiens qui, presque au 
début des hostilités, furent investis du commandement des 
forces alliées. S’ils ne tirèrent qu’un médiocre parti des 
leçons de capitaines aussi remarquables que les princes 
de la maison de Savoie, Victor-Amédée et Charles- 
Emmanuel III, c’est qu’habitués à des méthodes absolues, 
élevés dans des principes rigides, ils devenaient plus 
timides et plus circonspects à mesure qu’ils découvraient 
que ces montagnes, réputées infranchissables, présentaient 
une infinité de passages, à peine connus même des habi- 
tants, mais dont l’emploi par une troupe hardie et résolue 
avait entraîné des succès brillants *. 

En France, les officiers rompus aux détails du comman- 
dement avaient presque disparu au commencement de la 
guerre. Mais ils avaient eu le rare talent de condenser et 
de rendre facilement utilisable par leurs successseurs leur 
savoir longuement et péniblement acquis. La Carte géomé- 
trique du Haut-Dauphiné et les Principes de la guerre 
de montagnes du lieutenant général de Bourcet, la Topo- 
graphie militaire des Alpes de M. Montannel, ingénieur 

1. Les archives de Breil renferment plusieurs de ces études. Un mémoire est parti- 
culièrement intéressant, en ce au’il contient l’examen des principales positions militaires de 
la frontière et un projet de défense faits au cours d’une sorte de voyage d’état-major 
dirigé par le duc d'Aoste, en 1766. 

2. Il parait intéressant de rappeler à ce propos l’opinion de deux hommes de guerre des 
plus remarquables. Dans une lettre au roi du 17 août 1792, Catinat s’exprime ainsi : 
• .... la plupart des cols sont des entre-deux de montagnes, oui ne laissent pas d’etre fort 
larges et ouverts. La peine est d’y monter et d’en descendre. Enfin, Sire, je me crois 
obligé de vous dire qu’il ne faut faire nul fonds de cet expédient, (la destruction des 
chemins) ; car, pour un col que l’on trouverait moyen de détruire, il en subsisterait six 
dans la belle saison ». — Quelque temps après avoir pris son commandement de l’armée 
des Alpes, en 1708, le maréchal de Villars écrivait au ministre de la guerre M. de Chamil- 
lart, le 1" juillet : « Vous avez ou! parler des passages du grand et du petit Saint- 
Bernard, du grand et du petit Mont-Cenis, de Barcelonnette- du col de Tende. Eh bien ! 
Monsieur, je vous dirai, pour l*«voir vu présentement, depuis Perosa jusqu’à Grenoble, il y 
a plus de trente passages pour entrer de Savoie en Daupniné, à pied, à cheval, avec des 

mulets chargés. C’est ce qui est incroyable, si on ne le voit ; Ce que j’ai l’honneur de 

vous dire est une vérité si constante "aue je la ferai signer par tous les officiers généraux 

3 ui sont ici, quand vous voudrez ». Citait aussi l’opinion du prince de Rohan, qui avait 
irigé si brillamment les opérations dans la Valteline contre les Espagnols, en 1635. Mais 
ces grands capitaines surent trouver autre chose que le système du Cordon pour parer à 
ces inconvénients. 


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208 


TOPOGRAPHIE MILITAIRE DES ALPES 


du roi, et l’Histoire des campagnes du lieutenant général 
de Vaux en sont d’impérissables témoignages. 

Guidés par ces travaux', aidés par leurs aptitudes mili- 
taires naturelles, les généraux de la République apprirent 
peu à peu à renouveler les règles anciennes, en les adap- 
tant au tempérament de leurs jeunes troupes. Abandonnant 
tout système étroit, ils parvinrent à employer, dans chaque 
situation particulière, la formation la plus convenable, 
défensive sur un point, offensive sur un autre, agissant 
toujours avec cette intelligence, cette promptitude, cette 
audace, cette énergie, dont la victoire a été le couronne- 
ment dans tous les lieux et dans tous les temps, mais 
surtout dans la guerre de montagnes. 

« Dans cette guerre en effet, ainsi que le fait justement 
« remarquer Kellermann, ce n’est que par des attaques 
« isolées et comme de détail qu’on parvient à des succès 
« importants, et ces succès partiels et journaliers, moins 
« éclatants que les batailles, n’en sont peut-être que plus 
« remarquables par l’esprit de combinaison qu’ils exigent 
« et par l’excessive fatigue qu’ils occasionnent* ». 

C’est à ce titre que l’histoire des campagnes des armées 
de la République dans les Alpes est intéressante et profi- 
table. Elle nécessite l’étude attentive de la topographie 
compliquée d’un pays, pour la défense duquel les officiers 
de tous grades ainsi que les soldats doivent faire preuve 
de l’initiative et de la hardiesse les plus grandes, jointes 
au dévouement et à l’abnégation les plus absolus. 


1. Il n’est pas douteux que les généraux de la République aient eu connaissance des mé- 
moires rédigés par l’état-major de l’ancienne armée royale, rîous en avons une preuve directe 
dans les demandes adressées au dépôt de la guerrepar les généraux de Montesquiou et 
d’Anselme. Une preuve indirecte en est fournie par la ressemblance de certaines opérations 
des guerres de la Révolution avec les campagnes antérieures, et notamment celles de 1742 
à 1747. Il en a été signalé plusieurs exemples dans la préface de notre ouvrage sur les 
Opérations militaires pendant la guerre de la Succession (T Autriche. M. le général Pierron 
les a présentés avec plus de développements dans une récente brochure. 

2. Rapport du général Kellermann sur les opérations en Tarentaise et en Maurienne 
pendant le mois de septembre 1793. 


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PREMIÈRE PARTIE 
CAMPAGNE DE 1703 


CHAPITRE P" 

FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


But de l'armée du midi. — Troupes devant en faire partie. — 

Commencement de l'organisation. — Insurrection dans l’Ardèche. 

— Envoi de renforts aux armées du nord. — Nouvelles forma- 
tions. — Disposition générale des troupes françaises et piéraon taises. 

Louis XVI s’étant décidé à déclarer la guerre au roi de 
Hongrie et de Bohême, il importait de mettre toutes les 
frontières de la France en état de résister aux attaques 
que pouvait susciter l’alliance hostile de quelques cours 
de l’Europe. Aussi l’armée du midi est-elle créée par décret 
du 13 avril 1792 et placée sous les ordres du lieutenant- 
général de Montesquiou-Fezensac '. 

Depuis quelques mois déjà, les lettres et les rapports 
des autorités de la frontière des Alpes témoignaient de 
l’émotion des populations de la Provence et du Dauphiné. 
La parenté du roi de Sardaigne avec le roi de France, son 
attitude équivoque à l’égard des émigrés, l’acquiescement, 
tacite tout au moins, donné par lui au projet d’intervention 
de l’Empereur en 1791 *, enfin le rappel des deux ambas- 

1. Arc h. de La Guerre : M. de Montesquiou remplace le lieutenant général Witgenstein, 
qui avait montré peu de fermeté lors des troubles de Provence, en 1791. 

2. Pinelli. 


But de l’armée 
du midi. 


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210 


FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


sadeurs au commencement de 1792 1 semblaient justifier 
les bruits mis en circulation sur les armemeuts du gouver- 
nement piémontais. A cette date, ils étaient cependant de 
peu d’importance et le chargé d’affaires à Turin, M. de 
Lalande, comme le consul français à Nice, M. Leseure, 
s’attachaient dans leurs correspondances à présenter sous 
leur véritable aspect l’état des affaires*. 

MeBU ^» r pri9ea Quelques troupes avaient bien été envoyées en Savoie 
le gonvcrnement e (. j ans CO mté de Nice. Mais leur présence y était indis- 
pensable pour maintenir l’ordre public , incessamment 
troublé par les querelles d’un parti révolutionnaire assez 
puissant 3 avec les émigrés accourus en grand nombre 
à Nice et à Chambéry. Dans cette dernière ville, au mois 
de février 1791, on avait dû faire marcher contre les tapa- 
geurs les régiments de Saluces-infanterie et d’Aoste- 
cavalerie. Le sang avait coulé et le roi de Sardaigne avait 
ordonné aux émigrés de quitter le pays \ A la suite de 
l’insuccès du coup de main tenté sur Lyon, le comte 
d’Artois s’était rendu à Coblentz. Cette mesure n’avait 
eu aucune conséquence. 

Arrestation A Nice, malgré les ordres réitérés de M. de Planargia, 
M.deSémonviUe gouverneur, les officiers émigrés des régiments de Royal 
Vexin et des Ardennes restaient près de la frontière et 
cherchaient à former uue troupe en poussant à la désertion 
leurs camarades du 72 e en garnison à Antibes, ainsi que 
les sous-officiers et soldats de ce corps et de celui d’Ernest, 
alors cantonné à Lorgues 5 . Ces tentatives d’embauchage 
bientôt connues, les propos méprisants des émigrés ô 
l’égard de la Révolution, aussitôt colportés et grossis, 

1. Le marquis de Choiseul, ambassadeur de France à Turin ; le marquis de Cordon 
ambassadeur ac Piémont à Paris (Pinelli). Les relations n’étaient cependant pas encore 
rompues, ainsi qu’on le verra plus loin. 

2 . Lettre de M. Leseure, du 19 décembre. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du commissaire général de Grandmaison à Montes- 
quiou, le 18 mai. 

4. Poisson, Pinelli. 

5. Correspondances de Leseure et autres. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


211 


contribuaient à entretenir une agitation, qu’allait augmen- 
ter la nouvelle de l’arrestation à Alexandrie, le 19 avril, 
de M. de Sémonville, représentant du gouvernement fran- 
çais auprès de la République ligurienne. Il avait été 
chargé par Dumouriez, alors ministre des affaires étran- 
gères, d’aller à Turin demander quelques explications sur 
les intentions du Cabinet sarde à l’égard de la France. 

Dénoncé par le comte Cossila, ambassadeur piémontais à 
Gênes, comme chef du parti révolutionnaire italien, le roi 
Victor- Amédée avait refusé de le recevoir et l’avait fait 
reconduire à la frontière 1 . Les relations entre les deux 
étaient donc définitivement rompues et M. de Lalande 
avait quitté Turin le 4 mai *. 

L’armée du midi était cependant bien loin d’être en Troupe» 

A composant 

état d’entamer les hostilités. D’après les instructions du I,armée da midi - 
ministre de la guerre, le général de Montesquiou avait 
sous ses ordres directs les troupes stationnées sur le 
territoire des 7 e , 8% 9' et 19° divisions militaires 3 ; elles 
comprenaient 39 bataillons d’infanterie de ligne et 2 d’ar- 
tillerie, 23 bataillons de volontaires et 13 escadrons, soit 
en tout 25,000 hommes de troupes actives, sans compter 
18 bataillons de ligne, 11 de volontaires et 3 escadrons 
pour la garde des places *. Ces forces devaient être répar- 
ties en trois camps : l’un de 6,000 hommes sous le fort 
Barrault, pour garder l’entrée de la vallée du Grésivaudan, 
tout en menaçant Chambéry ; un autre, de même impor- 
tance, sur le Var, pour couvrir la Provence; le dernier 
enfin en avant de Lyon, vis-à-vis des débouchés du Rhône 
et du Guiers. 

Malheureusement, les renseignements du ministère 

1. Pinelli. — Archives de la Guerre : Lettre de Leseure, du 27 avril. 

2. Archives de la Guerre : Lettre de Montesquiou au ministre, du 7 mai. 

3. Voir aux Dièces justificatives n** 11 et 12. 

4. Archives de la Guerre : Instructions du ministre de la guerre de la Grave adressées 
au général Montesquiou. 


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Troubles 
dans le midi 
et le centre 
de la France, 


212 FORMATION DE l’àRMÉB DO MIDI 

étaient assez inexacts. An lieu de 34 bataillons de volon- 
taires, il n’y en avait que 27, dont quelques-uns même 
achevaient à peine leur formation. Quant aux bataillons 
de ligne, ils étaient assez médiocres comme esprit et 
comme effectif 1 ; 15 d’ailleurs manquaient; deux de ceux 
qui restaient étaient appelés à disparaître presque immé- 
diatement et la plupart des autres allaient être employés 
à réprimer les désordres graves qui, des Cévennes s’étaient 
étendus à la Provence*. 

A Montdauphin, le 77* régiment d’infanterie de la Marck 
s’était mutiué contre ses officiers et les avait emprisonnés. 
Rentré dans le devoir à l’arrivée du maréchal de camp 
de Montgaillard , il avait reçu l’ordre de partir le 3 mai 
pour la Rochelle 3 . Le 63* régiment suisse d’Ernest, passé 
sous les ordres du major de Vatteville après l’échauffourée 
d’Aix, était dirigé vers la Suisse , sous la conduite du 
lieutenant général I)umuy \ 

A la suite des massacres de Nîmes, en août 1790, 20,000 
gardes nationaux s’étaient réunis au camp de Jalès, dans 
le Vivarais, sous prétexte de se fédérer, en réalité afin 
d’aviser aux moyens à employer pour arrêter le mouvement 
révolutionnaire. Au mois de février 1791, un chef de légion 
avec quelques gendarmes avait pu dissiper un nouveau 
rassemblement de 6,000 hommes avant l’arrivée des 
troupes envoyées par les directoires des départements 
de l’Ardèche et du Gard. La lutte entre les patriotes et les 
contre-révolutionnaires avait pris un caractère beaucoup 
plus grave à Arles, dans le courant de la même année, 
et, dès le mois de septembre, les Marseillais s’étaient, 
avancés jusqu’à Salon, où ils avaient été arrêtés par 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesuuiou, du 20 mai. 

2. Voir pièces justificatives, n» 13: situation tirée des Archives de guerre. — Lettre» 
de Montesquiou au ministre de la guerre, le 4 mai, à Dumourie*, meme date. — Lettre 
du général Poncet, chef d’état-major, au ministre le 7 mai. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou des 27 et 28 avril. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou du 21 mai et de Dumny, du 19 juin. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


213 


les commissaires de l’Assemblée et quelques troupes'. 
Enhardis par leur succès à Aix , ils se portent sur Arles 
le 29 mars 1792, au nombre de 4,500 hommes, avec 
19 pièces de canou, font brèche à la muraille et s’installent 
dans la ville. 

Profitant de l’absence de toute autorité, une bande de 
600 bandits s’était emparée d’Avignon le 21 août 1791, 
et, après deux mois de pillage et de massacres, ne s’était 
retirée que devant six bataillons et trois escadrons, réunis 
le 16 novembre*. Le rattachement du Comtat-Venaissin 
aux départements de la Drôme et des Bouches-du-Rhône 
ayant été décrété le 28 mars 1792, les commissaires de ce 
dernier département arrivent à Avignon le 29 avril , 
avec un bataillon de Nîmes, un de Montpellier, un de 
Saint-Côme et un de Marseille. Montcsquiou s’empresse 
d’ordonner au général Barbentane de faire sortir l’ar- 
mée 3 . Mais déjà le désordre s’y est introduit. Le 93” 
régiment d’infanterie, Enghien, perd, en quelques jours, 
une centaine de déserteurs qui allaient s’enrôler dans le 
bataillon des volontaires de Rhône-et-Loirc au moment où 
ils sont arrêtés à Beaucaire h 

Au commencement de 1792, le département de la Lozère 
était en pleine révolte. Trois compagnies du 27” régiment 
Lyonnais, envoyées par le général d’Albignac, comman- 
dant à Nîmes, arrivent à Mende le 25 février et y sont 
reçues par les cris de « Vive le roi ». Le 27, le comman- 
dant de Lourmel, cerné par 500 gardes nationaux et plus 
de 6,000 paysans , réunis par le chevalier de Borel et 
l’abbé de Siran, est obligé de se retirer à Langogne. 

1. E. Daudet. Revue des Deux -Mondes, 1881: Les royalistes du midi. — Taine. 
— Origines de la France contemporaine , La Révolution. 

2. Taine, ouvrage déjà cité. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, le 27 avril. — Le district de l’Ouvèse, 
chef-lieu Carpentras, est rattaché au département de La Drôme, celui de Vaucluse, chef- 
lieu Avignon, est rattaché au département des Bouches-du-Rhône. 

4. Arch. de la Guerre : Lejtre de Montesquiou, du 5 mai. 

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*14 FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 

L’Assemblée nationale ayant décrété d’accusation les deux 
chefs de la révolte, ce mouvement n’eut pas de suite et les 
royalistes compromis eurent le temps de gagner Cham- 
béry '. 

A Issingeaux, un rassemblement de 2,000 paysans, fait 
à l’instigation de M. de Choumouroux, est dispersé le 
10 avril, à la suite d’une fusillade de quelques minutes et 
de deux coups de canon, que tirent les gardes nationaux 
envoyés par le directoire du Puy. Malgré la facilité avec 
laquelle ces émeutes étaient dissipées, leur fréquence 
dénotait un état général des esprits qu’il convenait de 
surveiller. C’est dans ce but que M. de Montesquiou eut 
d’abord l’intention de former un camp à Jalès avec les 
troupes immédiatement disponibles et de répartir le reste 
dans les villes assez importantes, où elles pourraient se 
former sous la direction d’officiers généraux choisis *. Les 
renseignements qui de tous côtés arrivaient sur les prépa- 
ratifs des Piémontais, la direction nouvelle et énergique 
imprimée aux affaires par Dumouriez, qui voulait être prêt 
à prendre l’offensive à la fin de mai , ne lui permirent pas 
de poursuivre la réalisation de ce sage dessein. 

Le régiment de la Reine, en garnison à Nice 3 , allait 
être renforcé par ceux des gardes et de Mondovi. Ce corps 
de troupes devait être porté à 15,000 hommes, pourvu d’un 
parc d’artillerie et placé sous le commandement du comte 
de Saint-André ou du marquis de Cordon. On travaillait, 
en outre, à l’armement de Coni \ 4,000 hommes et 32 piè- 
ces de canon étaient passés en Savoie par le mont Cenis au 
commencement de mai. Trois camps, comprenant ensemble 
15,000 hommes, devaient être formés aux Sables, entre 
Montmélian et Chambéry, à Aix et à Carrouge. Il y avait 

1. Daudet, déjà cité. 

2. Àrch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 27 avril. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Lescure, consul à Nice, le 27 avril. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Leseure, du 27 axril. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 215 

déjà dans cette province un régiment d’infanterie et un 
de cavalerie, qui fournissaient des postes de 500 hommes 
au château des Marches, à Pont-de-Beauvoisin, à Saint- 
Genix, à Entre-deux-Eaux et à Yeune, sur le Rhône 1 . En 
môme temps, ou apprenait que le roi de Sardaigne négo- 
ciait à Gènes un emprunt de six millions de livres et de- 
mandait à l’Empereur un corps d’auxiliaires*. 

Ces nouvelles jetaient le trouble dans les populations et 
dans les administrations frontières, qui ne voyaient aucune 
force organisée pour résister vigoureusement 3 . Dans le 
département de l’Isère, il n’y avait que le 40' régiment de 
ligne, trois compagnies du 4' régiment d’artillerie et deux 
bataillons de volontaires. Montesquiou s’empresse d’y en- 
voyer le 23' et le 93'. Les ouvrages entrepris pour mettre 
le fort Barrault en état de tenir tête à un coup de main 
n’avançaient que très lentement 4 . Deux régiments seuls 
gardaient Briançon, Montdauphin, Embrun et Gap 5 . La 
frontière du Var n’était surveillée que par un bataillon de 
volontaires du Var, établi à Vence, et un autre à Antibes 
avec un bataillon du 28'. Le second bataillon avait été 
dirigé sur Monaco, dont le prince demandait instamment 
des renforts®. Les bataillons des volontaires du Var étaient, 
à ce moment, assez indisciplinés et le bataillon de garnison 
du 72* avait dû être envoyé à Antibes pour réprimer 
une émeute 1 . A Toulon, il n’y avait pas d’autres artilleurs 
que ceux prêtés par la marine et 50 canonniers volontaires. 
Le général Charton avait obtenu l’autorisation de faire 
rentrer 300 hommes détachés à Marseille; il ne disposait 

1. Arch. de la. Guerre : Lettres du procureur syndic du département de lTscre, du 3 mai, 
du directoire du district de Briançon, du 2 mai, des administrateurs de Bellegarde, du 7 mai. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de M. de Sémon ville, du 13 mai. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou à Dumouries, du 4 mai. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre du procureur syndic du département au ministre de la 
guerre, du 3 mai. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 28 avril et du 9 mai. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, du 28 avril et du 1" mai. — Lettre du 
général Charton, du 6 mai. — Lettre du prince de Monaco, du 26 septembre. 

7. Tisserand. 


Première 
répartition 
des troupes. 


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Réunion 
du matériel 
nécessaire 
à l’armée. 


216 FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 

cependant que de 8,000 hommes au lieu de 15,000, jugés 
nécessaires *. 

Après avoir pris rapidement connaissance de cette situa- 
tion, Montesquiou avait tout d’abord demandé à réunir 
sous son commandement le département de l’Ain, qui cou- 
vrait Lyon du côté du Rhône et était gardé par quatre 
bataillons* ainsi que les 10 e et 11' divisions militaires, sur 
le territoire desquelles se trouvaient 18 bataillons de ligne, 
34 bataillons de volontaires nationaux et neuf escadrons de 
cavalerie s . La frontière des Pyrénées n’étant pas menacée, 
il paraissait avantageux d’en retirer immédiatement les 
troupes disponibles pour les porter sur les Alpes 4 , où il 
fallait songer à établir un nouveau camp, aux environs de 
Tournoux 5 . Pressé d’agir, le ministre de la guerre donne 
des ordres le 11 mai 0 , et aussitôt Montesquiou fait diriger 
sur la vallée du Rhône les bataillons disséminés de Perpi- 
gnan à Bayonne 7 . Il fallait un certain temps pour franchir 
par étapes de telles distances; il en fallait, du reste, aussi 
pour réunir le matériel indispensable à une armée qui en 
manquait absolument*. 

Pour assurer le service des subsistances, il n’y avait, au 
commencement de mai, ni voitures, ni chevaux, ni mulets. 
Dès le 7, Montesquiou autorise le commissaire général de 
l’armée du midi à acheter 1 ,800 à 2,000 bôtes de somme ou 
de trait, et le 16, le ministre fait expédier des caissons de 
Sampigny, prescrivant de louer des voitures en attendant. 
Des hôpitaux sont installés peu à peu à Lyon pour 600 ma- 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Charton, des l rr et 6 mai. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou au ministre, du 27 avril. — Lettre de 
Montesquiou à Servan, du 15 juin. — Lettre de M. de Carové, commandant le départe- 
ment de l’Ain, à de Broglie, du 9 mai. 

3. Arch. de la Guerre : Instruction du ministre à Montesquiou, du 20 avril. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou à Dumounez, du 4 mai. 

5. Arch. de la Guerre : Ordre donné par le ministre au commencement de juin. Ce camp 
doit être de huit bataillons. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres du ministre à Montesquiou, des 5 et 11 mai. 

7. Arch. de la Guerre : Mémoire de Montesquiou à l’Assemblée nationale. 

8. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou à Dumouriez, du 4 mai. — Lettre de 
Poncet au ministre, du 7 mai. — Rapport du 7 mai. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


217 


lades, à Grenoble et à Antibes pour 200. Le matériel d’am- 
bulance était à peine suffisant pour 800 malades; Stras- 
bourg en envoie à Lyon pour 1,200. Enfin, au lieu de 
100,000 livres demandées par Montesquiou, le ministre lui 
adresse un million 1 . Si, avec de l’argent et de l’activité on 
pouvait faire face à ces divers besoins, il n’en était plus de 
même pour l’armement , service qui réclame avant tout de 
l’ordre et de la prévoyance. 

Il semblait facile de constituer l’équipage d’artillerie. 
D’après les calculs de M. de Mauroy, commandant de 
l’artillerie de l’armée, il manquait 1,200 chevaux, huit 
pièces de 12, huit de 8 et cinquante-quatre de 4. Mais, au 
ministère, on jugea utile de porter l’équipage à 168 bou- 
ches à feu. On en comptait 44 à Nîmes et 32 à Lyon; le 
reste devait être tiré d’Auxonue, où un dépôt avait été 
formé. Il fallait pour traîner cette artillerie 2,300 chevaux, 
et, le 9 mai, 300 seulement étaient arrivés. Ordre avait été 
donné d’en acheter 1,200 et de compléter les attelages avec 
des mulets, tout en prenant eu location, à raison de 3 francs 
par jour, les chevaux que les maîtres de postes offriraient *. 
Ces mesures paraissent avoir été suivies de peu d’effet, 
puisque, le 17 août, on n’avait encore que 1,080 bêtes de 
trait 3 et que, le 31, Montesquiou, après avoir inutilement 
demandé à Auxonne tout ce qu’on trouverait de canons et 
de chevaux 4 , écrivait à M. de Lagrée, directeur d’artillerie, 
de lui envoyer au camp de Cessieu 12 pièces avec leurs 
caissons chargés 5 . 

1. Àrch. de la Guerre : Réponse du ministre à ce rapport le 16 mai. — Lettre de Mon- 
tesquiou, du 5 mai. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport de Montesquiou, du 7 mai. Cet équipage se décom- 
posait ainsi qu’il suit : 88 pièces de régiment a deux par bataillon ; 16 canons de 12, 
a2 de 8, 16 de 4, 16 obusiers de 6 à la réserve. Cet équipage, calculé ainsi pour une armée 
de 44 bataillons de 700 hommes au maximum, était très fort puisqu’il dépassait la propor- 
tion de cinq pièces par 1 ,< 00 hommes. On pensait sans doute compenser ainsi l’infériorité 
des bataillons de volontaires sous le rapport de l’éducation militaire. — Lettre de Montes- 
quiou, du 5 mai. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du général Poncet, chef d’état-major, au ministre de la 
guerre, du 17 août. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou au ministre, du 17 mai. 

5. Arch. de la Guerre : L’état exact de cette artillerie est le suivant : 4 pièces de 12 et 
12 caissons, huit pièces de 8 et 16 caissons de cartouches, 12 chariots d’outils. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


Ce qui manquait surtout c’étaient les fusils. D’après les 
situations du ministère, il devait y en avoir plus de 20,000 
dans les directions de Grenoble, Toulon, Montpellier, 
Perpignan, Bayonne, dont près de 9,000, il est vrai, dataient 
de 1777 *. Mais presque tous ceux des volontaires natio- 
naux étaient vieux et mauvais. L’armée ne possédait que 
5,000 armes en bon état et 10,000 étaient nécessaires rien 
que pour les bataillons destinés aux opérations actives ! . 
Dans quel embarras allait-on se trouver en présence des 
nouvelles formations i II fallait attendre les armes neuves 
que la manufacture de Saint-Etienne devait expédier à 
Lyon au fur et à mesure de la fabrication, ressource lente 
et à longue échéance. Dès le 23 juin, le ministre envoie 
de Nantes à Lyon une demi-compagnie d’ouvriers d’artil- 
lerie pour réparer les armes 3 . A la fin d’août, il fait 
acheter à Lyon 3,000 fusils 4 , et, le 1 er septembre, des 
volontaires de l’Ain sont armés avec les 800 fusils retirés 
au régiment d’Ernest avant sa rentrée en Suisse 5 ; ces 
dispositions étaient bien insuffisantes, et les armes man- 
quèrent pendant longtemps encore 6 . 
p inmie L a pénurie des états-majors n’était pas moindre que 
<■ tau-majors. ce jj e ma tériel, mais on y pouvait remédier plus rapi- 
dement par des promotions 7 . Le 27 avril, quatre lieutenants 
généraux étaient portés comme comptant à l’armée, mais 
l’un d’eux recevait une mission en Suisse 8 et les autres 


1. Arch. de la Guerre : Ces fusils étaient répartis de la manière suivante. Direction de 
Grenoble 8,933, dont 6,964 de 1777 ; — Toulon 6,122, dont 625 de 1777 ; — Montpellier 
1,507, dont 350 de 1777 ; — Perpignan 1,922, dont 334 de 1777 ; — Bayonne 2,068, dont 
440 de 1777 ; — Total : 20.552, dont 8,713 de 1777. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport du 7 mai. 

3. Arch. de la Guerre : Ordre du ministre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres du ministre à Montesquiou, des 25 et 28 août. A cette 
époque, il v avait encore à Lyon 7,000 fusils ; mais il en avait été distribué à trois 
bataillons de grenadiers de la garde nationale fournis par cette ville et envoyés aux 
armées du Nord, ainsi qu'aux compagnies de volontaires. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou au ministre. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre du maréchal de camp Barrai à Montesquiou, du 21 août. 
— Lettre de Poucet et de Montesquiou au ministre, des 25 et 28 août. 

7. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 11 et 21 mai , 10 et 18 juin. — 
Voir pièces justificatives, n* 14. 

8. Le général Dumuy, chargé de conduire le régiment de Vatteville, puis envoyé à 
Berne. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


219 


étaient employés à l’intérieur ; ils étaient d’ailleurs tous 
vieux et fatigués, sauf le général d’Anselme, envoyé à 
Antibes dans le courant de juin pour y diriger la formation 
de la division du Var*. Il en fallait encore au moins deux 
autres, qui ne furent nommés qu’en juillet et août, bien 
qu’ils fussent promis dès le 16 mai*. Il n’y avait que 
11 maréchaux de camp, alors que 14 étaient indispensables 
pour l’armée seulement. Sur ce nombre, un était absent ; 
un autre, malade, demandait à partir; un troisième émigrait 
en Suisse le 18 mai 3 ; deux ne pouvaient quitter Bayonne 
et Perpignan, où ils dirigeaient la levée des bataillons de 
volontaires ; deux enfin étaient chargés de réprimer, à 
Toulon, les soulèvements qui s’y produisaient chaque jour, 
et de surveiller, à Montpellier, le département de l’Ardèche. 
11 n’en restait donc que quatre pour la frontière. Ce n’est 
également qu’en juillet et août que leur nombre est porté 
à neuf. Quant à l’état-major général il ne se compose, au 
commencement de mai, que du chef d’état-major Poncet 
et d’un adjudant général, M. de Grandpré, sur le point 
de passer maréchal de camp. Montesquiou fait aussitôt 
nommer adjoints quelques officiers des régiments de 
ligne 4 ; mais il leur fallait du temps soit pour rejoindre 
leurs postes, soit pour se mettre au courant de leurs 
nouvelles fonctions. Le commissaire général Millien de 
Grandmaison avait été envoyé par le ministre au commen- 
cement de mai 3 . Il n’avait que trois commissaires des 
guerres ; il lui en fallait trente au moins pour le seconder 

1. Arch. de la Guerre : Demandé par Montesquiou, le 10 mai. — Nomination annoncée 
par le minittre le 16 mai. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 25 mai. 

3. Arch. de 1a Guerre : M. de Carové, qui commandait le département de l’Ain. — Lettre 
de Montesquiou, du 25 mai. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou au miuistre , du 7 mai. — Liste des 
officiers à employer à l’état-major général : Vanhelden, 1" lieutenant-colonel du 101* 
(Royal-Liégois) ; Giacomoni, lieutenant-colonel du l tr bataillon d’infanterie légère ; Dufalga, 
capitaine au 46' d’infanterie ; de Fontenille, adjudant-major du 61* d’infanterie ; Duhreuil, 
lieutenant au 61* de ligne ; Sandos, lieutenant au 101* ; Bidal, sous-lieutenant au 13* ; 
Coquebert, officier du genie ; Micas, sous-lieutenant au 53*. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre , du 5 mai. 


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Insurrection 
dans l’Ardèche. 


220 FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 

sur ce vaste territoire. Aussi donue-t-il sa démission le 
12 juillet ; puis, se ravisant le 27 août, il demande à rester 
à son poste 

Le général de Montesquiou était encore obligé de prendre 
des mesures particulières pour maintenir l’ordre à l’intérieur. 
Toutes les municipalités, toutes les autorités s’adressaient 
directement au ministre de la guerre, qui, à ce moment, 
renvoyait toutes les réclamations au commandant de 
l’armée du midi, le laissant juge de la suite à donner à 
chaque question. C’était le ministre de la justice Duran- 
thon, qui réclamait une garde pour la prison d’Aix°, l’envoi 
d’un détachemeut à Digne pour y assurer le rétablissement 
du procureur du roi, chassé par une faction 3 . De Toulon, 
200 hommes étaient dirigés sur le Beausset pour y réprimer 
des troubles presque continuels 4 . Enfin le département de 
l’Ardèche était, pour la troisième fois, le foyer d’une insur- 
rection, qui semblait de prime abord devoir prendre de 
graves proportions, et justifiait les appréhensions de 
Montesquiou et ses demandes réitirées de substituer un 
camp volant aux petites garnisons éparses dans tout ce 
pays des Cévennes si difficile alors à parcourir 5 . 

Sur les rapports du curé Claude Allier, prieur de 
Chambonnas, compromis dans l’échauffourée de Jalès en 
1791 et décrété d’accusation par l’Assemblée nationale, 
les princes avaient désigné, le 4 mars 1792, pour prendre 
la direction du mouvement contre-révolutionnaire, le 
comte Thomas de Conway, maréchal de camp, ancien 
gouverneur des établissements français de l’Inde, et le 
comte de Saillans, lieutenant-colonel des chasseurs du 


1. Àrch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 12 juillet et 27 août. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres du ministre de la justice, du 14 juin et du ministre de 

la guerre, du 29 juin. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre de la guerre, du 29 juin. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre du commandant à Toulon, du 24 mai. 

3. Arch de la Guerre : Lettres de Montesquiou, du 27 avril et du 10 juillet. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 221 

Roussillon l . Ils devaient se mettre en rapport avec les 
divers chefs des partis royalistes du midi, s’entendre en 
outre avec les Espagnols et agir prudemment, de manière 
à commencer leurs opérations avec ensemble entre Cette 
et le Puy, pour s’emparer de Marseille, Avignon et Lyon. 
Un aussi vaste projet demandait une lente préparation et 
une sûreté de direction qui faisait absolument défaut. On 
a déjà vu que les chefs du parti dans le département de la 
Lozère s’étaient démasqués beaucoup trop tôt. La désunion 
ne tarde pas à se mettre également entre les deux délé- 
gués des princes, peu après leur arrivée à Chambéry. 
D’un caractère faible, mais susceptible et vaniteux, M. de 
Saillans, blessé au vif par le rejet de tous ses projets et 
entraîné par le curé de Chambonnas, arrive le 19 mai à 
la Bastide, village du Gévaudan, où se trouvent réunis 
35 des principaux conjurés. Il est trompé par l’agitation 
superficielle qu’entretenaient dans le pays des prêtres 
réfractaires et des déserteurs. On avait cependant apporté 
des fusils de Lyon et de la Provence, réuni des chevaux et 
des vivres et même tiré d’Arles quelques canons. Le 23 
juin les membres du comité de Jalès, réunis dans la forêt 
de Malons, près de Saint-Ambroix, somment par lettre, 
Conway de venir prendre la direction du mouvement dans 
les huit jours et, vers la fin du mois, le comte de Saillans, 
entraîné par eux, donne les ordres nécessaires pour la 
réunion des contre-révolutionnaires dans la nuit du 8 au 
9 juillet. 

Depuis le commencement de 1792, les administrateurs 
du district de Joyeuse avaient fait occuper le château de 
Bannes par une garnison composée d’une compagnie du 59 e 
et de deux brigades de gendarmerie sous les ordres du 


1. Ces détails sont tirés de l'étude fort intéressante publiée par M. Ernest Daudet en 
1881, dans la Revue des Deux-Mondes, sous le titre Les royalistes du Midi. 


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222 FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 

capitaine du Bois-Bertrand. Apercevant le 1 er juillet, un 
nombreux rassemblement à Saint-André de Crusières, cet 
officier s’y rend le 2 avec 30 fantassins, un piquet de gen- 
darmerie, 15 gardes nationaux de Berrias, disperse les 
paysans et s’empare de papiers qu’il envoie à Joyeuse. 
Mais le 3, une bande, conduite par le chevalier de Melon 
et servant d’avant-garde, cerne le château de Bannes. 
Le comte de Saillans vient à Beaulieu, puis à Berrias, où 
l’on contraint les gardes nationaux à marcher et où sont 
exécutés quelques soldats du 38' régiment qui escortaient 
un convoi de vivres. Le 5, il s’établit devant le château et 
somme la garnison de se rendre Le capitaine du Bois- 
Bertrand refuse, mais, n’ayant plus de vivres ni de 
munitions, il capitule le 8 et se retire sur Vens avec sa 
troupe 1 . Cet échec allait être bientôt réparé. Du reste, au 
lieu des 25,000 hommes d’abord promis par Claude Allier, 
puis de 15,000, M. de Saillans en avait tout au plus 1,500 
et ne comptait pas en recevoir beaucoup d’autres ; la plupart 
des paysans, effrayés des mesures prises par le directoire 
du département, ne voulaient plus marcher. 

Celui-ci avait en effet agi avec vigueur et promptitude. 
Aussitôt après avoir pris connaissance des dépêches qui 
lui avaient été adressées par Bois-Bertrand, il avait in- 
formé de leur contenu le président de l’Assemblée et le 
général de Montesquiou. Faisant ensuite distribuer des 
armes à 600 volontaires prêts à rejoiudre, il se transporte à 
Joyeuse, où il réunit quelques compagnies du 28' régiment 
sous les ordres du lieutenant-colonel Aubry. Dans un 
conseil de guerre, on décide d’établir un cordon autour de 
la petite bande du comte de Saillans, pour empêcher le 
mouvement de s’étendre à la Lozère. Sur la réquisition du 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de» administrateurs du département de l’Ardèche à 
M. de Montesquiou, du 8 juillet. 


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FORMATION DE L’ARMÉE I)U MIDI 


223 


directoire du département du Gard, le colouel Meunier 
d’Uzès dirige sur Jalès cinq compagnies du 70*, comman- 
dées par M. de Serrurier *. De son côté, Montesquiou, pressé 
d’en finir pour achever la formation de son armée, envoie 
dans l’Ardèche le lieutenant général d’Albignac et le 
maréchal de camp de Châteauneuf-Randon, à Nîmes le 
lieutenaut-colouel de Carcaradec. Ce dernier arrête, à son 
passage dans cette ville, le 1" bataillon de la Haute- 
Garonne et le dirige sur Saint-Ambroix, où il conduit 
lui-même la légion d’Alais. Châteauneuf-Randon se rend 
à Privas par Vienne, d’où il fait partir 80 dragons à pied. 
M. d’Albignac envoie en outre à Saint-Ambroix le batail- 
lon des volontaires du Gard, qui était à Pont-Saint-Esprit, 
et fait occuper cette place ainsi que sa citadelle par le 
52* régiment d’infanterie, qui était à Pierrelatte, eu route 
pour le camp de Cessieu. 11 passe le 7 juillet à Alais, où il 
trouve Carcaradec, et va s’entendre avec le lieutenant- 
colonel Aubry à Joyeuse. Les troupes qui s’y trouvaient 
ainsi qu’à Veus étaient quelque peu troublées par la 
reddition du château de Bannes. 

Dès le 11, d’Albignac, revenu à Saint-Ambroix, se met 
eu marche sur Saint-André de Crusières, qu’il atteint après 
un combat de trois heures, malgré les retranchements 
armés de canons élevés sur la montagne de Saint-Brès et 
défendus par le chevalier de Melou. Il occupe le château 
de Jalès, Beaulieu et fait, à Berrias, sa jonction avec les 
troupes venues de Veus et de Joyeuse. Dans la soirée, les 
insurgés fuient de tous côtés, cherchant à se cacher dans 
les forêts avec leurs femmes et leurs enfants, qui sont en 
grande partie massacrés sur les routes par les patriotes 
révolutionnaires. Cerné dans le château, M. de Saillans 
parvient à s’échapper pendant la nuit par une violente 

1. Arch. de la Guerre : Lettre da colonel Meunier, du 6 juillet. 


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224 


FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


pluie d’orage. Mais, le 12 juillet, surpris au village des 
Aidons par une patrouille de gardes nationaux , il est 
conduit à Vens et massacré par la foule à l’entrée du 
village, en présence de la troupe de ligne, malgré les 
efforts du juge de paix, du capitaine du Bois-Bertrand et 
de quelques autres personnes*. Ainsi se trouvait rapidement 
étouffée dans son berceau cette insurrection qui allait être 
suivie de terribles représailles*. L’organisation de l’armée 
du midi n’en était pas moins retardée par les changements 
de direction qu’il avait fallu imprimer aux troupes en 
marche pour se rassembler dans les différents camps de 
la frontière, afin de les diriger sur le département de 
l’Ardèche. 

Au commencement de juillet , cette armée se composait 
l'armée de midi, 94 bataillons et 15 escadrons. Seize bataillons restaient 
dans les places des Pyrénées, 19 dans celles des Alpes, 
10 étaient employés à assurer la tranquillité intérieure du 
pays. Le reste devait être disposé de la manière suivante : 

Dans le département de l’Ain, le maréchal de camp d’O- 
raison avait remplacé M. de Carové. Cinq bataillons gar- 
daient les débouchés des défilés de Saint-Rambert et de 
Châtillon de Michaille ; deux pièces de canon étaient en 
batterie en arrière du pont do Bellegarde, qui était miné 3 . 
Le 4* régiment de chasseurs à cheval occupait Lagnieu , 
avec des détachements le long de la rive droite du Rhône , 
de Belley à Pourrieu , par Serrières , Sault et Saint-Sorlin *. 

Au fort Barrault, le maréchal de camp de Montgaillard 
avait pris la position occupée en 1711 par le maréchal de 
Berwick, sur la rive droite de l’Isère, avec huit bataillons 
et deux escadrons ; un autre bataillon était détaché sur la 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 17 juillet. 

2. Ach. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 15 juillet. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de M. de Carové à M. de Broglie, commandant la 6 4 
division militaire le 8 mai. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de M, d’Oraison à Montesquiou le 6 juillet. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


225 


rive gauche à Allevard , Pontcharra , la Tour d’ Avallon et 
Château-Bayard , tandis que, sur sa gauche, un dixième 
bataillon occupait la grande Chartreuse, les postes d’En- 
tremontet de Saint Laurent du Pont. On travaillait acti- 
vement à la construction de trois redoutes daterre destinées 
à remplacer les ouvrages projetés à Barrault pour mettre 
ce fort dans le meilleur état de résistance l . 

Le maréchal de camp de Charton commande le camp de 
Tournoux, aux environs duquel neuf bataillons sont can- 
tonnés à la fin de juillet seulement, les marches à faire 
pour atteindre ce point étant fort longues *. C’est pour la 
même raison que les neuf bataillons et les deux escadrons 
placés sous les ordres du lieutenant général d’Anselme ne 
sont pas encore réunis sur le Var. Enfin, 16 bataillons et 
12 escadrons sont les uns rassemblés au camp de Cessieu, 
dans la vallée de la Bourbre , les autres en route pour 
rejoindre 3 . 

Il importait de plus en plus de prendre des dispositions 
défensives. L’armée piémontaise se renforçait. Le 28 juin, 
les compagnies d’infanterie et d’artillerie sont augmentées 
de 10 hommes. Le 3 juillet, les régiments provinciaux sont 
portés de 754 à 854 hommes 4 . Des rassemblements de trou- 
pes considérables étaient signalés à Saluces, Voghera, 
Pavie ; 40,000 rations de foin, 40,000 coupes d’avoine, 
3,500 sacs de grains étaient réunis à Lanslebourg *. Les 
troupes ennemies s’enhardissaient au point que des patrouil- 
les de dragons venaient jusqu’à Pontcharra et Chapareillan 
molester des paysans français *. Des coups de fusil étaient 
échangés sur les bords du Rhône vers Saint-Geuix d’Aoste 

1. Arch. de La Guerre : Lettre de Montesquiou. 

2. Arch. de 1a Guerre : Lettre du général Charton au lieutenant-colonel Saint-Rémy le 
1“ août. 

3. Arch. de la Guerre : Mémoire de Montesquiou à l'Assemblée nationale les 17 et 24 
juillet. 

4. Thaon de Revel. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de M . de Seinonville, du 25 juin. Rapport du 5 août. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de M. de Montgaillard, du 31 mai. 


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226 


FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


Envoi de renforts 
aux 

armées du Nord. 


et Pierre-Châtel '. A Nice, sur une fausse alerte, toute la 
garnison prend les armes et 6 à 7,000 miliciens accourent*. 
Il est vrai que, de notre côté, les volontaires du Var allaient 
piller jusqu’aux environs de Puget-Théniers 3 . Les hostili- 
tés semblaient devoir s’ouvrir à bref délai, lorsque le contre- 
coup des événements du nord vint entraver une fois encore 
la formation déjà si difficile de l’armée du midi. 

Trois régiments d’infanterie, avaient été dirigés sur 
l’Alsace au mois de juin', lorsque le 4 juillet le ministre 
donne l’ordre d’envoyer encore à l’armée du Rhin 20 batail- 
lons 5 . Montesquiou répond aussitôt que, dans ces conditions, 
il faut lever les camps de Lyon et de Barrault et acheter la 
paix à Victor-Amédée ; que, si le Gouvernement persiste 
dans son idée, il demande à être relevé de ses fonctions. Il 
adresse en même temps au roi et à l’Assemblée nationale un 
mémoire où il expose la situation 6 . Cependant, le lende- 
main du jour où l’ordre était lancé, le ministre de la guerre 
Lajard développait, dans une longue dépêche, les raisons 
politiques qui le forçaient à prendre cette mesure. L’arres- 
tation de Louis XVI à Varennes devait sans doute, à bref 
délai, amener l’invasion du territoire sur la frontière de 
l’est, où rien n’était prêt pour arrêter l’ennemi 7 . D’une in- 
telligence supérieure sous tous les rapports, Montesquiou 
semble avoir compris la gravité des événements puisque, 
le 12 juillet, il désigne les bataillons qui devront marcher 8 ; 
mais, blessé sans doute par la forme des ordres réitérés du 
ministre 9 , il offre sa démission le 18 juillet Les autorités 


1. Correspondance de Montesquiou : Lettre du 17 septembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du lieutenant-colonel Sanglier, commandant le 2 e batail- 
lon du Var à Vcnce, le 5 mai. 

3. Tisserand. — Arch. de Breil, pièce n* 8. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 9 juin. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du Ministre. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres et mémoire, du 7 juillet. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 5 juillet. 

8. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, au 12 juillet. 

9. Arch. de la Guerre : Lettres du Ministre, des 12 et 15 juillet. 

10. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 18 juillet. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


227 


civiles protestent également contre cet abandon de la 
défense des Alpes lorsque le ministre, mieux renseigné 
sur l’état de l’armée du midi par le mémoire de Montes- 
quiou, renonce à son projet en s’excusant et ne demande 
plus que 10 bataillons*. Le 27 juillet, d’Abancourt, qui 
remplace Lajard au ministère de la guerre, expédie contre- 
ordre à 8 bataillons déjà en marche pour l’armée du Rhin 3 . 

Ce n’était là qu’un premier incident. A leur arrivée à 
l'armée du midi, les commissaires de l’Assemblée nationale, 
Lacombe Saint-Michel, Gasparin, Bouger prescrivent d’en- 
voyer immédiatement huit bataillons de volontaires dans 
le département du Nord 4 . Quelques jours après, le minis- 
tre, à la suite de la reddition de Longwy, demande égale- 
ment 8 à 10 bataillons 5 . Montesquiou, indigné d’appren- 
dre que le premier pas des ennemis en France a été marqué 
par une trahison ou une lâcheté, s’empresse de faire partir 
ces troupes,, ce qui retarde encore l’ouverture des opéra- 
tions. La formation des corps nouvellement créés, pour 
faire face à des besoins incessamment grandissant, était du 
reste continuellement entravée 6 . 

Des 45 bataillons dont la levée avait été décrétée le 
5 mai 1793, 21 appartenaient à l’armée du midi et devaient 
être réunis dans la vallée du Rhône 1 . Sur 80 compagnies 
destinées à Valence, 12 y étaient rassemblées le 25 août, 
mais n’étaient composées que d’hommes non armés, ou trop 
vieux, ou trop jeunes 3 . La manufacture d’armes de Saint- 
Etienne ne pouvait suffire aux ordres d’expédition qu’elle 

1. Arch. de la Guerre : Lettres des administrateurs des départements de la Drôme et du 
Var, des 21 et 23 juillet. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 18 juillet. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre du 18 août. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 27 août. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 30 août. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre du Ministre, du 12 août. — Etat des bataillons levés : 
Cantal 2, Aveyron 2, Tarn 2, Lot 2, Lot-et-Garonne 2, Ardèche 2, Losère 2, Gers 2, Dordo- 
gne 2, Haute-Loire 2, Hérault 1. 

8. Arch. de la Guerre : Lettre du général Ponret, chef d’état-major, au ministre, du 
25 août. 


Nouvelles 

formations. 


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228 


FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


recevait 1 . Ne sachant comment employer cette masse assez 
indisciplinée, Montesquiou songe d’abord à la verser dans 
les bataillons des mômes départements pour en compléter 
l’effectif* ; il propose ensuite de l’envoyer dans le dépar- 
tement de l’Ain ou à Besançon et obtient l’autorisation de 
la diriger sur cette dernière place 3 . 

L’armée du midi devait en outre constituer deux légions. 
La première, instituée par la loi du 21 juillet, comprenait 
18 compagnies d’infanterie légère et quatre compagnies à 
cheval. Contrairement aux premières dispositions adoptées 
et consistant à la former au moyen de bataillons d’infante- 
rie légère et de régiments de chasseurs à cheval, la légion 
du midi est composée de volontaires fournis surtout par le 
101® régiment d’infanterie Royal Liégois 4 . Ce corps s’é- 
tait mutiné deux fois contre ses officiers. La première fois, 
les commissaires de l’Assemblée s’étaient bornés à rempla- 
cer le colonel ; la seconde, il avait fallu licencier le régi- 
ment 5 . 

L’autre légion, dite des Allobroges, est créée par la loi 
du 13 août*. Quelques soldats du 93° régiment, Enghieh, 
un groupe, formé à Paris et expédié à Grenoble 7 , consti- 
tuent une première compagnie, qui seule prend part à 
l’ouverture de la campagne. Les patriotes savoisiens com- 
plètent ultérieurement ce nouveau corps*. 

Les grenadiers et chasseurs, tirés de la garde nationale, 

1. Arch. de la Guerre : Pour la formation de ces 45 bataillons, il n’y avait que 9,200 fusils 
disponibles, savoir : Saint-Etienne 1,200, Besançon 2,000, Mets 2,000, Thionville 1,000, 
Strasbourg 2,000, Huningue 1,000. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Poncet au ministre , du 21 août. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 26, 28 août et l* r septembre. Lettre 
du ministre, du 29 août. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 13 août et du ministre, du 19 août. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, du 4 août, des commissaires, du 18 août, 
du général d’Oraison le 20 août, de Montesquiou le 3 septembre, du Ministre le 10 sep- 
tembre. 

6 Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 15 août, portant envoi de *700 livres pour 
cette formation. 

7. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, du 17 août et du ministre, des 19 et 
25 août. 

8. Le général Dessaix , par Joseph Dessaix et André Folliet, 1879. Cette compagnie 
était commandée par le capitaine Dessaix qu’il ne faut pas confondre avec le héros de 
Marengo. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


229 


formaient une ressource bien supérieure et immédiatement 
utilisable, parce qu’ils étaient armés et, provenant en 
majeure partie des anciens régiments de milices provincia- 
les, avaient reçu quelque éducation militaire 1 . Ceux des 
10* et 11* divisions, des départements du Jura et de 
l’Aveyron, devaient rester sur la frontière des Pyrénées. 
Ceux du département de l’Ain, des 7 e , 8*, 9' et 19* divisions 
sont destinés à l’armée du midi*. Cette répartition ne 
devait pas se faire aussi facilement que le croyait le minis- 
tre, par suite de la répugnance qu’éprouvaient les autorités 
civiles à se dessaisir de la seule force organisée, dont elles 
pussent disposer pour assurer le maintien de l’ordre. Tan- 
dis que le département du Gard fournissait assez rapide- 
ment cinq bataillons , cinq compagnies d’artillerie et deux 
escadrons 3 , le maire de Lyon, Vitet, s’opposait au départ 
des grenadiers, alléguant que les gardes nationaux ne de- 
vaient, aux termes de la loi, servir que par moitié et pen- 
dant un mois seulement 4 . 

Ce n’était du reste pas la seule difficulté que suscitait au 
général de Moutesquiou ce patriote exalté et défiant. Le u 
23 août, le 5* régiment de cavalerie Royal Pologne et 
le 15' dragons reçoivent l’ordre de se rendre de Lyon à 
Tullins. Sur la dénonciation d’un certain nombre de sous- 
officiers et de soldats, M. Vitet consigne ces deux corps 

dans leurs logements et fait incarcérer les officiers à 

Pierre-Scize, sous prétexte qu’ils étaient démissionnaires 
depuis un mois 5 . Le fait était vrai et les démissions avaient 
été acceptées par Moutesquiou, mais sous la condition que 
les officiers ne quitteraient leurs postes qu’après l’arrivée 

1. Arch. de la Guerre : Instruction du ministre au chef d’état-major le 14 juillet. — 
Lettre du chef d’état-major le 31 août. 

2. Arch. de La Guerre : D’après cette instruction 15 bataillons devaient aller au camp de 
Cessieu, Quatre à Barrault, quatre à Tournoux, sept sur le Var. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du général Poncet le 31 août. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Vitet au ministre le 20 août. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres de Vitet au ministre, du 23 août, de Hesse au minis- 
tre le 27 août. — Taine : Origines de la France contemporaine. — ■ La Révolution. 

16 


Difficultés 

avec 

municipalité 
de Lyon. 


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230 


FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


des régiments à l’armée. Six jours après, un bataillon 
du 72' est aussi retenu à Lyon comme indispensable à la 
sécurité de la ville 1 . 

Une intervention aussi directe de l’autorité civile était 
de nature à entraver les opérations militaires, si elle était 
tolérée et se généralisait. Elle était d’autant plus grave 
qu’elle s’appuyait sur la complicité d’un officier général, 
le prince de Hesse, qui était à Lyon sans mandat officiel*. 
Aussi Montesquiou exige-t-il impérieusement l’exécution 
de ses ordres 3 . Forcés de céder, mais blessés par les 
reproches mérités qui leur sont adressés, Vitet et de Hesse 
profitent de leurs relations intimes avec le ministre de la 
guerre, Servan, pour l’amener, par une série de dénon- 
ciations *, à prescrire au général de Montesquiou de rester 
sur la défensive 5 et à inviter les commissaires de l’Assem- 
blée nationale à examiner la conduite de ce dernier 6 . 

Puis, comprenant sans doute l’impression déplorable 
que produirait sur l’esprit public une semblable inaction 
au moment où les plus graves événements se produisaient 
dans le nord, regrettant peut-être de s’être ainsi laissé 
entraîner sans même avoir demandé au commandant de 
l’armée du midi quelques explications, pressé enfin par 
les instances de Montesquiou, prêt à prendre l’offensive, 
le ministre renvoie le prince de Hesse à Besançon après 
l’avoir réprimandé, et annonce au général qu’on le laisse 
prendre la Savoie, avant de prononcer sa destitution 7 . 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou à de Hesse, du 27 août ; de Hesse 
au Ministre, du 29 août. 

2. Lettres de Montesquiou à de Hesse, des 27 et 30 août. — Lettre de Montesquiou au 
ministre, du 28 août. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou à Vitet et à de Hesse, du 30 août. 

4. Arch. de la Guerre : Du 28 août au 8 septembre, il y a chaque jour au moins une 
lettre de Hesse et de Vitet tendant à rendre Montesquiou suspect. — Plaintes des admi- 
nistrateurs de l’Isère, du 12 septembre. — Lettre de Poncet, du 16 septembre. 

5. Arch. de la Guerre : Lettres du ministre, des 1 et 7 septembre 

6. Arch. de la Guerre : Lettres du ministre à Lacombe Saint-Michel , du 28 août ; à 
Vitet, des 7 et 8 septembre. 

7. Arch. de la Guerre : Lettres du ministre, des 6 et 8 septembre ; de Lacombe Saint- 
Michel, du 7 septembre; du mi tistre à de Hesse, des 11 et 19 septembre. Réponse de 
Hesse, du 22 septembre. — Correspondance de Montesquiou, lettre de Montesquiou du 
4 septembre, visée dans la lettre du ministre du 8 septembre. 


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FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 


231 


Mais en même temps, pour diminuer l’importance d’un 
commandement qui embrassait presque la moitié du 
territoire de la France, on prépare la dislocation de l’armée 
du midi en deux parties, correspondant aux deux prin- 
cipaux théâtres d’opérations, des Pyrénées, où quelques 
rassemblements espagnols étaient annoncés et des Alpes. 

Cette dernière armée est elle-même fractionnée, suivant 
les événements, en armée des Alpes ou de Savoie et armée 
du Var ou d’Italie l . 

C’est dans ces conditions difficiles que s’achève à peu Disposition 

A 1 générale 

près la formation de l’armée du midi, commencée depuis 
cinq mois. Au milieu de septembre, elle présentait , en et pi<montai “ 
première ligne, 25,000 hommes, répartis en quatre camps, 
correspondant aux principaux débouchés de la frontière*. 

Dans le département de l’Ain, quatre bataillons et un esca- 
dron; aux Abrêts, 15 bataillons, huit compagnies de gre- 
nadiers et deux escadrons ; à Barrault, dix bataillons s . Les 
troupes du camp de Tournon, qui allaient devenir inutiles 
par suite de la chute des neiges, s’acheminaient vers le 
Var pour renforcer la division qui s’y trouvait 4 . Dix ba- 
taillons de grenadiers du Gard, de la Drôme, de l’Ar- 
dèche, de l’Isère et cinq compagnies de dragons volon- 
taires formaient une réserve entre Valence et Grenoble 5 . 

Les troupes sardes réunies en Savoie s’élevaient à 22 ba- 
taillons et six escadrons, soit 10,000 hommes. Dans le 
comté de Nice, il y avait 15 bataillons et trois escadrons, 
représentant au plus 9,000 hommes. Le reste de l’armée, et 
particulièrement la cavalerie, s’assemblait dans les plaines 

1. Arcb. de U Guerre : Lettres de Montesouiou, du 17 septembre ; du ministre, du 21 sep* 
tembre. — Lettre du ministre au président de l’Assemblée nationale, du 27 septembre. — 

Décret du l* r octobre, mis en exécution complète le 28, effectuant la séparation des armées 
des Alpes et des Pyrénées. — Décrets du 1 novembre, constituant l’armée d’Italie, et du 
29 novembre, portant aue l'armée des Alpes s'appellera armée de Savoie. 

2. Voir pièces justificatives n* 15. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 4 septembre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou à d’Anselme le 28 août. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 11 septembre. 


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232 FORMATION DE L’ARMÉE DU MIDI 

du Piémont, aux environs de Saluces *. Après avoir mani- 
festé les intentions les plus hostiles, le Cabinet de Turin 
semblait revenu à une plus juste appréciation de la situa- 
tion et, se sentant peu soutenu par la cour de Vienne, ne 
se proposait plus que de défendre ses provinces d’au-delà 
des Alpes *. 


1. Plnelli, Histoire militaire du Piémont. — Voir pièces justificatives, n* 16. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Leseure, consul à Nice , au ministre de la marine, 
du 7 septembre. — Lettre du ministre de la marine au ministre de la guerre le 19 sep- 
tembre. 


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CHAPITRE II 


CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


Aperçu de la géographie militaire de la Savoie. — Dispositions du 
corps d'armée piémontais. — Attaque du corps d*armée français. 

Occupation de la Savoie. — Affaire de Genève. — Renforts envoyés 
aux armées du nord. — Kellermann prend le commandement de 
l'armée des Alpes. 

A la suite des échanges de territoires faits par le traité , Aperçu 
du 24 mars 1760, la frontière de l’ancien duché de Savoie, îe “ SaTOi ®' 
du côté de la France, était formée par le Rhône, depuis 
sa sortie du lac de Genève jusqu’à l’embouchure du Guiers ; 
puis, par cette rivière. A partir de la source du Guiers, 
elle suivait la crête du mont Granier et gagnait le dé- 
bouché du vallon de Brédaz, en traversant la large vallée 
du Grésivaudan un peu au nord de Chapareillan et de 
fort Barraux, sur la rive droite, du château de Bayard, 
sur la rive gauche. Remontant ensuite le cours du Brédaz 
jusqu’à la montagne des Sept-Lacs, elle atteignait le col 
de la Cochette, en laissant à la Savoie la tête de la 
Combe d’Olle et le col du Glandon. Enfin, de la pointe du 
Grand Glacier, dans le massif des Rousses, elle était for- 
mée par le faîte du rameau des Alpes, difficile à franchir, 
qui se rattache à la chaîne capitale par la haute sommité 
du mont Tabor 

1. Cette description est en grande partie tirée de l’intéressante étude sur la frontière 
du Sud-Est de M. le général Borson, qui originaire de Chambéry, est un des officiers 
connaissant le mieux les Alpes. On s’est en outre servi de la Topographie militaire des 
Alpes de M. de Montannel, ouvrage déjà cité. 


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234 CONQUÊTE DE LA SAVOIE 

A l’est de ces limites s’étend le territoire de la Savoie, 
que partagent en trois parties d’inégale importance le cours 
de l’Isère, de fort Barraux à Albertville, celui de l’Arly, 
son prolongement naturel, et la vallée de l’Arve, qui 
s’étend perpendiculairement du mont Blanc à Genève. 
Les contreforts séparant les torrents des Dranses 
constituent la province de Chablais qui, bornée par 
l’Arve, le lac de Genève et le Valais, se trouve en dehors 
des principales opérations militaires, sans autre relation 
immédiate avec le Piémont que par le mauvais passage 
du Bonhomme et le col de la Seigne. 

Entre l’Isère, le Rhône, l’Arve et le Guiers, s’élèvent 
les trois massifs des Bornes, des Bauges et de la Char- 
treuse. Ils bordent la rive droite de l’Isère d’un escarpement 
interrompu seulement par les profondes coupures des lacs 
du Bourget et d’Annecy, qui relient cette vallée avec 
celle du Rhône. Ce fleuve ne pouvait, au siècle dernier, 
être franchi qu’à Bellegarde, à Seysscl et au pont de la 
Balme, au pied de la forteresse de Pierre-Châtel. 

Enfin, sur la rive gauche de l’Isère, les deux profondes 
vallées de la Tarentaise et de la Maurienne ouvrent, à 
travers les ramifications des grandes Alpes, les seules 
communications directes entre la Savoie et la capitale 
des Etats sardes, par les cols du petit Saint-Bernard et du 
mont Cenis, alors muletiers et presque impraticables six à 
sept mois de l’année. 

De France, au contraire, on pouvait entrer dans ce 
pays en toute saison, non seulement par les ponts du 
Rhône et les routes de l’Isère, mais encore par les deux 
ou trois passages assez bons des montagnes de la Char- 
treuse, de l’Epine et du Chat, ainsi que par les deux cols, 
plus difficiles, mais souvent pratiqués par les armées, du 
Glandon et du Galibier, qui conduisent de l’Oisans en 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


235 


Maurienne. Aussi, au cours des guerres antérieures, nos septembre ira. 
troupes s’étaient-elles emparées sans coup férir de la 
Savoie, surtout depuis le 11 décembre 1705, époque à 
laquelle l’ancienne citadelle deMontmélian,qui la couvrait, 
avait été prise pour la dernière fois, puis détruite par 
ordre de Louis XIV. 


Les 10 ou 12,000 hommes chargés de la défense du Disposition» 

des corps 

duché, avaient été répartis en trois corps, faisant face à 
ces divers débouchés 1 . 


Six à sept bataillons et deux escadrons, cantonnés à 
Aspremont, Myans, Chignin, Francin et Montmélian, 
étaient à portée d’occuper en deux heures une série de 
collines en forme de fer à cheval, dont la concavité est 
tournée du côté de Chapareillan. Trois redoutes y avaient 
été élevées, sous la direction du comte Pinto, colonel de 
la légion des campements, et devaient croiser leurs feux 
avec trois batteries de deux pièces chacune, établies sur 
les térrasses du vieux château des Marches, qui formait, 
en avant de la position, un excellent poste, gardé par 
deux bataillons. 


Sur la rive gauche de l’Isère, un bataillon, à la Rochette 
et à Sainte-Hélène, couvrait le pont de Montmélian ; un 
autre, à Saint-Bardolph, reliait la droite à Chambéry, où 
se trouvait une forte garnison. Ces troupes fournissaient 
des avant-postes à Entremont, aux Echelles, à Pont-de- 
Beauvoisin, à Saint-Genix, à Yenne, le long de la frontière. 
Deux bataillons, postés à la Grotte et au Bourget, les 
soutenaient, tandis qu’un dernier servait de réserve à 
Saint-Pierre d’Albigny. 


1. Pinelli. — Arch. de Breil, pièce 2. Voir pièces justificatives, n* 17. Cette disposition est 
tirée d’un état des archives de la Guerre en date du 22 septembre. L’effectif et les noms 
des corps concordant avec les indications de Pinelli, on a adopté cette répartition des 
troupes, bien que l’auteur italien ne la donne pas. Elle se rapporte en effet fort bien aux 
marches exécutées par les differents corps pour se retirer en Piémont, marches sur 
lesquelles le récit de Pinelli, rapproché des documents des archives de la Guerre et des 
archives de Breil, donne les renseignements les plus précis et les plus complets. 


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236 


CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


septembre 1792 . Cette masse principale de 14 bataillons et trois escadrons 
était couverte, à gauche, par trois bataillons postés à 
Aiguebelle, Saint-Jean et Modane, gardant la ligne de 
communication de la Maurienne et protégeant celle de la 
Tarentaise ; à droite, par cinq bataillons et trois escadrons, 
cantonnés à Saint-Jeoire, Thonon, Carrouge, Saint-Julien 
et Rumilly, avec un fort détachement à Seyssel, pour 
empêcher le passage du Rhône. Cette disposition d’attente 
des troupes était assez judicieuse, seulement il fallait un cer- 
tain temps pour les rassembler. Le lieutenant général comte 
de Lazari , qui était à leur tête comme gouverneur de la 
province, avait plus de 70 ans. Le marquis de Cordon, 
du même grade que lui, devait le seconder, mais s’ac- 
cordait difficilement avec un chef qui ne devait son com- 
mandement qu’à l'ancienneté. 

du corps tTarmée P° ur attaquer la Savoie, M. de Montesquieu disposait 
français, immédiatement de 33 bataillons et de 11 escadrons, y 
compris quatre bataillons de grenadiers, formés momen- 
tanément par la réunion des compagnies d’élite des régi- 
ments de ligne. Ce petit corps était soutenu par neuf à 
dix bataillons de grenadiers et cinq compagnies de 
dragons de la garde nationale, requis, en exécution 
de la loi du 25 juillet, dans le Gard, la Drôme, l’Ardèche 
et l’Isère '. Une vingtaine de bataillons de volontaires de 
nouvelle levée étaient, en outre, en formation dans les 
départements de l’intérieur ou en marche pour rejoindre *. 

1. Arch. de la Guerre: Lettre de Montesquiou, du 11 septembre. 

2. Voir pièces justificatives, n* 18. Cette situation ne peut être considérée que comme 
un projet qui dut être abandonné sous La pression des événements. Elle ne contient 

a u’one partie des troupes de l’armée du midi et renferme en outre un grand nombre 
'inexactitudes, qui frappent dès qu’on la compare avec la situation du 18 novembre 
(pièces justificatives, n* 19). Le général Dumuy était, à ce moment, chargé de négocier 
la rentrée des troupes suisses au service de la France. Les commissaires de l’Assemblée, 
ignorant ce fait, le destituent et, le 14 septembre, le ministre de la guerre adresse, à ce 
sujet, une réclamation au président de l’Assemblée. Le général d’Albignac commandait à 
Nîmes, le général d’Oraison dans l’Ain. Le 11 B bataillon d’infanterie légère et le 5 e régi- 
ment de cavalerie sont omis, etc., etc. Du reste, ce n’est qu’à la suite de l’ordre du 
ministre en date du 25 octobre 1792, prescrivant l’envoi de situations d’effectifs et d’empla- 
cements tous les 15 jours, que l’on commence à pouvoir suivre les mouvements des troupes 
avec quelque exactitude. Encore ces documents manquent-ils souvent et est-on alors 
obligé de recourir aux ordres de mouvement ordinairement incomplets. (Voir notamment 
la lettre du ministre du 14 novembre.) 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


237 


Dans l’Ain, le général d’Oraison devait se borner à faire septembre 179e. 
des démonstrations sur la rive droite du Rhône avec un 
bataillon des grenadiers de ce département, trois de volon- 
taires et un escadron. L’avant-garde, composée de deux 
bataillons d’infanterie légère, d’un de volontaires, de huit 
compagnies de grenadiers et chasseurs et de deux esca- 
drons, était échelonnée sur la rive gauche du Guiers, 
sous les ordres du maréchal de camp Casabianca. Elle 
était destinée à marcher sur Chambéry par la route de 
Saint-Genix d’Aoste, pour attirer l’attention de l’ennemi 
de ce côté. Les 12 bataillons de volontaires et les huit 
escadrons, rassemblés au camp de Cessieu, au mois 
d’août, avaient été portés, dès le commencement de 
septembre, aux Abrêts, devant le débouché du Pont-de- 
Beauvoisin et des Echelles 1 2 . Mais le défilé de la Grotte 
était trop difficile pour qu’on pût espérer le forcer de 
haute lutte. 

Afin de le tourner, ces troupes sont dirigées, en trois 
colonnes, les 16, 18 et 20 septembre, sur le fort Barraux, 
pour se joindre aux dix bataillons de ligne qui étaient 
campés aux environs. Ayant ainsi toutes ses forces 
rapprochées de la position des Marches, M. de Montesquiou 
espérait s’en emparer avant que le corps ennemi eût le 
temps de se rassembler ; il était donc essentiel de se 
ménager le bénéfice de la surprise. Malheureusement le 
mouvement des bataillons ne pouvait s’effectuer que par 
une seule route, sur laquelle, à partir de Grenoble, on 
transportait en outre les farines et autres denrées néces- 
saires à la subsistance du camp de Barraux. Il ne devait, 
par suite, être terminé que le 25*. 


1. Arc h. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 11 septembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesauiou, des 11, 17, 23 septembre. — Correspon- 
dance du général Montesquiou, Paris, du Pont, an IV.— Lettres de Montesquiou, des 
13, 16, 18 septembre. 


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238 


CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


septembre H92. Toutefois, apprenant, à son arrivée à Barraux le 20, 
que les Piémontais sont sur le point de conduire l’artillerie 
dans leurs redoutes, le général de l’armée des Alpes se 
décide à attaquer sans attendre la réunion de ses troupes *. 

Le roi de Sardaigne ayant, au mépris des traités, fait 
élever des retranchements à Montmélian, une déclaration 
de guerre n’était pas indispensable *. Un manifeste, 
approuvé par le ministre de la guerre 3 , est lancé le 21 
pour y suppléer. Il y était déclaré que le gouvernement 
français apportait aux peuples de la Savoie les bienfaits 
de la liberté *. 

Dans la nuit du 21 au 22 septembre, le maréchal de 
camp Laroque réunit à Chapareillan 12 compagnies de 
grenadiers, 12 piquets, 400 chasseurs à pied et 200 dragons. 
Formées en deux colonnes, ces troupes marchent de 
manière à tourner les monticules où se trouvent les re- 
doutes et à être postées, au point du jour, pour couper la 
retraite de leurs défenseurs. 

L’obscurité et un violent orage retardent leur mouvement, 
qui est signalé par les postes du château des Marches 5 . 
M. de Cordon, prévenu le premier, ne veut toutefois donner 
aucun ordre avant d’en avoir référé au lieutenant général 
de Lazari 6 . 

Mais, dès 7 heures du matin, les redoutes étaient occu- 
pées, après quelques coups de fusil, et détruites immédia- 
tement. Aspremont, Notre-Dame de Myans, Bellegarde 
sont abandonnés successivement et, dans la journée, 

1. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 18 et 28 septembre. 

2. Arch. de La Guerre : Lettre de Montesquiou, du 18 septembre. Cette manière de 
procéder n’est pas du reste aussi rare au’on pourrait le croire. D’après une étude de l’état- 
major anglais, dans une période de 171 années, de 1707 à 1870. il n’y a eu que dix circons- 
tances dans lesquelles une déclaration de guerre ait été formulée avant le commencement 
des opérations, tandis qu’à cent dix reprises différentes, des agressions ont été commises 
sans avis préalable (Revue militai) e de C Etranger), n* 611, 1884, page 609). 

3. Arcn. de la Guerre : Lettre de Servan, ministre de la guerre, du 21 septembre. 

4. On n’a pas jugé à propos de reproduire ce factum fort long et dans le style de 
l’époque. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 23 septembre. « Arch. de Breil, pièce 
n* 2, — Jomini. — Pinelli. 

6. Pinelli. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 239 

M. de Montesquiou fait camper en avant des Marches deux s «P temb « lTO2 - 
brigades d’infanterie et une de cavalerie, avec 20 pièces 
d’artillerie. Les troupes piémontaises, ainsi séparées en 
deux portions, se replient dans le plus grand désordre *. 

M. de Lazari, troublé par cette attaque imprévue, se 
borne à donner à tous les corps l’ordre de se replier en 
Piémont. Loin de chercher à reprendre la position perdue 
par une attaque énergique, ou tout au moius à couvrir 
sa retraite en gênant l’ennemi par l’occupation du massif 
des Bauges, il se retire, le 22 au soir, sur la rive gauche 
de l’Isère, avec ce qu’il a pu réunir, laissant deux batail- 
lons à Montmélian, dont il fait sauter la poudrière et le 
pont*. Il marche ensuite à Aiguebelle et, de là, se rend 
de sa personne à Turin. La panique se met dans le régi- 
ment de Sardaigne, qui n’est rallié que le lendemain à la 
Chambre. Celui de la Marine forme l’arrière-garde ; le 
25 seulement à Modane, le brigadier baron Chino, com- 
mandant le régiment provincial de Casai, parvient à 
remettre un peu d’ordre dans cette colonne et dirige la 
retraite sur le mont Cenis. Le marquis de Cordon prend 
alors le commandement et fait occuper les retranchements 
construits par le régiment d’Asti, envoyé de Suse tout 
exprès. Un bataillon de la Marine est posté à la Ramasse, 
l’autre dans l’hospice ; le bataillon de Casai garde le relai 
de poste et le régiment de Sardaigne s’établit à la Grand’ 

Croix ; celui d’Asti reste en réserve à Novalaise s . 

Afin de couper cette ligne de retraite aux Piémontais, 

M. de Montesquiou avait pris quelques dispositions 1 2 3 4 . 


1. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 23 septembre. — Jomini. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 24 septembre. — Pineili. 

3. Pineili. 

4. Jomini n’avait sans doute pas entre les mains toutes les pièces des archives de la 
Guerre, puisqu’il reproche à Montesquiou de n’avoir pas exécuté cette manœuvre. 11 
résulte des lettres du 28 septembre et 3 octobre que son importance n’avait pas échappé 
à M. de Montesquiou, qui au reste connaissait les mémoires de Bourcet, de Montannel et 
de Berwick, ainsi que le prouve sa correspondance. 


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240 


CONQUÊTE DE LA SAVOIE 

septembre 1792. Le 1*' bataillon de l’Ardèche, venu de Tournoux à Bourg 
d’Oisans, avait reçu l’ordre de descendre à Valloire en 
Maurienne par le col du Galibier '. En même temps, deux 
bataillons étaient dirigés sur celui du Glandon par la 
Combe d’Olle*. Les neiges arrêtent ces deux colonnes 3 . 
Les débris du pont de Montmélian, charriés violemment 
par une crue de l’Isère, ayant emporté le pont de bateaux 
de Barraux 4 , le bataillon de la Haute-Loire ne peut 
passer le fleuve que le 25 pour appuyer le mouvement 
des deux bataillons d’infanterie légère, au-delà de 
Pontcharra et d’Allevard 6 . 

Cependant les Piémontais, qui occupaient la droite de 
la position de Myans et notamment les garnisons des 
Marches, d’Apremont, de Saint-Bardolph et de Chambéry, 
n’ayant pas eu le temps de gagner Montmélian, se jettent 
dans les Bauges par les chemins du Verney et de Saint- 
Alban, laissant canons et voitures à l’entrée des gorges 6 . 
Ces troupes arrivent en débandade au Châtelard le 22, 
à 5 heures du soir. Ne s’y trouvant pas en sûreté elles 
continuent leur route sur Saint-Pierre d’Albigny. Mais, 
craignant d’y rencontrer des détachements français, le 
marquis de Soslegno, qui essaye de diriger ces troupes 
désorganisées, s’engage dans la gorge de Bellevaux et, 
par les cols d’Orgeval et de Tamié, atteint Conflans le 23. 
Une nuit obscure, une neige abondante rendent encore 
plus dangereux ce chemin très difficile, où l’on abandonne 
armes, équipements, bagages, chevaux 1 . Ce même jour, 
les deux bataillons laissés à Montmélian se replient avec 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 28 septembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 3 octobre. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 28 septembre et 3 octobre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 23 septembre. — Jomini. — Pinelli. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 28 septembre. 

6. Arch. de la Guerre : Bataillons de Genevois, de Savoie, des Gardes, de la légion légère, 
deux compagnies du régiment de Maurienne, deux escadrons de dragons de la Reine, 
un escadron de chevau-legers du Roi. — Pinelli. — Arch. de Breil, pièce n - 2. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 24 septembre. — Arch. de Breil, pièce 
n* 2. — PineUi. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


241 


12 pièces de canon et, ralliant à Saint-Pierre le bataillon septembre im. 
de Genevois, se rendent également à Conflans 1 2 . 

Cette fuite précipitée mettait du moins les troupes sardes d ° c £“g^°f e 
hors de l’atteinte des républicains. Ne supposant pas la 
déroute aussi complète et désirant avant tout opérer la 
réunion de toutes ses forces*, M. de Montesquiou fait 
avancer, le 23 septembre, le reste des 22 bataillons et huit 
escadrons dont il dispose à ce moment. Il occupe les 
villages situés à l’entrée des Bauges et donne l’ordre 
aux grenadiers de la garde nationale de venir le rejoindre. 

Sur la demande des autorités de Chambéry, il entre lui- 
même solennellement dans cette ville le 24, avec 100 che- 
vaux, huit compagnies de grenadiers et quatre pièces 3 . 

La légion des campements, qui occupait la Grotte, a 
par suite le temps d’opérer sa retraite. Conduite dans le 
plus grand ordre par son chef, le chevalier de Bellegarde, 
elle passe au nord de Chambéry le 23, arrive au Châte- 
lard le 24, à 6 heures du matin, et, par Duingt, Faverges 
et Tamié, gagne, le 25 au soir, Conflans, dont le pont sur 
l’Arly est ensuite coupé 4 . 

L’avant-garde de Casabianca ayant à faire un très long 
détour, n’atteint Chambéry que le 25 5 6 . Aussi, les bataillons 
de Rumilly ont-ils le temps de se replier sur la Tarentaise, 
par Aix et Annecy. La majeure partie de l’armée piémon- 
taise traverse donc Moutiers du 24 au 25, avec 20 pièces 
de canon, et franchit le petit Saint-Bernard couverte par 
le régiment d’Aoste, qui forme l’arrière-garde 8 . Le ba- 
taillon de Rockmondet, qui tenait garnison à Thonon, 
était seul coupé. Il obtient des autorités du canton du 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 24 septembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 23 septembre. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 24 et 25 septembre. — Pinelli. — 

Arch. de Breil, pièce n* 2. 

4 . Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 24 septembre, — Pinelli. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 25 septembre. 

6. Pinelli, Arch. de la Guerre : Rapport particulier. 


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242 


CONQUÊTE DE LA SAVOIE 
septembre ns». Valais l’autorisation de regagner la vallée d’Aoste par 
Saint-Maurice et le grand Saint-Bernard*. Quant au 
régiment de Maurienne, cantonné à Saint-Julien et 
Carrouge, les officiers se bornent à licencier leurs hommes 
tout armés, leur faisant promettre de se réunir à Suse au 
printemps suivant. Ces soldats tinrent tous parole, donnant 
ainsi un exemple remarquable d’honneur, de discipline, 
de fidélité au drapeau et au pays, eu un mot de toutes les 
qualités morales qui font les vaillantes troupes*. 

Cependant, le 25 septembre, le général de Montesquiou, 
ayant tous ses corps sous la main, dirige le lieutenant 
général Rossi et les 8,000 hommes qu’il commande sur 
Méolans et Frétcrive, avec ordre de pousser des détache- 
ments jusqu’à Conflans, pour garder les débouchés des 
Bauges dans la vallée de l’Isère. Le maréchal de camp 
Casabianca, avec l’avant-garde, doit se réunir à lui à 
Saint-Pierre d’Albigny, en traversant ce massif que l’on 
croyait encore fortement occupé et dont 7,000 hommes 
surveillent les avenues entre Montmélian et Chambéry. 
Sept bataillons de grenadiers de la garde nationale, 
rassemblés aux environs des Marches, couvrent la base 
d’opération et sont en mesure de soutenir ces deux 
colonnes 3 . 

Ne sachant pas si le général d’Anselme avait pu attaquer 
le comté de Nice, M. de Montesquiou ne voulait pas 
pousser trop vivement les troupes piémontaises, afin de ne 
pas engager le gouvernement sarde à renforcer le corps 
qui occupait cette province. Ce n’est donc que le 4 octobre, 
en apprenant la réussite du passage du Var, qu’il donne 
l’ordre de faire évacuer définitivement la Maurienne et la 


1. Arch. de la Guerre : Rapport particulier. — Pinelli. 

2. Pinelli. — Jomini. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou , des 25 et 28 septembre. Laroque est à 
Saint-Pierre d’Albigny et Aiguebelle, Casabianca au Chatelard. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 

Tarentaise 1 . Dans la première de ces vallées, le maréchal septembre ira*, 
de camp Laroque, qui occupait déjà Saint-Jean et Saint- 
Michel, porte ses avant-postes jusqu’à Bramans et Termi- 
gnon. Le maréchal de camp Casablanca, après avoir 
traversé les Bauges * et rétabli le pont de Conflans, était 
arrivé, le 30 septembre, à Moutiers-en-Tarentaise, dont 
les habitants avaient refusé de prendre les armes contre 
les Français 3 . Il poursuit alors l’arrière-garde piémontaise 
et la rejette de Bourg-Saint-Maurice sur le col du petit 
Saint-Bernard, s’emparant de deux pièces abandonnées au 
détroit ou défilé du Cieix\ Le lieutenant général Rossi, 
chargé du commandement en Savoie, fait occuper en 
même temps Rumilly, Seyssel, Annecy, Laroche, Thonon 
et autres postes, tandis que les bataillons en formation à 
l’intérieur gagnent peu à peu Chambéry. 

Dix à douze canons, 1,000 fusils, 100,000 cartouches, 

3,000 sacs de grains, des caissons d’artillerie chargés et 
tous les équipages des officiers constituent les trophées 
de cette conquête si extraordinaire par la rapidité et 
l’imprévu des événements 5 . C’est au milieu de son triomphe 
à Chambéry, que M. de Montesquiou apprend par les 
feuilles publiques qu’il a été destitué le 23 septembre, 
sur des dénonciations mensongères. En même temps, il 
est vrai, il recevait avis du ministre de la guerre que 
l’exécution de cette mesure était suspendue jusqu’à l’issue 
des opérations en Savoie. Dans une lettre adressée au 
président de la Convention nationale, il proteste contre les 
accusations dont il est l’objet et demande à être remplacé. 

Mais le décret de destitution est annulé le 7 octobre, 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 4 octobre. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport joint à la lettre du 28 septembre. 

3. Arch. de la Guerre : Rapport particulier. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 13 octobre. A cette date la Tarentaise 
et la Maurienne sont entièrement occupées par nos troupes. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 24 septembre. — Pinelli. — Arch. 
deBreil, pièce n* 2. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


octobre ira*. avant môme la réception du rapport des commissaires ; 

Ce rapport disait qu’il n’avait été porté plainte contre le 
commandant de l’armée des Alpes ni par les troupes, ni 
par les citoyens, que l’état-major avait été épuré, qu’enfm 
les habitants de la Savoie réclamaient le maintien du 
général *. Au moment où M. de Montesquiou était informé 
de cette juste réparation*, il croyait avoir terminé heu- 
reusement l’affaire délicate des démêlés du gouvernement 
français avec la République de Genève, 
de Genève L'invasion de l’évêché de Bâle par Custine au printemps 
de 1792 3 , la triste journée du 10 août, le licenciement des 
régiments suisses avaient produit sur la Diète helvétique, 
réunie à Aarau, une impression si pénible qu’il y fut 
question un moment de déclarer la guerre à la France 4 . 
Toutefois, la cour de Vienue ayant simplement approuvé, 
le 29 août, un projet de neutralité qu’appuyait également 
le roi de Prusse, désireux de mettre hors d’atteinte sa prin- 
cipauté de Neufchâtel, les représentants des treize cantons 
se bornent à déclarer leur ferme résolution d’observer une 
exacte neutralité et de la soutenir, au besoin, à main 
armée 5 . 

Cinq à six mille hommes sont réunis à Erguel et 
Munsterthal pour appuyer une demande d’évacuation du 
territoire de Porentruy, faite par les cantons d’Uri et de 
Berne 8 . Ce dernier profite de contestations avec le pays 
de Vaud, qui était sous sa domination et où les partisans 
de la Révolution française étaient nombreux et ardents, 

1. Àrch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou au ministre, du 29 septembre, au prési- 
dent de la Convention, du 30. Lettre des commissaires, du 28 octobre. Lettres du ministre, 
du 26 septembre. Le chef d’état-major Poncet, assex malade, avait été autorisé à prendre 
sa retraite ; il est remplacé par le colonel d’artillerie Saint-Remy. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de M. de Montesquiou, du 22 octobre. 

3. Jomini. — de Golberg. — Hénault. L’évéque de Bâle, prince de l’Empire, avait appelé 
400 Autrichiens pour empêcher les réunions populaires. 

4. Jomini. 

5. Jomini. — de Golberg. — Correspondance de Montesquiou : Lettre de Châteauneuf à 
Montesquiou du 2 octobre ; lettre du Corps helvétique au général Montesquiou du 
21 septembre, annexée à la précédente. 

6. Jomini. — Hénault. — Rapport fait à ce sujet à la Convention le 3 octobre. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


245 


pour envoyer à Nyon et Trélex 9,000 hommes aux ordres ° ctobr « »»• 
du général Murait 1 . Le pouvoir aristocratique, dit des 
« négatifs » , rétabli à Genève depuis l’occupation de cette 
ville en 1782 par les troupes bernoises, piémontaises et 
françaises, avait été obligé de transiger plusieurs fois avec 
les démocrates*. Craignant un soulèvement général au 
moment de la conquête de la Savoie, il réclame une gar- 
nison de sûreté de ses alliés Berne et Zurich, qui s’empres- 
sent d’envoyer 1,600 hommes, le 30 septembre 3 . 

Mais le parti populaire de Genève avait en Clavières, 
ancien séuateur de cette ville et alors ministre des contri- 
butions et revenus publics de France, un partisan 
convaincu. A son instigation, M. de Montesquiou reçoit 
l’ordre d’entrer à Genève, dès le 29 septembre *. Ce môme 
jour, sur la demande des commissaires de l’Assemblée, le 
maréchal de camp Carcaradec avait été dirigé sur Carrouge 
avec quatre bataillons, deux escadrons, quatre pièces de 
position et deux obusiers. Ordre était donné, en môme 
temps, aux troupes du département de l’Ain de se réunir à 
Gex\ Peu au couraut des desseins politiques du Conseil 
exécutif provisoire, hésitant à engager dans une entreprise 
mal définie et assez aléatoire des troupes à peine orga- 
nisées, M. de Montesquiou pensait que cette démonstration 
suffirait pour appuyer les représentations de M. Château- 
neuf, résident de France à Genève, qui venait d’y être 
officiellement reconnu comme ministre de la République 
française®. 

1. Jomini. — de Golberg. — Correspondance de Montesquiou : Lettre de Murait au général 
Montesquiou, annexée à la lettre du 6 octobre de ce dernier. 

2. De Golberg. Il y avait eu notamment une révolte le 27 janvier 1789, à propos de 
l'augmentation du prix du pain. En février 1791, les étrangers à la cité et un grand nombre 
de citoyens réclament sans succès l’égalité des droits politiques. 

3. Jomini. — de Golberg. — Correspondance de Montesquiou. 

4. Jomini. — de Golberg. Correspondance de Montesquiou. Lettre du ministre, du 
29 septembre. 

5. Arch. de la Guerre: Lettre des commissaires, du 26 septembre. Lettres de Montesquiou, 
des 28 septembre et 4 octobre.— Correspondance de Montesquiou. Lettre à Châteaunr ni, du 
27 septembre et du 2 octobre. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 3 et 13 octobre. Correspondance de 
Montesquiou. Lettre à Châteauneuf, du 2 octobre. 

17 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


Octobre 1792. 


Le brusque départ de ce dernier 1 , l’ordre d’entrer à 
Genève de gré ou de force* l’obligent, le 6 octobre, à se 
rendre lui-même à Carrouge et à y appeler des forces plus 
considérables 3 . Trois camps sont formés autour de ce 
bourg : celui de droite, de 2,000 hommes, était en avant 
de Veirier, le front et la droite à l’Arve, avec une batterie 
de quatre pièces de 4, enfilant le pont de Sierne. Celui du 
centre, d’un millier d’hommes, à Bardonnex, près de Saint- 
Julien, couvrait le quartier général établi à Landecy. 
Celui de gauche, de 3,000 hommes, d’abord sur le terri- 
toire de Lancy, la droite à ce village, la gauche au Rhône, 
est reporté à hauteur d’Ouex, où reste une partie des 
troupes. L’autre partie est postée au moulin Devancy, 
pour défendre le bac du Rhône qui devait être remplacé 
par un pont. Mais ce point paraissant trop rapproché de 
Genève, le pont est jeté à Collonge, sous la protection du 
fort de l’Ecluse, dans le mois de novembre 4 . Une batterie de 
quatre canons de 8 est construite dans le bois de la Bâtie, 
au confluent du Rhône et de l’Arve 5 . Sur la rive droite de 
cette rivière, deux à trois bataillons occupaient Chênes, 
Cologny, Vézenas, Collonge, Bellcrive, Corsier et Veigy. 
Autour de Gex, le maréchal de camp d’Oraison avait réuni 
six à sept bataillons et deux escadrons. Des pièces de siège 
étaient demandées à Lyon, un parc d’artillerie préparé à 
Auxonne et Briançon 6 . En attendant leur arrivée, une 
partie des canons des bataillons est réunie à Coufignon, 
Onex et au Grand-Lancy. 

Ces dispositions étaient du reste tout à fait insuffisantes 

1. Correspondance de Montesquieu : Lettre de Châteauneuf, du 3 octobre. Le résident de 
France à Genève avait peut-être quitté son poste trop précipitamment, si l’on en croit la 
lettre du ministre des affaires étrangères, du 8 octobre, où il est indiqué que l’ordre de se 
retirer lui avait été donné sous conditions. 

2. Àrch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 3. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, des 4,6 et 21 octobre; lettre du 6 novembre. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre pour la réception du pont de Collonge, le 5 décembre. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport du syndic de Carrouge, le 13 novembre. 

6. Arch. de la Guerre : Ordre du chef d’état-major au colonel d’artillerie Dujard. 


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CONQUÊTE UE LA SAVOIE 


247 


pour s’emparer de Genève par la force '. Bâtie sur les deux octobre n». 
rives du Rhône, avec un port sur le lac de Genève, que 
défendaient plusieurs batteries, cette ville était très diffi- 
cile à investir. Sur la rive droite, le quartier Saint-Gervais 
était, en 1792, défendu par une double couronne avec demi- 
lunes et chemin couvert. Sur la rive gauche, le bourg 
La Tour avait une double enceinte assez bien organisée, 
qui nécessitait une attaque régulière. Mais, faute de 
chevaux et par suite de l’éloignement des places et du 
mauvais état des chemins, on ne pouvait espérer avoir 
réuni un parc de siège avant le printemps * . Quant à un 
bombardement, il était douteux qu’il produisît quelque 
effet sur les 6,000 bourgeois distribués en compagnies et 
d’autant plus résolus à défendre leur liberté qu’ils étaient 
assurés du concours du canton de Berne, pouvant mettre 
sur pied 20,000 hommes 3 . Il faudrait alors une nouvelle 
armée pour manœuvrer du côté du pays de Vaud et couvrir 
le corps de siège. En outre, les puissances coalisées 
contre la France ne manqueraient pas de mettre à profit 
cette violation de la neutralité helvétique pour menacer la 
frontière du Jura 4 . 

Exposées avec force et netteté par M. de Montesquiou, 
ces raisons excellentes finissent par convaincre la majorité 
du Conseil exécutif provisoire de la nécessité d’abandonner 
la prétention de révolutionner Genève 5 . L’adoption de 


1. Les renseignements qui suivent sur l’état de la ville de Genève en 1792, sont tirés 
de la Topographie militaire des Alpes , de M. de Montannel et d’un mémoire du général 
d’ Arçon, inspecteur du Génie, qui se trouve aux archives de la Guerre, à la date du 
9 novembre. Cet officier du plus grand mérite avait été destitué de ses fonctions par le 
lieutenant général de Hesse. Il servait en qualité de volontaire auprès de M. de Montesquiou, 
qui écrit, le 2 novembre, au ministre de la guerre pour le faire replacer. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou, du 15 octobre et du 6 novembre. 
Correspondance de Montesquiou : Lettres des 11 et 31 octobre et du 6 novembre, adressées à 
Lebrun, ministre des affaires étrangères. 

3. Correspondance de Montesquiou: — Lettres de Montesquiou, des 11 et 15 octobre. 
Lettre de Lebrun du 8 octobre. Lettre du Conseil de Genève, du 10 octobre et des syndics 
de la même ville, du 11 octobre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 13 octobre. 

5. Arch. delà Guerre: Lettres de Montesquiou, des 13, 15, 16 octobre. — Correspondance 
de Montesquiou: Lettres de Montesquiou, des 3, 6, Il et 14 octobre. Lettres du ministre 
des affaires étrangères, des 11, 14 et 19 octobre. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


Novembre H92. cette décision était facilitée par le décret de la Convention 
annulant les articles du traité du 12 novembre 1782, relatifs 
à l’introduction des troupes étrangères dans cet Etat et 
point de départ de cette affaire*. Non seulement le com- 
mandant de l’armée des Alpes reçoit « carte blanche » * 
pour traiter avec cette République, mais il est en outre 
chargé d’entrer en négociations avec le corps helvétique, 
par lequel l’ambassadeur français, M. Barthélemy, n’était 
plus reconnu 3 . Grâce aux pourparlers engagés depuis le 
commencement d’octobre *, M. de Montesquiou parvient à 
signer, le 22 octobre, à Carrouge, avec le conseiller d’Etat 
Prévôt et le sieur Sullin, membre du grand Conseil de 
Genève, un projet de convention qui paraissait clore le 
différend au gré des deux gouvernements 5 . 

Clavières ne pouvait accepter une solution si conforme 
aux intérêts de la F rance, mais si opposée aux vues de son 
parti. Le Conseil exécutif provisoire ayant chargé le 
ministre des affaires étrangères de remanier quelques 
parties du texte de la convention qui paraissaient contraires 
à la dignité de la France, il s’empresse de mettre à profit 
le temps ainsi perdu 0 . Pache, qui venait de remplacer, au 
ministère de la guerre, Servan, appelé au commandement 
de l’armée des Pyrénées, donne des ordres pour que les 
préparatifs de guerre soient poussés avec activité devant 
Genève, tout en mettant le général dans l’impossibilité de 


1. Jomini. — Hénault. — Correspondance de Montesquiou : Lettre du ministre, du 19 octo- 
bre. — Correspondance de Clavières. Le décret de la Convention est du 17 octobre. 

2. Expression textuelle de la lettre du ministre des affaires étrangères, du 8 octobre 
(Conespondance de Montesquiou). 

3. Jomini. — Correspondance de Montesquiou : Lettre du ministre des affaires étrangères, 
du 19 octobre et délibération du Conseil exécutif provisoire du 17. Note de M. de Montes- 
quiou aux représentants de Berne et Zurich, du 25 octobre. 

4. Arch. de la Guerre : Réponse de Montesquiou à M. Murait, du 6 octobre. — 
Correspondance de Montesauiou. Voir les nombreuses notes, mémoires et dépêches échan- 
gées, au 27 septembre au 2l octobre, avec le Conseil et les syndics de Genève et les repré- 
sentants de Berne et Zurich. — Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 21 octoore. 

5. Correspondance de Montesquiou ; Envoi du projet de convention, le 22 octobre. 
Lettre du 28 octobre. Adoption de la convention par le Conseil général de Genève et 
commencement de la mise a exécution. 

6. Correspondance de Montesquiou : Lettre du ministre des affaires étrangères du 
27 octobre. Lettre de Montesquiou, du 31 octobre. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 

les exécuter, eu lui retirant une partie de son comman- Norembre ira. 
dement *. On envoie en outre de Paris un nouveau négo- 
ciateur, peu au courant de la question et chargé de 
propositions inacceptables, bien que M. Chàteauneuf fût 
rentré à Genève le 27 octobre *. En môme temps, M. de 
Montesquiou, accusé de concussion et autres crimes 
imaginaires, est mis en accusation par la Convention 
nationale le 7 novembre 3 . Averti le 13, quelques heures 
avant l’arrivée du courrier porteur du décret, il se résout 
à passer seul en Suisse, après s’être bien rendu compte 
que le désaccord était trop grand entre ses idées et celles 
des hommes alors au pouvoir pour qu’il pût espérer rendre 
encore quelques services à son pays 4 . Triste résultat du 
fanatisme, quel que soit son objet, dans tous les lieux et 
dans tous les temps ! 

Cependant l’armée de Savoie privée de son commandant, 
médiocrement remplacé par le lieutenant général Dornac, 
chargé de l’intérim, n’était pas plus qu’auparavant en état 
d’entreprendre le siège de Genève. Le temps pluvieux et 
froid avait même obligé de cantonner les troupes affaiblies 
par les maladies 5 . Les victoires successives des armées 
du nord-est, en imposant au corps helvétique, permirent 
au gouvernement français de sortir avantageusement de 
cette impasse. Dans la séance du 21 novembre, la Conven- 
tion se borne à approuver la transaction corrigée que M. de 

1. Correspondance de Montesquiou : Lettres du ministre de la guerre, des 20 et 26 octo- 
bre, 6 novembre. Lettre du 1" novembre, annonçant la séparation de l’armée d’Italie. 

Lettres de Montesquiou, des 31 octobre et 10 novembre. 

2. Correspondance de Montesquiou : Lettres du ministre des affaires étrangères et du 
résident de France à Genève des 23 et 26 octobre. Ce nouveau négociateur est le citoyen 
Genet, qui, partant le 30 octobre de Paris, ne pouvait arriver qu’au moment où la nouvelle 
convention au 2 novembre serait déjà conclue. Mais il devait remettre tout en question. 

Au bout de quelques heures, le citoyen Genet s’aperçut qu’il était l’instrument de quelque 
intrigue. Lettres de Montesquiou au ministre des affaires étrangères, des 6 et 8 novembre. 

3. Jomini. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre d’arrestation du munitionnaire général Benjamin et du 
commissaire général Vincent. Tous deux furent déclarés innocents, mais il fallait bien les 
faire arrêter pour justifier l’accusation portée contre Montesquiou. Au moment de quitter 
son quartier général, ce dernier écrivait du reste au ministre pour protester contre cette 
arrestation. — Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 12 novembre. Ordre «à l’adju- 
dant général Duhreuil d’aller s’entendre avec les autorités de Genève pour arrêter M. de 
Montesquiou 

5. Arch. de la Guerre : Ordre du 7 novembre. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


Renforts 
envoyés aux 
armées du Var. 


Novembre ira*. Montesquiou avait pu faire accepter le 2 du même mois et, 
le 29, le Conseil de Genève, peu rassuré, accepte ce décret 
assez hautain Le 30 novembre, le reste de la garnison 
de cette place se retire par le lac et, le 7 décembre, le 
corps d’armée du général Murait est dissous*. La poli- 
tique quelque peu dangereuse du Conseil exécutif provi- 
soire devait du reste porter ses fruits. A la fin de 
l’année 1792, la révolution était consommée, à Genève du 
moins, sans effusion de sang 3 . 

L’heureuse issue des démêlés avec la Suisse allait 
permettre d’envoyer aux armées du nord-est une partie des 
troupes rendues inutiles, pour la défense de la frontière 
des Alpes, par les rigueurs de l’hiver. Dès le 29 septembre, 
le ministre de la guerre avait demandé d’expédier d’ur- 
gence sur Phalsbourg 6,000 hommes tirés autant que 
possible des régiments de ligne. Il indiquait encore que 
l’on devait se préparer à les faire suivre d’un pareil nombre *. 
A ce moment, il était impossible de distraire des troupes 
de Savoie quelques-uns des bataillons employés dans ce 
pays ; les remplacer par des bataillons de grenadiers delà 
garde nationale eut été contraire à la loi du 25 juillet. 
Du reste, ces bataillons étaient mal organisés, mal armés, 
mal commandés et, loin de rendre des services, causaient les 
plus graves désordres partout où ils passaient 5 ; aussi, 
malgré les injonctions des commissaires de l’Assemblée *, 
M. de Montesquiou les avait-il presque tous renvoyés 1 . 
On ne pouvait donc disposer que des corps laissés à l’inté- 
rieur pour assurer l’ordre dans les départements. Quelques- 


1. Jomini. — Hénault. 

2. Jomini. — Àrch. de la Guerre : Lettre de Dornac, du 8 décembre. 

3. Jomini. — Hénault. — Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann, du 30 décembre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre Servan. — Correspondance de Montesquiou, 
(l r « partie). 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou aux commissaires de l’Assemblée le 
6 octobre. 

6. Arch. de la Guerre: Lettre des commissaires à Montesquiou le 4 octobre. 

7. Arch. de la Guerre : Lettres de Montesquiou au ministre, des 28 septembre, 3 octobre 
et \ novembre. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


251 


uns sont dirigés sur Dijon 1 ; mais le Conseil exécutif pro- Novembre 1792. 
visoire s’étant décidé à pousser vigoureusement l’attaque 
de Genève, le ministre avait arrêté leur marche*. 

Il n’en était plus de même au commencement de 
novembre. Aussi, dès le 16, ordre est-il donné de diriger 
sur Belfort le 22 * régimeut de cavalerie, le 8' dragons et 
le 4' chasseurs à cheval. Le 25, il est prescrit d’envoyer 
en outre 10 bataillous d’infanterie, dont quatre de ligne 
et un d’infanterie légère 3 . L’armée des Alpes est alors 
réduite à 44 bataillons, dont 10 de ligne et trois d’infan- 
terie légère. Des 31 bataillons de volontaires, plusieurs 
étaient à peine organisés, mais pouvaient devenir 
fort bons à la fin de l’hiver. 14 bataillons étaient néces- 
saires dans les places ; il en restait donc 27 pour l’armée 
de campagne. L’infanterie comptait en outre deux légions 
et six compagnies franches en formation, ainsi que quatre 
bataillons de grenadiers de la garde nationale, abusivement 
demeurés sur pied *. En fait de troupes à cheval, il ne 
restait plus qu’un régiment de dragons et un de cavalerie 
fort incomplet 5 . Quant à l’artillerie, on complète ses 
compagnies, en prélevant 32 hommes sur chacuu des régi- 
ments d'infanterie 6 . Le matériel de réserve, qui avait été 
réuni peu à peu à Onex et à Carrouge, est dirigé sur 
Chambéry, où le parc est installé 7 . On renvoie à Lyon les 


1. Arch. de la Guerre : Lettre de Montesquiou, du 3 octobre. 

2. Correspondance de Montesquiou. Il s’agit d’un bataillon de grenadiers de l’Ardèche 
qui, arrivé à Dijon, reçoit l’ordre de rétrograder sur Lyon. Les bataillons de l’Ariège et de 
la Haute-Garonne, envoyés du département du Gard, rejoignent l’armée de Savoie. 

3. Arch. de la Guerre : Ordres des 16 et 25 novembre, 5, 8 et 9 décembre. Lettre de 
Kellermann, du 29 décembre. 

4. Arch. de la Guerre: Lettre de Montesquiou du 11 novembre. Voir pièces justifica- 
tives, n* 19. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann du 29 décembre. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre du 14 novembre. Ordres des 7 et 8 décembre. 

7. Arch. de la Guerre : Ordres des 16 et 29 novembre et du 12 décembre. Afin de réunir 
devant Genève le plus d’artillerie possible on avait retiré les pièces françaises des troupes 
de la Tarentaise et de la Maurienne et on les avait remplacées par des pièces de 3 
piémontaises, trouvées à Montmélian et Chambéry — Le 19 novembre, on avait ainsi à 
Onex et Menv : 1* Artillerie des bataillons de ligne, 24 pièces de 4, 24 caissons portant 
4,032 couns, 0 caissons d’infanterie portant 139,815 cartouches. 2* Artillerie de reserve : 
4 pièces ae 12 et 12 caissons, portant 852 coups, 4 pièces de 8 et 8 caissons, portant 796 
coups ; 2 obusiers de 6 pouces et 6 caissons, portant 320 coups. Voir du reste pièces 
justificatives, n* 20. 


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252 CONQUÊTE DE LA SAVOIE 

Décembre U92. pièces de gros calibre que l’arsenal de cette place avait 
mis en route pour le siège de Genève*. 

K pra«uë n Cette armée ne présentait qu’un effectif d’environ 
commandement 25 } 000 hommes. 40,000 semblaient nécessaires pour 
i armée des Alpes g^der efficacement la frontière du mont Blanc à 
Entrevaux 2 . Elle était dépourvue de chef. Le général 
Kellermann avait été désigné pour la commander le 27 
novembre ; mais, malgré les instances du ministre, il ne 
pouvait être rendu au quartier général de Chambéry que 
le 21 décembre 3 . En attendant, le lieutenant général 
Dornac n’avait pas sur les troupes l’autorité suffisante 
pour compléter leur organisation, à peine ébauchée au 
moment de l’entrée en campagne*. Il ne possédait pas non 
plus la coufiance du gouvernement. A propos de la réunion 
de la Savoie à la France, 5 il avait cru devoir lancer une 
proclamation, qui avait été prise au sérieux par le ministre 
de l’intérieur et avait provoqué de sa part de vives 
réclamations®. Il manquait à l’état-major deux lieutenants 
généraux, six maréchaux de camp, deux adjudants géné- 
raux. Par suite, on ne pouvait consacrer à la discipline et à 
l’instruction, c’est-à-dire à l’éducation militaire de ces 
soldats improvisés, tous les soins désirables 7 . 

L’habillement était dans l’état le plus lamentable. L’ar- 
mement laissait toujours beaucoup à désirer. Le service 
des vivres était assuré avec beaucoup de peine ; on vivait 
au jour le jour*. Il paraissait indispensable de remplacer au 


1. Àrch. de la Guerre : Avis de l’arsenal de Lyon du 6 décembre et ordre du ministre 
du 19 du même mois. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Kellermann, du 29 décembre. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 27 novembre, lettre de Dornac, du 
28 décembre. 

4. Arch. delà Guerre : Réclamations d'officiers demandant à être protégés, contre les 
dénonciations des commissaires de la Convention. Lettre de Dornac du 16 novembre 
demandant des instructions. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 5 décembre, annonçant l’envoi des décrets 
des 27 et 29 novembre sur la formation du département du Mont-Blanc. — Hénault. 

6. Arch. de la Guerre : Proclamation de Dornac le 25 novembre. Lettre du ministre 
de l’Intérieur, du 6 décembre. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 7 décembre. 

8. Arch. de la Guerre : Lettre de Dornac, du 15 novembre. 


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CONQUÊTE DE LA SAVOIE 253 

plus tôt le nouveau commissaire ordonnateur en chef, Weembre îm 
Alexandre, qui n’agissait qu’en paroles Il fallait porter 
toute l’attention désirable sur ces objets, ce qui ne pouvait 
se faire que dans les quartiers d’hiver. 

M. de Montesquiou, qui se rendait parfaitement compte 
de cette situation, avait adressé un projet au ministre, dès 
le 24 octobre*. L’ordre d’entrer en cantonnement n’est 
cependant donné que le 23 novembre ; l’exécution n’en 
est terminée que le 15 décembre 3 . Dans le fond des vallées, 
les pluies continuelles avaient déjà fort incommodé les 
troupes, affaiblies par de nombreux malades que l’on ne 
pouvait évacuer, faute de place dans les hôpitaux, d’ailleurs 
peu nombreux et très mal approvisionnés . 4 Dans les mon- 
tagnes, un retard de la chute des neiges, qui se produit 
quelquefois, obligeait à prendre des précautions pour 
couvrir le territoire, bien que les Piémontais eussent déjà 
retiré leurs troupes et leur artillerie du montCenis 5 . 

Dans la Tarentaise, on n’avait pu terminer la batterie- 
redoute que le général d’ Arçon avait fait tracer au pied 
du petit Saint-Bernard®. Le 8* bataillon d’infanterie légère 
occupe Séez, Bourg-Saint-Maurice et Aime. Il est appuyé 
par le 1" des Landes, cantonné à Moutiers, et le S 1 "* de 
l’Isère, à Conflans. Chaque bataillon a deux pièces de 
3 piémontaises. Quelques dragons sont chargés de la 
correspondance. Dans la Maurienne, on n’avait pas eu le 
temps de commencer de retranchements. Aussi y place-t-on 
deux bataillons de ligne. Le 2 e d’infanterie légère est 
réparti entre Lanslebourg, Termignon, Sollières et Bra- 

1. Arch.de la Guerre: Lettres de Dornac, du 19 novembre et de Kellermann,du 29 décembre. 

2. Correspondance de Montesquiou. 

3. Arch. ae la Guerre : Lettre de Dornac, du 12 décembre. Ordre du ministre, du 23 nov. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Laroque, du 11 décembre. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport du chef d’état-raaior, du 15 décembre. Rapport du 
citoyen Marco* de Saint-Jean au Comité d’administration provisoire des Allobroges, du 
8 novembre. Les Piémontais avaient 1.000 hommes, 6 pièces au grand montCenis, 8 mortiers 
au petit mont Cenis, 12 canons à la Xovalaise. 

6. Arch. de la Guerre : Rapport de d’Arçon le 9 novembre, sur la reconnaissance des 
▼allées de la Tarentaise et de la Maurienne. 


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254 


CONQUÊTE DE LA SAVOIE 


Décembre 1192. man.s. Le bataillon de garnison du 22 * régiment avait 
été envoyé de Briançon à Modane et Saint-Michel 1 . 
Le 4 e de l’Isère est à Saint-Jean et le 4' de l’Ain à 
Aiguebelle et la Chambre. Ces troupes avaient également 
avec elles six pièces de 3 et un détachement de dragons. 
Le maréchal de camp Laroque, déjà familiarisé avec ce 
pays, commande dans les deux vallées*. 

Celle de la Durance est sous les ordres du maréchal de 
camp Camillo Rossi. Les garnisous de Briançon et de 
Montdauphin sont couvertes, à droite, par le 4'' bataillon 
de la Haute-Garonne et le 3 e bataillon de grenadiers, 
encore constitué 3 . Leurs compagnies sont détachées dans 
toutes les localités importantes du Queyras et envoient 
fréquemment des patrouilles à la frontière. Dans l’Ubaye, 
le 1 er bataillon des chasseurs de l’Isère garde Jausiers, le 
camp de Tournoux et les redoutes qui en dépendent. Le 
1" des Basses-Alpes occupe Larché, sur la route du col de 
la Madeleine. Le 1 er bataillon des grenadiers de ce 
département est en réserve à Faucon et à Barcelonnette *. 

Cette chaîne de postes couvrait bien les cantonnements 
largement établis en Savoie et dans les vallées de l’Isère 
et du Rhône 5 . Les troupes allaient ainsi pouvoir mettre 
tranquillement l’hiver à profit pour perfectionner leur 
instruction militaire et se préparer à la campagne 
prochaine. 


1. Arch. de la Guerre : Compte rendu du 22 novembre. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport du chef d'état-major, du 15 décembre. 

3. Arch. de la Guerre : Il y avait à l’armée des Alpes de» compagnies détachées des 
20*, 61* et 80* régiments appartenant à l'armée des Pyrénées ou d’Italie. Le ministre donne 
l’ordre de les renvoyer le 29 décembre, à la suite d’une demande formulée par le capitaine 
de La Tour-d’Auvergne commandant les quatre compagnies du 80*, alors stationnées à 
Pont-dc-Beauvoisin. Le 3* bataillon de grenadiers est dissous en janvier. 

4. Arch. de la Guerre : Ordres du 15 décembre. Les postes du Guil sont les suivants : 
4* bataillon de la Haute-Garonne : Abriès, état-major et 4 compagnies; Roux, une compa- 
gnie ; Ristolas, 2 avec détachements de 1 lieutenant et 30 hommes à la Monta et à Li 
Chalp ; La Montette et Valpreveyre, 2 compagnies. 3 e bataillon de grenadiers : Molines, 
état-major et 2 compagnies ; 1 compagnie repartie entre Molines, Picrregrosse, Fougillarde 


etCoste Rouge ; Saint- Véran, 1 compagnie ; Aiguilles, 1 compagnie; Arvieux, 2.— Les postes 
de l’Ubaye sont les suivants : l* r bataillon de chasseurs de l'isere : 1 compagnie à Maurin 
et Fouillôuse, devant se rallier à la redoute du Castelet ; 1 à Saint- Paul ; 1 compagnie 
occupant les redoutes en avant du camp de Tournoux, celles de Glaisoles, la Condamine et 
le Cnâtelard ; état-major et 5 compagnies à Jausiers. 

5. Voir pièces justificatives, ir 21 . 


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CHAPITRE III 


OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE Septembre 1792. 


Aspect général du comté de Nice. — Dispositions défensives des 
Piémontais. — Situation du corps d’armée français. — Évacuation 
de la ville de Nice. — Réorganisation du corps d’armée austro- 
sarde. — Le général Brunet prend provisoirement le commandement 
de l’armée d’Italie. 

L’ancien comté de Nice était entièrement situé sur le Aspect générai 

du 

versant occidental des Alpes 1 . Les limites qui le sépa- comW de Nice - 
raient de la France partaient du pic de l’Enchastraye et 
suivaient la ligne de partage des eaux du Var et du 
Verdon jusqu’au col de Roubinous. Traversant alors le 
Var entre Guillaumes et Entrevaux, elles décrivaient sur 
la rive gauche un demi-cercle autour de cette petite place, 
qui restait à la France, tandis que Pnget-Théuiers ap- 
partenait au roi de Sardaigne. Elles gagnaient ensuite 
l’Estéron, à hauteur de la Roquette, et longeaient le cours 
de ce torrent, puis celui du Var jusqu’à la mer. 

Le littoral de la Méditerranée n’en faisait partie que 
jusqu’à Monaco, dont la principauté, comprenant en 1792 
les territoires de Roquebrune, Gorbio , Sainte-Agnès, 

Menton et Castellar, était sous la protection du gouver- 
nement français, qui y entretenait une garnison depuis 
Louis XIV*. Au delà s’éteudait le pays génois, dont la 

1. Cette description est en grande partie le résumé d’ouvrages déjà cités : Ia i frontikre 
du sud-est, par le général Borson ; la Topographie militaire des Alpes, par Montannel. On 
a en outre consulte une étude manuscrite sur le département des Alpes-Maritimes, faite 
vers 1805 par le général Garnier. (Bib. rnun. de Nice.) 

2. Voir pièces justificatives, n* 22. 11 y avait en 1792 a Monaco un bataillon du 28* régi- 
ment, en garnison à Antibes. 


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256 OCCUPATION OU COMTÉ DE NICE 

Septembre ra*. frontière passait par la ligne des crêtes de la rive droite 
de la Roya et de la Bévéra, du pont Saint-Louis au mont 
Grazian, d’où elle s’élevait vers les sources du Tanaro 
par les rochers de Fourcoin, la cime de Marta et le mont 
Tanarello, en laissant Breil au comté de Nice. 

La zone ainsi délimitée est sillonnée de nombreuses 
chaînes de montagnes élevées et arides, qui s’entre-croisent 
dans tous les sens et dont les flancs à pentes rapides, 
souvent uniformes du sommet à la base, sont ravinées 
profondément par des torrents ordinairement à sec. Les 
gorges étroites et profondes par lesquelles s’écoulent la 
Tinée, la Vésubie, la Bévéra et la Roya, les découpent en 
massifs dont les plus importants sont ceux du Mounier, 
du Tournairet, de l’Authion et du Grammondo. 

Les rochers mis à nu ou recouverts çà et là de maigres 
pâturages donnent aux parties les plus élevées un aspect 
sauvage et désolé, que complète la vue des pics des 
grandes Alpes, couverts de neiges les trois quarts de 
l’année, auxquels ces massifs sont rattachés. Au pied de 
cet amphithéâtre sévère s’étend le cirque du Paillon enve- 
loppé par le mont Chauve, le Macaron, le Férion, les 
cimes de Roccaseira et du Rocaillon, la chaîne qui forme 
le versant droit de la Bévéra, la masse du Baudon. Le 
torrent se jette dans la mer en traversant un bassin 
revêtu de la plus riche végétation, où les cultures de la 
zone tempérée se mêlent aux arbustes des pays chauds. 

Nice, capitale du comté, en occupe le centre. Ceinte 
d’une mauvaise muraille, elle était alors tout entière blottie 
entre la rive gauche du Paillon et la Méditerranée, à 
l’abri de la colline du Château , dont les fortifications 
avaient été ruinées en 1706 par le maréchal de Berwick 
sur l’ordre de Louis XIV. Elle était reliée au Piémont 
par la route qui franchissait successivement les cols de 


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OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 


257 


Braus, de Brouis et de Tende, pour aboutir à Coni. Du s«pt«mb« ira. 
côté de la France, cette route se prolongeait sur le bord 
de la mer jusqu’au Var, large à cette époque d’un kilo- 
mètre et que l’on ne traversait qu’à des gués dangereux 
et souvent impraticables. C’était du reste la meilleure 
communication, la seule suivie jusqu’à cette époque par 
les armées, dont cependant d’importants détachements 
avaient aussi utilisé le bon chemin muletier conduisant 
de Gattières à l’Escarène par Aspremont, Châteauneuf, 

Contes et Berre. 

Aussi les deux tiers du corps d’armée piémontais destiné Di»o«ition> 

défensives 

au comté de Nice, qui venait d’ôtre complété, sont-ils Ptémontau. 
cantonnés sur la rive gauche du Var, au milieu de septem- 
bre *. Ces dix bataillons forment deux brigades d’infanterie 
d’égale force*. Les grenadiers de l’aile gauche occupent 
le petit Saint-Laurent protégé par une vieille tour mise en 
état de défense. Deux escadrons campent en arrière, au 
pied de la hauteur de Saint-Augustin, sur laquelle une 
batterie pour dix pièces a été construite 3 . Les régiments 
de l’aile droite envoient des détachements à l’embouchure 
de la Vésubie et de la Tinée ainsi qu’à Puget-Théniers, 
pour y soutenir les gens du pays 4 . Deux bataillons sont 
en garnison à Nice ; deux autres gardent les communica- 
tions, l’un à Roquebillière et à Belvédère, l’autre à Sospel. 

Le dernier est dans le fort de Saorge. 

Pour appuyer ces troupes régulières d’un effectif de 
huit à 10,000 hommes au maximum, les milices s’orga- 
nisent activement, à raison de deux compagnies par man- 
dement, sous la direction du baron Grimaldi 5 . Le 20 

1. Arch. de la Guerre : Lettre du consul de Nice, du 19 septembre. Le 9 septembre, 
les deux bataillons du régiment de Courten arrivent à Nice ; le 8, étaient venus ceux de 
Verceil et Saluces. A la même date, les trois bataillons qui étaient dans cette ville partent 
pour leurs cantonnements du Var. 

2. Voir pièces justificatives, n* 23. 

3. Arch. de Breil, pièce n* 4. — Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 16 octobre. 

4. Arch. Breil, pièces n*» 4 et 8. 

5. Histoire de Nice , par Durante. — Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, des 22 
et 30 septembre. 


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258 


OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


septembre tiw. septembre, 800 hommes étaient réunis à Nice, 400 à Vil- 
lefranche ; 200 se portaient à la Turbie pour surveiller 
Monaco 1 . On comptait atteindre à bref délai le chiffre 
de 10 à 12,000 miliciens. Toutes ces troupes étaient 
sous les ordres du major général de Courten, Suisse 
d’origine, qui s’était distingué pendant les campagnes 
de la guerre pour la Succession d’Autriche. C’était un 
commandement bien difficile pour un général âgé de 
quatre-vingts ans. Il avait choisi pour chef d’état-major 
le comte Pinto, colonel de la légion des campements, qui 
avait quitté la Savoie pour venir le rejoindre*. 

Ingénieur d’un certain mérite, ce dernier avait cru 
d’abord pouvoir défendre la longue ligne du Var, si vul- 
nérable en tant de points que 24 bataillons n’avaient 
pas osé la garder en 1744 \ 11 avait fait élever une série 
de retranchements et de redoutes d’un développement 
de 12 kilomètres, des bords de la mer à Aspremont 4 . 
En même temps des batteries de côte avaient été ré- 
parées et des canons mis en batterie sur les remparts 
de Nice 5 . Il semble toutefois qu’il n’avait pas une entière 
confiance dans ces dispositions, puisque, après avoir pourvu 
à l’approvisionnement de la citadelle de Villefranclie et du 
fort Montalban, il avait prescrit de relever les retranche- 
ments établis autrefois aux environs de ce dernier ouvrage 
et de construire un mur crénelé autour de la villa Thaon, 
poste avantageux, sur le chemin de Nice à Villefranclie. 
L’hôpital général, qui devait être installé au couvent de 
Saint-Pons, avait aussi été reporté à Sospel 6 . 

1. Arch. do la Guerre : Lettre du consul de Nice, du 21 septembre. — Durante. 

2. Pinelli. — Jomini fait erreur en indiquant le comte de Saint-André comme commandant 
des troupes dans le comté de Nice dès le mois de septembre. 

3. Voir notre ouvrage : Opérations militaires dans les Alpes , etc. 

4. Pinelli. — Thaon de Revel. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de d'Anselme, du 2 octobre. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre du consul de Nice, du 21 septembre. Il se peut aussi que 
ce fût le résultat des critiques faites par M. de Saint- André, dans un rapport au roi en 
date du 7 juin (voir Mémoires de Thaon de Revel). Enfin, il est encore possible que ces 
mesures, prises le 20 septembre seulement, n'aient été adoptées qu’à la suite des bruits 
répandus par le général d’Anselme pour déguiser la faiblesse de son petit corps et dont 
il est question ci-après. 


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OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 259 

Cependant la division française du Var était loin d’étre septembre itsk. 
menaçante. En informant le commandant de cette division situation 
de son projet d’opérations contre la Savoie, M. de Mon- corps d’année 
tesquiou lui avait donné l’ordre d’attaquer le plus tôt 
possible le comté de Nice A la réception de cet ordre, 
le 17 septembre, le lieutenant général d’Anselme ne pou- 
vait immédiatement disposer que de huit bataillons, dont 
deux de ligne *. Ces troupes étaient campées depuis le 24 
à l’embouchure du ruisseau de la Brague, au nord d’An- 
tibes, la droite à Saiut-Roch, la gauche dans la direction 
de Cagnes, parallèlement à la route et face à la mer. 

Afin d’exercer les compagnies d’artillerie des bataillons 
de volontaires, on les avait réunies, le 15 septembre, dans 
la plaine de Châtillon, près de Grasse, aux deux seules 
compagnies d’artillerie de ligne dont on disposait avec 
leur matériel consistant en huit pièces de 4 et quatre de 8. 

A ce rassemblement, placé d’abord sous les ordres du 
maréchal de camp Brunet, puis du lieutenant-colonel 
Dupuy, du 1" bataillon de la Haute-Garonne, étaient 
joints deux escadrons de dragons et un bataillon de 
grenadiers de la garde nationale du département du Var, 
non armé, faute de fusils, ainsi que deux bataillons formés 
avec les grenadiers des régiments de ligne 3 . 

Tenu très exactement au courant des mouvements et 
des dispositions des forces piémontaises par M. Leseure, 
consul français à Nice, d’Anselme ne songeait, avec un 
aussi faible effectif, qu’à se tenir sur la défensive. Une 
redoute, armée de quatre mortiers, avait été construite 
à l’embouchure du Var. 24 canons de place ou de 

1. Correspondance de Montcsquiou : Lettre du 13 septembre. 

2. Àrch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 22 septembre ; mémoire du 25 décembre. 

3. Mémoires du général Roguet . — Jomini. — Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme 
du 22 septembre. — Mémoire historique et militaire de l'armée d'Italie , manuscrit du 
chef de bataillon Paulinier, rédigé sous le Directoire (Bibliothèque de la section technique 
du Génie, in-4*-75.) 


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260 


OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 


septembre ira. côte, tirés d’Antibes, étaient répartis en plusieurs batteries 
le long du torrent'. Mais, tout en prenant ces mesures 
de précaution, il donnait les ordres nécessaires pour être 
en état d’entrer lui-même dans le comté de Nice. Deux 
bataillons venant d’Aix et deux de Toulon devaient arri- 
ver le 1" octobre. Quatre ou cinq étaient partis du camp 
de Tournoux*. Dans cette direction il n’y avait que des 
chemins muletiers et l’on était obligé de démonter les 
pièces d’artillerie des bataillons pour les transporter 3 , 
en sorte que les troupes, formant un effectif de 10,000 
hommes environ, ne pouvaient être réunies que du 5 au 
8 octobre 4 . 

Aussi, pour intimider l’ennemi, d’Anselme annonce-t-il 
publiquement que son armée va être incessamment portée 
au chiffre de 40,000 hommes ; il en fait préparer les loge- 
ments 5 . Elle sera formée en trois divisions : celle de droite, 
partant de Saint-Laurent, marchera sur Nice directement; 
celle du centre se dirigera du Broc sur Aspremont et 
Contes, pour chercher à couper la ligne de retraite de 
l’ennemi par la route de Tende ; la division de gauche 
couvrira le flanc, en allant d’Entrevaux à Puget-Théniers 
etLevens*. En même temps des tentatives de débarque- 
ment seront opérées près de Nice, Villefranche et Monaco. 
A cct effet, des galiotes à bombes, des chaloupes canon- 


1. Jomini. — Àrch. de la Guerre : Lettre de d'Anselme, du 29 septembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 22 septembre ; mémoire du 25 décembre. 
— Arch. de Castellane : ordres réglant l’établissement des postes de dragons pour la corres- 
pondance avec Barcelonnette le 16 septembre. Ces postes sont repliés le 12 octobre. Il 
existe à la municipalité de Castellane plusieurs notes fort intéressantes en ce qu’elles 
donnent d’une façon très détaillée les passages de troupes dans cette ville pendant les 
années 1792 et 1793 ; malheureusement ces archives étaient dans le plus grand désordre 
en 1886. 

3. Arch. de Castellane : De Barcelonnette à Grasse il y avait six étapes . savoir : 
Col mars, Thorame-Haute, Barréme, Castellane et Séranon. — Le premier bataillon, celui 
du 91* régiment, partit de Barcelonnette le 22 septembre et, comme il avait un séjour, il 
n’arriva a Grasse que le 29. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 22 septembre. — Voir pièces justifi- 
catives, n* 24. 

5. Arch. de la Guerre : Mémoire du 25 décembre. 

6. Jomini. — Roguet. (Ces deux auteurs prennent pour réel un projet qui n’était que fictif. 
Il en est de même, du reste, du commandant du génie Paulinier. Cependant la conespon- 
dance de d’Anselme ne laisse aucun doute à ce sujet.) 


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OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


261 


nières et des canots sont demandés à Toulon'; les adminis- septembre ira. 
trateurs du département des Bouches-du-Rhône sont invités 
à préparer un corps de 6 à 8,000 hommes, prêt à être 
transportés par mer*. 

L’escadre de la Méditerranée, forte de cinq vaisseaux de Ewmtion 

* dê U 

ligne et de plusieurs frégates, sortie de Toulon le 20 sep- TiUe p£ Nic ® 
tembre et mouillée au Golfe-Juan, était en état de donner *“ Pi * montata - 
plus de consistance à ces bruits par quelques démonstra- 
tions. Le contre-amiral Truguet, qui la commandait, avait 
du reste reçu l’ordre de se concerter avec le général 
d’Anselme, pour appuyer les opérations contre le comté 
de Nice*. 

Le 27 septembre, la flotte vient croiser dans la baie des 
Anges. Une frégate fait la reconnaissance de la côte à 
demi-portée de canon; un autre bâtiment exécute des 
sondages à l’entrée de la rade de Villefranche 4 . L’alarme 
est aussitôt donnée ; la garnison de Nice prend ses postes 
de combat ; les batteries de côte sont prêtes à tirer. On n’ose 
faire feu pour ne pas exposer la ville à être bombardée et 
bientôt une forte brise d’est oblige l’escadre française à 
rentrer au Golfe-Juan. Mais, le lendemain matin, elle 
revient et l’amiral envoie un canot porter au commandant 
de la cité une dépêche le sommant de laisser partir le 
consul français 5 , M. Leseure. 

A la suite de discours passionnés contre la République 
française, tenus dans une église , et de collisions entre 

1. A pc h. de la Guerre : Lettre de Gazan, chargé du bureau des classes à Antibes, du 
10 décembre. On avait sans doute oublié de donner contre-ordre, en sorte que les embar- 
cations de Toulon arrivaient à ce moment à Antibes. 

2. Il semble bien que ce n’était là qu’une démonstration, puisque le 3 octobre d Anselme 
écrit aux administrateurs du Rhône qu’ils peuvent licencier ces troupes (Arch. de la Guerre). 

Hais ceux-ci ne l’entendaient pas ainsi et il fallut se servir de ces Dataillons, composés de 
la lie de la population de Marseille. On les verra figurer à l’expédition de Sardaigne. 

3. Arch. de la Guerre : Instructions du 15 septembre pour l’amiral Truguet. — Corres- 
pondance de Montesquiou : Lettre du 13 septembre. — Voir pièces justificatives,^ n* 25. — 

Mémoire manuscrit au commandant du génie Paulinier. — Mémoire justificatif de d’Anselme, 
du 14 avril 1793. . 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de l’amiral Truguet du 1" octobre. Mémoire du 25 
décembre. — Lettres de d’Anselme, des 29 et 30 septembre. Durante. — Pinelli. — Thaon 
de Revel. — La Révolution dans les Alpes-Maritimes , par l’abbé Tisserand. 

5. Durante. — Pinelli. — Jomini. 

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262 


OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 


septembre ns*, royalistes et libéraux, cet agent avait porté plainte et 
manifesté l’intention de se retirer 1 . Il avait été retenu 
comme otage jusqu’au moment où serait mis en liberté un 
consul piémontais incarcéré à Marseille*. N’osant prendre 
sur lui d’engager les hostilités, M. O’Brenan, colonel du 
régiment de Lombardie et commandant de la place de 
Nice, consent au départ de M. Leseure, qui s’embarque 
immédiatement sur une frégate et est conduit à Antibes*. 
Il fait prévenir immédiatement le général de Courten, 
commandant général par intérim du Comté en l’absence du 
marquis de la Planargia 4 . 

M. de Courten était allé faire une reconnaissance avec 
sou chef d’état-major aux environs d’Aspremont 5 . Revenu 
en toute hâte et mis au courant des événements, s’exagérant 
probablement la force du corps d’armée français, redoutant 
une tentative de débarquement qui, faite à Monaco ou 
Menton, menait très rapidement l’ennemi sur sa ligne de 
communication, avisé sans doute de la déroute du corps 
d’armée de la Savoie 8 , il prescrit aussitôt de se replier sur 
Saorge 7 . 

C’est en vain que 800 émigrés français, réfugiés à Nice, 
offrent de défendre la ville ; on ne leur laisse que la liberté 
de suivre l’armée ainsi qu’aux habitants qui redoutent 
l'arrivée des Républicains. La retraite ne pouvait s’ef- 
fectuer que par une seule route, qui fut bientôt encom- 
brée d’un nombre infini de fuyards. Commencée dans 
l’après-midi sans instructions précises, la marche des trou- 

1. Tisserand. 

2. Durante. 

3. Mémoire manuscrit du commandant Paulinier. 

4. Durante. — Pinelli. 

5. Pinelli. — Joinini. — Thaon de Revel. 

6 Thaon de Revel indique nettement que M . de Courten a reçu l’ordre de se replier en 
Piémont. La relation de M. de Malaussène (Arch. de Breil, pièce n* 3) laisse entendre 
seulement qu’il a eu connaissance des événements qui venaient de se passer en Savoie. 
Pinelli Darait contester l’un et l’autre de ce» deux faits. Il y a toute probabilité cependant 
pour qu'un courrier, qui a dû partir le 22 au soir, le 23 au pfus tard, de la Savoie soit passé 
le 25 à Turin, d’où il a pu sans difficulté arriver le 28 à Nice, dans la matinée. C’est du 
reste la seule manière d’expliquer cet ordre de retraite si fiévreusement donné. 

7. Voir pièces justificatives, n* 26. 


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OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


263 


pes se continue en désordre pendant la nuit. Un peloton septembre ira. 
de dragons, reveuant au trot des bords du Var, où il avait 
été oublié, met la panique dans l’arrière-garde. Se croyant 
poursuivis, les soldats se fusillent entre eux, puis se déban- 
dent et on ne les rallie que le lendemain matin, au col de 
Braus '. Cependant des marins et des portefaix du port de 
Nice, joints à cette lie de la population des grandes villes 
qui n’apparaît que dans les moments critiques, forcent et 
mettent au pillage le magasin royal du pain, les bâtiments 
de la Douane, des maisons particulières et jusqu’à un cha- 
riot d’effets appartenant à l’intendant comte Cristini et 
abandonné au milieu d’une place*. 

Informé de ces événements le 29 septembre, à 3 heures du l« générai 

d’Anselme 

matin 3 , le lieutenant général d’Anselme fait aussitôt passer occupe Nice, 
le Var à deux compagnies d’infanterie légère, un bataillon 
de grenadiers et trente dragons. Pendant que ce détache- 
ment fouille les bois de la rive gauche et dirige une 
patrouille sur la route de Nice 4 , quatre bataillons, dont 
deux de ligne, six à huit pièces de canon, 150 dragons se 
rassemblent en aval de Saint-Laurent, et, aidés par les 
paysans, franchissent le torrent partie à gué, partie à la 
nage, en ne perdant que trois hommes et quelques chevaux 5 . 

A la tête de cette avant-garde, d’Auselme, avec le maré- 
chal de camp Brunet, les adjudants généraux Lecointe et 
Milet-Mureau, marche sur Nice en s’éclairant avec soin®. 


1. Arch. de Breil, pièces n» 3 — Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 3 octobre, 
aux commissaires ; rapport du 25 décembre. — Durante. — Pinelli. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport des députés extraordinaires de Nice, Blanqui et Veillon 
au ministre de la guerre. — Arch. de Breil, pièces n® 3 et 7. — Durante. — Tisserand. — 
Pinelli. 

3. Arch. de Breil, pièces n # 3 et 7. D’après cette version, ce serait un nommé Pierre-Jean 
Seassal qui aurait été l’intermédiaire entre le baron Jacobi et d’Anselme. — Pinelli ne cite 
aucun nom, mais il ajoute que, pendant sa marche sur Nice, d’Anselme aurait reçu un avis 
du fils du consul français M. L esc ure, qui serait resté dans la ville après le départ de son 
père, effectué la veille. 

4. Malgré tous ces renseignements, le général d’Anselme pouvait craindre de rencontrer 
une arrière garde particulièrement sur la forte position de Montalban, dont l’attaque avait 
coûté tant ae sang à l’armée franco-espagnole en 1744. 

5. Pinelli. — Arch. de la Guerre : Lettres de d’Anselme, des 29 et 30 septembre, des 2 et 
16 octobre. Rapport du 25 décembre. Mémoire manuscrit du commandant Paulinier. Ce 
dernier dit que les troupes avaient de l’eau jusqu’aux épaules. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 30 septembre. — Durante. 


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Septembre 1792. 


264 OCCUPATION DU COMTÉ DE MCE 

La patrouille de dragons était arrivée de bonne heure 
dans cette ville. Son chef avait pris des renseignements 
auprès des autorités réunies au palais de la cité, commandé 
du pain pour l’avant-garde d’une armée de 50,000 hommes 
et ordonné de déposer les armes et les munitions de guerre. 
L’évêque et les consuls se rendent alors au-devant du 
général d’Anselme, qu’ils rencontrent à la villa Féraudi, 
dans le quartier Sainte-Hélène. Ils l’engagent à entrer dans 
Nice, lui certifiant que ni le fort Montalban, ni la cita- 
delle de Villefranche ne sont en état de résister l . Le 
commandant des troupes françaises, complètement ren- 
seigné, met en marche son détachement ; mais, afin de 
dissimuler la faiblesse de son effectif, il prescrit à haute 
voix au maréchal de camp Brunet de faire le tour des 
remparts avec 10,000 hommes 2 . A 4 heures du soir, les 
soldats bivouaquent sur les places Saint-Victor et Saint- 
Dominique ainsi que sur le cours qui les relie. Un poste 
est envoyé sur la gauche, aux abbayes de Cimiez et de 
Saint-Pons, tandis qu’un peloton de dragons, conduit par le 
capitaine Macquard, se dirige avec quelques grenadiers du 
28' régiment sur le fort Montalban 3 . Le commandant che- 
valier Cacciardi de Berra allait l’abandonner avec les 
60 hommes de garnison; il se rend à 9 heures du soir 4 . 
Enfin, ordre est donné au reste de la division de franchir 
le Var le lendemain. La nuit se passe ainsi sous les armes 5 . 

Le 30 septembre de grand matin, d’Anselme fait partir 
pour Villefranche un corps de grenadiers. Impatient de se 
rendre compte par lui-même de l’état des choses, il les 
précède avec 15 dragons et somme le brigadier Daviet de 

1. Arch. de Breil, pièce n° 7. — Tisserand. 

2. Arch. de la Guerre : Rapport du 25 décembre. 

3. Pinelli. — Tisserand. — Durante. — Arch. de Breil, pièces n*" 3 et 7. — Arch. de la 
Guerre : Lettres de d’Anselme précitées et mémoire justificatif du 14 avril. 

4. Pinelli. — Arch. de Breil, pièces n* 3, et mémoire justificatif de d’Anselme, du 14 
avril. 

5. Arch. de la Guerre : Rapport du 25 décembre. Lettre de d’Anselme des 2 et 16 
octobre. 


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OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 265 

Foncenex, ancien officier de marine, de se rendre. Laissé 
sans instructions précises, ce dernier avait cru bien faire 
en embarquant une partie de la garnison sur la frégate 
sarde le Saint-Victor, sous pavillon anglais. Il ne fit 
aucune difficulté pour remettre la place qui lui était con- 
fiée, avec 200 hommes 1 . Ainsi, en quelques heures, le 
commandant de la division du Var se trouvait maître de 
trois places ou forts, d’un port et d’une rade excellente, 
défendus par plus de cent pièces de canon bien approvi- 
sionnées, de 5,000 fusils, d’un million de cartouches, 
de deux bâtiments de guerre et de magasins de vivres. 
Il avait pris, sans verser une goutte de sang, un officier 
général, trois colonels, trois autres officiers supérieurs, 
douze officiers subalternes et 300 hommes *. 

Malheureusement il lui était impossible de compléter ce 
premier succès. Le passage du Var, commencé par les 
troupes, est presque aussitôt interrompu par une crue. Un 
violent orage disperse l’escadre, dont les vaisseaux mouil- 
lent partie au Golfe-Juan, partie dans la rade des îles 
d’Hyères. Pendant douze jours la pluie et le vent intercep- 
tent toute communication par terre et par mer 3 . Isolé 
ainsi avec 4,000 hommes, le lieutenant général d’Anselme 
ne peut faire reconnaître l’ennemi que par un bataillon 
de ligne, les compagnies d’infanterie légère et 50 dra- 
gons. Ce petit corps, sous les ordres du maréchal de 

1. Àrch. de la Guerre: Lettre» de d’Anselme, des 30 septembre et 2 octobre et 
rapport du 25 décembre. — Durante. — Pinelli. — Jomini. — Arch. de Breil, pièces n M 
13 et 7. — Roguet. — D’après Tliaon de Revel, il restait 60 hommes, 50 cavaliers et la 
compagnie de grenadiers de la frégate. Il donne du reste des renseignements très précis 
sur la manière dont les ordres du général de Courten avaient été communiqués aux com- 
mandants de Montalban et de Villefranche. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de d’Anselme des 3 et 16 octobre et rapport du 25 
décembre. — Pinelli. — Durante. — Ce dernier indique que M. de Foncenex parvint à 
s'échapper. — Thaon de Revel dit en outre qu’il fut condamné par un conseil ae guerre 
ainsi que Cacciardi et Pinto. — Courten, ultérieurement nommé au gouvernement de 
Coni, fut ensuite mis à la retraite. 

3. Arch. de la Guerre : Lettres de d’Anselme, des 2 et 16 octobre et rapport du 25 
décembre. — Durante. — Pinelli. — C’est à ce moment que fut inondé le camp de la 
Brague, où il était resté deux bataillons. (Voir Arch. de la Guerre : Mémoire justificatif de 
d’Anselme, du 14 avril 1793). Le comte Roguet, dans ses mémoires, parle de ce fait comme 
étant arrivé avant le passage du Var. Il se fait ainsi l’écho d’une des nombreuses calom- 
nies auxquelles fut en outte le général d’Anselme. 


Octobre 1792. 


Crue du Var. 


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Octobre 179*. 


266 OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 

carnp Brunet, atteint l’Escarène le 1" octobre et occupe le 
col de Braus, où des retranchements sont élevés *. Le 4, 
les chasseurs et les dragons se portent à Sospel, et, le 
lendemain, le lieutenant-colonel Bacciochi et le capitaine 
Macquard marchent vers Saorge avec 23 fantassins et 15 
cavaliers. Ils rencontrent au col de Brouis des milices, qui 
se replient sur un détachement du régiment de Lombardie, 
pourvu de deux petites pièces. Le pont del Gemiano, en 
amont de Breil, étant coupé, la reconnaissance se replie sur 
le col de Pérus, après une légère fusillade *. 

M. de Courten s’était en effet décidé à prendre position 
autour du château de Saorge avec les onze bataillons qui 
lui restaient, après avoir transporté successivement son 
quartier général de Sospel à Fontan, puis à Saint-Dalmas 
de Tende. Deux bataillons occupent le château et le village 
de Saorge. Ils fournissent des postes sur la route, dont les 
ponts ont été rompus, et sur les hauteurs de la Laguna et 
de fortino del Marte, contreforts de Colla-Bassa, gardés 
par des milices. Trois bataillons sont à Fontan avec un 
fort détachement et des milices à Formagine et au col de 
Raous. Un bataillon gardait Tende et la Ca, commence- 
ment de la montée du col ; les cinq autres étaient réunis à 
Saint-Dalmas 3 . 

Pour se mettre à l’abri d’un retour offensif de l’ennemi, 
peut-être aussi pour en imposer à la population, le général 
d’Anselme fait construire des batteries et divers ouvrages 
sur la colline du château de Nice et les hauteurs avoisi- 


1. Arch. de la Guerre : Lettres de d’Anselme, du 2 octobre et rapport du 25 décembre. 
— Thaoa de Revel. — Arch. de Breil, pièce n* 3. — Travail de M. le lieut. Combret, du 
24* bataillon de chasseurs, fait d’après ces documents. 

2. Arch de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 5 octobre. — Jomini. 

3. Voir pièces justificatives, n* 27. — Dans son récit, M. de Malaussène (Arch. de Breil, 
pièce n* 31, ainsi que Jomini et Pinelli, reprochent au général d'Anselme de ne pas s’étre 
porté immédiatement sur Saorge pour achever ainsi la conquête du comté de Nice. 
Les indications que fournissent les archives de Breil montrent combien d’Anselme eût été 
imprudent, si, à ce moment, il avait attaqué ces fortes positions défendues par 5,00C 
hommes de troupes régulières au moins et autant de milices, avec le faible détachement 
dont il pouvait disposer). 


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OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


267 


nant la ville '. Un grand nombre de pièces de tout calibre octobre rra*. 
servent à les armer *. Des ordres sont donnés, le 8 octobre, 
pour la construction sur le Var d’un pont de pilotis de 
700 mètres de longueur, qui est terminé à la fin de 
décembre et défendu par une batterie de huit pièces, 
établie sur les hauteurs de la rive droite 3 . C’était le seul 
moyen d’éviter à l’avenir une situation aussi dangereuse 
que celle où l’on se trouvait. Le 12 octobre seulement, le 
reste de la division française commence à arriver à Nice 
tant par terre, en passant les gués du Var revenu à son 
débit normal, que par mer en s’embarquant au Golfe-Juan 
et à Antibes 4 . D’autres bataillous étaient en marche dans 
l’intérieur de la Provence pour rejoindre, soit par Grasse, 
soit par Castellane \ Les administrateurs du département 
des Bouches-du-Rhône avaient achevé la levée qui leur 
avait été ordonnée. Désireux de se débarrasser de ces 
troupes formées avec les pires éléments de la population du 
département, ils priaient instamment qu’on les employât 
à la frontière s . Les bâtiments sur lesquels devaient s’em- 
barquer ces bataillons n’ayant pu être préparés à temps à 

1. Le commandant Paulinier dit <jue ces travaux furent dirigés par les ingénieurs Clau- 
xade et Henri. Les retranchements étaient en pierre sèche. On nt des baraques et on 
nettoya le grand puits qui avait été en partie comblé et est aujourd’hui fermé. D’après le 
mémoire justificatif de d’Anselme du 14 avril 1793, c’est l’ingénieur Milet-Mureau qui 
établit les premiers plans (Àrch. de la Guerre). 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme du 16 octobre. — Rapport du 25 décem- 
bre. — Dans la lettre, il est dit que 20 bouches à feu sont mises en batterie ; dans le 
rapport, ce nombre est porté à 50. — Pinelli. — Jomini. — Roguet. — Tisserand. — 

Toselli. 

3. Mémoire manuscrit du commandant Paulinier. — Dès le 8 décembre, une communica- 
tion provisoire était établie sur le Var. Un mois après, les charrettes passaient. On se 
servit des arbres qui se trouvaient sur les deux rives du torrent et de grosses pièces de bois 
expédiées de Toulon. Les ingénieurs Blay et Milet-Mureau dirigèrent ce travail important, 
auauel on ne peut reprocher que d’avoir été exécuté trop rapidement, en sorte qu’il exigea 
ultérieurement de continuelles réparations. — Arch. de la Guerre : Mémoire justificatif de 
d’Anselme, du 14 avril 1793. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 16 octobre. — Rapport du 25 décembre. 

— Jomini. 

5. Arch. de Castellane. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre des commissaires, du 8 octobre. — Compte rendu fait à 
la Convention le 9 octobre par le comité de Marseille chargé de la levée de 8,100 hommes. 

— Ces troupes étaient les suivantes : bat** d’Apt ou du Luberon 600 ; bat** de Martigues, 

600 ; bat** de Vaucluse, 800 ; bat** d’Aix, 800 ; détachements de Tarascon, d’Arles et d’Orange, 
formant le bataillon de l’Union : 1,000; grenadiers des Bouches-du- Rhône, réunis à Aix, 

1,600 ; bat** de Tarascon et la Ciotat, 800 ; bat** de Marseille ou phalahge marseillaise, à 
Solliès, 1,000 ; 4* bat** des Bouches du-Rhone à Aix, 800 ; canonniers de Carpentras, 100. 

— 33 navires étaient chargés des approvisionnements nécessaires à la subsistance de ces 
corps et transportaient en outre six pièces de 24, quatre de 18, deux de 8. quatre mortiers 
de 12, approvisionnés à mille et deux mille coups, plus le parc correspondant. 


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268 


OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


ii92. Toulon, faute d’entente entre les deux municipalités, ils 
sont mis en route par voie de terre *. Enfin des renforts sont 
également demandés en Corse *. Mais, avant l’arrivée de 
ces forces, il était nécessaire de s’étendre dans le comté de 
Nice, afin d’essayer d’en tirer des vivres, qui n’arrivaient 
que lentement et par mer \ 

Le maréchal de camp Brunet, dont la brigade est com- 
plétée à 2,000 hommes environ, le 12 octobre, occupe 
fortement Sospel et attaque le col de Brouis, le 18, avec 
600 hommes. Il s’en empare, malgré la résistance du comte 
Zénon, major de Lombardie, descend à Brcil, qui est pillé, 
et somme inutilement le chevalier de Saint-Amour de 
rendre le fort de Saorge. Il dirige aussi des détachements 
sur Lucéram, Berre et Contes *. 

La brigade Barrai, forte de 1,150 hommes, s’avance len- 
tement dans la vallée de la Vésubie. Le 17 octobre, elle 
atteint Levens ; le 20, deux bataillons et une compagnie 
franche marchent sur Lantosque par Duranus, Saint-Jean 
la Rivière, Figaret, localités qui sont occupées sans résis- 
tance et dont toutes les ressources sont dirigées sur Nice. 
Les habitants qui, bien qu’armés, s’étaient enfuis à l’ap- 
proche des Français, se voyant ainsi ruinés, se rassemblent 
sur les hauteurs de la Bollène et de Belvédère. Ils gagnent 
peu à peu Gaudissart et la Cerisière, sur la rive droite de 


1. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme au général Saint-Hilaire, du 2 décembre. — 
Ordres du 16 décembre ; lettre de Vincent, commissaire ordonnateur au ministre de la 
marine, du 13 décembre. — Lettre du ministre de la marine au ministre de la guerre, du 
18 décembre. 

2. Arch. de 1a Guerre : Lettre de d’Anselme, du 31 octobre, au ministre de la guerre et 
du 26 novembre au général Paoli, commandant en Corse. 

3. Jomini. — Toselli. 

4. Il n’y a dans les archives de 1a Guerre aucun renseignement sur les événements 
accomplis aans les vallées de la Roya et de la Vésubie à partir du 12 octobre jusqu’au 
mois de novembre. Il est possible que cette lacune soit intentionnelle et que d’Anselme ait 
pu faire supprimer cette partie de ses opérations dont on lui fit ultérieurement un grief. 
Les faits racontés tant dans les archives de Breil que dans Thaon de Ravel, PinelE, et 
Jomini, sont trop précis pour laisser le moindre doute sur leur authenticité (Arch. de 
Breil, pièce n* 3.) — Roguet. — Pinelli. — Jomini. — Le commandant Paulinier, dans son 
mémoire manuscrit, indique les troupes aux ordres de Brunet. Un bat°* de grenadiers ; 

3 uatre compagnies du 3* oat** d’infanterie légère ; deux compagnies de volontaires corses ; 
eux compagnies de chasseurs du 91", une du 70*, un bataillon du 11 e et le 2* bataillon de 
l’Isère. 


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OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 


209 


la Vésubie, Rocca-Sparviera et Férion, sur la rive gauche, octobre ira*, 
que Barrai avait négligé de faire garder. Aussi le 24 octo- 
bre, ne se trouvant plus en sûreté à Lantosque, il se replie 
sur Utelle, où il laisse le 4* bataillon de Rhône-et-Loire, 
puis sur Levens, le 27 l . 

Pendant ce temps, le général Dumerbion s’établit à Novembre iim 
S aint-Martin du Var, fait occuper Puget-Théniers par un ~ 

x Réorganisation 

bataillon, le 18 octobre *, et garde fortement le cours du Var. corp8 ÿ apmée 
Douze à quinze bataillons se concentrent peu à peu à Nice, austr °- 8arde - 
où des couvents et des édifices publics sont transformés en 
casernes, à Villefranche, à Monaco et dans les villages 
avoisinants 3 . Ces forces allaient devenir nécessaires pour 
tenir tête au corps d’armée piémontais qui, sous l’impulsion 
d’un nouveau chef, cherchait à reprendre l’offensive. Le 
18 octobre, le colonel Pinto est rappelé ; le 22, Courten est 
remplacé par le général comte de Saint- André, qui avait 
été chargé de la formation du camp de Saluces, et arrive à 
Saorge le 30. Il amène avec lui un détachement de troupes 
autrichiennes, comprenant trois divisions, tirées des batail- 
lons de Caprara, de Belgiojoso et de garnison, 30 dragons 
et un train d’artillerie 4 . 

Afin de s’éclairer sur la situation des forces françaises, 

M. de Saint- André pousse une reconnaissance sur Breil le 
31 octobre, puis sur le col de Brouis le lendemain 5 . Faute 
de tentes, Brunet n’avait pas occupé ce point et avait can- 
tonné ses troupes à Sospel, entourant la ville de postes, dont 
les principaux étaient à Castillon et au col de Pérus*. Un 


1. Arc h. de Breil, pièces n* 3 et 9. — Jomini. — Roguet. 

2. Arch. de Breil, pièce n* 8. 

3. Arch. de la Guerre : Ordre du 8 décembre au citoyen Dortoman, colonel du 51* régi- 
ment, commandant militaire à Nice. 

4. Arch. de Breil, pièce n» 3. — Thaon de Revel. — Pinelli. 

5. Thaon de Revel. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 24 novembre. Au mois de septembre, il 
n’y avait de tentes que pour huit bataillons. — D’après le mémoire manuscrit du commandant 
Paulinier, le 3* bataillon d’infanterie légère occupe Moulinet ; il est relié à Sospel par les 
deux compagnies de chasseurs du 91* régiment, établies à la Commanda, à l’entrée du vallon 
dans lequel déversent les cols de la Blé et de l’Orme. 


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Novembre 1798 


270 OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 

détachement piémontais de 200 hommes de ligne, com- 
mandé par le major de Castelberg, avait été dirigé sur 
Belvédère par le col de Raous le 27 octobre. Il reçoit, le 
2 novembre, l’ordre de s’avancer dans la vallée de la Vésu - 
bie 1 . Ce jour même, le général Barrai, désireux de réparer 
l’effet moral désastreux qu’avait produit sa retraite de 
Lantosque devant quelques paysans, marchait sur cette 
ville pour la seconde fois, après s’être porté, le 30 octobre, 
de Levens à Utelle. Mais deux compagnies s’étant bornées 
à suivre les chemins au lieu de gagner le poste de Sueil, par 
les hauteurs de la gauche, comme l’ordre leur en avait été 
donné, la colonne est arrêtée par une soixantaine de mili- 
ciens, embusqués dans les maisons et derrière les rochers du 
Pical. Après une fusillade de quatre heures, ignorant les 
forces véritables de l’ennemi , manquant de munitions, 
voyant la nuit s’approcher et informé de l’insuccès des 
troupes qui devaient le soutenir, Barrai revient à Utelle*. 
Ce mouvement était en effet appuyé par le 2 e bataillon de 
l’Aude, dirigé de Lucéram sur Loda par le col de Sainte 
Roch. Vingt paysans l’empêchent d’arriver à ce dernier 
village, en faisant rouler simplement des quartiers de 
rochers du haut de la montague escarpée qui domine le 
chemin. Bien plus, le convoi de vivres n’osant pas rejoindre 
ce bataillon, il fallut envoyer le pain d’Utelle par deux 
compagnies qui, traversant la Vésubie à gué, parvinrent à 
gagner le col du chios de Loda s . 

Bientôt informé de l’arrivée du petit détachement de 
Castelberg, dont la force était considérablement exagérée 

1. Thaon de Revel. - Arch. de Breil, n« 9. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 24 novembre. — Jomini. — Thuon de 
Revel. — Ces deux auteurs, ainsi que les historiens de Nice, confondent les deux expéditions 
dans la Vésubie. Le rapport attribué au capitaine de milices Robaudi (Archives de Breil, 
pièce n* 9) est trop circonstancié pour qu’il y ait le moindre doute à cet égard. — C’est 
pendant la première expédition, du 20 au 24 octobre, que furent faites les réquisitions diri- 
gées par le commissaire de guerre Férus. C’est à ce moment également que peut-être le 
capitaine Masséna put pousser avec la pointe d'avant-garde jusqu’à Belvédère et que le poste 
laissé à Levens fut massacré par des paysans. 

3. Arch. de Breil, pièce n* 9. — Travail manuscrit du lieutenant Combret. — Mémoires 
de Roguet. — Arch. de la Guerre : Mémoire justificatif de d’Anselme, du 14 avril 1793. 


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OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 


271 


par les rapports d’espions 1 , Barrai ne se croit plus en NoTemtw» iik 
sûreté dans la vallée de la Vésubie. Le 2* bataillon de 
l’Aude se replie avec précaution sur Lucéram, dans la 
nuit du 4 novembre. Le lendemain, Barrai quitte Utelle et 
marche vers Levens directement, sa droite couverte par 
la compagnie franche, qui passe sur les hauteurs de la 
Madone et de la Vilette. Au bout d’une heure, il rencontre 
une estafette lui apportant un ordre de d’Anselme qui lui 
prescrit de conserver Utelle. Il revient donc sur ses pas, 
oubliant la compagnie de flanqueurs; celle-ci passe au pont 
de Gros à la nuit tombante, reçoit des pierres de paysans 
postés sur les contreforts du Férion, et se débande en 
abandonnant armes et bagages. Trois hommes regagnent 
Utelle et y annoncent que Levens est occupé. Barrai 
convoque aussitôt un conseil de guerre ; on y décide que 
la retraite s’exécutera le lendemain par Saint-Jean la Ri- 
vière, Roccaseira, le col de la Porte et Lucéram. Cepen- 
dant, le 6 novembre, après une nuit de réflexion, le général 
Barrai se replie directement sur Levens*. Désigné quel- 
ques jours après pour servir à l’armée des Alpes et relevé 
de son commandement par Dumerbion, il part pour Raison, 
près Grenoble 3 . Le major de Castelberg envoie aussitôt 
à Utelle 14 volontaires de la ligue et 150 miliciens. Il 
occupe tous les points importants de la vallée, ainsi que 
la crête qui du mont Férion s’étend jusqu’à l’Authion 4 . 

En ce point, des postes retranchés s’établissaient aux Attaque 
Mille- Fourches, au col de Raous, à la cime du Capelet, de par p * 1 

. Ica Piémontais. 

autour du mont Ortighera*. Sa droite dégagée, son centre 
bien couvert, Saint-André fait garder fortement Breil 

1. Ce détachement était composé de volontairea de 6 ou 8 corps différents. Les rapports 
signalaient les noms de ces corps, mais sans donner la force de chacun d'eux, en sorte 
qtfon pouvait les croire tous au complet. Voir du reste Thaon de Revel. 

8. Arch. de Breil, pièces n* a 9 et 3. 

3. Arch. de Castelfane : Enregistrement de la feuille de route du général Barrai. — 

Arch. de la Guerre : Lettre d’Aréna à d’Anselme, du 21 novembre. 

4. Arch. de Breil, pièces n - * 9, 10 et 11. — Thaon de Revel. 

5. Thaon de Revel. 


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272 OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 

1798 et la tour de Crivella, qui domine ce bourg, transporte 
son quartier général à la Giandola et se décide à faire 
un effort sur Sospel et le col de Braus. Il venait de re- 
cevoir une bande de paysans armés des environs de Boves 
et de Limon et était parvenu à réunir 4,000 hommes, 
qu’il répartit en trois colonnes. Celle du centre, la plus 
importante, comprenant surtout des troupes de ligne et 
18 canons, doit suivre la route, sous le commandement de 
son fils M. de Revel. A droite, le commandeur d’Osasque, 
avec dix pièces de montagne et un millier d’hommes, 
dont près de moitié sont des miliciens, marchera du col de 
Brouis à celui de l’Agaissen, par le revers septentrional 
de l’Albaréa et le vallon de Béolet, de manière à tourner 
le col de Pérus et à menacer la ligue de retraite sur le 
col de Braus ; sur la gauche, le chevalier Alciati descendra 
le vallon de Bassera pour gagner la rive droite de la 
Bevera et le pont de la Niega. En même temps et comme 
diversion, le major de Castelberg reçoit l’ordre de se 
porter de Lantosque sur Lucéram par Peira- Cava, tandis 
que 300 miliciens sont dirigés sur Castillon l . 

Ces mouvements s’exécutent dans la nuit du 17 au 18 
novembre. Au lieu d’enlever la grand’garde du col de 
Pérus, la colonne principale l’attaque à coups de canon *. 
Ainsi averti, Brunet a le temps de prendre quelques dis- 
positions défensives contre les troupes qui viennent à lui 
directement, pendant que le bataillon du 11% en bataille 
sur les lacets de la route au-dessous du mont Barbonnet, 
arrête par son feu la colonne qui essaye de descendre de 
Castillon. Le reste se rassemble au cimetière Saint-François 
et prend position à droite et à gauche du vieux chemin 3 . 


1. Thaon de Revel. — Arch. de Breil, pièce n* 3. — Àrch. de la Guerre : Rapport du 
25 décembre ; mémoire du commandant Paulinier. 

2. Thaon de Revel. — Arch. de Breil, pièce n* 3. — Jomini. 

3. Mémoire du commandant Paulinier. 


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OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


273 


Mais, informé de la marche de la colonne de droite, qui, Novembre ns* 
bien que partie la première, à minuit, avait été retardée 
par les difficultés du terrain, Brunet se replie bientôt sur 
le col de Braus, où il rallie le poste de Castillon, aban- 
donnant ses magasins, quatre pièces de 4 et une de 8, 
dont l’essieu avait été brisé, et ne perdant que deux 
hommes tués et quelques blessés Castelberg de son côté 
était parvenu, après sept à huit heures de lutte, à s’em- 
parer de Lucéram, gardé par un détachement du 70* régi- 
ment et envoie des patrouilles vers Berre et le col de 
Braus, en sorte que, laissant une arrière-garde à Touët, 

Brunet est obligé de continuer sa retraite jusqu’à l’Es- 
carène*. Pour se relier avec sa droite et la renforcer, 

M. de Saint-André fait partir dans la nuit pour Lucéram 
un détachement de 280 hommes du régiment de Saluces. 

L’officier qui le commande, au lieu de suivre ses ins- 
tructions ou se trompant de chemin, se rend du col de 
Braus à Moulinet. Du reste, ne jugeant pas à propos de 
pousser plus loin ce succès ni d’engager toutes ses forces, 
le commandant du corps d’armée piémontais laisse simple- 
ment un détachement dans Sospel, aux ordres du major 
Streng, et prend position sur le col de Brouis 3 . 


Prévenu le 18, à une heure de l’après-midi, au milieu 
d’une fête qu’il donnait aux représentants de la Convention 
nationale 4 , d’Anselme part de Nice aussitôt avec 12 com- 
pagnies de grenadiers, dont six de ligne et quatre canons. 
Un corps, formé de 100 hommes, détachés de chacun des 
12 bataillons en garnison à Nice, le suit pendant la 
nuit. Le 19 au matin, toutes les troupes sont en bataille 


Reprise 
de Sospel 
par 

les Français. 


1. Arch. de 1a Guerre : Lettre de d’Anselme, du 24 novembre. — Rapport du 25 décembre. 

2. Mémoire du commandant Paulinier. 

3. Thaon de Revel. Ainsi que le fait remarquer M. de Malausséna dans son manuscrit 
(Arch. de Breil, pièce n* 3), la position ne pouvait être gardée avec une troupe d’un 
effectif peu supérieur à celui de l’ennemi . 

4. Ces représentants étaient Lassource, Collot-d’Herbois, Goupilleau ; ils remplaçaient 
Aubry, Isnard et Despinally, premiers commissaires. 


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274 


OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 


im à l’Escarène. 2,000 hommes y restent, pour faire face 
aux corps ennemis de Lucéram et Berre, qui fusillent les 
convois sur la route. Le reste marche au col de Braus en 
trois colonnes, couvertes par les volontaires corses et six 
compagnies du 3 e bataillon d'infanterie légère. A gauche, 
12 compagnies de grenadiers et le bataillon du 11* régi- 
ment, sous le colonel Dagobert. A droite, sept compagnies 
de grenadiers, commandées par le lieutenant-colonel Du- 
puy, gagnent, en suivant la crête des montagnes, le défilé 
de Rocca-Taillada , où 15 hommes pourraient arrêter une 
armée, et ouvrent ainsi le passage à la colonne du centre, 
formée du 70' régiment, avec lequel marchent le général 
d’Anselme, le maréchal de camp Brunet, l’adjudant général 
Milet-Mureau, deux pièces de 4 et deux de 8*. Toutes ces 
troupes arrivent ensemble au col de Braus, gardé par un 
poste de 150 hommes, qui se replie devant des forces si 
supérieures*. On entre, une demi-heure après, dans Sospel, 
qui est mis au pillage, et l’avant-garde engage la fusil- 
lade avec l’ennemi en retraite vers le col de Pérus, forte- 
ment occupé 3 . 

Le 20, laissant Brunet à Sospel, d’Anselme revient à 
l’Escarène avec huit compagnies de grenadiers et fait 
hisser du canon sur les hauteurs avoisinant Berre. Le 21, 
un bataillon du 61', le 4' de la Drôme, quatre compagnies 
d’infanterie légère et quelques piquets arrivent de Nice. 

Ordre est donné de marcher le lendemain, à- 3 heures du 
matin, et d’attaquer Berre et Lucéram à la pointe du jour. 
Mais, dans la nuit, le major de Castelberg se replie. L’en- 


1. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 24 novembre. — Rapport du 25 décembre. 

2. Thaon de Revel. — Cet auteur fait une erreur de date en indiquant la réoccupation 
de Sospel par les Français à la date du 30 novembre. — Il y a du reste, en cet endroit du 
volume {pages 22 et 23), une autre erreur : l’auteur fixe Tèflectif disponible des Austro- 
Sardes a 3,608 h. Le tableau portant l’indication de 5,740 hommes est déjà diminué du 
nombre des hommes détachés ou absents, 2,732, en sorte que l’effectif nominal était de 
7,364 solda te de ligne. A quoi il convient d’ajouter les miliciens. Voir, du reste pièces justi- 
ficatives, n* 28. 

3. Arch. de Breil, pièce n* 3. — Mémoire manuscrit du commandant Paulinier. 


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OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


275 


nemi perd une vingtaine de prisonniers, dont 15 Autri- Novembre ira* 
chiens*. Les fatigues qu’imposaient aux troupes la garde 
des nombreux postes nécessaires à la conservation de Sos- 
pel, la difficulté de ravitailler pendant l’hiver les 3,000 
hommes qui y étaient rassemblés, amenèrent le général 
d’Anselme à en prescrire l’évacuation. Le 30 novembre, 

Brunet revient à l’Escarène, conservant sur le col de Braus 
un poste retranché, qui repousse, le 3 décembre, une recon- 
naissance ennemie *. Bientôt même la neige force à retirer 
toute garde permanente et l’on se contente d’y envoyer 
tous les jours une forte patrouille 3 . 

Le 15 décembre, la division du Var, devenue armée Décembre ira. 
d’Italie, se compose de 40 bataillons, de 500 hommes en ^ 
moyenne, savoir : 12 de ligne, dont un d’infanterie légère gén ^nd nmet 

. _ . . provisoirement 

incomplet et trois de garnison très réduits ; huit de la 
dernière levée de Marseille, impropres à tout service, et le r an née d d’itaue. 
reste de volontaires \ Parmi ces derniers, quatre seulement 
peuvent être employés aux opérations de la guerre de cam- 
pagne 5 ; les autres ou ne sont bons qu’à garder des fortifi- 
cations et des places de l’intérieur, afin d’y compléter leur 
instruction et leur éducation militaires, ou même manquent 
d’équipement et d’armement 6 . On ne pouvait donc compter 
que sur la moitié de l’effectif de 20,000 hommes que 
présentait cette armée 7 . Le 8* bataillon des volontaires du 
Var était à Aix pour y protéger les administrateurs du 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme du 24 novembre ; rapport du 25 décembre. 

— Arch. de Breil, pièce n # 10. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 3 décembre. — Thaon de Revel. 

3. Arch. de ia Guerre : Lettre de d’Anselme, du 3 décembre. 

4. Voir pièces justificatives n** 20 et 30. — Arch. de la Guerre : Lettre de Brunet, jdu 
17 janvier. — Arch. de la Guerre : Mémoire justificatif du 14 avril 1793. D’Anselme, rendant 
compte au ministre de la guerre Pache d’une revue effectuée le 15 novembre, indique qu’il 
manquait au complet 2,963 hommes. Sur les 18,886 hommes présents, 4,000 n’avaient pas 
d’armes, d’autres venaient à peine d’arriver et n’avaient point d’instruction militaire, en 
sorte qu’il n’y avait que 11,742 hommes en état d’agir. 

5. Ces bataillons sont : le 2* de l’Isère, le 2* du Var, le l ,r de la Haute-Garonne et le 
4* de la Drôme . 

6. Arch. de la Guerre : Lettre du conseil d’administration du 9* bataillon du Var à 
Carros aux commissaires de la Convention nationale à Toulon, réclamant l’habillement, 
l’équipement et une destination. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 8 décembre — Lettre de Brunet, du 
15 janvier. 


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276 


OCCUPATION DU CO.MTE DE NICE 


Décembre i7«. département*. La ville de Marseille se gardait elle-même. 

La garnison de Toulon était composée des grenadiers des 
Bouches-du-Rhône et de deux bataillons de ligne, qui 
allaient être appelés à la frontière. Sur la rive droite du 
Var, se trouvaient quatre bataillons de la réquisition de 
Marseille et cinq bataillons de volontaires, à peine formés, 
se reliant par Entrevaux à l’armée des Alpes. Sur la rive 
gauche, 16 bataillons, dont quatre de ligne, étaient réunis 
à Nice et à Villefranche. Ils étaient couverts par une chaîne 
de postes qui, partant de Monaco, occupé par un bataillon 
de ligne et un de volontaires, aboutissait à Tourrettes, en 
passant par la Turbie, Notre-Dame de Laghet, Peille, Peil- 
lon, Contes, occupé par le 2 e bataillon du Var, et Château- 
neuf. En avant, de cette ligne de défense, deux forts déta- 
chements surveillent les principaux débouchés. A l’Esca- 
rène, sur la route de la Roya, le maréchal de camp Da- 
gobert a trois bataillons de ligne et un de volontaires ; 
Dumerbion barre à Levens le chemin de la Vésubie avec 
un bataillon de ligne, deux de volontaires et deux com- 
pagnies franches*. 

Afin de mieux assurer la liaison de ces deux avant-gardes, 
leurs commandants reçoivent, le 18 décembre, l’ordre de se 
concerter pour occuper Coaraze et balayer les milices qui, 
du mont Férion, harcelaient continuellement nos avant- 
postes 3 . Ces paysans s’enhardissaient tous les jours. Le 
15 décembre, soutenus par un faible détachement de troupes 
de ligne, ils refoulent la grand’garde de Puget-Théniers, 
puis se retirent sur Villars 4 . Sur ces entrefaites, le Conseil 
exécutif décide que le général d’Anselme sera suspendu de 
ses fonctions et remplacé par le général Biron, qui laissera 

1. Lettre du maréchal de camp Dampière, commandant à Aix, du 15 janvier. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Brunet, des 17 et 24 janvier. — Mémoire justificatif de 
d’Anselme du 14 avril 1793. Il y avait notamment le 4* bataillon de Rhône-et-Loire, les 6 # , 
3* et l* r du Var, ce dernier commandé par le lieutenant-colonel Gardane. 

3. Arch. de la Guerre : Ordres de l'armée d’Italie. 

4. Arch. de Breil, pièce n* 8. 


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OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 277 

le commandement de l’armée du Rhin au général Deprez- Décembre im 
Crassier 1 . Appelé à Paris pour y rendre compte de sa con- 
duite, d’Anselme quitte Nice le 23 décembre*. Il était 
accusé de lenteurs et d’impéritie dans la conduite des opé- 
rations, de malversations des fonds publics. On lui repro- 
chait encore de n’avoir pas su maintenir la discipline parmi 
ses soldats, d’avoir exaspéré les habitants de Nice et du 
Comté, en tolérant ou en ne réprimant pas assez sévèrement 
le pillage et même des actes de brigandage. Une partie de 
l’armée l’accusait, une autre le défendait ; mais la popula- 
tion était certainement réduite à la misère par les exigeuces 
de troupes relativement nombreuses, mal approvisionnées 
et très peu disposées à obéir à des chefs qu’elles pouvaient 
renvoyer à leur fantaisie 3 . Les gens de la montagne se 
réunissaient en bandes, qui se joignaient aux milices pié- 
montaises; ceux du littoral gagnaient par mer Vintimille 
et la côte génoise et allaient s’enrôler dans les troupes du 
roi de Sardaigne 4 . 

Le général Brunet, qui, depuis quelques jours, avait été 
rappelé au quartier général pour aider le chef de d’état- 
major, prend provisoirement le commandement de l’armée 
d’Italie 5 . Après avoir réglé les détails de l’embarquement 
du corps expéditionnaire de Sardaigne, donné des ordres 
pour perfectionner et armer les retranchements commencés 
sur le mont Gros et le mont Leuze®, il consacre tous ses 

1. Àrch. de la Guerre : Arrêt du Conseil exécutif et lettre du ministre, du 16 décembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 23 décembre. 

3. Arch. de la Guerre : Mémoires justificatifs de d’Anselme, des 9 février et 14 avril 1793. 

— Rapport des députés extraordinaires de Nice, Blanqui et Veillon, du 23 décembre. — 

Rapport de d’Anselme, du 25 décembre. — Quatre paysans ou barbets, pris les armes à la 
main et envoyés comme prisonniers à Nice, avaient été égorgés avec leur geôlier par des 
hommes de la phalange marseillaise, malgré les efforts de d'Anselme. Aussi les pri- 
sonniers sont-ils dirigés sur Antibes, sans passer par Nice (ordre du 21 novembre! . Quant à 
l’affaire du trésorier Chambry, remplacé par Cauchois, et au déficit de la caisse, voir la 
lettre du 19 décembre des commissaires de la Trésorerie nationale au ministre de la guerre 
et celle de ce dernier aux commissaires de la Convention nationale en date du 22 décembre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettres du médecin Ruffo, du 21 janvier et de Chaillan, commis- 
saire de l’inscription maritime à Nice, du 24 décembre. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 23 décembre. —Mémoire manuscrit 
de Paulinier. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres de Brunet, des 29 décembre, 19 et 24 janvier et mé- 
moire justificatif de d’Anselme du 14 avril 1793. Ce dernier avait fait élever au mont Gros 
une batterie et préparer a côté un camp pour deux bataillons. 

19 


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278 


OCCUPATION DU COMTR DE MCE 


Décembre 1792. 


Janvier 1793. 


Entreprises 

des 

Austro-Sardes. 


soins à discipliner et à instruire les éléments hétérogènes 
composant l’armée et à en assurer la cohésion 

Il exige la bonne tenue et la propreté des casernes, la 
rentrée des hommes aux heures prescrites *. Il surveille le 
service important des distributions et celui des gardes et 
postes de police 3 . Les bataillons sont astreints à faire 
chaque jour des exercices en un endroit et à une heure 
désignés 4 . Peu à peu des habitudes d’ordre et de régularité 
se développent ainsi dans le rassemblement de troupes fait 
à Nice et aux environs. En même temps, officiers et soldats 
apprennent à se connaître, se familiarisent avec les manœu- 
vres. Enfin, pour aguerrir également tous les corps et leur 
donner la pratique duservice en campagne, Brunetfaitrelever 
fréquemment les avant-gardes de l’Escarène et de Levens, 
continuellement tenues en alerte par les Austro-Sardes \ 

L’effectif de ces derniers était numériquement assez 
inférieur à celui des Républicains ; mais des renforts pou- 
vaient être envoyés à tout momeut par la route du col de 
Tende. La circulation y était entretenue par un équipage 
spécial de mulets, que l’on faisait marcher chaque jour pour 
empêcher la neige de s’accumuler °. Cette ligne de com- 
munication était couverte par deux redoutes, garnies 
d’artillerie, élevées sur le col de Brouis et gardées par 250 
hommes, ainsi que par un retranchement établi à la 
Cogoule et occupé par 30 hommes. Trois bataillons , 
cantonnés à Breil, sous les ordres du major général baron 
Déliera, étaient à portée de soutenir ces postes. Tous les 

1. L’animosité entre les blancs, soldats de ligne, et les bleus, volontaires nationaux, se 
traduisait par des rixes et des duels. — Àrch. de la Guerre : 2® mémoire justificatif de 
d’Anselme, du 14 avril 1793. 

2. Arch. de la Guerre : Ordres du 2 janvier nour les rassemblements en cas d’alerte ; 
du 3, relatif à 1a tenue ; du 22, prescrivant que le capitaine d’artillerie Sougis paiera les 
carreaux cassés dans le casernement par sa troupe ; du 25 janvier, Axant l’heure de la 
rentrée du soir dans les casernes. 

3. Arch. de la Guerre : Ordres du 20 janvier, pour la régularité des distributions et les 
relations entre les corps; du 26 janvier, relatif à la prise des postes. 

4. Arch. de la Guerre : Ordre du 9 janvier. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Brunet, du 24 janvier. — Les avant-gardes et déta- 
chements sont relevés tous les mois. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre de Brunet, du 17 janvier. 


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OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


279 


jours, des patrouilles en étaient envoyées jusqu’au Man- Janvier im 
giabo, à l’Agaissen et à la Penna 1 . Ainsi appuyé, le général 
de Saint- André profitait habilement de la connaissance 
approfondie qu’il avait du pays et des sentiments de haine 
contre les Français qui animaient ses milices, pour éten- 
dre ses troupes et multiplier ses tentatives contre nos 
grand’gardes. 

Le 23 décembre , quatre petites colonnes piémoutaises 
étaient mises en mouvement de Brouis et du Moulinet sur 
Braus et Lucéram. Malgré une tourmente de neige qui les 
empêche d’agir de concert, la patrouille française envoyée 
chaque jour de l’Escarène au col est surprise et enlevée. 

L’officier du 70 e qui la commandait, est tué avec un 
sous-officier; 12 soldats sont blessés*. Quelques autres 
attaques sont dirigées, le 1" janvier 1793, sur Lucéram, 
le 19 sur Castillon, que Brunet avait fait réoccuper au 
commencement du mois et le 22, sur Coaraze où les 
paysans armés s’installent de nouveau *. Les détachements 
de troupes régulières, qui, sous les ordres du major de 
Castelberg, soutenaient les milices de la vallée de la Vé- 
subie, étaient portés à l’effectif de 1,350 hommes en janvier, 
de 1,631 en février 4 . M. de Sainte-Marguerite, capitaine 
au régiment de Nice, s’établit, le 2 janvier, à Puget- 
Théniers, avec un corps important de partisans. Il pousse 
jusqu’à Cuébris et au village de Saint-Pierre, qui est mis 
à contribution, pour en imposer aux gardes nationaux 
de Roquestéron, à peine armés et sans munitions. En même 
temps il porte, le 8 janvier, sur le haut Var, une colonne, 


1. Thaon de Revel. 

2. Àrch. de la Guerre : Lettres de Brunet, des 31 déoembre et 15 janvier. Lettre du 

ministre, du 7 janvier. — Lettre de Saint-André, du 24 janvier, et ae Brunet, du 26, 

relatives à l'échange des prisonniers. — Le lieutenant dont il s'agit se nommait Taillefer ; 
il avait été tué à coups de baïonnette en cherchant à désarmer un soldat piémontais pour 
fuir, après avoir été fait prisonnier. — Thaon de Revel. 

3. Thaon de Revel. — Arch. de Breil, pièces n*“ 3 et 9. 

4. Thaon de Revel donne le premier chiffré ; pour le second, voir pièces justificatives 

n* 31, qui est la reproduction de la pièce n* 11 des archives de Breil. 


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•280 


OCCUPATION DU COMTE DE NICE 


janvier im qui pille tous les villages jusqu’à Guillaumes, dont les 
habitants l’arrêtent non sans quelque peine'. 

Bien que sans résultats considérables, cette course met 
en émoi les administrateurs des districts de Grasse et de 
Castellane*. Elle dénotait du reste de la part de l’ennemi 
une hardiesse qu’il importait de réprimer le plus tôt pos- 
sible. L’ offensive était le seul moyen d’y parvenir. Telle 
allait être la tâche du nouveau général en chef de l’armée 
d’Italie. Bien que sollicité par le ministre de la guerre 
de rejoindre rapidement son poste, Biron ne devait arriver 
à Nice que le 10 février 3 . Il avait été retardé par le mauvais 
état des chemins 4 et avait voulu se rendre compte de la 
situation défensive des places maritimes que la récente 
déclaration de guerre à l’Angleterre exposait à une attaque 
dangereuse 5 . I)u moins, le général Brunet avait eu le 
temps de mettre toutes les troupes en état de prendre part 
aux opérations de campagne. Mais leur effectif n’était pas 
tellement considérable qu’on pût en distraire quelques 
éléments pour coopérer à la garde d’un territoire dépendant 
de l’armée des Alpes*. Aussi le général Kellermann est-il 
invité par le ministre à renouveler au maréchal de camp 
Camillo Rossi les instances que lui avait déjà faites le 
général Brunet et à prendre toutes les mesures nécessaires 
pour appuyer efficacement l’armée d’Italie et en couvrir 
l’aile gauche, aux environs d’Entrevaux 7 . Il était du reste 
d’autant plus indispensable d’occuper réellement le comté 

1. Thaon de Revel. — Àrch. de Breil, pièce n* 8 — Arch. de la Guerre: Lettre de 
Brunet, du 15 janvier. — Tisserand. — Travail manuscrit du lieutenant Combret. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Brunet, du 15 janvier. — Tisserand. 

3. Arch. de la Guerre : Décision du Conseil exécutif du 8 janvier. — Lettres du mi- 
nistre, des 24 décembre et 20 janvier. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Biron, du 27 janvier. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 30 janvier. — Lettre de Biron, du 
6 février. 

6. Arch de la Guerre : Lettre de Brunet, du 30 décembre. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre de Brunet à Camillo Rossi, du 30 décembre. Ce même 
jour, les administrateurs des Bouches-du-Rhône refusent de laisser partir de Manosque le 
bataillon qui devait aller à Entrevaux. On n’osait pas encore dégarnir complètement la vallée 
de Barcelonnette parce qu’il était tombé peu de neige jusqu a ce moment. — Lettre de 
Brunet, du 15 janvier. — Lettres du ministre, du 20 janvier à Kellermann, à Brunet, et 
aux administrateurs du Var. 


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OCCUPATION DU COMTÉ DE NICE 


281 


de Nice que, sur la demande deux fois renouvelée de ses Janvier 1193 
députés, la Convention nationale venait d’en prononcer 
la réunion à la France 1 . La principauté de Monaco se 
constituait également en république , le 14 février *. 


1. Mémoire manuscrit du commandant Paulin ier. — Les députés de Nice présentent 
leur requête à la Convention les 4 novembre et 11 janvier. La décision est prise le 18 
janvier et la réunion prononcée le 4 février. 

2. Mémoire manuscrit du commandant Paulinier. 


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CHAPITRE IV 


Octobre 1798. 


Bombardement 

d’Oneille. 


EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Sac d'Oneille. — Le capitaine Latouche-Tréville à Naples. — Prépa- 
ratifs pour l’expédition de Sardaigne. — Bombardement de Cagliari. 

— Attaque de cette ville. — Tentatives sur la côte nord de la 

Sardaigne. 

La tempête du commencement d’octobre 1792 était à 
peine apaisée que l’amiral Truguet vint mouiller dans la 
rade de Villefranclie avec l’escadre de la Méditerranée, 
grossie de quatre vaisseaux de ligne, amenés de Brest par 
le capitaine Latouche-Tréville '. Le général d’Anselme eut 
l’idée de se servir de ces imposantes forces navales pour 
châtier Oneille, petit port sarde enclavé dans le territoire 
de Gênes, dont les corsaires gênaient beaucoup le com- 
merce de Marseille et les relations de cette ville avec 
l’armée et avec Gênes *. 

Le 16 octobre, le général la Houillère s’embarque avec 
1,100 hommes des 11* et 28* régiments de ligne et du 4* 
bataillon de la Drôme 3 . Une partie de la flotte, six vais- 
seaux et six frégates, met à la voile le 18 et, contrariée par 

1. Arch. de la Guerre : Instructions pour le contre-amiral Truguet, du 18 août 1792. — 
Voir pièces justificatives, n* 32. — Trouae. 

2. Jomini. — Roguet. — Arch. de la Guerre : Instructions de d'Anselme au général 
la Houillère, contenues dans le mémoire iustif. du 14 avril 1793. Malgré cette expédition, les 
corsaires d’Oneille continuèrent à gêner les transports par mer. Voir, à ce sujet, les archives 
de la Guerre et particulièrement les correspondances des 27 et 28 février, 4, 14 et 18 mars 
1793. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Truguet, du 17 octobre. — Arch. du Génie : Mémoire 
manuscrit du commandant Panlinier. — Roguet. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 283 


les vents d’est, n’arrive que le 23, à raidi, devant Oneille 1 . Octobre 1192. 
L’amiral Truguet envoie dans un canot son capitaine de 
pavillon , M. Duchayla , porter une proclamation aux 
habitants, les sommant de recevoir une garnison française 
au lieu et place des trois compagnies piémontaises qui y 
avaient été amenées de Villefranche par la frégate le 
Saint-Victor *. 

A peine le canot touche-t-il au rivage qu’une décharge 
de mousqueterie, faite à bout portant, tue Henry d’Hober- 
mand, petit-fils et aide de camp du général la Houillère, 
les enseignes Isnard et Pélissier ainsi que quatre matelots. 

M. Duchayla, l’adjudant général La Converserie et quatre 
autres matelots sont blessés. Ce n’est qu’à grand’peine que 
le canot, conduit par les trois seuls marins restés valides et 
aidé par une autre embarcation, parvient à regagner le 
vaisseau amiral le Tonnant. L’escadre s’embosse aussitôt 
et foudroie jusqu’à la nuit la ville et un petit fort qui essaie 
de riposter, mais dont le feu est bientôt éteint. Les habi- 
tants et la garnison, aux ordres du chevalier Ricca di 
Castelvecchio, sont obligés de se retirer sur les montagnes 
voisines 3 . 

Le lendemain, deux frégates mouillent à portée de fusil 
d’Oneille. On met à terre les troupes du général la Houil- 
lère, 100 matelots, armés de haches, et 1,000 hommes, 
tirés de la garnison des vaiss aux. Tous les prêtres, soup- 
çonnés d’avoir provoqué la trahison de la veille, sont rais 
à mort. La ville est pillée, puis livrée aux flammes. A 9 
heures du matin, l’exécution est terminée et le rembar- 
quement effectué 4 . Les frégates ramènent le corps expé- 
ditionnaire à Villefranche, tandis que l’amiral Truguet se 

1. Àrch. de la Guerre : Rapport de Truguet, du 25 octobre. — Lettres de d'Anselme, 
des 25 et 31 octobre. — Pinelli. 

2. Pinelli. — Arch. de la Guerre : Rapport de Truguet, du 25 octobre. — Jomini. 

3. Pinelli. — Arch. de la Guerre : Rapport de Truguet, du 25 octobre. 

Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme, du 31 octobre. 


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284 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Octob.-Novemb. 

1792. 


Négociations 

avec 

la République 
de Gènes. 


Le capitaine 
Latouche 
à Naplea. 


rend à Gênes avec le reste de l’escadre, pour y faire recon- 
naître la République française 

Il emmenait avec lui le lieutenant-colonel Rigaud, du 
4 e bataillon de la Drôme, qui avait reçu mission du général 
d’Anselme de négocier un emprunt de six millions, rem- 
boursable par moitié dans le délai d’un an, et destiné à 
l’achat immédiat des approvisionnements de toute nature 
nécessaires à l’armée. Cet officier devait en outre se rendre 
à Savone, examiner la situation de cette place, prendre des 
renseignements sur l’esprit des habitants et demander au 
Sénat génois s’il ne lui serait pas agréable de voir occuper 
la citadelle de cette ville par une garnison française *. 

Cette dernière proposition, bien que sanctionnée ulté- 
rieurement par le gouvernement français 3 , n’avait aucune 
chance d’être accueillie, la République de Gênes voulant 
éviter de fournir à l’armée austro-piémontaise tout prétexte 
à l’invasion de son territoire *. Quant à l’emprunt, le Conseil 
exécutif provisoire le désapprouve aussitôt qu’il en a 
connaissance, ne se souciant pas sans doute de contracter 
une créance dont il eût été à peu près impossible d’obtenir 
le remboursement*. Ces affaires ainsi terminées, le contre- 
amiral Truguet rallie toute sa flotte dans le golfe de la 
Spezzia, afin de se préparer à mettre à exécution les instruc- 
tions nouvelles qu’il avait reçues 6 . 

Il devait d’abord envoyer une escadre à Naples, sous les 
ordres du capitaiue Latouche-ïréville , pour demander 
réparation des insultes faites à M. de Sémonville dans un 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Truguet, du 17 octobre. — Arch. du Génie : Mémoire 
manuscrit du commandant Paulinier. 

2. Arch. de la Guerre : Instruction de d’Anselme, du 15 octobre, au lieutenant-colonel 
Rigaud. — Roguet 

3. Arch. de la Guerre : Décision du Conseil exécutif provisoire, du 26 octobre. Lettre 
du ministre de la guerre à d’Anselme, du 25 novembre, lui reprochant de n’avoir pas pris 
Savone sans différer. — Lettres de d’Anselme, des 8 et 9 novembre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Naillac, résident français à Gènes, du 21 novembre. — 
Lettre de Belleville, attaché à l’ambassadeur Scmonville, du 26 novembre. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre de Truguet, du 20 octobre. — Lettre du ministre de la 
mar in*» au ministre de la guerre, du 30 octobre. — Décision du Conseil exécutif provisoire, du 
l #r novembre. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres de d’Anselme, des 31 octobre et 8 décembre. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 285 


mémoire rédigé par le premier miuistre Acton *. L’arrivée Décembre 
dausla Méditerranée de huit nouveaux bâtiments de guerre, 
expédiés de Brest, Lorient et Rochefort, permet de porter 
cette division au chiffre de dix vaisseaux de ligne et deux 
frégates *. 

Elle met à la voile le 10 décembre, et, le 17, croise à 
hauteur d’ischia. Un officier napolitain vient à bord du 
Languedoc rappeler au capitaine Latouche-Tréville que, 
selon les traités, six vaisseaux seulement peuvent pénétrer 
dans la rade. Il ajoute que le séjour d’une force plus consi- 
dérable devant la ville pourra être considéré comme un 
acte d’hostilité. Le commandant de l’escadre française 
répond qu’il ne divisera pas ses forces et que, si un seul 
coup de canon est tiré contre les vaisseaux de la République, 
il réduira en cendres la ville de Naples. Il mouille sans 
opposition devant le palais du roi et obtieut, en 24 heures, 
toutes les satisfactions exigées 3 . 

Les vaisseaux reprennent aussitôt la mer et, dans la nuit 
du 20 au 21 décembre, sont dispersés par un violent coup 
de vent du nord-ouest. Au jour, V Entreprenant, le Scipion 
et une frégate sont seuls en vue du Languedoc, complète- 
ment démâté et faisant eau de toutes parts. Le vent ayant 
passé au sud-ouest dans la journée, Latouche donne ordre 
au Scipion d’aller avec la frégate porter au contre-amiral 
Truguet la nouvelle de la dispersion de sa division, et se 
fait donner par Y Entreprenant une remorque, qui casse 
presque aussitôt. Cependant il parvient à gouverner pour 

1. Troude. — Arch. de la Guerre : Instruction pour le contre-amiral Truguet, du 
25 octobre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Truguet, des 6 et 10 décembre. — Voir pièces justifi- 
catives, n* 33. 

3. Troude. — Jomini. Cet auteur commet une erreur asses grave à propos du gre- 
nadier Belleville. Ce prétendu grenadier avait été attaché au ministre plénipotentiaire à 
Gènes Naillac et devait accompagner à Constantinople l’ambassadeur français Sémonville. 

Ce dernier attendait à Saint- Florent le bâtiment qui devait le transporter. Belleville avait 
été chargé par lui ou Naillac de la négociation avec le gouvernement napolitain. Il fut 
plus tard consul à Livourne. Consulter à ce sujet la Correspondance des archives de la 

f uerre de novembre 1792 à mars 1793. Belleville a assisté à l'expédition de Cagliari, à bord 
u Languedoc et pourrait être l’auteur d’un mémoire assex étrange, fait sous forme de 
demandes et réponses, qui est classé au mois de mars 1793. 


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286 EXPÉDITIONS d’oNEILIÆ ET DE SARDAIGNE 


Décembre 1792. rentrer à Naples, où il arrive dans l’après-midi du 24, avec 
YEntrepena.nl, ayant encore cassé la barre de son gouver- 
nail et failli s’échouer sur l’île de Capri, dont il était passé 
à un jet de pierre. Il reçoit dans ce port tous les secours 
dont il avait besoin et, le 30 janvier, remet à la voile pour 
rallier l’escadre de Truguet dans le golfe de Palmas, 
rendez-vous général de l’expédition de Sardaigne '. 

Préparatif» Le premier projet de cette expédition avait été adressé à 

pour l'expédition 

de Sardaigne. l'Assemblée législative, au mois de mai de 1792, par un 
négociant eu grains de Sassari, Corse de naissance, nommé 
Antoine Constantiui; il était apostillé par Saliceti, alors 
procureur général syndic à Ajaccio*. Le 23 juillet, Péraldi 
présentait sur ce sujet un nouveau mémoire, qui était 
annoté par Carnot 3 et, le 10 octobre, le Conseil exécutif 
provisoire signait des instructions destinées au lieutenant 
général d’Anselme et au contre-amiral Truguet 4 . Deux 
commissaires sont envoyés, Péraldi en Corse, Aréna à 
Nice, pour accélérer les préparatifs et lever toutes les 
difficultés 3 . 

Il y en avait beaucoup, et, dès son arrivée à Nice, Aréna 
le reconnaissait 6 . Aussi, malgré la confiance de Péraldi 7 , 
devait-il s’écouler plus de trois mois avant que les troupes 
françaises prissent pied sur la côte de Sardaigne. Les 
Piémontais paraissant se disposer à prendre l’oflFensivc, 
d’Anselme, qui n’avait sous ses ordres que 10 à 11,000 
hommes, ne pouvait en distraire un important détachement 


1. Troudc — Arch. de la Guerre : Extrait du journal de bord du Languedoc. 

2. Arch. de la Guerre : Mémoire de Constantini, du 14 mai 1792. Il estimait qu’il fallait 
12.000 hommes, dont 6.000 de ligne, le reste de volontaires, parmi lesquels 2.000 Corses. 
On s’emparerait d’abord des îles de la Maddalena, puis de Sassari. — Note de Saliceti, 
du 7 juin. 

3. Arch. de la Guerre. Projet sans date. — La force du corps expéditionnaire demandé 
est portée à 30,000 hommes . 

4. Arch. de la Guerre. Un duplicata de ces instructions a été établi le 26 octobre. 

5. Arch. de la Guerre: Mémoire d’Aréna, du 10 mars 1793. Il arrive à Nice le 24 
octobre, remet à d’Anselme l’instruction qui lui était destinée et envoie l’autre à Truguet, 
qui est au golfe de la Spezxia le 27. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre d’Aréna à Brissot, du 24 octobre. 

7. Arch. de la Guerre : Lettre de Péraldi, de Toulon, au Conseil exécutif provisoire, 
du 7 novembre. Il estime que tout sera prêt à la fin du mois, 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 287 


même pour aider Montesquiou dans l’attaque de Genève. Décembre ira. 
Il proposait par suite de substituer à cette expédition 
lointaine et hasardée une attaque sur Oueille et Savone 1 . 

Mais le ministre de la guerre lui reprochait de ne s’être 
pas emparé de cette dernière place sans différer et lui 
enjoignait de préparer immédiatement le corps destiné à 
la Sardaigne*. Il déléguait en même temps le citoyen 
Maurice comme commissaire du pouvoir exécutif, afin 
de presser le départ des 8,000 hommes organisés par 
Marseille au commencement d’octobre®. 

La municipalité de Toulon refusait de les laisser pénétrer 
dans la ville 1 pour aller s’embarquer sur les 33 bâti- 
ments affrétés en vue de leur transport et arrivés en rade 
le 7 novembre, sous la conduite de la frégate la Fortunée 5 . 

Les instances du général d’Anselme, des commissaires de 
la Convention, du citoyen Maurice ne peuvent vaincre 
cette résistance 6 , assez justifiée d’ailleurs par les actes 
d’insubordination et de brigandage que commettait cette 
troupe, composée d’enfants et de la lie de la population 
des départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône 1 . 

On se décide alors à faire l’embarquement à Villefranche, 
où la flotte de transport mouille le 21 décembre et passe 
sous les ordres du capitaine Saint-Julien, commandant le 
vaisseau le Commerce de Bordeaux, chargé delà convoyer 
avec la corvette la Poulette 9 . Les provisions et les muni- 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme des 31 octobre, 9, 15 et 26 novembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre, du 25 novembre. 

3. Arch. de la Gnerre : Ordre du ministre de la guerre au citoyen Maurice, du 23 novem- 
bre. — Comptes rendus du citoyen Maurice, de Marseille, le 6 décembre, de Toulon, le 10, 
en fin de mission, le 17. — Lettre de Vincent, commissaire ordonnateur à Toulon, au minis- 
tre de la marine, du 9 décembre. — Remerciements du ministre de la guerre au citoyen 
Maurice, le 15 décembre. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de d’Anselme au commissaire des Bouches-du-Rhône, 
du 15 novembre. 

5. Arch. de 1a Guerre : Déclaration, faite le 14 février 1793, par le capitaine du brigantin 
la Geneviève au citoyen Makau, ministre plénipotentiaire ae France à Naples. 

6. Arch. de la Guerre : Lettre du ministre de la marine au ministre de la guerre, du 
18 décembre. 

7. Arch. de la Guerre : Rapports du général Casablanca, des 22 (évier 1793 et 28 pluviôse 
an III. 

8. Arch. de la Guerre : Lettre de Vincent, commissaire ordonnateur à Toulon, an 
ministre de la marine, du 13 décembre. — Lettre du citoyen Pourcel, commissaire de la 
marine à Nice, du 22 décembre, et du ministre de la marine au ministre de la guerre, du 
5 janvier. 


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288 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Décembre it 92. tions, mal arrimées à bord des bâtiments depuis trois mois, 
s’étaient en grande partie gâtées *. Quant au corps mar- 
seillais, dont la moitié n’était pas armée*, les ordres de 
route le concernant sont envoyés le 2 décembre au général 
Saint-Hilaire, son commandant, et les points d’arrivée lui 
sont assignés, le 16, sur la rive droite du Var, à Grasse, 
Vallauris, Mougins, La Colle, Vence, Saint-Paul et 
Cagnes 3 . 

Quelques jours après cependant, d’Anselme faisant 
encore des difficultés pour laisser partir une troupe aussi 
indisciplinée 4 , est suspendu de ses fonctions par le Conseil 
exécutif provisoire et mandé à Paris 5 . Le général Brunet, 
qui le remplace provisoirement, pressé de se débarrasser 
des Marseillais, les dirige aussitôt sur Villefranehe, où ils 
sont embarqués le 3 jau'vier ®. 

{/«•cadre Ce convoi était impatiemment attendu par le contre- 

à Ajaccio. 

amiral Truguet. Bien que partisan de l’expédition de Sar- 
daigne, il n’avait pas mis moins de temps dans l’accomplis- 
sement de la mission qu’il s’était réservée. Dès le commen- 
cement de novembre, il avait demandé au général Paoli, 
commandant en Corse, de préparer autant de troupes qu’il 
lui serait possible 7 . Il était resté ensuite à la Spezzia pour 
préparer la division de Latouche-Tréville. Il met à la voile 
en même temps que ce dernier, au commencement de dé- 
cembre, avec les quatre vaisseaux qui restaient sous ses 


1. Arch. de la Guerre : Rapport du citoyen Maurice, du 10 décembre.— Lettre d’Aréna, 
du 22 décembre. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre d’Aréna, du 17 décembre. 11 dit mémo qu’il n’y en a 
que 1,000 armés. 

3. Arch. de la Guerre : Ordres de route des l #r et 16 décembre. — Lettres de d’Anselme 
au général Saint-Hilaire, du 2 décembre et au ministre du 10 décembre. On avait d’abord 
songé à faire l’embarquement au Golfe-Juan; mais le mouillage étant fort loin de 
la terre, le capitaine Saint-Julien préféra embarquer à Villefranehe. — Voir pièces 
justificatives, n* 34 A. 

4 Arch. de la Guerre : Lettres d’Aréna. des 13 et 17 décembre. — Voir, au sujet de la 
conduite de ces bataillons, le volume de l’abbé Tisserand déjà cité. 

5. Arch . de la Guerre : Arrêté du Conseil et lettre du ministre, du 16 décembre, arrivés 


à Nice le 23 décembre 

6. Arch. de la Guerre ; Ordre du l* r janvier 1793 — Lettres d’Arena, des 22 et 29 décem- 

bre, du 4 janvier. — Lettre de Brunet, du 31 décembre. — Lettre de Saint-Julien, du 
4 janvier. , 

7. Arch. de la Guerre : Lettre de Truguet à Aréna, du 6 décembre. — Lettre de Paoli, 


du 12 novembre. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 289 


ordres 1 . Il envoie à Gênes la corvette la Badine pren- 
dre 600,000 francs , indispensables pour la solde des 
troupes et fournis en deux jours par les commerçants 
français de cette ville*. Il arrive lui-même dans le golfe 
d’Ajaccio le 15 décembre. En y entrant, le Vengeur, par 
suite d’une fausse manœuvre, touche si rudement qu’on 
est contraint de l’échouer et de l’abandonner 3 . 

Le général Paoli, sollicité du reste par l’ambassadeur 
Sémonville 4 , alors à Saint-Florent , par Péraldi , son ami , 
puis par le ministre de la guerre 5 , avait réuni à Ajaccio 
1,800 soldats de ligne et de volontaires avec 13 pièces de 
campagne et de montagne®. Mais, le 18 décembre, un 
grave conflit éclate à terre entre les marins et les volon- 
taires corses, dont deux sont tués. L’ordre n’est rétabli que 
par l’intervention énergique du général Casabianca, qui 
envoie les bataillons cantonner dans les villages avoisinant 
la ville, tandis que les marins sont consignés à bord \ 

Il n’était plus possible d’embarquer les volontaires. Sur 
la proposition de Péraldi, il est décidé qu’ils seront employés 
à une opération particulière sur la côte nord de la Sardai- 
gne. Le 42' régiment de ligne, 300 hommes de chacun 
des deux autres régiments de la Corse, 26* et 52*, sont 
embarqués, le 4 janvier, à bord de l’escadre, qui met à 
la voile le 8 seulement, après avoir attendu le convoi 8 . 

Celui-ci quittait Villefranche le même jour, après une 
tentative infructueuse, faite le 6 pour sortir de la rade 9 . 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Belleville, du 26 novembre. — Lettres de Truguet, des 
16 et 25 novembre et du 10 décembre. — Lettre d’Aréna au ministre des affaires étrangères, 
du 13 décembre. — Voir pièces justificatives, n° 33. 

2. Arch. de la Guerre : Lettres de Truguet, du 10 décembre et de Naillac, du 17. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre de Péraldi, du 22 décembre. — Troude. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre du 15 décembre. 

5. Arch. de la Guerre : Lettre du 16 décembre. 

6. Arch. de la Guerre : Lettres de Paoli, des 23 novembre et 10 décembre. — Voir pièces 
justificatives, n* 34 B. 

7. Arch. de la Guerre : Lettres de Péraldi, du 23 décembre ; de Paoli. du 2 janvier. 

8. Arch. de la Guerre : Lettres de Paoli, des 2 et 10 janvier; de Casabianca, des 31 dé- 
cembre et 9 janvier ; de Péraldi, du 6 janvier. 

9. Arch. de la Guerre : Lettre de Brunet, du 9 janvier. — Déclaration du 14 février au 
citoyen Makau. 


Décembre 1792. 


Le convoi part 
de Villefranche. 


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2U0 EXPÉDITIONS d’üNEILLE ET DE SAHDAIGNE 


Décembre 1792 
Janvier 1793. 


Le 12, à peu de distance d’Ajaccio, un violent coup de vent 
disperse les bâtiments, dont un certain nombre arrive le 
lendemain dans la baie de Saint-Florent 1 . Les volontaires, 
fatigués par la mer, demandent à débarquer. Accédant à ce 
désir, le général Saint-Hilaire prévient Paoli qu’il va se 
rendre par terre à Ajaccio et, laissant 600 hommes à la garde 
des transports, il entre à Bastia, le 14 au soir, avec 1,100*. 
Le jour suivant, à 10 heures du matin, une farandole, 
composée de grenadiers du 26' et de Marseillais, entre 
dans la citadelle et se met en devoir d’enfoncer la porte du 
donjon servant de magasin aux munitions et gardé par des 
volontaires corses. Le lieutenant-colonel Giampietre fait 
ouvrir le guichet pour rappeler à l’ordre ces soldats indisci- 
plinés. Il est saisi au collet et menacé de la « lanterne », 
lorsque les volontaires corses font feu pour dégager leur 
chef. Un Marseillais est blessé et disparaît. Prévenu de 
cette échauffourée, le commandant de la place de Bastia 
se rend avec les officiers à la citadelle et parvient à 
grand’peine à la faire évacuer. 

L’agitation et le trouble n’en étaient pas moins extrêmes 
dans la ville, par suite de l’animosité qui existait depuis 
longtemps entre les troupes de ligne et les volontaires 
corses. Le général Saint-Hilaire , défendant sa troupe, 
poussé peut-être par un parti politique, exigeait que l’on 
fît sortir les volontaires de Bastia et demandait 6,000 
cartouches. Un certain nombre de Marseillais pillaient les 
maisons, saccageaient les églises. Le commandant Rossi, 
peu sûr des détachements du 26' et du 52' sous ses ordres, 
était impuissant 3 . Heureusement, dès le 16, les habitants 
des environs arrivaient dans la ville mal approvision- 

1. Arch. Je la Guerre : Lettre d’Aréna au ministre des affaires étrangères, du 14 janvier. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Saint-Hilaire a Paoli, du 13 janvier. — Lettre de Grasio 
Rossi, commandant de Bastia, à Paoli, du 15 janvier ; de Paoli au ministre, du 16. 

3. Arch. de la Guerre: Rapport de Rossi à Paoli, du 15 janvier. — Lettres de Paoli 
au ministre, des 16, 17 et 21 janvier. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE *>l 


née 1 , eu sorte que Saint-Hilaire parvient à décider ses Janvier mi. 
hommes à se mettre en route pour Ajaccio, où le général 
Casabianca , désigné par le général Brunet , prend le 
commandement de l’expédition*. 

Le convoi, à moitié rallié par Aréna, appareille le 25, 
sous la conduite de la corvette la Poulette 3 . Le Commerce 
de Bordeaux quitte Saint-Florent le 22, à la recherche des 
autres transports. Le 25, il passe en vue de Villefranche 
avec neuf à dix bâtiments, en appelle deux, qui étaient 
entrés dans la rade six jours avant, et mouille au Golfe- 
Juau pour les attendre. Mais le lendemain, deux autres 
transports arrivent encore à Villefranche et les troupes 
embarquées veulent descendre. On ne parvient que diffici- 
lement à faire mettre les bâtiments en route pour les îles 
d’Hyères, où le Commerce de Bordeaux s’était rendu \ Il 
en part le 1" février et, le 7, un violent grain sépare encore 
ces transports. Le capitaine de l’un d’entre eux est obligé, 
par les troupes qu’il a à son bord, de relâcher à Baïa, près 
de Naples, le 10 février 5 . 

De si longs retards enlevaient à cette entreprise le béné- Préparatif, 

. . de défense 

nce de la surprise. Prévenus des le mois de novembre®, les « n Sardaigne. 
Sardes avaient eu le temps de préparer la défense de leur 
île. Les forces militaires qui s’y trouvaient, se composaient 
de la garnison de Cagliari, comprenant un bataillon du 
régiment de Piémont, moins les deux compagnies de chas- 
seurs ramenées sur le continent, 600 fusiliers du régi- 

1. Arch. de La Guerre: Lettre de Fadart, commissaire ordonnateur de Bastia, àPaoli, 
du 15 janvier. 

2. Arch. de la Guerre : Lettre de Paoli, du 25 janvier. Lettre de Brunet, du 9 janvier. 

— Le général Brunet, qui avait demandé et reçu le commandement de cette expédition, 
ne pouvait partir à ce moment ; il attendait le général Biron. Il obtint du reste, le T janvier, 
du ministre, l’autorisation de partir après l’arrivée de ce dernier. 

3. Arch. de la Guerre: Lettre d’ Aréna, du 14 janvier. 

4. Arch. de la Guerre : DécLiration faite au citoyen Makau, ministre plénipotentiaire à 
Naples, par le capitaine du brigantin la Geneviïre. — Lettres du citoyen Pourcel, commis- 
saire de l’inscription maritime à Villefranche, transmises au ministre de la guerre par le 
ministre de la marine, les 7 et 17 février. 

5. Arch. de la Guerre: Déclaration précitée . 

6. Arch. de la Guerre: Note remise à Toulon, le 14 févier, par le citoyen Mornac, de 
Saint-Tropex, commandant la tartane le Saint- Roch, qui a relâché à Carloforte le 6 no- 
vembre. 


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292 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 

Nov-Déc. ns* ment suisse de Schmid, nouvellement levé, une compagnie 
légère pour la garde des forçats, une d’invalides, deux de 
dragons, commandées par le baron de Saint-Amour, en tout 
1,400 hommes, et d’un bataillon du régiment de Courten, 
qui occupait, au nord, Sassari et Alghero. Ces troupes, 
renforcées par 400 milices de Bono, étaient sous les 
ordres du général baron de la Fléchère et du vice-roi 
Bailo di Balbiano , qui , privés des sympathies de la 
population, ne comptaient pas pouvoir opposer une bien 
grande résistance. 

Mais la noblesse et le clergé, se croyant plus directement 
menacés par les Républicains français, cherchent à exciter 
le zèle des habitants de la campagne et à tirer parti des 
nombreuses milices à pied et à cheval que chaque village 
devait fournir d’après la constitution féodale alors en 
vigueur Toutefois, la rareté des fourrages ne permet pas 
de réunir la cavalerie un temps suffisant pour la faire 
manœuvrer. A Cagliari, où l’enthousiasme était plus 
difficile à faire naître, surtout parmi les négociants, le 
marquis Leonelli, le vicomte de Flumini et l’avocat Pizzolo 
forment cependant huit à dix bataillons de 500 hommes. 
2,000 cavaliers sont rassemblés sous la direction du 
baron de Saint-Amour. En même temps, on travaille acti- 
vement à réparer les fortifications, à améliorer les batteries 
existantes, à en construire et à en armer de nouvelles. 
Pour augmenter le petit nombre d’artilleurs disponibles, 
le capitaine d’artillerie en retraite Azimonti exerce tous 
les jours d’anciens canonniers, des marins et quelques 
jeunes gens, choisis avec soin, de manière à ne pas 

1. Arch. de la Guerre : Lettre de Naillac, de Gènes, le 4 février. Les Sardes peuvent 
mettre sur pied 30.000 hommes d’infanterie et 4.000 de cavalerie. — Lettre de Vincent, 
commissaire ordonnateur à Toulon. 11 dit que les négociants et le clergé ont contribué pour 
deux millions ; qu’on peut rassembler 6.000 cavaliers et qu’il y a 2.000 hommes de troupes 
de ligne. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 293 


familiariser avec le service des canons des individus capa- J*nvi«r îws. 
blés de provoquer des troubles l . 

Cependant la plus grande partie des vaisseaux de la oanpaaon 
division de Latouche-Tréville, dispersés dans la nuit du ^ 

21 au 22 décembre, se rallient au commencement de 
janvier dans le golfe de Palmas, formé sur la côte occiden- 
tale de la Sardaigne par la presqu’île de San-Antiocho, à 
peine reliée à la terre ferme par le pont de Sainte-Cathe- 
rine*. Le commandant du Léopard, Bourdon-Grammont, 
après s’être assuré que Truguet n’était pas encore arrivé à 
Cagliari, mouille, le 6, dans la rade de Carloforte, comprise 
entre la côte de la Sardaigne à l’est, la presqu’île de 
San-Antiocho au sud, l’île San-Pietro à l’est. 11 y essuie, 
le lendemain, un fort coup de vent, qui lui occasionne 
quelques avaries et l’empêche de communiquer avec l’île, 
déjà abandonnée*. 

Voyant les habitants peu disposés à se défendre à l’arrivée 
des bâtiments français *, Camurati, officier de dragons, qui 
occupait Carloforte avec 100 hommes, avait en effet 
demandé à Cagliari et obtenu la permission de se retirer 
à Calasetta, dans la presqu’île de San-Antiocho. Informé 
de ce fait, le 8, par M.Guys, consul de France, qui, chassé 
de Cagliari, s’était réfugié à San-Pietro, Bourdon-Gram- 
mont débarque aussitôt le capitaine Cognet, du 39*, avec 
80 hommes, pour occuper le fort pentagonal dominant 
le bourg et la tour San-Vittorio, située au sud*. Afin 

1 . Pinelli. — Arch. de Breil, pièce n* 13. Ce document présente an grand intérêt en ce 
qu’il donne de l’état d’esprit de la population une description très aétaiUée. L’auteur 
inconnu de cette relation, écrite en italien, dit, par exemple, en parlant des négociants qui 
voulurent s’armer que : « à l’apparition de l’ennemi, ils disparurent comme les brouillards 
de la mer ». Des indications qu’il donne il résulte que les bataillons se constituèrent par 
corps de métiers ou professions, les tisserands, les orfèvres, les étudiants, etc. 

2. Arch. de la Guerre : Extrait du journal de bord du Patriote. Outre ce bâtiment, 
les vaisseaux réunis à Palmas, le 6 janvier, étaient : le Thémistocle , le Scipion , le 
Duguay-Trouin , le Tricolore , VOrion et la frégate YHélène. 

3. Arch.de la Guerre : Lettre de Bourdon-Grammont en rade de Carloforte, du 13janvier. 

4. La population de l’ile San-Pietro est composée des habitants de l’île de Tabarca, 
sur la cote tunisienne, que le roi de Sardaigne avait rachetés de l’esclavage des Barbares- 
ques (Arch. de la Guerre : Observ.sur l’ile de Sardaigne, par le lieut.de vaisseau Rheydellet). 

5. Arch. de la Guerre : Lettre précitée. — Arch. de Breil, pièce n* 13. — Pinelli. — Arch. 
de la sect. techn. du génie : Mém. des capitaines Tholocé et Ravier. Ce dernier officier, 
embarqué, le 7 janvier, à Ajaccio et laissé dans l’ile San-Pietro à la fin de l’expédition, 
dont il a suivi tous les incidents, en a fait un exposé précis et intéressant. — On prend, 
dans l’île San-Pietro, 34 canons, six espingoles, des munitions, quelques fusils, des 
outils, du tabac, etc. (Arch. de la Guerre : Etat du comm. Bertin.) 

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24)4 EXPÉDITIONS ü’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Janvier 1793. 


de compléter ce succès, il invite Landais, commandant 
du Patriote et de la division à l’ancre dans le golfe de 
Palmas, à s’emparer de la presqu’île de San-Antiocho. Le 
conseil de guerre réuni pour discuter cette opération, 
l’ayant repoussée à une forte majorité, l’attaque n’est 
exécutée que le 15, sur l’ordre de l’amiral Truguet, arrivé 
à Carloforte le 13 

Camurati avait pris le commandement des 200 dra- 
gons qui gardaient les retranchements élevés autour du 
village de San-Antiocho. Il pouvait être soutenu par 1.200 
fantassins et 600 cavaliers, rassemblés à Porto-Faglia, à 
Porto-Scuzo, au pont Sainte-Catherine et à Sulcis, afin 
d’empêcher un débarquement sur ces points, situés à deux 
marches seulement de Cagliari. En vue d’interdire l’ar- 
rivée des secours, le capitaine Landais prescrit au Tri- 
colore de s’approcher le plus possible du pont pour en 
couvrir de mitraille les approches, pendant que le Scipion 
protège, de son mouillage, situé à huit kilomètres à l’ouest, 
le débarquement des troupes. Le lieutenant de vaisseau 
Rheydellet est ensuite envoyé en parlementaire «à Camu- 
rati, pour l’inviter à se rendre. Désireux de faire évacuer 
la plus grande partie de la population et du nombreux 
bétail de la presqu’île, celui-ci demande deux heures pour 
répondre, puis il se replie lui-même sur le détachement de 
Sainte-Catherine. Pour ne pas être inquiété par le feu 
du Tricolore, il emmène avec lui l’officier français ainsi 
que le caporal et le tambour qui l’accompagnaient. Les 
troupes débarquées occupent successivement Calasetta, 
San-Antiocho et les abords du pont où sont faits trois 
prisonniers. Une batterie est aussitôt construite pour battre 
ce passage; elle est armée de quatre canons des gaillards 

1. Àrch. de la Guerre : Extr. du journal de bord du Patriote. — Lettre du comm. 
Bertin, du 17 janvier. — Arch. de la sect. techn. du génie : Mém. du capitaine Ravier. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 295 


de la frégate l’Hélène, qu’on charge de la surveillance 
du mouillage 1 . L’île San-Pietro allait servir de base 
d’opérations à la flotte*. 

Sans nouvelles du convoi, encouragé par le peu de 
résistance des Sardes au golfe de Palmas, espérant, d’après 
les rapports du consul Guys, obtenir la reddition de Cagliari 
par la seule présence de l’escadre, poussé aussi peut-être 
par Péraldi, qui voulait entrer dans cette ville avant 
l’arrivée de son collègue Aréna 3 , le contre-amiral Truguet 
appareille, le 21 janvier, à 2 heures de l’après-midi, avec 
11 vaisseaux, six frégates ou corvettes, trois bombardes 
et mouille, le 23, dans la rade de Cagliari, hors de portée 
de canon. Le lendemain, le capitaine de vaisseau Ville- 
neuve, major de l’escadre, Péraldi, commissaire du 
pouvoir exécutif, Buonarotti de Florence s’embarquent 
dans un canot chargé de proclamations et portant, en 
signe d’alliance, le pavillon sarde à l’avant, le pavillon 
français à l’arrière 4 . 

Les notables habitants de Cagliari qui, malgré la 
timidité ou le mauvais vouloir des autorités et d’un certain 
nombre de leurs compatriotes, avaient organisé la défense, 
comprennent fort bien que tout contact avec l’ennemi est 
de nature à refroidir une ardeur entretenue avec peine. 
Us font faire plusieurs fois au canot le signal de prendre 
le large ; ils appuient ce signal d’un coup de canon chargé 
à poudre. Croyant à des démonstrations d’amitié, les 
Français n’en continuent pas moins à s’approcher. Ils 
sont bientôt salués par 25 à 30 coups de mitraille 

1. Àrch. de la Guerre : Extr. du journ. de bord du Patriote. — Arch. de Breil, pièce 
n* 13. — Pinelli. — Troude. 

2. Arch. de Guerre : Lettre du comm. Bertin, du 20 janvier. Il a fait débarquer des 
canons, des munitions. On a établi un hôpital pour 50 malades. La garnison est réduite 
à 60 hommes du 39* et neuf canonniers. — Lettre de Bertin, du 17 janvier. On a débarqué 
des vivres. 

3. En effet, Aréna arrive, le 3 février, dans la rade de Cagliari, et, le 4, Péraldi part 
pour la Corse à bord de la corvette la Caroline. (Arch. de La sect. techn. du génie : 
Métn. de Ravier). 

4. Arch. de la sect. techn. du génie : Mém. de Ravier. 


Janvier 1793. 


Bombardement 
de Cagliari. 


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296 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Janvier-Février 

1793. 


et par un feu de mousqueterie, heureusement sans ré- 
sultat, l’embarcation ayant pu se dissimuler rapidement 
au milieu des bâtiments étrangers ancrés à peu de 
distance. Telle était cependant la confiance de l’amiral 
dans la disposition sympathique des Sardes à l’égard de 
la République, qu’il se rendit, le soir même, à bord d’un 
navire suédois, sur lequel s’était réfugié le consul de cette 
nation avec sa famille. Il lui remit les proclamations et 
l’engagea à les faire distribuer dans Cagliari. Il attendit, 
pendant 48 heures, le résultat de ce singulier moyen de 
conquête et se décida alors à procéder par intimidation '. 

Le 27, la division d’avant-garde, composée de cinq 
vaisseaux et d’une frégate’, sous les ordres du capitaine 
Landais, ainsi que les trois galiotes à bombes, mouillent à 
grande portée de canon et exécutent, le soir, un tir d’essai, 
qui ne cause aucun dommage, les bombes éclatant en l’air 
et les boulets tombant dans la mer 3 . Le 28, la division 
appareille pour se rapprocher, tandis que les bombardes se 
halent sur des ancres de jet, posées par la frégate la Ves- 
tale. Deux vaisseaux seulement, le Patriote et le Généreux, 
avec la frégate la Junon parviennent, vers 7 heures du 
matin, à s’embosser assez près pour ouvrir le feu, qui se 
ralentit vers 11 heures. Dans l’après-midi, ces bâtiments 
se replient en tirant en retraite, tandis que les galiotes 
envoient 79 bombes dans la ville. Celle-ci riposte d’abord 
lentement avec deux coulevrines de gros calibre et cinq à 

1. Ibid. : Mém. de Ravier. — Arch. de Breil, pièce n* 13 — Arch. delà Guerre: Extr. 
du journ. de bord du Patriote. — Troude. — Pinelli. L’incident du canot est mal 
interprété par cet auteur, ainsi que par Jomini. Le capitaine Ravier dit très expressé- 
ment comment et pourquoi les deux pavillons ont été arborés. Il ne parle pas de pavillon 
blanc. Il signale même que le pavillon sarde a été enlevé ou a disparu au premier coup 
de canon. -- Dans la piece des arch. de Breil, on indique que l’on ne voulait pas entrer 
en communication avec l’ennemi pour ne pas permettre aux autorités de Cagliari d’agir 
ainsi que venait de le faire le roi de Naples, accédant à la première sommation d'un 
secrétaire d’ambassade, déguisé en grenadier. 

2. Arch de la sect. tech. du génie: Mém. de Ravier — La division d’avant-garde se 
compose du Patriote , du Centaure, de l’Onon, du Généreux , vaisseaux de 74 canons, et de 
la Junon , de 18. 

3. Ibid. Mém. de Ravier. — Arch. de Breil, pièce n* 13. — Arch. de la Guerre. 
Extr. du journ. de bord du Patriote. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 297 


six canons de 16 ou de 18, tirant à boulets rouges Son feu 
devient plus vif à 4 heures, au moment où les galiotes se 
retirent. Toutefois la Junon seule qui, à la gauche de la 
ligne, était plus avancée dans le golfe, a cinq hommes tués 
ou blessés *. 

Ce bombardement, exécuté à trop grande distance, n’avait 
produit d’autre effet patériel que la détérioration des gros 
mortiers des galiotes et l’explosion d’un petit magasin à 
poudre dans le bastion de la Zecca, dont le flanc droit avait 
été renversé dans la ville 3 . Mais il avait exalté le courage 
des Sardes, qu’il fallait se résoudre à attaquer méthodique- 
ment. L’arrivée de la majeure partie du convoi, du 29 jan- 
vier au 4 février, permettait d’employer, dans ce but, toutes 
les ressources de l’expédition 4 . 

Le 5 février, tout l’état-major passe à bord de la Junon 
pour aller faire la reconnaissance de la côte, que le 
mauvais temps empêche jusqu’au 7. Un vieux Napolitain 
ayant indiqué l’endroit où les Espagnols avaient débarqué 
en 1717 s , Truguet, le major de la flotte et le commandant 
de la frégate vont, dans un canot, exécuter des sondages 
malgré une mer démontée, qui rend le retour fort difficile. 
Le même jour, arrivait le capitaine Latouche-Tréville, 
nommé contre-amiral. Le plan de l’opération est alors 
arrêté 6 . 

Le golfe de Cagliari, largement ouvert au midi entre 
le cap Carbonara à l’est, et la pointe de Pula à l’ouest, 

1. Arch. de la Guerre : Extr. du iourn. de bord du Patriote. Le capitaine Landais rap- 
porte qu’un boulet rouge, pénétrant dans le bâtiment, a amené un commencement d’incendie 
dans les sacs des matelots. Le même fait est rapporté dans la pièce n e 13 des archives de 
Breil. On j désigne par erreur le Patriote sous le titre de vaisseau-amiral. — Arch. de la 
Guerre : Lettre au comm. Bertin, du 4 février. 

2. Arch. de la aect. tech. du génie : Mém. de Ravier. — Arch. de la Guerre : Extr. du 
journ. de bord de la galiote à bombes la Sensible. 

3. Arch. de la Guerre : Lettre du corn. Bertin, du 4 février. Arch. de Breil, pièce n* 13. 

4. Arch. de la sect. tech. du génie : Mém. de Ravier. Lettre du comm. Bertin, du 4 fé- 
vrier. — Les premiers bâtiments arrivent le 29 janvier. Le député Aréna, le général 
Casablanca, l’adjudant général La Converserie arrivent le 3 février et se rendent le soir à 
bord du Tonnant. 

5. Hist.de Sardaigne , par M. Minant, ancien consul. — Arch de la sect. tech. du 
génie : Mém. de Ravier. 

6. Arch. de la Guerre .’ Extr. du journ. de bord du I/mguedoc . — Arch. de la sect. 
techn. du génie : Mém. de Ravier. 


Février 1793. 


Description 
du golfe 
et de la ville 
de Cagliari. 


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298 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Férrier ITOi. 


est divisé en deux parties par le promontoire de Saint-Elie, 
à l’extrémité duquel s’élève la tour des Signaux. La baie 
de l’orient tire son nom du village de Quarto, situé à 
quelque distance de la plage, au-delà d’un marais salant. 
Au fond de l’autre rade, la capitale de la Sardaigne, alors 
peuplée de 40,000 habitants, est bâtie en amphithéâtre 
sur les contreforts du mont Urpino," dont le sommet est 
couronné par le fort de San-Michele, armé de six pièces 
de faible calibre. Entouré d’une médiocre enceinte percée 
de cinq portes, Cagliari est coupé en deux par un vieux 
rempart : la ville basse, pourvue d’une darse et d’un môle 
couvrant le port, est dominée par l’antique cité, comman- 
dée elle-même par une petite citadelle. Au couchant, le 
faubourg de Stampace s’étend, en arrière de la plage délia 
Scaffa, jusqu’à un vaste étang, formé par l’embouchure 
du Léni. Au levant, celui de Villanova couvre l’espace 
compris entre les escarpements qui bordent l’enceinte et 
les pentes du mont Murtal, au pied duquel est établi le 
Lazaret l . 

Depuis le bombardement, les Sardes avaient eu le 
temps de perfectionner leurs dispositions défensives. Un 
assez grand nombre d’affûts n’étaient pas en état de faire 
un long service. Cependant 38 pièces de 18 et deux 
coulevrines de 32 sont prêtes à tirer tant dans les 
anciennes batteries basses du môle et de la pointe de 
la darse que sur les remparts de la ville basse, garnis de 
parapets, et derrière les épaulements construits sur le 
bord de la mer. La gorge de cette dernière batterie, 
plus exposée, est fermée par une bonne palissade. Des 
pièces de 12, disposées sur le môle, à la porte de la 
consigne, au-dessus de la pointe de la darse et vis-à-vis 

1. Troude. — Àrch. de la Guerre : Mémoire provenant des papiers trouvés cher le 
général Dupont. — Mém. du lieut de vaisseau Rheydellet. — Arch. de la sect. techn. 
du génie : Mém. des capit. Tholosé et Ravier. 


I 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 299 


la porte de Villanova, battent les approches de la ville 
vers l’est, tandis que la plage délia Scaffa est gardée 
par un bataillon et 120 cavaliers, appuyés à une redoute 
et à un retranchement garni d’artillerie '. 

Un autre ouvrage est commencé au mont Murtal et 
reçoit six pièces pour couvrir le Lazaret, défendu par 16 
canons de campagne et la tour Saint^Elie, armée de 
deux bouches à feu, dont une sous casemate. Trois batail- 
lons, aux ordres du marquis Léonelli, du vicomte de 
Flumini et de Montaleone, sont établis au Lazaret et 
occupent l’anse de Calamosca, à l’ouest du cap Saint-Elie. 
Ils se relient à 600 miliciens à pied, commandés par 
Pizzolo , et 300 cavaliers , dirigés par Cerruti , qui , 
campés derrière un retranchement près de la tour del 
Poete, sur le versant oriental du mont Murtal, doivent 
arrêter toute attaque par le littoral. Au village de Quarto, 
muni d’une redoute avec quatre pièces, se tient le baron 
de Saint-Amour, commandant des dragons, 550 fantassins 
et 800 cavaliers, dont les postes sont échelonnés le long 
du rivage, près des tours construites autrefois contre les 
incursions des Barbaresques. Un bataillon est placé en 
deuxième ligne, près du château San-Michele; les autres 
assurent le service de garde dans la ville et aux batteries 
de côte. Enfin les magistrats chargés de l’approvisionne- 
ment tirent des cantons voisins du froment et de la farine 
pour quatre mois et font construire des fours dans une 
grotte de la montagne de la citadelle*. 

Ces dispositions judicieuses, en partie connues des assail- 
lants 3 , dénotaient l’intention bien arrêtée d’une lutte à 
outrance. Il était donc nécessaire de lier intimement l’ac- 

1 Voir pièces justificative», n° 35. — Arcli. de Breil, pièce n‘ 13.— Àrch. de la Guerre : 
Mém. du lieut. de vaisseau Rhevdellet. 

2. Arch. de La Guerre : Corresp. de Truguet. — Arch. de la sect. tech. du génie : 
Mém. de Ravier. — Àrch. de Breil, pièce n* 13. — Pinelli. — Troude. 

3. Arch. de la sect. tech. du génie : Croquis visuel du golfe de Cagliari et note de 
Truguet à la suite de la reconnaissance. 


Février 1793. 


Débarquement 
du corps 
expéditionnaire. 


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Février 1793. 


300 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 

tion des troupes de terre à celle de l’escadre. Dans ce but, 
le mont Murtal est choisi comme premier objectif, dans un 
conseil de guerre tenu le 10 février à bord du vaisseau- 
amiral, et les instructions en conséquence sont données le 
même jour 1 2 3 . Le corps du général Casabianca, débarqué 
dans la baie de Quarto, marchera sur ce point directement, 
en suivant le bord de la mer, tandis que Latouche-Tréville 
exécutera une contre-attaque du côté opposé, en mettant à 
terre, dans l’anse de Calamosca, un détachement de 700 
hommes, tirés de la garnison des vaisseaux. En même 
temps, une division couvrira de projectiles le Lazaret et les 
pentes occidentales, pour empêcher l’approche de tout 
secours ; d’autres vaisseaux, sous les ordres du capitaine 
Trogoff, bombarderont la ville basse, et les galiotes la ville 
haute*. 

Le 11 février, le contre-amiral Truguet passe dans la 
baie de Quarto avec les vaisseaux le Centaure et Y Apollon, 
les frégates la Junon, YAréthuse et la Vestale, la corvette 
la Brune, la bombarde la Lutine et 33 bâtiments de trans- 
port. Le 12, l’état de la mer empêche le débarquement. 
Dans la nuit, le vent augmente et, le lendemain, Y Apollon 
ayant cassé ses câbles, est obligé de prendre le large avec 
deux ou trois transports*. 

Le 14, la tempête a cessé et deux frégates s’approchent 
de la plage pour tirer à mitraille sur les milices du baron 
de Saint-Amour, qui se débandent rapidement. Ainsi aban- 
donné, le commandant de dragons ne pouvait plus empê- 
cher les embarcations d’approcher; il se replie avec sa 

1. Arch. de U Guerre : Rapport de Truguet, du 3 mars. — Rapport de Casablanca, du 
22 février. — Arch. de la sect. tech. du genie : Mém. de Ravier. 

2. Arch. de la Guerre : Corresp. de Truguet, du 10 au 22 février. Mém. du 4 mars. — 
Erfcr. du journ. de bord du Languedoc. Le cap. Forget, du 39* d’infanterie, est désigné pour 
commander le corps de débarquement tiré des vaisseaux. 

3. Arch. de la Guerre : Rapport de Truguet, du 4 mars. — Corresp. de Truguet. — 
Extr. du journ. de bord du Languedoc. — Rapport de Casabianca, du 22 février. — Arch. 
de la sect. tech. du génie ; Mém. de Ravier. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 301 


compagnie, sans cesser d’observer 1 . Le contre-amiral Tru- Pilier im 
guet, le général Casablanca, avec son état-major, le député 
Aréna, puis les troupes, au nombre de 4,000 hommes en- 
viron, sont mises à terre avec six canons de 4 et trois 
jours de vivres. 

On occupe la tour Mortorio, sur la droite, et, à gauche, 
une briqueterie, qu’incendient les volontaires. Quelques- 
uns d’entre eux vont même piller la chapelle de San-An- 
drea, malgré une patrouille de dragons sardes, qui tue un 
soldat français, mais perd deux chevaux et a son comman- 
dant, le capitaine de Serramanna, blessé. Les féroces Mar- 
seillais lui coupent la tête et rentrent avec cette triste 
dépouille dans le camp tracé par le capitaine du génie 
Ravier, mais dont une partie des retranchements seulement 
est faite par le 42* régiment*. L 'Apollon ayant rejoint dans 
l’après-midi avec deux navires du convoi, peut encore 
débarquer avant la nuit le lieutenant-colonel Salis, du 
52* régiment, et divers détachements 3 . 

Cependant le vaisseau le Patriote, qui avait mouillé, dès de A ^g^ 
le 11, devant la tour Saint-Elie, hors de la portée du canon, 
mais dont les grelins des ancres de jet avaient été brisés 
par le mauvais temps, mettait à la voile avec YOrion pour 
se rapprocher. Accueilli par le feu de l’ennemi en s’embos- 
sant, il riposte vigoureusement. En même temps Y Entre- 
prenant, le Scipion et Y Iphigénie se dirigent sur le Lazaret, 
dont les défenseurs se retirent après quelques bordées 
vers la redoute du mont Murtal. A 10 heures du matin, 
le Languedoc mouille lui-même entre ces deux groupes. 

Les quatre vaisseaux de la division Trogoff manquent 

1. Arch. de Breil, pièce n* 13. Ce récit concorde avec la corresp. de Truguet. Il est en 
désaccord avec U version de Pinelli, qui reproche au baron de Saint-Amour ae ne s’étre pas 
opposé au débarquement. Mais cet auteur commet beaucoup d’autres inexactitudes. 

2. Arch. de Breil, pièce n* 13. — Arch. de la Guerre: Rapport de Casablanca. — Arch. 
de la sect. tech. du génie: Mém. de Ravier. — Voir pièces justificatives, n* 36. 

3. Arch. de la Guerre : Corresp. de Truguet. — Rapport de Casablanca, des 22 février 
1793 et 26 pluviôse au III. 


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302 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Février im le vent et sont obligés de jeter l’ancre trop loin de la ville 
pour pouvoir la battre. Il en est de même des galiotes. 
L7ris envoie inutilement ses bombes dans la mer; 
Y Iphigénie seule parvient à lancer quelques projectiles du 
côté de Saint-Elie. La nuit se passe sans incident de part 
et d’autre 

Le 15, de grand matin, ces derniers bâtiments se liaient 
pour se rapprocher de Cagliari et ouvrent le feu dès qu’ils 
se croient à portée. Le Duguay-Trouin et le Tricolore le 
cessent à midi, leurs boulets ne portant pas. Le Thémis- 
tocle, engagé de très près, est secouru successivement par 
YOrion et par Y Entreprenant, mais est obligé de se replier, 
à 6 heures du soir, le capitaine Haumont ayant été mortel- 
lement blessé et les boulets rouges des Sardes ayant allumé 
deux fois l’incendie à bord. Le Léopard, légèrement 
échoué, reste à son poste, àdemi-portée de canon, sous le tir 
intermittent des batteries de Cagliari. 11 est maltraité par 
les projectiles des deux coulevrines, qu’il ne peut atteindre 
avec ses canons, ayant une portée plus faible de 600 
mètres*. Les trois galiotes, auxquelles se joint la Lutine, 
tirent chacune une vingtaine de bombes, sans grand 
effet. Au cap Saint-Elie, le sommet de la tour des Signaux 
était complètement ruiné ; le canon casematé seul résiste 
aux efforts réunis du Patriote et du Languedoc, soutenus 
par le Commerce de Bordeaux, qui arrive avec quelques 
transports à midi. Toutefois les troupes de débarquement 
sont réunies sur le Patriote ; la mer, qui grossit, empêche 
de tenter une descente dans l’anse de Calamosca *. 

Du reste, la colonne du général Casabianca n’était pas 
en mesure d’attaquer. Il avait fallu un certain temps pour 

1. Arch. de la Guerre : Extr. du jour de bord du Languedoc et de la Sensible. — Lettre 
de Cagliari, du 22 février. — Arch. ae Breil, pièce n # 13. 

2. Arch. de la Guerre : Corresp. de Truguet. — Extr. des journ. de bord du Languedoc 
et de la Sensible — Lettre du capit. Bourdon-Graramont, du 12 mars. 

3. Arch. de la Guerre : Extr. des iourn. de bord du Languedoc et de La Sensible, — 
Lettre de Cagliari, du 22 février. — Arcn. de Breil, pièce n- 13. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 303 


former les troupes en trois brigades de 1.200 hommes, Février îm 
traînant à bras chacune un canon, et une avant-garde 
composée des compagnies de grenadiers, ainsi que des 
piquets. Entre 8 et 9 heures du matin ', cette division 
s’ébranle en une colonne, le long de la mer, l’avant-garde 
partant de la briqueterie, les brigades suivant par batail- 
lons en masse, à quelque intervalle*. La frégate la Junon 
et des chaloupes canonnières l’escortent sur la gauche 3 . 

Sur la droite, les dragons sardes s’étant montrés sur une 
hauteur, l’avant-garde traverse un vallon et en gravit le 
versant droit, suivie par la deuxième brigade, tandis que 
les première et quatrième restent sur le versant gauche, 
de façon à permettre à la frégate de battre l’intérieur du 
vallon. Aux premiers coups de canon, la cavalerie ennemie 
disparaît derrière les collines 4 . Le général Casabianca fait 
reprendre la première direction par le littoral 5 . 

On arrive ainsi à la tour de Carquangiolas. Profitant du 
débarcadère des Salines, situé à proximité, les chaloupes, 
chargées d’approvisionnements et. des pièces de 8, avaient 
débarqué des tonneaux de vin*. Ces troupes médiocres 
étaient fatiguées par cette marche de 14 à 15 kilomè- 
tres dans le sable, en traînant l’artillerie. On se repose 
longtemps, puis l’avant-garde continue lentement. A la 
tombée de la nuit, elle essaie de franchir le marais salant, 
mais est arrêtée par un fossé trop large pour permettre le 
passage des canons. Le capitaine Ravier reconnaît de loin 
les retranchements, gardés par Pizzolo. On croit en voir 
aussi de l’autre côté du marais, où se trouvaient seulement 

1. Arch. de U Guerre : Rapporte de Casabianca. — Corresp. de Truguct et rapport 
du même, en date du 4 mars. Dans sa correspondance l’amiral dit que la colonne est 
partie à 8 heures, dans le rapport, à 9 heures. 

2. Arch. de La sect. techn. du génie : Rapp des capit. Tholosé et Ravier. 

3. Ibid. : Rapp de Tholosé et Ravier. — Arch. de 1a Guerre : Rapp. de Truguct. 

4. Pinelli. — Arch. de la Guerre : Rapp. de Casabianca. — Arch. de la sect. techn. 
du génie : Rapp. de Ravier. — Arch. de Breil, pièce n* 13. 

5. Arch. de la Guerre : Rapp. de Casabianca. — Arch. de la sect. techn. du génie : 

Rapp. de Ravier. 

6. Pinelli. — Arch. de la sect. techn. du génie : Rapp. de Ravier. — Arch. de la 
Guerre : Rapp. et corresp. de Truguet. 


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304 EXPÉDITIONS ü’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Février H93. 200 dragons, sous Cerruti. Il était trop tard pour attaquer. 

Le général Casablanca se décide à bivouaquer plus en 
arrière, couvert par une maison crénelée et un petit épau- 
lement tracé entre la mer et l’étang qu’occupe l’avant- 
garde. La première brigade s’établit à 200 pas plus loin. 
La deuxième doit se placer en potence entre ces deux 
lignes et face au marais. Elle était restée en avant, à la 
garde d’un gué, et, comme elle s’était déjà installée, sou 
chef ne juge pas à propos de rentrer dans le camp, ainsi 
qu’il en avait reçu l’ordre. On détache alors une compagnie 
de grenadiers du 52* pour se rallier avec elle. Quant à 
la troisième brigade, elle était restée en arrière *. 

Déroute do corps Au milieu de la nuit, la deuxième brigade, inquiète 
sans doute de sa position aventurée, se replie sur le gros 
de la colonne. La compagnie de grand’garde, croyant à 
une attaque de l’ennemi, tire un coup de canon pour 
donner l’alarme. Réveillés en sursaut, les soldats saisissent 
leurs armes, qu’ils déchargent les uns sur les autres, 
puis se débandent aux cris de « trahison » et se sauvent à 
toutes jambes vers le point de débarquement; quelques-uns 
se précipitent dans la mer*. Au jour, cette cohue indiscipli- 
née et brutale demande à être rembarquée immédiatement, 
en menaçant le général Casabianca de « la lanterne ». Les 
plus furieux vont même jusqu’à jeter à l’eau les vivres 
apportés le lendemain par une chaloupe, malgré une 
mer démontée. Bientôt toute communication devient impos- 
sible avec la flotte, dont la situation empire d’heure en 
heure 3 . 

Dans la rade de Cagliari, le Léopard, secouru par le 

1. Arch. de la Guerre : Rapp. de Casablanca. — Arch. de la sect. techn. du génie : 
Rapp. de Ravier. 

2. Pinelli.— Arch. de Breil, pièce n* 13.— Arch. de la sect. techn. du génie : Rapp. 
de Ravier. — Arch. de la Guerre : Rapp. d’Aréna, du 30 mars.— Rapp. de Casabianca. 
— Rapp. de Truguet. Ce dernier seul indique que cette débandade se produisit à 
3 heures du matin. D’après Aréna, 500 h. se sont jetés à l’eau. 

3. Arch. de la Guerre : Corresp. de Truguet. — Rapp. d’Aréna. — Arch. de la sect, 
techn. du génie : Rapp. de Ravier. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 305 


Commerce de Bordeaux et le Duguay-Trouin, qui tirent Février n»3. 
jusqu’à midi, se relève un instant. Le vent du S.-S.-E. qui 
fraîchit, oblige ces deux derniers bâtiments à prendre le 
large ainsi que VOrion. Poussé par d’énormes lames, le 
Léopard franchit alors un banc de 10 à 12 pieds d’eau, 
bien qu’en tirant 22 lui-même, et s’échoue complètement 
près de la plage délia Scaffa. Il riposte cependant, 
au feu des deux coulevrines, qui ne cesse que le 18 au 
soir 1 . Dans la journée du 16, le Patriote continue à 
canonner la tour des Signaux; mais, le lendemain, le 
mauvais temps l’empêche de riposter. Trop près de la côte 
pour mettre à la voile, ce vaisseau reste à la merci de 
la seule ancre qui lui reste jusqu’au 18. Une accalmie 
lui permet alors d’appareiller ; successivement les autres 
navires en font autant. Le vent forçant toujours, beau- 
coup de canots sont emportés et brisés sur la côte. 

Le Duguay-Trouin s’échoue, à la suite de la rupture de 
la barre de son gouvernail, sous la violence des coups 
de tangage *. 

Dans la baie de Quarto, le même accident arrive au 
Tonnant. Le Centaure et V Apollon ont plusieurs câbles 
brisés. Le gouvernail de la Vestale est démonté. Les deux 
autres frégates, mouillées près de terre pour protéger 
l’armée, sont obligées de couper leurs mâts pour ne pas 
être jetées sur la plage, ainsi qu’il arrive à deux bâtiments 
du convoi, qui sont incendiés par les Sardes. Leurs équi- 
pages sont massacrés sans même être secourus par ces 
misérables soldats qui, réduits le 17 à un quart de galette, 
parlent de se rendre prisonniers pour échapper à la faim, 
au lieu d’aller occuper les villages voisins 3 . Cependant la 

1. Arch. de Breil, pièce n* 13. — Arch. de la Guerre : Extr. du journ. de bord du 
Languedoc. — Lettre du capit. Bourdon-Grammont, du 12 mars. 

2. Arch. de la Guerre : Kapp. de Truguet. — Extr. du journ. de bord du Languedoc . 

3. Arch. de Breil, pièce n- 13. — Arch. de la Guerre : Kapp. de Casablanca.— Rapp. 
et corresp. de Truguet. — Lettre de Truguet à sa mère, du 22 février.— Rapp. d’Aréna. 

— Arch. de la sect. techn. du génie : Kapp. de Ravier. 


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Février 1793. 


Fin 

de l'expédition 
de Cagliari. 


306 EXPÉDITIONS ü’ONElLLE ET DE SARDAIGNE 

troupe de ligne, revenue au sentiment du devoir et de 
l’honneur, repousse cette honteuse proposition ; par suite 
de son petit nombre, elle ne peut que mettre Casabianca, 
Aréna et l’état-major à l’abri des menaces et des insultes 
des Marseillais *. 

Enfin, le veut s’étant apaisé le 19, des vivres sont envoyés 
à terre et une petite partie des volontaires est rembarquée*. 
Sur l’ordre du contre-amiral Truguet, les divisions de 
Latouche-Tréville et de Trogoff passent dans la baie de 
Quarto, laissant seulement quelques gabares auprès du 
Léopard et du Duguay-Trouin, pour les décharger et les 
aider à se renflouer 3 . A 8 heures du soir, tout le corps 
expéditionnaire est rentré à bord du convoi ou de l’escadre 
sans la moindre opposition des Sardes 4 . 

Il était urgent du reste déterminer cette expédition. Les 
vivres allaient manquer 5 et, la guerre ayant été déclarée à 
l’Espagne, puis à l’Angleterre 6 , le Conseil exécutif provi- 
soire avait décidé de renoncer à toute entreprise importante 
dans la Méditerranée 7 pour concentrer dans l’Océan la 
majeure partie des forces navales de la France 8 . Le 22, sur 
l’ordre de Truguet, le contre-amiral Latouche-Tréville 
appareille avec le Languedoc, le Thémistocle, Y Entrepre- 
nant et YOrient, emmenant les bataillons de Y Union, du 
Vaucluse, du Lubéron et du 42" régiment d’infanterie, qui 
ne pouvait être ramené en Corse, où il était mal vu. Cette 
escadre arrive, le l" r mars, au Golfe-Juan, y débarque les 

1. Voir pièces justificatives, n* 37. — Àrch. de la Guerre : Rapp. d’Aréna et lettre 
du même au ministre des affaires étrangères, du 22 février. 

2. Arch. de Breil, pièce n- 13.— Arch. de la Guerre : Corresp. et rapp. de Truguet. 
— Arch. de la sert, techn. du génie : Rapp. de Ravier. 

3. Arch. de la Guerre : Rapp. de Casabianca. — Corresp. de Truguet. — Extr. du 
journ. de bord du ÏMnçueiloc. 

4. Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet. — Arch. de la sect. tech. du génie : Rapp. de 
Ravier. 

5. Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet et lettre de Bertin. 

6. Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet. — Lettres du ministre à Biron. 

7 Arch. delà Guerre : Lettres de Biron, des 3 et 4 mars. — L’expédition de Rome, 
indiquée dans les instructions du mois d'août, était particulièrement abandonnée. 

8. Arch. de la Guerre : Ordre du Conseil exécutif provisoire, du 31 janvier. — Lettres, 
de même date, du ministre de la guerre au général Biron et au commandant de l’expédition 
de Sardaigne. — Lettre du ministre des affaires étrangères à Aréna, du 13 février. 


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EXPÉDITIONS ü’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 307 

troupes, puis se rend à Toulon 1 . Pendant ce temps, l’.4 pol- Février 1193. 
Ion, le Généreux et la Vestale transportent à l’île San- 
Pietro les détachements des 26' et 52 e régimeuts, destinés à 
y tenir garnison*. Le reste du convoi, parti le 24 février, 
atteint Antibes le 4 mars 3 . 

L’artillerie et le matériel transportable du Léopard sont 
enlevés, puis sa coque est livrée aux flammes le 25 février à 
10 heures du soir 4 . Le Patriote et le Duguay-Trouin res- 
tent seuls dans la rade de Cagliari pour se réparer 5 et 
l’amiral Truguet se rend à l’île San-Pietro pour donner au 
lieutenant-colonel Salis, chargé du commandement de 
cette station, et au capitaine du génie Ravier, qui lui est 
adjoint, les instructions nécessaires à sa mise en état de 
défense. On y débarque de l’artillerie de gros calibre 6 . Les 
frégates l’Hélène et le Richemont 1 restent à la garde des 
mouillages de Palmas et deCarloforte 8 . La frégate la Pou- 
lette doit croiser entre le cap Corse et l’Italie, afin de pré- 
venir les bâtiments de commerce français de la déclaration 
de guerre et de les convoyer \ Toute la flotte se dirige 
ensuite sur Toulon, où elle mouille le 8 mars*. 

L’expédition tentée contre l’île de la Maddalena n’avait Tentative 

sur 1a côte nord 

pas une issue plus heureuse que celle de Cagliari. Le colo- Sa ^.£ ne 
nel de gendarmerie Césari Colonna avait reçu le comman- 
dement des troupes, composées du 2' bataillon des volon- 


l. Àrch. de la Guerre : Corresp. et rapp. de Truguet. — Extr. du journ. de bord du 
Languedoc. — Lettres de Chaillan, comm. a Nice, du 2 mars, et de Biron, du 3. 

2. Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet — Arch. de la sect. tech. du génie : Rapp. 
de Ravier. 

3. Arch. delà Guerre : Lettre de Biron, du 4 mars. — Rapp. du chef d’état-major, du 
22 mars. 

4. Pinelli. — Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet. — Lettre du cap. Bourdon-Gram- 
mont, du 12 mars. 

5. Arch. delà Guerre : Rapp. de Truguet. 

6. Arch. de la sect. tech. du génie: Rapp. de Ravier. — Instructions du 24 févrie, 
pour le lieut. -colonel Salis et le cap. Ravier. — Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet. — 
Instruct. du 17 mars. 

7. Arch. de la sect. tech. du génie: Rapp. de Ravier. Cette frégate était arrivée le 
25 janvier devant Cagliari . 

8. Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet. — Instruct. du 17 mars. 

9. Arch. de la Guerre : Instruct. du 17 mars. 

10. Arch. de la Guerre : Rapp. de Truguet. — Lettre du comm. d’armes à Toulon, du 
8 mars. Les capit. Landais, du Patriote , et Keréon. du Thémistocle , sont nommés contre- 
amiraux. 


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308 EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Février iTO3 taires corses, sous les ordres des lieutenants-colonels 
Quenza et Bonaparte, ainsi que d’une compagnie du 52" 
régiment, capitaine Ricard. Réunies, dès le 18 janvier, à 
Bonifacio 1 , elles attendent d’abord la corvette la Fauvette 
et 16 petits bâtiments chargés de les transporter. Par 
suite du mauvais temps, le départ ne peut s’effectuer que 
dans la nuit du 18 février. Arrivé au jour en vue de la Sar- 
daigne, le convoi est retenu par le calme, puis forcé le soir 
par un coup de vent de rentrer à Bonifacio. La corvette 
reste à la cape pendant deux jours. Enfin le 22, on parvient 
à mouiller au sud-ouest de l’île de la Maddalena, à l’entrée 
du canal qui la sépare de celle de San-Stefano*. 

Les Sardes étaient prévenus. Deux petites galères, com- 
mandées par les chevaliers Constantin et Porcile, de la 
marine royale piémontaise, ripostent vivement au feu de la 
corvette, qui a un homme tué et un autre légèrement 
blessé 3 . Cependant le débarquement s’effectue le soir sans 
difficulté sur l’îlot de San-Stefano. Le 23 février, après une 
attaque de deux heures, les quelques Suisses du régiment 
de Courten qui défendaient un petit ouvrage, se rendent 4 . 
Bonaparte fait immédiatement établir deux obusiers pour 
battre le fortin plus important de la Maddalena, com- 
mandé par le lieutenant Barmann. On décide d’attaquer, le 
lendemain, en traversant le détroit au moyen de la flottille, 
sous la protection de la Fauvette. En conséquence, Césari 
Colonna se rend à bord de la corvette pour s’entendre avec 
son commandant. Mais l’équipage se met en insurrection 
et garde en otage le colonel jusqu’à ce qu’il ait donné 
l’ordre de la retraite 5 . 

Le 25, les troupes commencent à se rembarquer. Les 
Sardes, qui s’attendaient à être attaqués, vont à la décou- 
verte. 20 hommes et quelques volontaires, conduits par 

1 . Arch. de la Guerre : Lettre de Casablanca à Paoli, du 9 janvier. 

2. Pinelli. — Arch. de la Guerre : Rapp. de Paoli, du 10 mars. 

3. Pinelli. 

4. Arch. de la Guerre : Rapp. de Paoli, du 10 mars. 

5. Arch. de la Guerre : Rapp. de Paoli, du 10 mars. — Déclaration des officiers de la 
corvette, du 17 février. 


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EXPÉDITIONS D’ONEILLE ET DE SARDAIGNE 309 


un ancien soldat nommé Domenico Millelire s’embarquent 
sur deux ou trois bateaux à la côte nord de l’île de San- 
S te fa no. couverts par le monticule où était établie la 
batterie 1 . Il était 7 heures du soir et Bonaparte se trouvait 
encore là avec des grenadiers du 52' et quelques volon- 
taires. Il n’a que le temps de regagner la plage, où 
étaient encore les chaloupes, en abandonnant un des deux 
obusiers. L’embarquement terminé à minuit, la flottille met 
à la voile le 26, à 6 heures du matin, et arrive sans encombre 
le lendemain, à 8 heures, dans le golfe de Santa-Manza*. 

Le sort de la petite garnison de l’île Sau-Pictro était 
plus triste encore. Le lieutenant-colonel Salis, bien appro- 
visionné 3 , s’était établi avec 400 hommes à San-Antiocho, 
occupant les retranchements qui y avaient été élevés et 
armés de deux pièces de 8. Appuyé par une frégate mouillée 
dans le golfe de Palmas, il était parfaitement en état 
d’empêcher le corps sarde, maintenu à Sulcis, aux ordres 
de Caraurati, de déboucher par le pont Sainte -Catherine. 
Le reste de ses troupes était à l’île San-Pietro 4 . Pour eu 
défendre la rade, où stationnait une autre frégate et des 
chaloupes canonnières, le capitaine du génie Ravier avait, 
conformément aux instructions de Truguet, fait établir 
plusieurs batteries : une, de deux pièces de 8, sur la côte 
est de l’île Piana, défendait la passe nord ; deux à l’île 
San-Pietro; une de mortiers sous la tour de San-Vittorio, 
pour battre le mouillage, l’autre, de deux pièces de 18, 
croisant ses feux, sur la passe sud, avec l’artillerie de même 
calibre placée à la pointe nord de la tour de Calasetta, 
tandis qu’une dernière batterie avait été construite au 
nord du bourg de ce nom, face à la côte de Sardaigne 3 . 

1. Pinelli. 

_ 2. Pinelli. — Arch. de la Guerre : Rapp. de Paoli, du 10 mars. — On trouve des 
détails sur cette expédition dans Bonaparte et son temps, du colonel lune. 

3. Arch. de la sect terhn. du génie : Rapp. de Tholozê, — Arch. de la Guerre : 
Lettres de Sailly, des 4 et 5 mars se plaignant d’être abandonné. — Lettre de Bertin à 
Ravier, du 9 avril. — La frégate la Fortunée emporte 30.000 francs en numéraire, et la 
tartane le Saint-Jean est chargée de trois mois de a ivres et «le médicaments. 

4. Arch. de la Guerre : Lettre de Saillv au ministre, du 14 mars. 

5. Arch. de la sect. tech. du génie ; Rapp. des capit. Tholozé et Ravier. 

21 


Février-Mars- 
Avril 1793. 


Prise de 171e 
San-Pietro 
par 

les Espagnols. 


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310 EXPEDITIONS D ONEILLE ET DE SARDAIGNE 


Mai im Ces dispositions protégeaient le mouillage contre les 
entreprises des corsaires ou des petits bâtiments de guerre. 
Elles ne permettaient pas de résister à la flotte espagnole 
de 22 vaisseaux de ligne et 5 frégates qui , sous le com- 
mandement de Francesco Borga, marquis de Camma- 
rellos, ancre dans le golfe de Palmas, où elle surprend la 
frégate l’Hélène et la contraint d’amener son pavillon, 
pendant que deux vaisseaux et une frégate bloquent le 
Richemont dans la rade de Carloforte Camurati propose 
aussitôt d’attaquer San-Antiocho 8 ; mais le lieutenant- 
colonel Salis, voulant concentrer ses forces, encloue ses 
canons et se replie, dans la nuit du 21 au 22 mai, sur 
Calasetta, d’où il passe à San-Pietro au moyen de bateaux 
envoyés par le capitaine Ravier 3 . La frégate le Richemont 
est désarmée, puis brûlée ; son artillerie est employée à 
armer deux nouvelles batteries. Cependant, le 25, la flotte 
ennemie pénètre dans la rade et, le 26, les vaisseaux, 
présentant 1.800 bouches à feu, s’embossent. Toute résis- 
tance était dès lors inutile. Les 500 soldats et les 300 
matelots sont faits prisonniers et transportés à Barcelone \ 

Ainsi se terminait cette expédition de Sardaigne, qui 
présente quelque analogie avec les déroutes survenues en 
Flandre au début de la guerre. Conçue avec soin, mais 
contrariée par le mauvais temps et exécutée avec des 
troupes indisciplinées et sans cohésion, elle devait avoir de 
fâcheuses conséquences, qui ne paraissent pas avoir été im- 
médiatement entrevues par le Conseil exécutif provisoire 3 . 

1. Arch. de Breil, pièce n* 13. — Arch. de la Guerre : Lettre de Sailly, du 14 juin. 

2 Arch. de Breil, pièce n* 13. 

3. Arch. de La sect. techn. du génie ; Lettre écrite par Ravier à Sailly, du 21 mai, 
en lui envoyant les bateaux convoyés sur la tartane le Saint-Jean. 

4. Voir pièces justificatives, n* 38. — Pinelli. — Arch. de La Guerre : Lettre de 
Tilly, du 5 juin. — Kapp. de Salis, du 14 juin. — Lettre trouvée ches le consul anglais 
de Livourne. 

5. Lettre du ministre au citoven Constantini, pour le remercier du nouveau projet 
d’expédition qu’il a envoyé. — On songeait encore à une expédition sur Rome. (Voir 
arch. de la Guerre : Lettres de Biron au ministre des affaires étrangères, du 15 février, 
au ministre de la guerre, du 4 mars, et au Conseil exécutif provisoire, du 23 mai.) 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


N° 1 

A. — ÉTAT DE L’ARMÉE PIÉMONTAISE EN 1792 


1® Infanterie 


(a) Régiments nationaux 


1* 

Régim 1 des Gardes. . . 

2 bat. 

2° 

id. 

de Savoie .... 

2 — 

3® 

id. 

de Montferrat. 

2 — 

4° 

id. 

de Piémont. . . 

2 — 

5° 

id. 

de Salaces . . . 

2 — 

6° 

id. 

d’Aoste 

2 — 

7° 

id. 

de la Marine. . 

2 — 

8° 

id. 

de Chablais. . . 

2 

9° 

id. 

de la Heine . . . 

2 — 

10® 

id. 

de Sardaigne . 

2 — 

11® 

id. 

de Lombardie. 

2 — 


Total... 22 bat. 


( B ) Régiments étrangers 

1° Royal-Aliemand (Lenlron) 2 bat. 
2° Suisse-Valaisan (Courlenj. 2 — 
3° Suisse-Bern u (Rockroondel) 2 — 
4° Suisse-Grison (Christ)... 2 — 

Total... 8 bat. 


Total général 


( c ) Régiments provinciaux 


1® 

Régim 1 de Genevois . . 

2 bat. 

2° 

id. 

de Maurienne. 

2 — 

3° 

id. 

d’ I vrée 

2 — 

4° 

id. 

de Turin 

2 — 

5® 

id. 

de Nice 

2 — 

6® 

id. 

de Mondovi . . 

2 — 

7® 

id. 

de Verceil. . . . 

2 — 

8® 

id. 

d’Asti 

2 — 

9° 

id. 

de Pignerol . . 

2 — 

10° 

id. 

de Casai 

2 - 

11» 

id. 

de Novare . . . 

2 — 

12» 

id. 

de Tortone . . . 

2 — 

13» 

id. 

de Suse 

2 — 

14» 

id. 

d’Acqui 

2 — 



Total... 

28 bat. 

Légion légère 

4 » 

Légion des campements. . . 

2 » 



Total. . . 

6 bat. 


64 bataillons. 


2° Cavalerie 


(a) Dragons 

Dragons du Roi 4 esc. 

id. de Piémont 4 — 

id. de Sardaigne 4 — 

id. de la Reine 4 — 

id. de Chablais 4 — 


Total. . . 20 esc. 


(b) Cavalerie 


Chevau-légers 4 esc. 

Royai-Piémont 4 — 

Aoste-cavalerie 4 — 

Savoie-cavalerie 4 — 


Total... 16 — 
Total général. . . 36 esc. 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


3° Artillerie 4° Génie 

Bataillons 4 Bataillons : 

Comp. des ouvriers et mineurs. 1 Etat-major. 

5° Maison du Roi 

(a) Infanterie I (b) Cavalerie 

Gardes suisses. i Dragons de la chasse. 

Gardes à pied. | Gardes du corps : 3 compagnies. 

6° Corps spéciaux 


Compagnie franche. 
Compagnie d’invalides. 


Compagnie d’élite des équipages de 
la marine. 


B . — AUGMENTATION DE L’ARMÉE PIÉMONTAISE DE 1792 A 1796 

(a) En 1792-1793 

1° Régiment suisse de Schmid En Sardaigne 1 

2° Légion des campements divisée en ! p^nnférs!* ^ 2 


3° Compagnie franche divisée en ... . j C° m P a & ,, * e nationale. 

| Compagnie française. 

4° Régiment d'Oueille constitué avec la compagnie d’élite des équipages 

de la marine 2 bat. 

5° Chasseurs-carabiniers Canale 1 


6° Formation des bataillons de grenadiers : 


p des Gardes 
d’Asti 
de Casale 
de Savoie ) 

de la Marine! 
de Turin ) 

de Novare 
de Suse <1 

de Saluces 
de Verceil 
de Tortone 
d’Aoste 
de Courten 
de Mondovi 


1* T bataillon isolé 
formé à Rivoli. 


2 ' bataillon 
formé j 
à Aglié. I 

10* bataillon I 
forme à 1 

Montalcnghé., 

4° bataillon 
formé i 
à Breil. 

5* bataillon 
formé ' 

Val de Stura. 


7° Formation des bataillons de chasseurs : 


p de Montferrat ) 
de Piémont j 
de Rockmondet ) 
de Royal Allemand 
de Chablais 
de Genevois 
de Maurienne ) 
d’ivrée [ 

de Pignerol ) 
de Nice j 

de la Reine [ 
de Sardaigne ) 
de Christ i 
de Lombardie 
d’Acqui ) 


3* bat. isolé 
formé 
à Aoste. 


Comp ie des Gardes 
id. de Saluces 
id. d’Aoste 
id. de Courten 
id. de la Reine 
id, de Christ 
id. de Sardaigne 
id. de Lombardie 


1 er bataillon 
formé 
à Breil. 


Comp i<? de Montferrat 
id. de Piémont 
id. de Royal Allemand I 
id. de la Marine i 
id. de Savoie I 
id, de Chablais 


2* bataillon 
formé 
à Suse. 


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Régiment Régiment 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 313 

Régiment Suisse de Zimmerman 2 bat. 

8° id. id. de Bachmann 2 — 

id. id. de Peyer-ein-hoff 2 — 

(B) En 1793-1794 


1° Régiment Suisse de Schmidt, de Piémont 2 * bat. 

2° Grenadiers du régiment d’Oneille. 

/ Comp ie * de Zimmermann ] 

3®J id. de Bachmann ! 11 e bat. de grenadiers. 

( id. de Peyer-ein-hoff ) 


4° Compagnies de chasseurs des régiments provinciaux. 

5° Chasseurs Bonnaud. 

6° Chasseurs Piano. 

7° Chasseurs Martin Montu-Beccaria. 

8° Compagnies de la Rocque. 

9° Corps franc de Pandini. 

10° Chasseurs niçois de Radicati 2 bat. 


(c) En 1794-1795 

1® Compagnies de chasseurs du régiment d’Oneille. 

2® Réunion de tous les corps francs en une seule troupe de 10 compagnies. 


N° 2 

ÉTAT DES MILICES P1ÉMONTAISES 


Provinces : 

Centuries 

Hommes 

d’Acqui 

20 

2.000 

d’Alba 

20 

2.000 

d’Alexandrie 

14 

1.400 

d’Aoste 

10 

1.000 

de Biella 

7 

700 

de Casale 

15 

1 500 

de Coni 

30 

3.000 

de Fossano 

4 

400 

de Fenestrelles. . . . 

14 

840 

d’Ivrée 

20 

2 000 ! 

de Loano 

9 

558 

de Mondovi 

40 

4.000 

Totaux . . . 

203 

19.308 


Provinces : 

Centuries 

Hommes 

de Mortara 

12 

1.200 

de Novare 

14 

1.400 

d’Arona 

1 

100 

d’Oneille 

42 

2.604 

de Pignerol 

14 

1.400 

de Valdesi 

25 

1.500 

de Salu ces 

20 

2.000 

de Savigliano 

5 

500 

de Suse 

10 

1.000 

de Tortone 

29 

2.900 

de Valenza 

4 

400 

de Verceil 

12 

1.200 

Totaux . . . 

188 

16.204 


Total général ; 391 centuries; 35,002 hommes. 


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314 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


N° 3 

CONVENTION DE MILAN 

Milano, li 22 settembre 1792. 

Art. 1®. — S. M. I. concédé e distacca da’ suoi Stati di Lombardia 
sette battaglioni d’ Infanteria, e due divisioni, ossia quattro squadroni 
di cavalleria leggera, con ventidue pezzi di cannoni di diverso calibro 
a disposizione di S. M. il Re di Sardegna, per passare in Piemonte 
corne truppe ausiliarie sotto il comando del tenente maresciallo Conte 
Strassoldo, che avrà sotto di se due generali maggiori, il Barone Colli 
ed il Marchese Provera. 

Art. 2°. — S. M. I. R. ha accordato questo corpo secondo il con- 
certo preso frà le due Corti sotto le condizioni che il pane, foraggio, 
ospedali, letti, mobili di caserma, legoa, lume ed alloggi necessari 
saranno somministrati tanto agli uffiziali quanto ai soldati di queste 
truppe Imperiali Reali a spese di S. M. Sarda, e che tutto il restante 
pel trattenimento di queste truppe sul piede di guerra resterà aile 
spese délia casa militare di S. M. I. R., eccettuato perô il trasporto 
delle tende, marmitte ed altri piccoli attrezzi di campagna, la condotta 
de* quali sarà a spese di S. M. il Re di Sardegna, con carri o muli, 
corne meglio converrà alla Corte di Torino, non essendo i reggimenti 
provvisti che de’ carri necessari per la condotta degli equipaggi, ed 
altri attrezzi ordinari delle rispettive compagnie. 

Art. 3°. — I disertori o sudditi d’ambe le parti non potranno essere 
richiamati, nè presi, ma resteranno nelle truppe, in cui attualmente si 
trovano, e qualora alcuni di questi venissero a disertare, tanto essi, 
quanto qualunque altro disertore del corpo austriaco, saranno resti- 
tuiti fedelmente, osservando le truppe austriache il reciproco nel fer- 
mare disertori piemontesi ; il che verrà egualmente praticato da ambe 
le parti, e qualunque, contadino o cittadino, che fermerà un disertore 
austriaco, consegnandolo al corpo, riceverà la rimunerazione di cinque 
ongari o ducati imperiali d’oro ; di che si prega di rendere avvisato il 
paese, con far pubblicare un tal avviso in tutti i siti Sardi, ove avranno 
a trovarsi le truppe austriache. 

Il corpo ausiliare austriaco poi non potrà far riclute negli Stati di 
S. M. il Re di Sardegna sotto venin pretesto. 

Art. 4°. — Se il soldato austriaco, il quale è assuefatto a 12 oncie 
di pane di più al giorno, venisse a patir molto e non potesse sussistere 
colla porzione del pane sul piede delle truppe Sarde, si spera che 
S. M. il Re di Sardegna su lia rimostranza del Comandante del corpo 
vorrà far riflesso per un accrescimento. Se accadesse scarsezza di biada 
si avrà riguardo a preferire con questala cavalleria ed i cavalli del 
treno d’artiglieria, ed in caso di assoluta impossibilità di rinvenire 
questo genere, si darà doppia porzione di fieno, ritenuto, che non vi 
dovrà essere variazione o diminuzione nelle porzioni di foraggi nei 
quartieri d’inverno. 

Essendo l’uso da noi che ogni battaglione ed ogni divisione di caval- 
leria si provvede d’un vivandière , si accorderà per tal vivandière quat- 
tro porzioni di fieno gratis, corne si è già convenuto. 


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PIÈGES JUSTIFICATIVES 315 

Art. 5°. — Perli transport! di riclute e munizioni che si spediranno 
al corpo austriaco in Piemonte, verranno forniti i carri necessari sino 
alla prima stazione negli Stati Sardi, a spese di S. M. 1. e di là in 
avanti saranno somministrati i carri egualmente, che il pane e foraggi 
per la gente del loro seguito a carioo del Re di Sardegna, essendo 
questi trasporti destinati pel suo servizio ; per lo che se ne darà pre- 
ventivo avviso ai Commandant! Sardi i più vicini o ai Commissari di 
guerra, nominati dalla Corte di Torino per prendere le dovute intelli- 
genze pel loro transito ed in easo di bisogno verrà accordata la neces- 
saria scorta armata. 

Art. 6°. — Cogli ultimi dispacci délia Corte Impériale il Comman- 
dante generale délia Lombardia ha ricevuto avviso essere già state 
prese le intelligenze col Ministro di S. M. Sarda, Marchese di Breme, 
che le monete che porteranno seco le truppe austriache saranno cam- 
biate in quelle casse reali e provvisionali in monete di Piemonte allô 
stesso valore, per cui hanno corso negli Stati délia Lombardia di 
S. M. I. R., cioè a dire il sovrano a L. 45 di Milano per L. 30 di Pie- 
monte, l’ongaro a L. 15. 4 pure di Milano per L. 10. 2. 8 di Piemonte, 
e lo scudo di Milano a L. 6 per L. 4 di Piemonte, ed in conformité di 
tali intelligenze verranno quindi provvedute le truppe austriache delle 
succennate monete, corne più converrà aile I. R. casse di S. M. l’Impe- 
ratore ; ed acciocchè le truppe all’ingresso in Piemonte non restino 
senza valute piemontesi, verranno date le necessarie disposizioni, acciô 
si trovi nei confini un cassiere di S. M. Sarda, o altra persona desti- 
nata a fare il cambio delle monete, la quale da Gravelone sarà scortata 
dalle truppe lmperiali. 

La Corte di Vienna avendo fatto considerare al Ministro di S. M. 
Sarda che se anche vi fosse qualche perdita a soffrire dalle casse regie 
sulle monete, questa resta assai compensata per l’accrescimento di 
numerario che il corpo austriaco porta negli Stati di S. M. il Re di 
Sardegna, quest articolo puô soffrire tanta minor difficoltà, quanto che 
resta già concertato tra il Sig. Vice Cancelliere délia detta Corte, Conte 
Cobenzel, ed il Ministro délia Corte di Torino. 

Art. 7°. — Sarà egualmente fornito aile truppe lmperiali austria- 
ehe ne’ quartieri ed aceantonamenti letto, lume e legna gratis, ed ai 
generali, uffiziali, commissariato ed individui délia Cancelleria di 
guerra quartieri , legna, egualmente gratis, negli aceantonamenti poi 
tanto il soldato austriaco, corne anche i generali, uffiziali ed altri indi- 
vidui militari, verranno forniti di paglia e legna sul piede delle truppe 
sarde, e cosi pure verrà somministrato quel poco carbone che occorrerà 
per le officine dell’artiglieria e dei reggi menti. Le truppe negli accan- 
tonamenti saranno divise il meno che sia possibile, per mantenere 
maggiormente il buon ordine e la disciplina. 

Art. 8°. — S’intende che nelle città, borghi e villaggi ove si trove- 
ranno le truppe austriache lmperiali in quartiere, avranno ad esservi 
macellari, da cui potranno i soldati austriaci, mediante denaro con- 
tante, trovar la carne allô stesso prezzo delle truppe sarde, corne anche 
negli accampamenti. 

Art. 9°. — In caso, che qualche uffiziale venisse per avventura a 
perdere il suo cavallo e si trovasse neeessitato di averne uno per la 
marcia, questo verrà somministrato contro pagamento. 


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316 


PIECES JUSTIFICATIVES 


Art. 10°. — Quanto agli ammalati sarà loro assegnato un ospedale 
ovvero in mancanza di esso, delle abitazioni convenevoli per collocarli. 
Questi saranno provvisti di legna, letti e lume aspese di S. M. Sarda : 
per la loro assistenza verranno provvisti chirurghi austriaci, corne 
anche di medicine ed alimenti a spese di S. M. I.; quelli poi che si 
manderanno dall’armata agli ospedali saranno provveduti di carri gra- 
tis sino al sito loro assegnato, corne anche se venissero ad ammalarsi 
alcuni uffîziali o generali, sarà loro assegnato egualmente gratis un 
alloggio convenevole per rimettersi. Malgrado che il corpo ausiliare sia 
provvisto di medicinali per una data quantità d’ammalati, se questi 
medicinali venissero a mancare, saranno essi provvisti dalla spezieria 
di guerra di S. M. il Re di Sardegna, contro equitativo pagamento. 
Se poi accadesse che in qualche fatto d’armi fossero molti i feriti, cosï 
che non bastassero i chirurghi austriaci e che si dovesse richiamare 
Tassistenza di quelli del Re di Sardegna, si spera che in tal caso ver- 
rebbe aceordato questo soccorso. 

Art. 11°. — Tutti i prigionieri di guerra che il corpo austriaco farà 
sul nemico, saranno consegnati contro certificato aile truppe del Re di 
Sardegna, il quale provvederà pel loro mantenimento, corne anche tutti 
gli acquisti sul nemico di munizione, cannoni ed altri trofei di guerra 
saranno consegnati aile truppe di S. M. Sarda. Le prese particolari che 
verranno fatte dai distaccamenti, apparteranno ai rispettivi distacca- 
menti che le avranno fatte. 

Art. 12°. — Quanto al cambio dei prigionieri si avrà riguardo aile 
truppe lmperiali senza parzialità egualmente che a quelle del Re di 
Sardegna; e di que’ prigionieri che verranno fatti dalle sole truppe 
austriaehe se ne passerà loro la ricevuta. 

Art. 13°. — 1 pachetti e lettere d’officio del Commandante di detto 
corpo e quelle del Commissariato di guerra saranno franche di ogni 
porto e spesa di posta. 

Art. 14°. — Negli aceampamenti il corpo austriaco avrà sempre la 
dritta e l’anzianità del rango deciderà délia superiorità del comando dei 
pichet ti, distaccamenti ed altri più grandi comandi, appunto corne si è 
praticato nell’ultima guerra Austro-Sarda. 

Art. 15°. — ln tutti i Congressi concernenti le operazioni di guerra 
in cui avrà parte il corpo austriaco, il Comandante del detto corpo 
prenderà le intelligenze particolari col Comandante generale. 

Art. 16°. — Alla partenza del sudetto corpo saranno provviste le 
truppe austriaehe da questi magazzeni lmperiali di pane e biada per 
due giorni, e di fieno per un giorno solo, di modo che riceveranno il 
fieno pel secondo giorno dai magazzeni di S. M. Sarda, e verrà osser- 
vato il reciproco al loro ritorno, ben inteso, che esse dovranno ritor- 
narvi nello stesso modo cou cui sono partite. 

Art. 17°. — Quanto alla marcia di dette truppe si è deciso che 
tutte passeranno per Pavia, dove vi è un ponte stabile sul Ticino per 
loro maggior sieurezza, instradandosi in tre colonne, con due giorni 
d’intervallo tra l’una colonna e l'altra, secondo i concerti presi col 
Delegato Sardo, Marehcsedi Brezè, ritenendosi che tutte le riparazioni 
che si renderanno necessarie ai ponti e porti negli Stati del Re di Sar- 
degna, per dove saranno di passaggio le dette truppe, saranno a carico 
di S. M. Sarda. 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


317 


Art. 18°. — Dopo la ratifica délia présente convenzione, da ambe 
le parti, il corpo ausiliare austriaco potrà mettersi in marcia per gli 
stati di S. M. Sarda, quattro giorni dopo pervenuto l’avviso al Co- 
mandante generale délia Lombardia austriaca. 

I predetti punti essendo stati in tutto convenuti, si obbligano le 
parti ali’esatta osservanza dei medesimi, ed in conferma vengono fir- 
mati colle opportune sottoserizionî. 

Milano, li 22 settembre 1792. 


SotloscriUi all'orirjinale : 


Conte Stein, 

Generale d'infanteria e Coma ridante generale 
nella Lombardia austriaca. 

Oridb Spech, 

Capo Commissario di guerra di S. M. I. K. 


Marehese ni Brezè, 
Maggiorc 

al servizio di S. M. il Re di Sardegna. 

Perini , 

Commissario di guerra 
per S. M. il Re di Sardegna. 


N° 4 

ÉTAT des forces autrichiennes 


1° Troupes auxiliaires en 1793 


Régiment de Caprara .... 2 bat. 

id. de Belgiojoso . . 2 — 

id. des grenadiers 

Wollust. ... 1 — 


Régiment de Strassoldo . . 2 bat. 

Divisions de Croates 2div. 

Régiment de garnison ... 2 rég. 

Dragons deLaudon 4 esc. 


Total général : environ 10 bataillons, 4 escadrons. 


2° Armée Autrichienne en 1795 


Régim 1 

de Reischi 

3 bat. 

Régim 1 

de Strassoldo .... 

2 bat. 

id. 

de Terzi 

3 — 

id. 

de Carlstadt 

2 

id. 

de Brechamolle. . . 

1 — 

id. 

de Szlimer 

î — 

id . 

d’Alvinzi 

o 

id. 

de Jordis 

1 — 

id. 

de Lattermann. . . 

2 

id. 

de Sch rôder 

1 — 

id. 

de Nadasti 

2 

id. 

de Thurn 

3 — 

id. 

de TArch. Antoine 

2 bat. 

id. 

de Messaros, huions 

10 esc. 


Total général : 25 bataillons, 10 escadrons. 


3° Armée Autrichienne en 1796 

En plus des précédents : Corps francs de Giulai, 2 bataillons ; Régiment 
de Schmidfeld, 2 bataillons. 

Contingent napolitain : Régiments de dragons du Roi, de la Reine, 
du Prince royal, 12 escadrons. 


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318 


PIECES JUSTIFICATIVES 


N° 5 

ETAT DE L’ARMÉE FRANÇAISE EN 1791 

avec les noms et les numéros des diYere corps 


( A ) Infanterie — Régiments de ligne 


1. Colonel général. 

2. Picardie. 

3. Piémont. 

4. Provence. 

5. Navarre. 

6. Armagnac. 

7. Champagne. 

8. Austrasie. 

9. Normandie. 

10. Neustrie. 

11. Vieille Marine. 

12. Auxerrois. 

13. Bourbonnais. 

14. Forez. 

15. Béarn. 

16. Agenois. 

17. Auvergne. 

18. Royal Auvergne. 

19. Flandre. 

20. Cambrésis. 

21. Guyenne. 

22. Viennois. 

23. Royal. 

24. Brie. 

25. Poitou. 

26. Bresse. 

27. Lyonnais. 

28. Maine. 

29. Dauphin. 

30. Perche. 

31. Aunis. 

32. Bassigny. 

33. Touraine. 

34. Angoulême. 

35. Aquitaine. 

36. Anjou. 

37. Maréchal de Turenne. 

38. Dauphiné. 

39. Ile-de-France. 

40. Soissonnais. 

41 . la Reine. 


42. Limousin. 

43. Royal Vaisseaux. 

44. Orléans. 

45. la Couronne. 

46. Bretagne. 

47. Lorraine. 

48. Artois. 

49. Vintimille. 

50. Hainault. 

51 . La Sarre. 

52. La Fère. 

53. Alsace. 

54. Royal Roussillon. 

55. Condé. 

56. Bourbon. 

57. Beauvoisis. 

58. Rouerge. 

59. Bourgogne. 

60. Royal Marine. 

61. Vermandois. 

62. Salm-Salm (Allemand). 

63. Ernest (Suisse). 

64. Salis-Samade (Suisse). 

65. Sonnenberg (Suisse). 

66. Castellas (Suisse). 

67. Languedoc. 

68. Beauce. 

69. Vigier (Suisse). 

70. Médoc. 

71. Vivarais. 

72. Vexin. 

73. Royal Comtois. 

74. Beaujolais. 

75. Monsieur. 

76. Chateauvieux (Suisse). 

77. La Marck (Allemand;. 

78. Penthièvre. 

79. Boulonnais. 

80. Angoumois. 

81. Conti. 

82. Saintonge. 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


319 


83. Foix. 

84. Rohan. 

85. Diesbach (Suisse). 

86. Courten (Suisse). 

87. Dillon (Irlandais). 

88. Berwick (Irlandais). 

89. Royal Suédois (Allemand) . 

90. Chartres. 

91. Barrois. 

92. Walsch (Allemand). 

93. Enghien. 

94 . Royal Hesse-Darmsiadi (Allemand) 

95. Salis (Suisse). 

96. Nassau (Allemand). 

97. Steiner (Suisse). 


98. Bouillon (Allemand). 

99. Royal Deux-Ponts (Allemand). 

100. Rneinach (Suisse). 

101. Royal Liégois (Liégois), 

102 J formés en octobre 1791 

103 > avec les anciennes Gardes 

104 ) françaises. 

105. Ancien régiment du Roi. 
106 j 

/ formés le 6 octobre 1791 

109 / avec 

110 V ^ es r ^ men ^ coloniaux. 

111 J 


( B ) Infanterie légère ou Chasseurs 


1 . Royaux de Provence. 

2. id. de Dauphiné. 

3. id. Corses. 

4. Corses. 

5. Cantabres. 

6. Bretons. 

7. D’Auvergne. 

8. Des Vosges. 

9. DesCévennes. 

10. De Gévaudan. 

11. Des Ardennes. 


12. Du Roussillon. 

13 j formés en oct. 1791 avec une 

14 ( partie des Gardes françaises. 

15 ) 

16 } Levés en Corse en 1793. 
17) 

18 I 

19 [ Proviennent des légions 

20 v dissoutes 

21 l le 25 novembre 1793. 

22 j 


(Cj 1° Artillerie 

1 er (La Fère), en garnison à Douai, puis Metz. Forme 2 batteries à 
cheval. 

2 e (Metz), en garnison à Besançon, puis Toulouse. Forme 3 batteries 
à cheval. 

3* (Besançon), en garnison à Douai, puis La Fère, puis Douai. Forme 
1 batterie à cheval. 

4 e (Grenoble), en garnison à Valence. A formé 1 batterie à cheval. 


Noms dès capitaines et emplacements des compagnies 
du 4 e régimetit d'artillerie, le 8 janvier 1793 


Molines 

A. des Alpes 

Beaumarets. . . . 

. à Perpignan 

Dulieu 

id. 

. Gouvion 

. A. des Alpes 

Sugny 

A. du Midi 

Revignan 

. A. du Midi 

Desguers 

id. 


/ Grenoble 

Sougis 

id. 

Grandfontaine . . 

J Embrun 

La Pujade 

A. des Alpes 


( Montdauphin 

Dufort 

en Corse 

Monestrol 

. A. des Alpes 

Vaubois 

A. des Alpes 

Roquefer 

. Briançon 

Dartaud 

id. 

Villantroys 

. en Corse 

Ducos de la Hitte. . 

id. 

Danglemont... . 

. A. des Alpes 

Fauttrier 

à Perpignan 

Borthon 

id. 


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oo c; en ^ cc ic •— c oo ^ c. ** w w 


320 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


5 e (Strasbourg), en garnison à Metz, puis Strasbourg. A formé la 
1" compagnie d artillerie volante, Chanteclair. 

6 e (Auxonne), en garnison à Metz, puis Douai. 

7 e (Toul), en garnison à la Fère, puis Douai et la Fère. 

8 e (Colonies), en garnison à Rennes. 

2° Artillerie a cheval 

P r . 8 août 1794. . . . Toulouse 5 P . 7 août 1794 Grenoble 

2*. 21 mars 1795... Strasbourg 6 e . 20 mai 1794 Metz 

3°. 11 septemb 0 1794. La Fère 7*\ 11 septembre 1794. Toulouse 

4L 27 octobre 1794. . Metz 8°. 11 septembre 1794. Douai 

9 e . 1794. Formé avec des compagnies de canonniers volontaires. 

3° Pontonniers 

Bataillon volontaire à Strasbourg, 24 avril 1794. — Transformé le 
12 juin 1795, Strasbourg. 

( D ) Cavalerie 

Carabiniers 

1 er Carabiniers de Monsieur, | 2 e Carabiniers de Monsieur. 

Chasseurs 

1. Alsace. 5. Hainault. 9. Lorraine. 

2. Evêchés. 6. Languedoc. 10. Bretagne. 

3. Flandre. 7. Picardie. 1 1 . Normandie. 

4. Franche-Comté. 8. Guyenne. 12. Champagne. 

Dragons 

10. Mestre de camp général drag. 

11. Angoulême-dragons. 

12. Artois-dragons. 

13. Monsieur-dragons. 

14. Chartres 'Cavalerie. 

15. Noai lies-cavalerie. 

16. Orléans-dragons. 

17. Schomberg-dragons. 

18. Régiment du Roi dragons. 

Cavalerie 

9. Artois. 17. Royal Bourgogne. 

10. Royal Croates. 18. Berry. 

11. Royal Roussillon. 19. Royal Normandie. 

12. Dauphin. ! 20. Royal Champagne. 

13. Orléans. 21. Royal Picardie. 

14. Royal Piémont. 22. Royal Navarre. 

15. Royal Allemand. 23. Royal Guyenne. 

16. Royal Lorraine. 24. Meslre de camp général. 

Hussards 

1. Berchenv. 3. Esterhazy. 5. Colonel général. 

2. Chambovant. 4. Saxe. 6. Lauzun. 


. Colonel général. 

. Royal. 

. Commissaire gènér. 
. La Reine. 

. Royal Pologne. 
Régiment du Roi. 
Royal Etranger. 
Cuirassiers du Roi. 


1. Royal-dragons. 

. Condé-cavalerie. 

. Bourbon-cavalerie. 

. Conti-cavalerie. 

. Colonel général dragons. 
. La Reine-dragons. 

. Le Dauphin-dragons. 

. Penthièvre-cavalerie. 

. Lorraine-dragons. 


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RÉPARTITION DES BATAILLONS DE VOLONTAIRES ET EFFECTIFS DES DIVERSES ARMÉES 


PIECES JUSTIFICATIVES 



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322 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


N° 7 

MODIFICATIONS APPORTÉES A L’ARME DE LA CAVALERIE 

de 1791 à 1796 


CAVALERIE (25 régiments) 

1° Le 15 e régiment, ex-Royai Allemand, émigre au printemps de 1792. 
Les régiments suivants avancent par suite d’un rang à la fin 
de 1793. 

2° Le 4 février 1793, deux régiments sont formés à l’École militaire 
de soldats déserteurs et prennent les n 0# 24 et 25. 

CHASSEURS ( 25 régiments ) 

De 1793 à 1795, treize régiments de chasseurs sont formés avec la 
cavalerie des légions dissoutes le 25 novembre 1793 et quelques 
corps francs. 

13 e Légion Américaine. 19 e Légion de RoSenthal. 

14° Hussards de l’Egalité, de la 20 e Légion de la Moselle. 

Mort, etc. 21 e Hussards braconniers. 

15 e Chasseurs Bretons et Bour- 22 e Légion des Pyrénées-Orien- 
guignons. taies. 

16 e Chasseurs de la Bretesche. 23 e Hussards de la légion des 
17 e Chevau-légers Belges l . Ardennes. 

18 e Chasseurs et dragons de 24 e Chasseurs vol™ de Bayonne. 
Bruxelles L 25 e Chasseurs de la Montagne. 

DRAGONS (21 régiments) 

Trois régiments de dragons sont formés en 1793 de la même manière. 
19 e Volontaires d’Angers et cavaliers des légions du Nord et des 
Francs. 

20® Dragons volontaires, dits de Jemmapes. 

21® Dragons de la Manche et cavalerie de la légion de police provenant 
en partie des gardes françaises. 

HUSSARDS (13 régiments) 

1° Le 4® régiment, ex-Saxe, émigre en 1792, ce qui fait monter d’un 
rang les deux derniers. 

2° Huit régiments de hussards sont formés de 1792 à 1794. 

6® Cavaliers légers de Boyer. 9® 2® corps des hussards de la 

7® Hussards de Lamothe. Liberté. 

7® bia 1” corps des hussards de la 10® Hussards de Jemmapes. 

Liberté. 11® Cavalerie des légions germa- 

8* Eclaireurs à cheval de Fabre- niques et révolutionnaires, 

fonds. 12® Volontaires des Pyrénées-Oc- 

cidentales. 

1. Ces deux corps sont supprimés en 1795 et leurs numéros restent vacants. 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


323 


N° 8 

MINISTRES DE LA GUERRE DE 1789 A 1796 


1° Latour du Pin-Paulin . du 2 août 1789 au 9 novembre 1790. 

2° Duportail du 15novembre 1790 au 5 décembre 1791. 

3° De Narbonne Lara ... du 6 décembre 1791 au 9 mars 1792. 

4® De Grave du 10 mars au 8 mai 1792 (Intérim). 

5° Servan du 9 mai au 12 juin 1792. 

6° Dumouriez du 13 au 16 juin 1792. 

7° Lajard du 17 juin au 22 juillet 1792. 

8° D’Abancourt du 23 juillet au 10 août 1792. 

9° Clavières du 11 au 21 août 1792 (Intérim). 

10® Servan du 22 août au 6 octobre 1792. 

11® Lebrun du 7 au 18 octobre 1792 (Intérim). 

12® Pache du 19 octobre 1792 au 2 février 1793. 

13® De Beurnouville du 3 février au 30 mars 1793. 

14® Lebrun du 31 mars au 3 avril 1793 (Intérim). 

15® Bouchotte, capitaine de 

cavalerie du 4 avril 1793 au 20 avril 1794. 


16® De Beauharnais est nommé ministre de la guerre, mais refuse cet 
emploi. 

Le ministère est remplacé par une commission exécutive, dont le 
seul commissaire est Pille, depuis la fin d'avril 1794 jusqu'au 
6 novembre 1795. 

(Voir le n* 9 à la page suivante). 


N° 10 

EFFECTIF DES ARMÉES COALISÉES EN JANVIER 1794 


d'après M. Thibrs 


EMPLACEMENTS 

TROUPES 

EFFECTIF 

1° Dans les Pays-Bas. 
2® A Luxembourg . . . 
3® Aux environs de 
Mayence 

Allemands, Hollandais, Anglais. 
Autrichiens 

150.000 

30.000 

65.000 

50.000 

48.000 

60.000 

Prussiens et Saxons 

4® De Manheim à Bâle 

5° Sur les Alpes j 

6® Sur les Pyrénées. . 

Autrichiens 

i Piémontais 40.000 ( 

i Auxiliaires Autrichiens. 8.000 1 
Espagnols 

Totaux 

403.000 


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TABLEAU DE L'EFFECTIF TOTAL DES ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE 


324 


PIECES JUSTIFICATIVES 



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PIEGES JUSTIFICATIVES 325 

N® 11 

ÉTAT GÉNÉRAL DES TROUPES COMPOSANT L’ARMÉE DU MIDI 

BT LEUR RÉPARTITION ENTRE LES DIVERSES ARMÉES 


1° Armée de Ligne 


EMPLACEMENTS 


Mar 

Cam 
Guy< 

Roy; 

9 27 [Lyonnais 
8 28{Maine... 


7 35 Aquitaine . . 
9 38 Dauphiné . . 

7 40 Soissonnais 

8 50 Hainault. . . 

9 51 La Sarre. . . 
9 59 Bourgogne 

10 ôlJVermandois 
8 63 Ernest 

8 67 Languedoc. 

10 70 Médoc 

0 72 Vexin 

7 75 Monsieur . . 
7 77 LaMarek.. 

9 79 Boulonnais. 

11 80 Angoumois 


! Toulon 

I Tarbes 

Belley 

I Avignon . . . . 

! Montpellier.. 

Monaco 

Antibes 

Briançon . . . . 
Aubenas . . . . 
Grenoble. . . . 
Avignon . . . 
P l -St-Esprit . 
Alais 

Perpignan . . . 
Lorgues 

Tarascon. .. . 
Perpignan . . . 

Bourg 

Briançon. . . . 
Montdauphin 

Béziers 

Bayonne 


Le 15 Juillet 

Le 15 Octobre 

ts d'infanterie 

(1 Agen 

(2 Navareins. . . 

(1 Bourg 

(2 Gap 

) 

) 

Carrouge. . . .) 
Montdauphin) 

(1 Ni ee ) 

Toulon 

(2 Toulon.. . .) 
| 

Belley 

1 

(1 F 1 Barrault. . 

Maurienne.. .) 

(2 Briançon .... 

Briançon . . . .) 
1 

Monaco 

Monaco ) 

Antibes 

Nice ) 


ARMEES 
dont ces corps 
font partie 


Italie. 

Pyrénées. 


(1 S^ymphorien Chambéry. 

(2 Grenoble. . . . Grenoble. . . .) ** 

(1 Tournus ) Nopd 

(2 Grenoble f 0 ™' 

(1 Saint-Paul... Nice Wlie 

(2 Toulon Entrevaux.. * 

(1 Col mars Nice )i ta i îp 

(2 Tournoux . . . Tournoux... .) 

(1 Moirans Chambéry .. ,) A j 

(2 Alais Tournoux...) p 

(1 Saint-Paul... Chambéry...)^ 

(2 Perpignan. . . Perpignan...) ^ 

Rentre en 

Suisse. 

Nord. 

(l Uzôs Tournoux .. .)r t i- 

(2 Perpignan. . . Perpignan . . . ) A 

Ardèche >Nord. 

\2 Lyon ) 

W Gap Barrault. ..Ki™ 

(2 Briançon .... Briançon . . . . ) ^ 

| [La Rochelle, 

(1 Crémieu Carrouge ) A i npa 

(2 Nîmes Embrun ) ^ 

I | Pyrénées. 


Digitized by 


Gock 




PIEGES JUSTIFICATIVES 



Le 15 Avril Le 15 Juillet 


S ARMÉES 

- dont ces corps 

Le 15 Octobre font partie 


8 91 Barrois. 


Régiments d* Infanterie (suite) 

8 91 Barrois .... 1 .2 Toulon TouloT!* '. ! Touïon .' ! | Italie - 

7 93Enghien... 1 .2 Montdauphin |Nord. 

7 101 R. Liégeois' » \ Wr^he' ! ! Ll~neiél.U sept. 1792. 


1 Provence . . 
? Dauphiné . . 

3 Corse 

4 Ch. corses. . 

5 Cantabres . 

8 Vosges .. . . 
1 1 Ardennes . . 


Bataillons de Chasseurs à pied 

Cette Pyrénées. 

Vaison Orange Carrouge.... Alpes. 

Orange Barcelonnette . Nice Italie. 

Montpellier . Mâcon Tarentaise . . Alpes. 

Saint-Jean- 

Pied-de-Port Pyrénées. 

Uzôs P^Beauvoisin . Tarentaise .. Alpes. 

Lorgues.... Draguignan Nord. 


Dragons 

*• * • ■ • -Jg-âSSi- : : âS» : : >"»■• 

» 9 |g-S2T:::: 2^:::!^ 

IQ i- Castel - Sarra-(Ef. Barrault. . . Barrault ... .) A1 

10 zin (D. Castel-Sarr. Castel-Sarr..) A 1 P es * 

10 1P Garcassonne -[ 0 * Carcassonne Carcassonne ’) I ^ alie> 


Cavalerie 

i« 9 a». |Sü:: 

19 22 a-"» Ü’SSr."-: 

Chasseurs à cheval 


4 

\ Es. 

Bourg . . . . 

. . Cessieu 


]d. 

Tournus . . 

. . Tournus 


£35 


. Chambéry 

1 .« D-nipr > AipeS 


Digitized by i^ooole 




Dmrnoxs 

militaires 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


327 


6 

7 

7 

9 

10 

10 

9 

8 

19 

7 

9 

10 

11 

10 


2 # Bataillons de Volontaires 


NOMS 

des 

DKPARTKMBXTS 

• 

« a 

•vS 

13 

EMPLACEMENTS 

ARMÉES 

Le 15 Avril 

Le 15 Juillet 

Le 15 Octobre 

ces corps 
font partie 


1 

2 



Bourc* 

Armées 

Ain 



z; o 

Boure* 


3 



En formation. . 

du Nord 

Basses-Alpes . 

1 

2 

Gap 

Digne 

Tournoux .... 

Alpes. 

Digne 

Digne 

Tournoux . . . 

Hautes- Alpes. 

1 

Embrun 

Lyon 

Lyon 

Alpes. 

2 

Gap 

Queyras 

Queyras. . . . 

Ardèche 

1 


Privas 

Viviers 

Alpes. 

2 


Privas 

Grenoble . . t T 


1 



Perpignan .... 
Pont-St-Esprit 
Collioure 

Pyrénées. 

Ariège 

9 



A Ipes- 


3 



Pyrénées. 


1 



Cessieu 

Aude 

2 


Pont-St-Esprit 

Tournoux 1 

En formation. . 

Alpes. 


3 


Pyrénées. 

Alpes. 

Aveyron 

1 



A lai s 


1 

2 

La Ciotat 

Salon 

La Ciotat 

Salon 

La Ciotat 

Var 


1 3 

Toulon 

Tournoux .... 

Entrevaux. ..j 



4 

Aix 

Aix 

Arles | 


B**-du-Rhône . 

5 



En formation. . 

Italie. 

1 6 



Id. 1 


1 7 

. 


Id. 1 



8 j 



ld. 



l 9 



Id. 


Cantal j £ 



Aurillae ... ) ~ . . Il 



Saint-Flour. . .] 
Barrault 

Pyrénées. 


1 

Valence 

Lyon 

Alpes. 

Italie. 


2 

1 3 

Cavaillon 

Montélimart. . 

Avignon 

Grasse 

Avignon 

Var 


4 

Montélimart. . 

Antibes 

Antibes 

urome. 

5 



En formation..} 



6 



ld. I 

Alpes. 


7 



Id. ( 


8 



Id. / 



1 


Grenoble 

Barrault 


Gard 

2 


Lyon 

Lyon 

Alpes. 


3 



En formation. . 1 

Gers j 

1 



Auch ) 

Pyrénées. 

2 



Condom ) 

/ 

1 



') 

Armées 


2 



..... /) du Nord. Il 


3 



Cessieu 


Gironde 

4 



Cessieu | 

Alpes. 


5 



Cessieu 


6 



Gex 


1 

7 



En formation. . 

Pyrénées. 

Italie. 


l 


Antibes 

Var 

H ,r -Garonne. .< 

2 


Montélimart. . 

Villefoit 

Pyrénées. 

3 


En route 

Alpes. 

Pyrénées. 


4 



St-Jean-de-Luz 


Digitized by t^ooQle 




328 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


« *> 

1! 

NOMS 

, ^ 

W 

e 

iâ . 

EMPLACEMENTS 

ARMÉES 

>*3 

5 fl 

des . 

DÉPARTEMENTS * 

m 


Le 15 Juillet 

BBI 

ces corps 
(ont partie 


1 

5 



Perpignan. ... J 
Mont-Louis ...» 


10 

H to -Garonne . . | 

6 



Pyrénées. 

7 



Toulouse \ 


c 

i 

Mèze 

Vence 

Var ) 


9 

Hérault, < 

2 



Beaucaire .... 1 

Italie. 

| 

3 



Montpellier. . . } 

Cessieu \ 



1 

Fort Harrault, 

('essieu 



1 

2 

Chapareillan. . 

Grenoble 

Grenoble 

Aix 

Aix. . .... . , 1 


7 

Isère 1 

3 

4 

Grenoble 

Cessieu 

Bellev ( 

Barrault ( 

Alpes. 


! 

5 

Grenoble 

Cessieu 

Harrault I 



[ 

6 


Grenoble 

Grenoble / 


11 

Landes j 

1 


Lyon 

Lvon i 

Alpes. 

Pyrénées. 

Alpes. 

2 



Saint-Séver . . . | 

19 

Haute-Loire . . j 

1 


Grenoble 

Grenoble . . . t T ) 

2 

1 



Saint-Etienne.) 

9 

Lozère ! 



Dép. Lozère . . 
Seyssel 1 

Pyrénées. 

Nord. 

Pyrénées. 

19 

11 

Puy-de-Dôme. | 
B««*-Py rénées J 

1 


Nantua 

1 



Pau ) 

2 

1 



Oléron 





Pont-St-Esprit 
Sarancolin. . . . 


11 

H te«_py rénées. 

2 



Pyrénées. 

3 







1 



Chartreuse! «... Il 

10 

Pyrénées- Or ,c * 

2 



En lormation. 

Pyrénées. 1 

3 



Id. 



1 

2 

Pont-St-Esprit 

Pont-St-Esprit 

Pont-St Espritj Alpes. Il 
. | 



l 3 



{ Nord. Il 



1 4 



Var 

| Italie. 

\ 

19 

( Rhône- 

I 5 



En formation.. 

et-Loire 

\5 bi > 



Id. 




|5 Ur 



îd. 

Alpes. 



1 6 



Id. 



6 bi> 



Id. 




\ 7 



Id. 




£ 1 


Aix . T 

Aix. 

| Italie. 

| Pyrénées. 

{ 

1 Tarn 

\ 2 



Montpellier. 
En formation 
Var 


3 





1 

Brignoles . . . . 
Venee 

Entrevaux. . . . 

\ 



2 

Grasse 

Tournoux . . 




1 3 

Cannes 

Grasse 

Grasse 




1 4 


Antibes 

Antibes .... 


i 

* Var 

/ 5 



En formation. 

Italie. 


1 6 



Id. 



1 7 



Id. 




1 8 



Id. 




\ 9 



Id. 



Légion dos Al 
lobroges . . . 




En formation 

ù 


Légion des Al- 
pes 




Grenoble. . 
En formation 

> Alpes. 

\\ 








Valence. . . 



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PIECES JUSTIFICATIVES 


329 


N° 12 

DÉPARTEMENTS CONSTITUANT LE TERRITOIRE DES DIVISIONS MILITAIRES 
qui ont servi à la formation de l’armée du midi et des armées qui en ont été tirées 


ARMÉE DU MIDI 


ARMÉE DES ALPES 

ARMÉE D’ITALIE 

ARMÉE DES PYRÉNÉES 

• 2 

§.§ 

.►S 

A S 

DÉPARTEMENTS 

•il 

► -5 

q a 

DÉPARTEMENTS 

Divisions 

militaires 

DÉPARTEMENTS 

7 e 

' 

Drôme. 

| Isère. 

1 Hautes-Alpes. 

Basses-Alpes. 

8 e 

Bouches-du-Rhône. 

Var. 

10* - 

Pyrénées Orient 1 **. 

1 Aude. 

Ariège. 

| Haute-Garonne. 

Gers. 

«■i 

Ardèche. 

Gard. 

Lozère. 

1 


Corse. 

n« 

Gironde. 

Landes. 

| Hautes-Pyrénées. 
Basses-Pyrénées. 

i 

19 e 

1 Rhône-et-Loire. 

] Puy-de-Dôme. 
Haute-Loire. 

Cantal. 

i 


— 

9* 

Aveyron. 

( Tarn. 

Hérault. 

i 

i 


Extrait des Archives de la Guerre : 


1° Les armées des Alpes et des Pyrénées sont formées par décret du 
1 er octobre. La répartition du territoire est effectuée, suivant les propositions 
soumises au ministre par les généraux de Moutesquiou et Servan, le 27 octobre. 

2° L'armée d'Italie est constituée par décret du 7 novembre, d'après une 
demande faite par le général de Montesquiou le 27 octobre. 

3° L'armée des Alpes prend le nom d'armée de Savoie par décret du 
29 novembre et redevient armée des Alpes le 5 décembre. 


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SITUATION D'EFFECTIF ET D'EMPLACEMENT DE L’ARMÉE DU MIDI 


330 PIÈCES JUSTIFICATIVES 



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332 


PIECES JUSTIFICATIVES 


N» 14 

SITUATIONS DE L’ÉTAT-MAJOR DE L’ARMÉE DU MIDI 

d’après les archives de la guerre 

Situation - — 1° Au mois de mai 1792 — Présents et Absents 


Général Montesquiou, Commandant en chef 
Général Saint-Remy, Maréchal de camp, chef d'état-major. 


LIEUTENANTS GENERAUX 

j ADJUDANTS GÉNÉRAUX | 

ni 

D’Anselme. 

Dubois-Crancé. 

Basdelanne. 

Carteaux. 1 

Beau vert. 1 

Il MARÉCHAUX DE CAMP 

ADJOINTS aw ADJUDANTS GÉNÉRAUX || 

D’Ornac. 

D’Oraison. 

Dubourg. 

Laroque. 

L’Estrade 

Casablanca. 

Barrai. 

Camin. 

Prysie. 

Coustard. 

Etoquigny. 

Julien. 

Capitaine. 

Rey. 


Lettre deM. de Monlesquiou — 2 0 Le 10 juin 1792 — Officiers généraux présents 


INTÉRIEUR 

LES ALPES 

M. de C. de Barrai (Perpignan), 
id. de Gestas (Bayonne), 

id. de Lestrade (Le Puy). 

Lieut* Gén 1 d'Albignac. 

M. de C. de Montgaillard. 

LE VAR 

RÉSERVE A LYON 

Lieut 1 Gén 1 d’Anselme. 

M. de C. Barbentane. 
id. Charton. 

Lieut 1 Gén* Dumuy (absent). 

M. de C. Fesenzac. 
id. d'Oraison. 


3° Répartition de V état -major — le 14 juillet 
Instruction du Ministre au Général Poncet 


CAMP DE LYON 

CAMP DE BARRÀULT 

Lieut 1 Gén 1 Dumuy (absent), 
id. de Hesse (Perpignan). 

M. de C. d'Ornac. 

id. de Carcaradec. 

id. Dubourg. 

id. Charton. 

id. Servan (à Lyon). 

id. d'Oraison (dans l'Ain). 

Adj. Gén. Casablanca. 

Adjoint Salis, 
id. Dubreuil. 

LieuP-Gén 1 de Rossy. 

M. de C. de Montgaillard. 

id. Saint-Hilaire (absent). 

Adj. Gén. de Fontenilles. 

CAMPS DE TOURNOUX ET DU VAR 

Lieut 1 Gén 1 d'Anselme. 

M. de C. de Barrai, 
id. de Rossy. 

id. Brunet. 

Adj. Gén. Meunier (à Tournoux). 
id. de Cr&ncé (sur le Var). 


Les officiers employés à l’intérieur restent où ils sont. 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


333 


N° 16 

ARMÉE DU MIDI 

SITT7JLTXO JNT LE 1" SEPTEMBRE 1793 

Montesquiou, général d'armée. Poncet, chef d'état-major. 

Colonel Giacomony. ( Salis-Samade. 

Lieut. -colonel Beauvert. Adjudants généraux. .. J Dubois-Crancé. 

Capitaine Belot. / Fontenilles. 

Capitaine Corby. — 

Adjoints aux adjudants généraux : 


L*-Colon. 

. Saint-Martin. 

1 Capitaine Dubreuil. 1 

Capitaine 

Beaudard. 

Capit 1 * La Converser] e 

ld. 

Saint-Cyr. 

Id. 

Fox. 

Id. 

Rivas. 

Id. Lécuyer. 

Id. 

Yost. 

Id. 

Capitaine. 

ld. 

Sandas. 

Lieut at Bidat. 

Id. 

Saint-Rémy. 

Id. 

Fenouil. 

Id. 

Warville. 

Id. Micas. 

Id. 

Lecointe. 

Artill rle 

; Campagnolle. 

Artillerie 

: Guerriot. 

Génie : Lacoche. 



I. — Armée de réserve a Cessieü 















334 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


IL — Armée d’opérations 


DESIGNATION 

DES TROUPES 

et emplacements 


II 

il 


NOMBRE 




EFFECTIF 


Infir- 

merie 


Cava- 

lerie 


Artil- 

lerie 


TOTAUX 


Infant* 
de ligne 


Volon- 

taires 


COMMANDANTS 
Mar. de camp 


Lieut. généraux 


DIVISION 


BARKAULT 


Gard 

Jer 

1 


619 

1.276 

488 

824 




\ 



Isère 

4*. 5 e 

2 





2.283 



Drôme 

1 er 

1 







75 e régiment .... 

Jer 

1 




1 




59 e id 

1« 

1 


823 



! 


Montgaillard 


23' id 

1er 

1 


812 



<4.340 


Laroque 


40* id 

1 er 

1 


794 



i 


Saint-Hilaire 


Infanterie légère 

2 e . 11 e 

2 


1.087 



1 


(absent). 


15 e rég. Dragons. 
Artillerie 


... 

2 


298 

230 















Totaux. . . . 


10 

2 

6.723 

298 

230 














DIVISION 33 33 TOURNOUX 


Aude 

2 e 

1 


556 







Var 

2 e 

1 


543 



i 

2.040 



Basses-Alpes .... 

1 er . 3° 

2 

.... 

941 



< 

Barrai. 


61« régimen t. . . . 

1" 

1 


852 





Camillo Rossi 


70» id 

Jer 

1 


846 







91 e id 

1er 

1 


823 






Infanterie légère. 

3* 

1 


588 


! 





Totaux. . . . 


8 


5.149 



















DIVI8ION 

33 XJ 

V .A. IX 


Hérault 

1 er 

1 


489 







Var 

1er 

1 


508 



, 




Boueh«*-du-Rhô n e 

2« 

1 


712 




2.753 



Rhône-et-Loire.. . 

4 e 

1 

• • • • 

619 






Haute-Garonn e. . 

1er 

1 


425 



1 


Brunet. 

D'Anselme. 

1 I e régiment .... 

Jer 

1 

.... 

818 





Barbentane. 

50 e id 

1er 

1 


820 


1 

3.245 




51 e id 

Jer 

1 


823 






28 e id 

!«*■ 

1 


784 


! 





18 e rég. Dragons. 
Artillerie 


... 

2 


249 

174 















Totaux. . . . 


9 

2 

5.998 

249 

174 

10.694 

7.176 



; i 





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PIEGES JUSTIFICATIVES 


335 


III. — Garnisons 


GARNISONS 

Ligne 

El 

Volon- 

taires 

' K E C T I F 

Cava- Artille- 
lerie rie 

DÉTAIL DES TROUPES 

Total 

Antibes 


583 



583 4 e Drôme. 

Aix 

• •••*. 

1.105 



1.105 2 e Isère (604). — l« r Tarn (501). 

A lais 


673 



673 1 er Aveyron. 

Arles 


605 



605' 4 e Bouches-du-Rhône. 

Aurillac 


607 

117 


724 j 1 er Cantal — 22® cavalerie 

Aueb 


432 

204 


6361 1 er Gers — 5 e cavalerie. 

Briançon 

1.375 



5o 

1 .4301 2 e bat. 23 e (395). — 2 e bat. 35 e (513). 






2 e bat. 75 e (467). — 10 e artillerie. 

Bayonne 

1.456 




1.456 1 er et 2 e bat. 80 e . 

Beaueaire 


488 




488 ! 2 e Hérault. 

Bellav 


650 




6501 3 e Isère. 

Bordeaux 


582 



582 1 3 e Landes. 

Cette 

536 




... . 



536 1 er Infanterie légère. 

Condom 


503 



503 2 e Gers. 

Uoliioure 


563 



563 j 3 e Ariège. 

Clermont 


• • • • 

104 


104 8 e Dragons. 

Castel-Sarrazin 




210 


210 15 e Dragons. 

Carcassonne 



270 


270 18 e Dragons. 

Dordogne . . . 


! .038 




1.038 1 er Dordogne (553). 






2 e Dordogne (485). 1 

Lot-et-Garonne 


1.184 



1.184 l or Lot-et-Garonne (60l).f Bataillons 






2° Lot-et-Garonne (583). \ de nouvelle 

Lozère 


932 



932 1« Lozère (412). [ le r '* c 






2 e Lozère (520). L formation 

Ain 


697 



697 1 er Ain (371). 1 






2 e Ain (326). 

Embrun 

526 




526 1 2 e bataillon 79 e . 

Entrevaux 


484 



484 3 e Bouches-du-Rhône. 

Grenoble 


1.387 


112 

1.499 1 er Ardèche (503).— 2 e Ard. (432). 





I 

1 er Haute-Loire (452). — 20 e ^art. 

Gex 


782 



1 . 782 6 e Gironde. 

] Lyon 


578 

1 


578 1 er Landes. 

La Chartreuse 


584 



584 15 e Pyrénées-Orientales. 

Lagnieu 



164 


164 4 e Chasseurs à cheval. 

Montdauphin 

937 




937 2 e bat. 10 e (525). — 2 bat. 40 e (412). 

Montpellier. 


965 



965 1 3 e Hérault (537). — 2 e Tarn (428). 

Montlouis 


670 



6701 6 e Haute-Garonne. 

M onaco 

512 





512 2 e bat. 28 e . 

Navareins 

409 




409 2 e bat. 7 e . 

Oléron 




535 



I 535 2 e Basses-Pyrénées. 

Perpignan 

1.233 

1.081 


109 

2.423 2 e bat. 61 e (602).— 2 e bat. 70 e (631). 






1 er Ariège (478). — 5 e Haute- 






Garonne (603). — 2 e comp. art. 

Pau 


503 


. 1 . . . . 

503 1 er Basses-Pvrénées. 

Queyras 

00 

608 



656 2 e Hautes-Alpes (608). — Compa- 






gnies d'invalides (609). 

j A reporter . . « . 

7.032 

Jl8.S19 

1.069 

276 

27.186 


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336 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


Garnisons (suite) 



Report. . . . 

7.032 

18.819 

1.069 

276 

27.186 


Saint-Esprit 

262 

1.134 



1.396 

2 e bat. 51 e (262). — 1 er Hautes-Py- 
rénées (609). 

Saint-Arabroix 

550 




550 

2 e bat. 50 e . 

St-J ean-Pied-de-Port. 

538 




538 

5 e Infanterie légère). 

Saint-Flour 


539 



539 

2 e Cantal. 

Saint-Etienne 


523 



523 

2° Haute-Loire. 

Saint-Sever 


475 



475 

2 e Landes. 

Sarancoulin 


617 



617 

2 e Hautes-Pyrénées. 

Sejssel et Châtillon. . . 


417 



417 

1 er Puy-de-Dôme. 

Toulon 

1.514 




1.514 

2* bat. Il» (410).— 2* bat. 50 e (611). 

2 e bat. 91* (493). 

Tarbes 

443 

599 



1.042 

2 e bat. 20 e (443). — 3 e bat. Hautes- 
Pyrénées (599). 

Trévoux 

1.041 




1.041 

1 er et 2 e bat. 101® moins 4 compa- 
gnies à Ces si eu. 

Toulouse 


679 



679 

7 e Haute-Garonne. 

Uzès 


543 



543 

1 er Aveyron. 

Viviers 


600 



600 

1 er Ardèche. 

Villefort et Genouillac. 


493 



493 

2 e Haute-Garonne. 

Vigan 


595 

190 


190 

9® Dragons. 

SainWean-de-Luz .... 




595 

4® Haute-Garonne. 

En marche 


587 



587 

3® Haute-Garonne. 

Totaux. . . . 

11.380 

I 

26.620 

1.259 276 39.515 

COMMANDEMENTS 


Lieutenants généraux : \ 

3'Albignac à Nîmes, l'Estrade au Puy, Dechène à Lyon. 1 

Maréchaux de camp : Gestas à Bayonne 

i, Grandpréà Montpellier, D'Oraison à Bourg. 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


337 


Archives de U Guerre 
et Pinelli. 


N° 16 

ÉTAT DES TROUPES SARDES 

réunies en Septembre 1792 



EIST SAVOIE 


1 er bataillon du régiment des Gardes. 
l eT bataillon 
Deux bataillons 
Id. 

Id. 

Id. 

Id. 

2 e bataillon 
Deux bataillons 
ld. 

Id. 


de Savoie, 
de Montferrat. . . 

d’Aoste 

de la Marine. . . 
de Sardaigne . . . 
de Rockmondet . 

de Casai 

de Suse 

de Maurienne . . 

de Genevois 

Id. de la légion des campements 

5° compagnie légère 

Deux escadrons des Dragons de la Reine . . . 
Quatre » des Chevau-légers du Roi. . 


» 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

» 


500 

500 

1.000 

1.000 

1.000 

1.000 

1.000 

450 

1.000 

1.000 

1.000 

1.000 

75 


10.325 


400 

800 


1.200 


11.525 


JDJL2TS LE COMT JÉS IDE XTXCE 

500 
1.000 
1.000 
1.000 
500 
1.000 
1.000 
500 
500 
300 
600 


1 er bataillon du régiment de Piémont. 
Deux bataillons 
Id. 

Id. 

I er bataillon 
Deux bataillons 
Id. 

l* r bataillon 
Un id. 


de Nice . 
de Courten . . . 
de Mondovi. . . 

de Christ 

de la Reine. . . 
de Lombardie, 
de Saluces. . . . 
de la Marine.. . 


Deux comp lM de la légion des campements. 

Grenadiers de la Frégate 

Un escadron des Dragons du Piémont..... 
Deux escadrons d’Aoste-cavalerie 


7.900 


200 

400 


600 


9.100 


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338 


PIECES JUSTIFICATIVES 


N” 17 

DISPOSITIONS DU CORPS D’ARMÉE PIÉMONTAIS DE SAVOIE 

le 22 septembre Î792 


EMPLACEMENTS 

NOMS DES CORPS 



■ 


OBSERVATIONS 

Thonon 

Carrouge 

Saint-Julien 

Rumilly 

Le Bourget 

Saint-J eoire 

Formerv 

La Grotte 

Saint-Bardolph . . . 

Aspremont 

Myans 

Les Marches 

Francin 

Montmélian 

i 

La Rochette 

S*-Pierre d’Albigny 

Chambérv 

Chignin 

| Aiguebelle 

H St-Jean-de-Maurienne. . 
| Modane 

Rockmondet 

Maurienne 

Id 

Rockmondet 

Aoste 

Légion légère 

Aoste 

Dragons de Chablais . 

Lég° n des campements 

Genevois 

Savoie 

Légion légère 

j Gardes 

La Marine 

Légion légère 

Montferrat 

Suse 

La Marine 

Suse 

Genevois 

Chevau-légers 

Sardaigne 

Id 

Casai 

1 

1 

1 

1 

1 

1/2 

1 

1 

1 

1 

1 

1 

1 

1/2 

2 

T 

i 

i 

i 

i 

i 

i 

4 

2 

400 

400 

400 

400 

400 

400 

400 

280 

400 

400 

400 

400 

500 

400 

400 

1.000 

400 

400 

400 

400 

140 

500 

500 

400 

i 

2 | 

4 

k Anntry 

2 î 

4 

4 

« 

2 

ù tléol&na 

4 

4 

: 

Ces troupes font face aux débouchés du Ces troupes gardent le 

Ces Guiers et de l’Isère, qui sont surveillés par les cours du Rhône. — Le régi- 

troupes détachements suivants ; Entremont (100 h. du ment d’Aoste détache 300 
couvrent rég , deg Gardes) ; Les Echelles (120 h. de la lé- hommes à Yenne et 50 à Aix. 

le!i . gion des campements) ; Pont-de-Beauvoisin 120 hommes de la légion lé- 
communi- ^ 120 h du r £g. de Montferrat) ; Saint-Genix gère occupent Sevssel. Les 
cations jjQQ h. de la légion légère.)— La garnison de autres corps ont des postes 
a T ec Chambéry -f'st composée de milices provinciales de 80 hommes environ à la 

lc . soutenues par 200 n du rég« de Montferrat et Roche, Evian, Chêne, Sallan- 
Piémont. du r £g, dc Maurienne. ches, Bonneville, Clans. 

Totaux 

Artillerie 

22 

G 

10.120 

300 

10.420 

32 



Les détachements de Chambéry se retirent par Leisse et Thoiry, le 22 septembre. 

Le détachement de Yenne marche par Chanaz, Rumilly et Annecy, le 23. Le môme jour, 
la légion des campements quitte la Grotte et se rend dans les Bauges par le faubourg de 
Pezin à Chambéry, Saint-Alban, Leisse. où elle abandonne ses deux canons, Saint-Jean- 
d'Arvey et le Désert. — Les troupes de Carrouge, du Faucigny et du Genevois se replient 
sur l’Hôpital-sous-Coijfians, où elles arrivent le 26 septembre, et se joignent à celles venues 
des Marches, de Saint-Pierre-d'Albigny, des Bauges, etc. — Le bataillon de Kockmondet 
qui occupait Thonon, passe par le Valais. (Arch. de la Guerre.) 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


339 


Archives de la Guerre. N° 18 

ARMÉE DU MIDI 


SITUATION LE 1" SEPTEMBRE 1792 


I. — Corps de Savoie. — Quartier général : Chambéry. 


Avant-Gàrdb. — Maréchal de camp : Casablanca 


1 er bataillon de Grenadiers. . 
4 e bataillon infanterie légère. 
8 e bataillon infanterie légère. 
4 e régiment de Chasseurs. . . 


500 

500 

600 

500 


A Saint-Maurice, Taren- 
taise, venant du camp 
de Cessieu. Entrée en 
Savoie le 24 septembre. 


Total 


2.100 


Division de Droite. — Lieutenant général : Félix Dumuy. 


Légion des Allobroges 

2* bataillon de Grenadiers 

M ( 4* bat. Isère 

Mar de camp j„ bat dll 33» régim. 

De la Roque bat . Haute-Loire.. 

„ \ 4 e bat. Gironde 

i 6 cam P < 1 er bat. du 40 e régim . 
Dubourg 1*' bat. Gard. ....... 


22* régiment de cavalerie 
9 e régiment de Dragons. 
Compagnies d’artillerie. . 


400 

500 

600 

700 

600 

600 

700 

600 

250 

300 

300 


A St-Jean-de-Maurienne, 
venant de Barrault. — 
Partie le 25 septembre 
pour se réunir à l’a- 
vant-garde à Chambéry . 


Total 


5.550 


Réserve. — Maréchal de camp : D'Ornac. 


I èr bataillon du 35 e régiment. . . 
l* r bataillon du 59* régiment. . . , 
1 er bataillon du 61 e régiment. . . 
1 er bataillon du 75 e régiment. . . 
3 e bataillon Gironde 

Total 


700 

700 

700 

500 

600 


3.200 


A Chambéry. Entrée en 
Savoie par 
Pont-de-Beau voisi n . 


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340 PIÈCES JUSTIFICATIVES 


Division de Gauche. — Lieutenant général : D'Albignac. 

3 e bat. de Grenadiers. 500 A Annecy et Carrouge, 
Estrade .... 4 e bat. de Grenadiers. 500 venant de Cessieu. 

Î 2* Infanterie légère . . 650 Entrée en Savoie le 24 

1** bat. Isère 600 septembre par Pont-de- 

I er bat. du 79 e régim. 700 Beauvoisin et Seyssel. 

1 er bat. Drôme 600 

I 1 er bat. Aude 600 

D’Oraison . . 1 èr bat. du 10* régim. 700 

I 3 e bat. Isère 600 

8 e régiment de Dragons 250 

Total 5.700 


II. — Corps des Alpes 


Camp de Tournoux 

Maréchal de camp : Saint-Gervais. 

Camp de Grenoble 
Maréchal de camp : 


2* bataillon du 75* régiment. 

700 

2 e bataillon du 35* régim . . 

700 

2* bataillon du 50* régiment. 

700 

2* bataillon du 40* régim . . 

400 

2° bataillon Aude 

539 

2* bataillon Ardèche 

623 

l* r bataillon Ardèche 

642 

6* bataillon Isère 

720 

Total 

2.581 

Totai 

2.449 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


341 


Archives de la Guerre N° 19 

DISPOSITION DE L’ARMÉE DES ALPES LE 18 NOVEMBRE 1792 


Première Ligne 


Bataillons 

ou 

Escadrons 

EMPLACEMENTS 

1er 

Colmars et Entrevaux. 

1 er 

Seyne. 

)) 

Castellane. 

)) 

Riez. 

3* 

Manosque. 

1” 

Barcelonnette. 

3* 

Digne. 

l*r 

Gap. 

2* 

Montdauphin. 

2' 

Briançon. 

2* 

Id. 

2* 

Bramans et Termignon. 

1er 

Modane. 

1*' 

Saint-André. 

4* 

Saint-Michel et la Chambre. 

1" 

Saint-J ean-de-Maurienne. 

2 e 

Jd. 

3* 

Séez et Saint-Maurice. 

8* 

Aime et Moutiers. 

1" 

Conflans. 

5* 

Aiguebelle et Montmélian. 

1 C ie 

Id. 

» 

Id. 

1er 

Chambéry. 

4 e 

Id. 

3* 

Id. 

1 C‘* 

Id. 

3 e 

Id. 

» 

Pont-de-Beauvoisin. 

2 E on 

Rumilly. 

1" 

Annecy. 


COMMANDEMENT 


NOMS DES CORPS 


Maréchal de camp 
Camillo Rossi, 
commandant 
les départements 
des Hantes 
et Basses-Alpes. 


50 e régiment 

Hautes-Alpes 

Hautes-Alpes, Grenadiers 
Basses-Alpes, Grenadiers 

i Haute-Garonne. 

< Basses-Alpes 

Id 

61 e régiment 

10 e régiment 

35* régiment 

77* régiment 


Maréchal de camp 
La Roque, j 
commandant < 
la Maurienne et la 
Tarentaise. 


Infanterie légère 

23* régiment 

Drôme 

Isère 

40* régiment 

23* régiment 

Drôme 

Infanterie légère 

Landes 

Isère 

Volontaires de Queissey . 
Compagnie d’artillerie . . 


Lieuten. général 
Antonio Rossi, 
comm* la Savoie. 


79* régiment 

Haute-Garonne 

9* Dragons 

Volontaires de Libourne 
Compagnie d’artillerie. 
Grenadiers et Chasseurs 
5* régiment de cavalerie 
Aude 


Le 3* bataillon de la Haute-Garonne et les bataillons du 61* sont en route 
pour Nice, partis le 5 novembre. 


23 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


Première Ligne (suite) 


COMMANDEMENT 


NOMS DES CORPS 


EMPLACEMENTS 


i Infanterie légère 

( Compagnie d’artillerie . . 
4 e Chasseurs à cheval . . . 

Ain 

4* Chasseurs à cheval. . . 

Ain 

Compagnie d’artillerie.. 

commandant l’Ain. 1 Isère 

I Gironde 


Puy-de-Dôme 

Ain 

Détachements à pied et à 
cheval 


11 e Bellev. 

1 er w: 

2 e Seyssel. 

4 e Collonge. 

3 e Id. 

5 e Saint-Genix. 
1 er Id. 

3 e Matteguin. 
6 e Meyrieu. 
l or Ferney. 

6 e Gex. 

» Versoix. 


ANCIENS CAMPS PRES GENEVE EN CANTONNEMENTS 

Colonel l Infanterie légère 4 e Evian et Thonon. 

Hyacinto Rossi, j 4 e Chasseurs à cheval. . . 1 er Id. 


I 22 e régiment de cavalerie 2 e Hermance. 

I Gironde 5 e Collonges. 

Maréchal de camp 1 35 , régime nt 1" Choulex. 

Carcaradec, lsère jer Chêne . 

oomm‘le Ohablais. J 10 , régimen t 1 « Corsier. 

! Compagnie d’artillerie. . 1 Veigy. 

Maréchal de camp { Gironde 3 e Soral. 

Dubourg. | Id 4 e Ternier. 


\€ . i i i î Détachements. 

M |.tïSe^ P Xrd ré8i "“‘- 

com ' '* ( 75 . régiment: 


* , . , , , ( Pyrénées-Orientales . . . 

Maréchal de camp J 

Pourcin. ) Compagne d’artillerie. 


Maréchal de camp 8 e Dragons 
Grouchy. 9 e Dragons 


» Carrouge. 

1 er Viry. 

1 er Crevin. 

1 er Lécluse. 

1 er Grand et petit L&ncy. 
2 e Avuzy . 

1 Onex. 


Canton des Vuaches. 
Id. 


Quartier général : Landecy. 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


343 


Deuxième Ligne 


COMMANDEMENT 


Lieut. général 
d’Albignac, 
comman 1 le Gard. 


Lieut. général 
Antonio Rossi, 
commandant 
la Drôme et l’Isère J 


Lieut. général 
l’Estrade, 
comm 1 le Cantal, 
la Haute-Loire 
et Rhône-et-Loire I 


NOMS DES CORPS 

Bataillons II 

ou II 

Escadrons 1 

EMPLACEMENTS 

Aveyron 

l®r 

Uzès. 

Id 

2® 

Alais. 

Compagnie franche 

1 

Nîmes. 

Id. 

1 

Beaucaire. 

Légion du Midi, infant®. 

)) 

Pont-Saint- Esprit. 

51® régiment 

2 C‘“ 

Id. 

59® régiment 

2 C iM 

Id. 

Haute^Garonne 

2* 

Villefort, Genouillac, Lodève 

40® régiment 

2 e 

Valence. 

Ariège 

2 e 

Tullins. 

Compagnie franche 

3 

Romans. 

Haute-Loire 

l® 7 

La Rochette. 

Vol 7 ®® de la H te -Garonne. 

3 C iM 

Barrault. 

Grenadiers de l’Isère... 

1 

Grenoble. 

, Grenadiers de l’Ardèche. 

1 

Id. 

1 Légion des Allobroges . . 

1 

Id. 

Ardèche 

2® 

Voiron. 

8® Dragons 

1 

Bourgoin. 

Volont rc ® de la Gironde. . 

2 C ie ® 

La Tour-du-Pin. 

22® régim. de cavalerie. . 

1 

Aurillac. 

Cantal 

2 

Id. 

Haute-Loire 

2® 

Id. 

Id 

3® 

Le Puy. 

Légion du Midi, cavaler. 

» 

Id. 

Grenadiers de l’Ardèche. 

1 

Lyon. 

Compagnie d’artillerie. . 

1 

Id. 


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344 


PIECES JUSTIFICATIVES 


Archives de la Guerre. 


20 


SITTATION DE L’ARTILLERIE DE L’ARMÉE DES ALPES, LE I" DÉCEMBRE I79S 


ARTILLERIE DE CAMPAGNE 


l ,r | 1 compagnie 
0e i 1 escouade.. 
2 ) 3 id. 

1 id. 

1 2 id. 

1 2 id. 

1 compagnie 
3 escouades. 
OuvF.cn f. et b. 

1 escouade . . 
2 id. 

1 id. 

1 id. 

1 id. 

2 id. 

4 compag k ‘.j 

3 id. 

Total I 14 comp ieB 


Emplacements 


Bou rg 12 canons de 4 approvisionnés 200 


Annecy 

Chambéry . . . . 
Saint-Maurice. 


Conflans. 
Modane . 


saint-Micnei \ 

S l -J ean-de-Maurienne) 
Grenoble \ 


2 

id. 

id. 

id. 

20 

2 

id. 

id. 

id. ... 

20 

2 

id. 

id. 

id. 

20 

4 

id. 

de 8 

id. 

60 

4 

id. 

de 4 

id. 

40 

4 

id. 

de 8 

id. 

170 

8 

id. 

de 4 

id. ... 

6 

id. 

de 3 

id. 

25 

6 

id. 

id. 

id. 

25 


Tullins f 0 , 

La Verpillère Serv,ce du P arc ’ 

Romans ) 

Lyon I Arsenal 


42 canons 


PARC D’ARTILLERIE A CHAMBÉRY 


Désignation des Objets 


i de 

Canons piémontais. . j ^ 

Canons français de 

Caissons français j de 
à canons j de 


2 8 

13 11 

14 18 
non approvisionnés 
non approvisionnés 


Caissons français J ^ j ^ 

d'infanterie.... j d ® 4 * o 

Caissons piémontais (de 7 non approvisionnés 4 

à canons (de 3 12 

Voitures françaises > Chariots a munitions 

voilures irançaises ^ Forges de campagne 

Charrettes piémontaises 

( Pelles rondes emmanchées 

Id. carrées id 

Pics, hoyaux 


ARMEMENT DU FORT MONTMÉLIAN 
4 pièces de 12 et 12 caissons.— 5 pièces de 8 et 9 caissons.— 2 pièces de 4 et 3 caissons. 
1 obusier. — 2 caissons de cartouches d’infanterie. — 4 prolonges et 2 forges. 


ÉTAT-MAJOR 

Command 1 l'artiP 1 * : Colonel Campagnol. I Sous-Directeur du parc : Montlezun. 
Directeur du parc : L l -Colonel Gueriot. I Garde-parc : Lieutenant Pierre Léger. 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


345 





21 (suite) 


346 


PIECES JUSTIFICATIVES 



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SI (suite) 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


347 



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21 (suite) 


348 PIÈGES JUSTIFICATIVES 


c a 
H 
U 
P 
O 
PS 
H 

c a 
w 
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H 

W 

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PIECES JUSTIFICATIVES 


349 


Archives de la Guerre. K° 22 

LETTRE DU PRINCE DE MONACO 

AU MINISTRE DE LA GUERRE 


A Paris, le 26 septembre 1792. 

Les mouvements, Monsieur, des troupes du Roi de Sardaigne dans 
les environs de Monaco, et les bruits qui se répandent qu’ils ont pour 
but une invasion dans ce pays et même de pouvoir se rendre maîtres 
de la place de Monaco, ne me permettent pas de vous les laisser 
ignorer. Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne donniez les ordres 
nécessaires pour me mettre à couvert sous la protection de la France, 
dont mon pays a l’honneur de jouir depuis plus de 150 ans et que je 
suis très jaloux de conserver. 


Archives de Breil , pièce N* 4. N° 23 Co P ic - 

ORDRE DE BATAILLE DU CORPS D’ARMÉE PIÉMONTAIS 

DANS LE COMTÉ DE NICE 


Division de l'armée de Nice 


Commandant général : M. le chevalier Courten. 

Aile droite, sous les ordres du général major le chevalier Aliberg, 
composée des régiments de Courten, de la Reine et du l tr bataillon 
de Nice. 

Brigadier : M. le chevalier Reinaud. 

Aile gauche, sous les ordres du général major chevalier de Bernez, 
composée d’un bataillon de Piémont, d’un de Saluces, du régiment 
de Lombardie et du bataillon de la Marine. 

Brigadier : M. le chevalier de la MarmorA. 


Postes à occuper par les susdits corps de l'aile droite : 
Le régiment de Courten, à la Serena; le bataillon de Nice, au col de 
Torno; le régiment de la Reine, à la maison Boniface, en réserve. 

Postes à occuper par les corps de l'aile gauche : Le bataillon 
de Piémont et celui de Saluces, cantonnés ou campés au besoin aux 


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350 


PIECES JUSTIFICATIVES 


pieds de la batterie de Saint-Augustin ; le régiment de Lombardie, 
cantonné à la maison Costa et Donat; le bataillon de la Marine, 
cantonné à la maison Rimberti. 

Les compagnies des grenadiers ci-dessus de l’aile gauche, séparées de 
leurs corps respectifs, seront marquées pour les retranchements du 
petit Saint-Laurent et sous les ordres particuliers de M. le brigadier 
chevalier de la Marmora. 

Les deux escadrons de Piémont-dragons et d* Aoste-cavalerie seront 
placés à. l'aile gauche, à la droite ou à la gauche des bataillons de 
Piémont et de Saluces, selon que l’emplacement et les circonstances 
l’exigeront , et seront sous les ordres de M. le comte de Saint-Gilles. 

Le l ar bataillon de Mondovi sera cantonné à Roquebillière et à 
Belvédère; le bataillon de Verceil sera à Sospel ; commandant : 
M. le brigadier chevalier Tasin, mais dépendant, ces deux postes, en 
droiture de M. le commandant général. 

La garnison de Nice sera composée du second bataillon de Nice et 
de Mondovi , dépendante de M. le général major O’Brenant. 


A cette pièce est jointe une figure schématique de cette disposition, où 
il est en outre indiqué que la légion des campements fournit un détache- 
ment de garde fixe de 36 hommes. 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


351 


Archives de la Guerre. N» 24 

ARMÉE DU MIDI.— SITUATION LE 1" OCTOBRE 1792 


CORPS D’ARMÉE DE NICE 


Division — Maréchal de camp Brunet : | 

1 er bataillon du 2 8® régiment 

700 \ 1: 

I er id. de l’Hérault 

550 J 

1 er id. de la Haute-Garonne 

550 f 

l #r id. du 51* régiment 

700 / Nice et Monaco 

Total 

2.510 ] 

Avant-garde . 


1 er bataillon de Grenadiers 

500 \ 

2 e id. id 

500 

3 e id. d’infanterie légère 

500 I 

1 er id. du 50 e régiment 

480 \ Nice et Monaco 

18® régiment de Dragons — 2 escadrons. 

295 ( 

Total 

2.275 ] 

Division — Maréchal de a 

amp Barrai : 

1 er bataillon du 11” 0 ® régiment 

700 \ 

4® id. de Rhône-et- Loire 

600 J 

2® id. du Var 

700 . .. 

1 er id. du 91® régiment 

700 > N ice et Monaco 

Total j 

2.700 | 

Réserve : 


2® bataillon des Bouches-du-Rhône. . . . 

600 \ 

l® r id. du Var 

727 

3® id. id. 

732 I 

4® id. de la Drôme 

669 } ^ >on ^ ^u Var 

Total 

2.728 ] 

Total général 

10.213 


Observations. — On fera, sur cette situation, des réserves analogues à 
celles présentées pour la situation du corps d'armée de Savoie. Ce n'est 
qu'un projet qui n'a jamais été mis A exécution. A la date du 1 er octobre, 
la plus grande partie des troupes était encore sur la rive droite du Var ou 
en marche pour rejoindre. L'avant-garde seule occupait Nice. 


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352 


PIECES JUSTIFICATIVES 


Archives de la Guerre. N° 25 

SITUATION DE LA FLOTTE DE LA MÉDITERRANÉE 
le 27 septembre 1792 


Tonnant 80 canons — contre-amiral Troguet — 

capitaine Duchayla. 

Commerce de Bordeaux 74 canons — » Saint-Julien. 

Scipion 74 canons — » Degog. 

Lys 74 canons — (Liberté) — » Broyés d’Aigalliers. 

Centaure 74 canons — » Missiessy. 


Frégates. . . . Sibylle — Junon — Minerve — Modeste — Vestale 
— Fortunée . 

Corvettes . . . Badine — Poulette — Brune — Belette — Fauvette 
— Rossignol . 

Bricks-avisos Tarleton — Hasard — Alerte — Gerfaud. 


Archives de Breil, pièce n* 5. N° 26 

MINUTE DE L’ORDRE DE RETRAITE DES TROUPES 


Faire transporter les malades quelque part. — Faire partir toute 
la troupe le plus tôt possible. — Avertir l’évêque, les employés du 
Roy, les officiers du Port, les habitants ; leur dire que c’est la seule 
manière de sauver le pillage de la ville, comme c’est la vérité, car 
nous ne pouvons manquer d’être battus ; que ceux qui veulent nous 
suivre en sont les maîtres. — Donner à la troupe du pain pour quatre 
jours. — Ecrire par estafette à M. le chevalier d’Osasque 1 et à 
Saorgio, à Tende, de faire cuire à force de pain de munitions et de 
faire vite moudre des farines, afin qu’il n’en manque pas pour les 
troupes qui pourront passer par cette route en grand nombre. — 
Distribuer aux soldats autant de cartouches que l’on pourra. — Faire 
partir toute de suite la cavalerie. — Faire partir tout de suite deux 
ou trois bataillons pour occuper le col de Braus, pour soutenir la 
retraite. — Prévenir le chevalier de Foncenex et déterminer la 
manière dont on doit laisser cette place* . — Avertir les bataillons de 
la garnison de Nice de se tenir prêts à marcher 3 . 


1. U commandait le bataillon do Verceil à Soopel. 

2. Il s'agit de la place de Villefranche. 

3. Cette pièce, par l'incohérence de sa rédaction, les ratures et surcharges qui s’y 
trouvent, dénote l'etat d'extrême agitation d'esprit de celui qui l’a écrite. — I! n'est pas 
probable' qu'on puisse l’attribuer au chef d’état-major Pinto, qui a dû donner ensuite des 
ordres particuliers résultant de ces décisions ; elle est sans doute plutôt de la main de 
H. de Courten. Quoi au’il en soit, elle présente un intérêt tout particulier, bien qu’elle 
ne soit ni signée, ni datée. 


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PIECES JUSTIFICATIVES 


353 


Archives de Breil, pièce N* 6. N° 27 

ETABLISSEMENT DES QUARTIERS DES BATAILLONS 

ET DE LEUR SERVICE , A SAORGE 


Le bataillon de Marine au château de Saorge et au couvent des 
Récollets ; 

Le second bataillon de Lombardie dans le village de Saorge ; 

Le chevalier de Saint-Amour, commandant de ce fort, y fera tout 
de suite entrer autant d’hommes du bataillon de Marine qu*il pourra 
y loger, et qui ne feront d*autre service que celui de la plane. 

Le reste du bataillon de Marine et celui de Lombardie fourniront 
ensemble les gardes suivantes : 

1° Une garde d’un capitaine, un sergent, trois caporaux et 30 
hommes au pont rompu dit de la Bendola , lequel donnera un poste 
avancé d’un caporal et six hommes au premier pont rompu ; 

2° Une garde d’un subalterne, un sergent, deux caporaux et 16 
hommes à la chapelle du Beato-Amedeo, attiguë au port dit del 
Comune ; 

3° Deux gardes chacune d’un caporal et six hommes à placer au 
pied des deux rampes qui du grand chemin montent à Saorge. 

Lesdits deux bataillons donneront ensemble un détachement d’un 
subalterne, un sergent, deux caporaux, et 30 hommes à la Muta ; 

Les deux compagnies des grenadiers de Lombardie seront logées à 
la papeterie de l’Améo, chargées de donner une garde d’un sergent et 
12 hommes au pont attigu. 

Les chasseurs de Lombardie resteront à Saorge et fomiront (sic) : 

1° Une garde d’un apointé et quatre hommes à la garde de la 
montagne dite du Baracon et qui sera relevée tous les jours ; 

2° Une garde d’nn caporal et six hommes al Martè, qui sera 
relevée tous les deux jours. 

A ces deux gardes il y aura des milices. 

En cas d’alarme, cette compagnie se portera à la première de ces 
gardes et détachera en même temps un sergent et 10 hommes sur le 
chemin de Comagna à la Casa de Bapi , où il y a une garde de 
milices. 

Les officiers commandant les gardes du pont rompu et del Beato 
Amedeo feront de fréquentes patrouilles de l’une à l’autre pendant 
la nuit. 

Les bataillons de Courten et de Christ resteront à Fontan. 

Le bataillon de Verceil à Tende, et donnera un détachement d’un 
capitaine, un sergent, deux caporaux et 30 hommes à la Cà. 

Les détachements de Courten, de Christ, de Lombardie, de Verceil, 


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354 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


et de la Marine, qui ont été jusqu'à présent séparés de leur corps, 
y rentreront. 

Ceux de Piémont, de Saluces, de Mondovi et de la légion des 
campements logeront à Saint-Dalmas , où sera le quartier général, 
d’où ils fourniront les gardes nécessaires sur les avenues du col de 
Raous et autres. 

Les deux bataillons de Courten et celui de Cbrist fourniront 
ensemble un détachement pour le col de Raous de 150 hommes avec 
un capitaine, un capitaine- lieutenant, sur les trois bataillons, et un 
subalterne pour chacun. Ce détachement logera aux Formagines, et 
donnera une garde d'un officier et 50 hommes sur le col de Raous, 
qui sera relevée toutes les 24 heures, et le détachement sera relevé 
tous les prêts. 

Le commandant de ce détachement aura sous ses ordres les milices 
commandées à ce poste, lesquelles devront toutes loger dans le 
Baracon sur le col, ainsi que la dite garde. A ces milices on fera 
faire de fréquentes patrouilles sur toutes les avenues du col , devant 
les pousser en avant le plus possible. 

Il est regrettable que cette pièce ne porte pas de date. Ce n’est évidemment au’une 
minute. Son authenticité est toutefois bien attestée par les fautes d’orthograpne, de 
ponctuation et de français, que l’on a à demi laissé subsister dans le texte. 


Thaon de Revel TJ° 28 

et Pinelli. 

SITUATION DE L’ARMÉE AUSTRO-PIÉMONTAISE 
au 1 er septembre 1792 


Commandant : Lieut. général Thaon de Revel, comte de St-André. 


Rég 1 de Saluces 2 bat. 

Id. Courten... id. 

Id. Tortone... id. 

Id. Lombardie, id. 

1.130 

841 

795 

1.061 

Rég 1 de Christ. ... 1 bat. 

Id. Nice id. 

Id. Verceil... id. 

Id. Marine... id. 

429 

394 

448 

642 

Total.... 

3,827 

Total.... 

1.837 

Autrichiens (Caprara, Bel- 
giojoso, Garnison) 

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Milices du comté de Nice. 

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Total .... 

4.427 

Total. . . . 




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Archive* de U Guerre. 


PIECES JUSTIFICATIVES 


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Observations. — Cet état n’est qu’un projet, attendu qu’à cette époque un asses grand nombre de bataillon* et notamment ceux de Marseille, n’étaient 

pas encore arrivés dans le comté de Nice. 



ARMÉE D’ITALIE. — Situation le 15 Décembre 1792 


PIECES JUSTIFICATIVES 


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Archives de Breil, pièce n* 11. N 31 

ÉTAT DES TROUPES AUSTRO-SARDES DANS LA VALLÉE DE LA VÊSUBIE 

en février i 793 


PIÈCES JUSTIFICATIVES 357 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


Archives de la Guerre. 


N° 32 


18 août 1792 


ÉTAT DES FORCES NAVALES DANS LA MÉDITERRANÉE 
d’après les instructions pour le contre-amiral Truguet 


Après l’arrivée de quatre vaisseaux de 80 et de trois de 74, qui partiront 
de Brest le 25 août, sous le commandement du capitaine de Latouche, le 
contre-amiral Truguet disposera de : 

1° Vaisseaux 


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où ils 

NOMS DES VAISSEAUX 

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NOMS DES COMMANDANTS 

se trouvent 


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Toulon.. 

Tonnant 

80 

Contre-amiral Truguet. 
Duchayla, cap. de pavillon. 

Brest. . . 

Languedoc 

80 

Latouche. 

ld. 

Vengeur 

74 

Kéréon. 

Toulon.. 

Gommer ce-de-Bordeaux . 

74 

Saint-Julien. 

Id. 

Scipion 

74 

Truguet cadet 

Id. 

LyS (appelé successivement Liberté 

74 

(absent, remplacé par Degon). 

Brue}*s. 


et Tricolore). 


Id. 

Centaure 

74 

Missiessi-Quiès. 

Brest . . . 

Orion 

74 

Vaultier. 

Id. 

Entreprenant 

74 

Thirot. 


Total. . . . 

518 



STATION TD XJ LEVANT 


Courageuse, frégate 

12 

Mignonne, frégate 

8 

La Flèche , corvette 

6 

L y Eclair, id 

G 

Sardine, id 

6 

Chasseur, aviso 

4 

Total. . . . 

42 


Saint- Vallier, capitaine. 
Pasquier, lieutenant. 

» 

Basterot, lieutenant. 
Montcabrie, lieutenant. 
» 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


359 


2° Frégates 


OBSERVATIONS 


Sibylle 

18 

Grasse 

Escortera le convoi pour le 



Levant. 

Minerve 

18 

Le Goy 

— 

Junon 

18 

Duhamel 

Transportera l'ambassadeur 




français à Constantinople. 

Modeste 

12 

Venel 

— 

Vestale 

12 

Gavoty, lieutenant. . 

En quarantaine à Toulon. 

Fortunée .... 

12 

Maistral, lieutenant. 

Se rend du Havre à Toulon. 



3° Corvettes 


Badine 

8 

Simony, lieutenant. . 

Expédiée à Syracuse. 

Poulette 

8 

Carqharson 

En réarmement à Toulon. 

Brune 

8 

Groignard, lieutenant 

Croisière dans les îles véni- 



tiennes. 

Belette 

8 

Causse 

En réarmement à Toulon. 

Rossignol . . . . 

6 

Martin 

Escortera le convoi pour le 



Levant. 

Fauvette .... 

6 

Goyetche 

Se rend du Havre à Toulon. 



4° Avisos 


Tarleton .... 

4 1 

Feraud 



Hasard 

4 

Maurin 

— 

Alerte 

4 

Daujard, enseigne. . . 

— 

Gerfaud 

4 

Stuard 

— 

Totaux . . . 

146 




Nota. — Ces instructions sont signées par les membres du Conseil exécutif 
provisoire, savoir : Roland, président; Danton, Clavière, Monge, Le Brun, 
tirouvelle. 


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360 


PIECES JUSTIFICATIVES 


Tiré des diverses pièces des Archives 
de la Guerre et de celles de la Sec- N° 33 

tion technique du génie. 

ORGANISATION DE LA FLOTTE DE LA MÉDITERRANÉE 
en Décembre 1792 

I. — Escadre du capitaine Latouche-Tréville 


NOMS DES BATIMENTS ESPÈCE S • | NOMS DES COMMANDANTS 

o 3 


Languedoc Vaisseau 80 Latouche-Tréville. 

Entreprenant id. 74 Thivat. 

Scipion id. 74 Le Goy. 

Tricolore id. 74 Brueys. 

Ovion ou Avide id. 74 Vaultier. 

Patriote id. 74 Landais. 

Léopard id. 74 Bourdon-Grammont. 

Duguay-Trouin id. 74 Trogoff. 

Généreux id . 74 Dubois, puis Cazotte. 

Thèmistocle id. 74 Haumont, puis Kéréon. 

Junon 18 Duhamel. 

Hélène Frégate 18 Cazotte, puis Prévôt- Lacroix. 

Total 782 

II. — Escadre de Truguet 

. -\r • on Contre-amiral Truguet. 

Tonnant aisseau 80 ç a p ^ Duchayla. 

Centaure id. 74 Missiessi-Quiès. 

Apollon id. 74 Fradin. 

Vengeur id. 74 Kéréon. 

Aréthuse Frégate 18 — 

Vestale id. 12 Gavoty. 

Fortunée id. 12 Maistral. 

Iphy génie Bombarde — 

Iris id . — 

Sensible id. Escoffier. 

Lutine id. — 

La Brune Corvette 8 Groignard. 

Caroline id. 8 — 

La Badine id. 8_ Simony. 

Total 388 

XII. — Escadre du capitaine Saint-Julien 
Commerce de- Bordeaux . Vaisseau 74 Saint-Julien. 

La Poulette Corvette 8 Carghauson. 


Commerce de- Bordeaux . Vaisseau 74 Saint-Julien. 
La Poulette Corvette 8 Carghauson. 










PIEGES JUSTIFICATIVES 


361 


Archives de la Guerre 


N® 34 


A. — Pointa d’ arrivée des troupes du corps marseillais . 

( Extrait de Tordre do général Brunet , en date do 16 décembre 1792 ) 


marseillaise | » baUillon j arriveront à la 001,6 ,e 14 dèccmbre - 
Bataillon de T Union, arrivera à Grasse le 17 déc. 


Id. 

de Martigues 

id. 

Mougins et Vallauris. . 

16 id. 

Id. 

du Lubéron 

id. 

Vence 

17 id. 

Id. 

de Vaucluse 

id. 

Grasse 

18 id. 

Id. 

de Tarascon 

id. 

id 

19 id. 

Id. 

d’Aix 

id. 

Saint-Paul et la Colle. . 

20 id. 


B. — Etat de l'artillerie embarquée à bord de l'escadre 
à Ajaccio , le 3 janvier 1792 . 


2 canons de 8 

6 id. 4 

4 id. 1 dits à la Rostaing 

1 obusier de 6 pouces 

1 mortier de 12 id. à la Goumier. ... 
Deux avant^trains de rechange. 

Agrès, outils, etc. 


Avec leurs armements 
et approvisionnés en mu- 
nitions à 500 et 1,000 
coups. 


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362 


PIEGES JUSTIFICATIVES 


Archives de la Guerre N° 35 

Extraits d'an rapport fait à Toulon , le 19 janvier 1793 , par 
le citoyen Martin , capitaine d'un bâtiment de commerce 
français, arrêté et détenu quelque temps à Cagliari. 

(Ce rapport est envoyé le même jour par le commissaire ordonnateur à 
Toulon, Vincent, au ministre de la marine, Monge, qui le communique à 
son collègue delà guerre, Pache). 


Armement des ouvrages de mer de Cagliari 

12 pièces de 18 dans une batterie basse à la pointe de la Darse et à 
l’entrée du port. 

6 pièces de 12 dans une batterie au-dessus de la précédente. 

8 pièces de 18 à côté du rempart de la citadelle donnant en face de 
la pointe de la Darse. 

4 pièces de 18 à l’est de la pointe de la Darse. 

7 pièces de 12 vis-à-vis la porte neuve , au-dessus de la batterie 

précédente. 

10 pièces de 18 et 2 coulevrines en bronze de 24, au-dessous de la 
batterie de 4 canons indiquée ci-dessus, et à la 
pointe du quai de la Santé. 

12 embrasures au N. -O. de la Consigne, près du rivage. Il n’y a 
en batterie actuellement que 2 canons de 18 ; on 
attend les autres de Livourne. 

4 pièces de 12 au-dessus de la porte de la Consigne. 

2 pièces de 18 sur les fortifications du rempart, où l’on mettra aussi 
le reste des canons attendus de Livourne. 

8 pièces de 8 au Lazaret. 

8 pièces de 4 près du Lazaret, provenant d’un corsaire sarde. 

Avec les canons des fortifications établies au-dessus de la ville, on 

assure qu’il y a ou qu’il y aura 130 pièces en batterie à Cagliari. 


Nota. — Cet état concorde à peu près avec la relation détaillée qui se 
trouve dans les archives de Breil, pièce n° 13. Il y est indiqué que les 
batteries vers la mer furent armées de 40 canons de 16 et de 32. Ces 
derniers sont évidemment les 2 coulevrines. Quant aux canons de 16, ce 
sont ceux désignés sous le calibre 18, savoir : 12 à rentrée du port, 2 À 
la Consigne, 14 entre la Darse et la Santé, 10 sur les remparts de la ville 
basse, en tout 38. 


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ÉTAT DES TROUPES DÉBARQUÉES DEVANT CAGLIARI LE 14 FÉVRIER 1793 


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PIÈCES JUSTIFICATIVES 


Archives de la Guerre. 37 

EXTRAITS DU RAPPORT DU GÉNÉRAL CASABIANCA 
en date du 22 février 1793. 


Le désordre ne se termine pas là. Les gardes nationaux, après avoir 
tiré indistinctement à droite et à gauche dans le camp, au nombre de 
700 environ, quittent leurs fusils, leurs gibernes et leurs habits et 
vont à corps perdu se jeter dans la mer. 

C’est en vain que nous et les adjoints aux adjudants généraux 
Giovanni et la Converserie, ainsi que plusieurs autres militaires, nous 
nous portons dans les lignes pour contenir ce mouvement désordonné 
et pour rallier les troupes ; tous nos efforts furent inutiles ; la terreur 
panique avait frappé les esprits de ces volontaires et tous demandaient 
à se retirer. 

J’ai résisté à leur demande jusqu’au moment où le citoyen Luce, 
capitaine de grenadiers au 42® régiment, vint me dire que les troupes 
de ligne indignées de la conduite des volontaires inexperts, deman- 
daient aussi à se retirer pour ne pas se trouver exposées au même 
malheur. 

N’ayant d’autre parti à prendre pour sauver cette armée, j’ai donné 
des ordres pour faire la retraite sur le camp que nous avions quitté le 
matin ; nous l’avons effectuée sans éprouver aucun obstacle de la part 
de l’ennemi et nous avons ramené, pendant la nuit, les fuyards, qui 
avaient jeté leurs fusils pour être moins gênés dans leur fuite; le 
rivage était couvert de leurs habillements, ce qui nous a fait présumer 
que plusieurs devaient être noyés. 

Arrivés au camp, les volontaires m’entourent et demandent à se 
rembarquer, me menaçant de la lanterne, si je n’v eusse adhéré ; en 
vain, je m’offre de leur démontrer que nous n’avions pas vu la face de 
l’ennemi, que le désordre de la nuit avait été occasionné par une fausse 
alerte et par leur propre faute, qu’ils allaient se couvrir de honte et 
faire manquer une expédition à laquelle la République attachait tant 
d’importance. 

La majorité des volontaires, sourds à la voix de l'honneur, indiffé- 
rents pour les intérêts de la patrie, s’obstinent à exiger les embarcations 
en criant « à la trahison ». Si les troupes de ligne eussent été nom- 
breuses j’aurais sans doute pris le parti de contenir par la force des 
séditieux, lâches devant l’ennemi, insubordonnés envers leurs chefs, 
qu’ils devaient respecter, et j’aurais ainsi repoussé la corde qu’ils 
me montraient, s’ils n’étaient pas exaucés. 


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PIEGES JUSTIFICATIVES 


365 


Dans cette circonstance difficile, j'ai rassemblé tous les chefs et 
tous ont convenu qu'avec de tels hommes, nous aurions exposé les 
armes de la République à une défaite certaine et que le seul parti 
était de les faire embarquer sans délai. 

Le contre-amiral Truguet, instruit de notre position le 16, nous 
envoya 50 quintaux de biscuit et d’autres provisions; les volontaires 
forcent la chaloupe de retourner à bord et en empêchent le débarque- 
ment de crainte qu'on ne les oblige de marcher sur Cagliari. 

Une partie des chefs était d'accord avec les volontaires ; la plus 
grande partie n'approuvaient point la conduite de ces derniers, mais 
n'osaient point s'y opposer, et les ordres que je donnai n'étaient point 
exécutés. Le 17, un grand coup de vent ayant rendu impossible la 
communication de l’escadre avec l'armée manquant de vivres, les 
mêmes volontaires, qui les avaient refusés le jour auparavant, se 
présentèrent au nombre de 5 à 600, ayant à leur tête le lieutenant- 
colonel Jourdan, de Tarascon, me demandant, sous peine de la vie, 
l'embarcation et les vivres.... 

Les troupes de ligne indignées par tant d’horreurs, manifestèrent la 
disposition de défendre leur général et, dès lors, ma vie, menacée à 
chaque instant, n'a plus couru aucun danger. 


Archives de la Guerre. 33 

CONDITIONS sous lesquelles doit être livrée aux armes 
de Sa Majesté Catholique , actuellement sous mes ordres. 
Vile Saint-Pierre et toute la troupe française et dépendances 
de terre et de mer de la même nation. 


1° Le Roi et la nation Espagnole, persévérant dans les sentiments 
d’humanité qu’ils ont toujours professés à l’égard de leurs ennemis, 
comme on le fait de tout temps, je consens, au nom de Sa Majesté 
Catholique, que le commandant de la marine sorte avec sa troupe et 
son équipage de la forteresse de l’ile Saint-Pierre, où il réside, et qu’il 
en sorte avec les honneurs militaires, à la charge par lui, par sa 
troupe et son équipage, de laisser dans la place toutes leurs armes et 
de venir à bord des vaisseaux du Roi en qualité de prisonniers de 
guerre, sans cependant qu’aucun officier, soldat ou qui que ce soit, soit 
privé des effets qui lui appartiennent, la propriété devant être 
respectée. 

2° Il en sera de même à l'égard du commandant et de la troupe 
française de terre qui garnissent le château et de tous ceux qui 
dépendent de la susdite troupe. 


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366 


PIÈGES JUSTIFICATIVES 


3° Toute l’artillerie, toutes les munitions de bouche et de guerre et 
tout ce qui appartient à la République française restent à la disposition 
de Sa Majesté Catholique. 

4° Tous les prisonniers de guerre sont bien traités à bord des 
vaisseaux du Roi, comme l’ont toujours été les individus de cette 
classe tombés au pouvoir des Espagnols. 

Sous ces conditions, on procédera ce soir même à la reddition de la 
forteresse à la troupe espagnole. 

La capitulation sera confirmée par tous tes commandants de terre et 
de mer et chacun d’eux pourra en conserver un double. 

A bord du Royal Charles , à la rade de l’ile Saint-Pierre, 
le 25 mai 1793. 

Signé : D. FRANCISCO BORGA, commandant. 


A ces conditions, le commandant français ajoute la suivante : 

La municipalité et le peuple demandent à se mettre sous la protec- 
tion spéciale du gouvernement espagnol. Le commandant des troupes 
françaises demande qu’aucun des membres de cette municipalité, 
qu’aucun citoyen, qu’aucun prêtre assermenté ne puisse être inquiété 
pour avoir adhéré aux principes de la Nation française. 

Accordé, comme ci-dessus : 

Signé : BORGA 

Signé : SAILLY, commandant des troupes françaises. 


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SUR LA PÈCHE PÉLAGIQUE 

AU POINT DE VUE DE u’ALIMENTATION DES NAUFRAGÉS 


La pêche en pleine mer à l’aide d’une coeffe en mousseline 
ou mieux en toile de soie (toile à bluter) est pratiquée 
depuis longtemps par les naturalistes, qui sont habitués à 
se procurer de la sorte beaucoup d’animaux de pleine mer 
ainsi que les larves et les jeunes des espèces sédentaires. 

La quantité de matière animale ainsi récoltée est parfois 
assez considérable. Ces animaux, il est vrai, sont transpa- 
rents et l’eau entre pour environ 99 % dans la constitution 
de leurs tissus. Néanmoins ils sont nourrissants et la 
preuve en est que beaucoup de poissons en font leur 
principale pâture. Les baleines même vivent principalement 
de cette chair molle. 

Cependant l’on ne s’était pas avisé d’utiliser cette 
ressource pour l’alimentation des naufragés, dans les cas 
assez fréquents où, battu par les flots dans une petite 
embarcation, l’équipage d’un navire abandonné lutte contre 
une inanition qui le pousse parfois à l’anthropophagie. 

S. A. S. le prince Albert de Monaco, bien connu pour son 
zèle éclairé pour la science, est le premier, à notre connais- 
sance, qui ait attiré l’attention sur ce sujet intéressant *. 

Les résultats obtenus à bord de Y Hirondelle , à l’aide 
d’hameçons et autres engins traînés par le bateau, sont 

1. Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1889. 


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368 PÈCHE PÉLAGIQUE 

très démonstratifs et prouvent que les malheureux nau- 
fragés pourraient se procurer une subsistance aux dépens 
des poissons de haute mtr. Nous aimerions aussi pouvoir 
confirmer l’espérance de voir la pêche pélagique leur 
procurer une ressource moins aléatoire; mais la vérité 
nous oblige à faire des réserves. 

Les animaux pélagiques qui viennent nager à la surface 
de la mer, surtout la nuit, se montrent parfois en nombre 
incalculable. Les localités, les saisons, les courants font 
varier leurs quantités dans de larges limites; mais cette 
pêche n’est jamais nulle. 

Je n’en dirai pas autant de la qualité. Il arrive parfois 
que l’on rencontre à la surface des bancs de mollusques 
ptéropodes, de crustacés, de larves d’échinodcrmes ou de 
vers, de tuniciers que l’on doit à priori considérer comme 
mangeables. Mais souvent aussi ce sont des bancs de 
méduses, de siphonophores, bref de célentérés et, jusqu’à 
preuve du contraire, il y a tout lieu de les considérer 
comme vénéneux. 

S’il y avait simple alternance dans la composition de ces 
bancs, une personne médiocrement versée dans l’histoire 
naturelle pourrait encore faire un choix et décider, dans 
chaque cas, si le produit de cette pêche est mangeable ou 
ne l’est pas. Malheureusement les célentérés sont les ani- 
maux pélagiques les plus universellement répandus et se 
trouvent toujours mêlés en proportion plus ou moins forte 
aux animaux appartenant à d’autres embranchements. 

Il faut en prendre son parti. Toute pêche pélagique au 
filet tin sera forcément contaminée par la présence de ces 
animaux inférieurs. 

Nous devons donc chercher à savoir à quel point ces 
êtres sont dangereux pour l’homme qui en absorberait une 
Certaine quantité. 


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PÊCHE PÉLAGIQUE 369 

A cet égard, l’expérience des populations maritimes ne 
nous renseigne guère; car, si portées qu’elles soient à 
manger tout ce qui est mangeable, jusqu’à des ascidies et 
même jusqu’à des éponges, elles dédaignent avec unani- 
mité les célentérés nageants. Cependant elles consomment 
certains animaux de cette classe fixés au sol, à savoir 
diverses espèces d’actinies. Mais il est à remarquer que ces 
animaux se mangent toujours frits à l’huile ou au beurre, 
jamais crus, tandis que les autres animaux inférieurs se 
consomment sans préparation aucune. 

Vox populi, vox Dei. Ces usages doivent avoir leur 
raison d’être puisqu’ils se retrouvent toujours les mêmes, 
à l’égard des actinies, chez des peuples très divers et sur 
des points éloignés du globe terrestre. Il est probable qu’on 
aura essayé de manger les actinies crues ou bouillies et 
qu’on y aura renoncé pour de bonnes raisons. 

L’expérience directe mériterait sans doute d’être faite ; ' 
avouons-le franchement, nous ne nous en sommes pas 
senti la vocation. 

La question est donc ouverte. A défaut de données 
expérimentales positives nous devons nous rabattre sur 
les renseignements indirects. Les habitudes des populations 
maritimes que je citais tout à l’heure ont, à cet égard, une 
valeur difficile à contester. 

D’autres faits encore viennent corroborer cette méfiance 
à l’égard des célentérés. D’abord il y a toute une série de 
poissons qui se nourrissent habituellement ou occasion- 
nellement de madrépores et autres coralliaires. Or, plu- 
sieurs de ces poissons sont connus dans les mers tropicales 
pour leurs propriétés vénéneuses et ceux qui sont mangea- 
bles dans certaines saisons deviennent dangereux à d’autres 
époques de l’année. 

Les célentérés sont désignés par certains zoologistes 


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370 PÊCHE PÉLAGIQUE 

sous le nom de cnidaires. Ce terme désigne les animaux 
munis de cnides, c’est-à-dire de capsules urticantes. Le 
terme n’est pas juste, car certains célentérés sont dépourvus 
de ces armes, que l’on retrouve au contraire chez quelques 
représentants d’autres embranchements. Mais il n’en reste 
pas moins vrai que la grande majorité des célentérés sont 
hérissés de ces capsules et que leur présence chez d’autres 
animaux n’est qu’une rare exception. 

Ces capsules se composent d’une vésicule et d’un tube, 
qui sont en continuité l’un avec l’autre. Le tube, avant la 
décharge, se trouve replié dans la vésicule. Que l’on 
prenne une fiole à col extrêmement allougé et que, par 
l’imagination, l’on rentre ce col à la manière d’un doigt 
de gant retourné dans l’intérieur de la fiole, et l’on aura en 
grand la représentation d’une de ces capsules. Au moment 
de la décharge, le tube se retourne donc subitement, comme 
le feraient les doigts d’un gant qu’on aurait refoulés en 
dedans si l’on venait à souffler de toute sa force dans le 
gant. 

L’intérieur de la vésicule contient un liquide de nature 
inconnue. On a cru que c’était de l’acide formique, mais les 
essais microchimiques et l’observation des effets physiolo- 
giques qu’il produit ne sont pas venus corroborer cette 
opinion. Il est plus probable que l’on a affaire à quelque 
ferment ou veuin agissant comme ceux des insectes ou des 
serpents. 

Peut-on impunément introduire dans son estomac des 
organes contenant des milliers de ces armes minuscules, 
mais redoutables par leur organisation et leur nombre ? La 
muqueuse intestinale est-elle moins sensible que la peau, 
qui subit à leur contact une inflammation violente ? Et 
même, à supposer que les capsules urticantes ne se plantent 
pas dans les profondeurs de la muqueuse, est-il certain que 


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PÊCHE PÉLAGIQUE 371 

toutes les gouttelettes de venin qu’elles renferment, addi- 
tionnées, ne finissent pas par représenter une dose respec- 
table de poison f 

L’expérience directe n’a pas été faite scientifiquement. 
Mais les faits connus autorisent à conclure déjà et avec une 
probabilité très voisine de la certitude que les animaux 
urticants sont une nourriture dangereuse, vénéneuse et 
même mortelle si l’on atteint une certaine dose. 

Mais, objectera-t-on, comment se fait-il que l’on puisse 
consommer des actinies frites f C’est que d’abord la cuisson 
fait éclater les capsules urticantes qui perdent ainsi la 
faculté de faire décharge et de faire pénétrer leur goutte- 
lette de venin dans la profondeur du tissu ; c’est ensuite que 
les venins organiques sont altérés par la chaleur et détruits 
à la température très élevée de la friture. L’on sait en effet 
que l’huile ne commence à grésiller que vers les 200* centi- 
grades. 

Et pour eu revenir à notre pêche pélagique à l’usage des 
naufragés que faut-il en conclure i C’est qu’avec du feu, 
une poêle à frire et de la graisse ils pourraient apprêter cette 
pêche de manière à la rendre inoffeusive et nourrissante. 
Avec les filets qu’il faut penser à emporter au moment du 
naufrage c’est peut-être beaucoup exiger de gens que l’on 
suppose dénués de tout i 

Sans ces précautions, la ressource deviendrait un danger 
et pourrait abréger des jours que l’on cherche au contraire 
à prolonger. 

D r Hermann Fol, 

Ancien professeur ordinaire à l’Université de Genève. 


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BIBLIOGRAPHIE 


DES DOCUMENTS UTILISÉS DANS CET OUVRAGE 


B 0 R 8 ON. — Etude sur la frontière du Sud-Est. (Extrait de la Revue 
militaire française , mars-avril 1870.) Paris, Dumaine, 3 vol. 
in-8°. 

Botidoux. — Esquisse de la carrière militaire de Kellermann, duc de 
Valmy, par M. de Botidoux, commissaire ordonnateur en chef à 
l’armée des Alpes. Paris, 1817, Eberhart. 

Botta. — Storia d’italia dal 1789 al 1814. Parigi, 1824, 4 vol. in-4°. 

Bourcet. — Principes de la guerre de montagnes, 1775, par le 
lieutenant général de Bourcet. Paris, 1888, lmp. nat., in-4°. 
(Publication du ministère de la guerre, non mise dans le com- 
merce). 

Carnot. — Mémoires sur Carnot, par son fils, 1861-1863. Paris, 
Pagnère, 2 vol. in-8°. 

Correspondance de Napoléon. — Paris, 1858, 4 vol. in-4°. 

Daudet (Ernest). — Histoire des conspirations royalistes dans le Midi, 
Paris, 1889, in-8°. 

Dessaix. — Etude historique sur la Révolution et l'Empire en 
Savoie ; le général Dessaix, sa vie politique et militaire, par 
Joseph Dessaix et André Folliet. Annecy, 1879, in-8°. 

Durante. — Histoire de Nice. Turin, 1823, 3 vol. in-12. 

Duruy (Albert). — L’armée royale, Paris 1889, in-12. 

DUS8IBUX. — L’armée en France ; histoire et organisation, depuis les 
temps anciens jusqu’à nos jours. Versailles, 1884, 3 vol. in-12. 

Garnier (général). — Mémoire local et militaire sur le département 
des Alpes-Maritimes. Paris, 1888, in-8°. (Publication du service 
géographique de l’armée, non mise dans le commerce). 

Golbero (de). — Histoire et description de la Suisse et du Tyrol. 
Paris, 1838. 

Hénault. — Abrégé chronologique de l’histoire de France, augmenté 
et continué par C.-A. Valkenaer, de l’Institut. Paris, 1822. 

Iuno (colonel). — Bonaparte et son temps. Paris, 3 vol. in-12. — 
Dubois-Crancé. Paris, 1884, in-12. 

Jomini. — Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution. 
Paris, 1819-1823, 15 vol. in-8 # avec pl. in-fol. 

Juribn de la Graviére (l’amiral). — Guerres maritimes de la Ré- 
volution et de l’Empire. Paris 1864, 2 vol. in-12. (La l rt édition 
est de 1847). 

25 


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374 


BIBLIOGRAPHIE 


Koch (général). — Mémoires de Masséna. Paris, 1850, 7 vol. in-8® 
et atlas. 

Lyon — Histoire du siège de Lyon (anonyme). Paris, 1797, 

Moniteur Universel de 1792 et 93. 

Montannbl. — La topographie militaire des Alpes, par M. de Mon- 
tannel, édité par M. de Rochas d’Aiglan, capitaine du génie, dans 
le Bulletin de V Académie Delphinale . Grenoble, 1875. 

Montbsquiou. — Correspondance de M. de Montesquiou avec les 
ministres et les généraux de la République pendant la campagne 
de Savoie et la négociation avec Genève en 1792. Paris, An IV. 

Moris (Henri). — Opérations militaires dans les Alpes et les Apennins, 
pendant la guerre de la Succession d’Autriche (avec cartes et plans). 
Paris, 1886, in-8°. 

Mussbt-Pàthày. — Relation des principaux sièges faits et soutenus 
en Europe par les armées françaises depuis 1792 (avec atlas). 
Paris, 1806. 

Pinblli. — Storia militare del Piemonte. Torino, 1854. 

Poisson (baron). — L’armée et la garde nationale. Paris, 1858-62, 
4 vol. in-8°. 

Pons. — Mémoires pour servir à l’histoire de Toulon en 1793. Paris, 
1825. 

Roquet (oomte). — Mémoires militaires du lieutenant général comte 
Roguet. Paris, 1862. 

Rousset (Camille). — Les volontaires, 1791-1794. Paris, 1870, in-12. 

Saint-Geni8. — Histoire de la Savoie. Chambéry, 1878, 3 vol. 

Sorel (Albert). — L’Europe et la Révolution française, Paris, 1888, 
2 vol. in-5°. 

Taine. — Origines de la France contemporaine. — La Révolution, 
Paris, 4 vol. in-8°. 

Thaon de Revel. — Mémoires sur la guerre des Alpes, tirés des 
papiers du comte Ignace Thaon de Revel de Saint-André et de 
Pralongo, maréchal des armées du roi. Turin-Rome-Florence, 
1871. 

Tisserand (l’abbé). — Histoire de la Révolution française dans les 
Alpes-Maritimes. Nice, 1878, iu-8°. 

Toselli. — Précis historique de Nice, depuis sa fondation jusqu’en 
1860. Nice, 1867, 4 vol. in-8*. 

Troudb. — Batailles navales. Paris, 1867, 4 vol. in-8 # . 


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BIBLIOGRAPHIE 


375 


NOMENCLATURE DES PIÈCES 

DES ARCHIVES DE LA VILLE DE BREIL (ALPES-MARITIMES) 

UTILISÉES DANS CET OUVRAGE 


1 # Convention entre le roi de Sardaigne et l'Autriche pour l’envoi de 
troupes auxiliaires en septembre 1792. (Copie en italien). 

2* Réclamation du major Pauerspach, du régiment de Caprara, avec 
bordereau d’envoi du colonel Gunsbourg (En allemand. Pièce 
fort curieuse en ce qu’elle dénote l'animosité qui existait entre les 
officiers piémontais et autrichiens) . 

3 # Relation de l’invasion de la Savoie, en 1792 (En italien). 

4° Minute de la relation de la campagne de 1792, par M. Alziari de 
Malaussèna (minute). 

5° Disposition du corps d'armée piémontais dans le comté de Nice, en 
septembre 1792, avec figure schématique (Ressemble à une minute 
de l’état-major de M. de Courten, gouverneur de Nice). 

6° Minute de l’ordre d’évacuation de la ville de Nice, en septembre 1792. 
(L’écriture mal formée de cette pièce, les ratures et les surcharges 
qu’elle présente dénotent l’émotion de son auteur, qui est sans 
doute le colonel Pinto, chef d’état-major de M. de Courten. 

7 # Etablissement des quartiers des bataillons autour de Saorge au 
commencement d’octobre 1793 (Ressemble à une minute de 
l’état-major de M. de Courten). 

8° Evénements qui se sont passés à Nice depuis l’évacuation de la 
ville par les Piémontais jusqu’à l’arrivée des Français (En italien; 
traduction de la pièce n° 3). 

9* Evénements qui se sont passés à Puget-Théniers, d’avril 1792 à 
avril 1793. 

10° Evénements qui se sont passés dans la vallée de la Vésubie du 17 
octobre 1792 au 1 er mars 1793 (En italien, avec traduction. Cette 
relation est attribuée au capitaine de milices Robaudi). 

11° Lettres d’un capitaine de milices, du 25 novembre 1792 au 2 mars 
1793 (En italien, avec la mention : a Copia littérale ») ; mais ces 
lettres ne sont pas signées. 

12° Notes sur la présente guerre, tirées d’un mémoire du capitaine de 
milices sardes Masséna du lieu de Saint-Biaise (C’est ce capitaine 
que Robaudi confond avec le capitaine français Masséna, depuis 
maréchal de France). 

13* Etat des troupes austro-sardes dans la vallée de la Vésubie, en 
février 1793. 

14° Relation de ce qui s’est passé au siège de Cagliari, en janvier- 
février 1793. 


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376 


BIBLIOGRAPHIE 


15° Lettre autographe du baron de Wins au général Strassoldo, du 
18 février 1793. 

16° Faits d’armes aux environs de Puget-Théniers, fin février 1793. 

17° Compte rendu de l’affaire de Belvédère, du 2 mars 1793, par le 
lieutenant Cauzy, du régiment autrichien de Belgiojoso. 

18° Situation des troupes autrichiennes, le 7 mars 1793, et état d’ha- 
billement, d’équipement, d’armement, etc. 

19° Minute du livre d’ordre du corps austro-sarde du comté de Nice, 
du 21 mars au 8 juin 1793. 

20° Minute de la relation de la première partie de la campagne de 

1793, dans le comté de Nice, par M. Alziari de Malausséna, avec 
brouillon. 

21° Extrait de la correspondance des généraux Colli et de Wins, des 
26 mars, 21 avril, 24 et 26 juin, 2 juillet, 4 et 25 novembre, 
5 décembre 1793. 

22° Relation de la première attaque de Moulinet, des 12-13 mars 1793, 
et de l’attaque de l’Agaissen, du 19 avril 1793. 

23° Relation de l’attaque du col de Braus, du 28 mars 1793. 

24° Relation de l’attaque du Pérus, du 17 avril 1793. 

25° Relation de l’attaque du Pérus, du 17 avril 1793, par le chevalier 

de Villamarina, commandant le bataillon de Sardaigne. 

26° Relation de l’attaque de Peiracave, du 17 avril, et de la troisième 
attaque de Moulinet, des 7 et 8 juin 1793. 

27° Relation des deuxième et troisième attaques de Moulinet, des 7 et 
8 juin 1793. 

28° Pièces relatives à l’attaque du Liniéras, du 8 juin 1793 : Rapport 
du commandeur d’Osasque ; — rapport du chevalier Grimaldi 
de Beuil ; — interrogatoire de Campion ; — réponse de d’Osasque ; 
— examen du comte de Revel. 

29° Relation du combat du 8 juin 1793, au Pérus. 

30° Attaques de Raous et du Capelet, du 8 juin 1793. 

31° Notes prises du chevalier Bonneau sur les campagnes de 1793 et 

1794. 

32° Notes prises d’un officier français, prisonnier dans la campagne de 
1793. 

33° Cahier contenant : 

(a) Extrait d’un journal de l’armée dans le comté de Nice du 
22 juillet au 23 août 1793. 

(û) Rapport du comte d’Aglian sur l’attaque du col de Tende en 
1794. 

! (c) Rapport sur la prise du Brech d’ U telle, le 25 novembre 1793. 
a) Rapport du major Brentano en date du 28 novembre 1793. 
e ) Position du corps d’armée le 24 novembre 1793. 
f) Rapport du comte d’Aglian sur la prise du Brech, le 25 
novembre 1793. 

(y) Extrait d’une lettre du baron Colli au général de Wins sur 
l’attaque de l’Authion, le 12 juillet 1793 (En italien, la tra- 
duction de cette lettre existe aux Archives de la Guerre). 

(h) Dispositions de l’armée, le 1 er juillet 1793. 

\i) Lettre du général Colli aux troupes qu’il avait sous son com- 
mandement et deux états de ces troupes. 


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BIBLIOGRAPHIE 


377 


H) Disposition de départ des troupes pour leurs quartiers d’hiver. 

(&) Notes prises sur une lettre du général Saint-André du général 
Colli en date du 12 novembre 1793. 

34° Relation de la campagne de 1793 (l ro partie) par M. de Malaus- 
séna, vallée de la Stura. 

(a) Dispositions générales. 

(b) Opérations du corps de Strassoldo. 

(c) Même objet. 

35° Extrait de la campagne de 1793 dans la vallée de la Stura. 

36° Extrait des ordres du général Strassoldo du 17 avril au 28 août. 

37° Mémoire de l’attaque d’Isola, le 21 mai 1793. 

38° Position du col de la Madeleine. 

39° Extrait d’une lettre. 

40° Cahier contenant : 

(a) Minutes d’ordres du général Strassoldo du 1 er septembre au 
l* r novembre. 

(b) Rapport sur les opérations du corps de Tarentaise en 1793. 

(c) De la prise du petit Saint-Bernard en 1794 avec un croquis. 

(d) Rapport sur la venue des Français à Boves en 1794. 

41° Note sur la vallée d’Aoste en 1793. 

42° Journal détaillé du marquis de Cordon en 1793 (Corps de la 
Maurienne). 

43° Notices du Faucigny en 1793. 

44° Bulletin de la Convention nationale : Séance du 10 octobre 1793. 

45° Rapport sur la retraite des Austro Sardes dans la Tinée à la fin 
de 1793. 

46° Marche du 4® bataillon des troupes légères du 29 août au 13 
décembre 1793. 

47° Attaque de la Cogoule le 7 septembre 1793, avec un croquis. 

48° Occupation du massif du Tournairet au mois de septembre 1793. 

49° Relation de l’attaque du Maurigon le 8 septembre 1793. 

50° Relation de l’affaire du col de l’Agnon le 8 septembre 1793. 

51° Affaire du Colombier de Malacria le 8 septembre 1793. 

52° Correspondances diverses. 

53° Demande d’un officier désirant remplir les fonctions d’aide de 
camp. (En allemand). 

54° Dispositions défensives du poste de Gilette, octobre 1793. 

55° Etat des pertes austro-sardes à l’attaque de Gilette, le 1 er octobre 
1793. 

56° Position de l’armée le 15 octobre 1793. 

57° Force des dragons de la Reine et de Piémont et marche de retraite 
des Autrichiens, novembre 1793. 

58° Affaire du 24 novembre 1793. 

59° Relation d’une attaque dans la vallée de la Roya. (En italien). 

60° Extrait d’une lettre du secrétaire de la guerre du 13 décembre 1793. 
(En italien). 

61° Etat des troupes destinées au comté de Nice, 13 décembre 1793. 
(En italien). 

62° Quartiers d’hiver des troupes autrichiennes. — Etat et bordereau 
d’envoi. (En allemand). 

63° Positions des troupes dans le comté de Nice, le 17 décembre 1793. 


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378 


BIBLIOGRAPHIE 


64 ° Cahier contenant : 

(a) Une série de questions avec réponses sur les dispositions 
défensives à prendre pendant l’hiver. 

(b) Lettres du major Brentano sur l’affaire du 26 novembre 1793. 

(c) Lettres du général Strassoldo des 7 octobre et 17 juillet 1793. 
la) Lettres des 9 et 12 juin 1793. 

(e) Correspondances relatives aux affaires du 8 septembre 1793. 


LISTE DES MANUSCRITS CONSULTÉS AUX ARCHIVES 
DE LA SECTION TECHNIQUE DU GÉNIE 


Mémoire historique et militaire de l’armée d’Italie, par M. Pàülinier, 
chef de bataillon du génie, écrit sous le Directoire. (Bib. de la 
sect. tech. du génie, div. des ms. in-4°). 

Mémoires des capitaines Ravier et Tholozé (avec pièces annexées). 
Reconnaissances de Truguet et plan visuel de Oagliari. 

Plan de Cagliari. 

Mémoire deBEJAY de la Coche, ancien officier du génie. 

Mémoire du colonel Làpeyrouse, directeur des fortifications à 
Embrun. 

Pièces relatives aux sièges de Lyon et de Toulon. 


MANUSCRITS DIVERS 


Mémoire de M. Costa de Beauregard, chef d’état-major général du 
général Colli, établi dans l’hiver de 1794 à 1795. Ce manuscrit a 
été copié sur l’original prêté à M. le lieutenant Lecourbe, par le 
petit-fils du lieutenant général marquis de Costa de Beauregard, 
auteur des <c Mélanges tirés d’un portefeuille militaire (Turin, 
1817). 


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LISTE 

DES MEMBRES DES L-A. SOCIÉTÉ 


en mai 1 890 


PRÉSIDENTS D'HONNEUR 

M. le Général Gouverneur de Nice. 

M. le Préfet des Alpes-Maritimes. 

Mgr PEvèque de Nice. 

M. le Maire de Nice. 


PRÉSIDENT HONORAIRE 

M. A.-L. Sardou, homme de lettres. 

MEMBRES HONORAIRES 

M. le Recteur d' Académie d'Aix. 

M. Camille Flammarion, astronome (1 er avril 1873). 

M. Gambart, $5, consul d'Espagne (1 er avril 1876). 

M. César Daly, architecte, directeur de la Revue d\ Architecture 
(16 février 1878). 

M. Fréd. Mistral, #, littérateur, Capoulié du Félibrige (16 juin 1878). 

M. Dblbstrac, 0., inspecteur général des Ponts et Chaussées 
(16 octobre 1878). 

M. Victorien Sardoü, 0. membre de l'Académie Française (16 octo- 
bre 1878). 

M. Ch. Robert, ife, membre de l'Institut (16 décembre 1878). 

M. Gustave Vallibr, numismate, à Grenoble (1 er mars 1879). 

M. William Boyne, numismate ,à Nice (16 mai 1879). 

M. R. Bischoffsheim, #, à Paris (16 janvier 1880). 

M. Cugnin, 0, command 1 du Génie en retraite, 6. rue Vauquelin, Paris. 
M. Nibpcb (Alexandre), docteur en médecine, À Saint-Raphaël (Var), 
(16 octobre 1883). 

M. le Comte Garin de Cocconato, & Cimiez (1 er juin 1885.) 

M. Charles Garnier, membre de l'Institut, architecte de l'Opéra, à Paris. 
M. Pasteur, G. 0., #, membre de l’Institut, à Paris (l w décembre 1886). 
M. La Grange de Langre, C. $t,chef du Secrétariat du Conseil des Minis- 
tres, ancien préfet des Alpes-Maritimes, 72, avenue Kléber, & Paris. 

MEMBRE DE DROIT 

M. l'Inspecteur d' Académie. 

Bureau de la Société pour 1889-1890 

Président : M. le D r Gueirard, 0. 

Vice-Président : M. le docteur Baréty. 

Secrétaire perpétuel : M. François Brun, 1. O, architecte. 

Secrétaire : M. Henri Moris, I. Q, archiviste du département. 

Trésorier : M. Madinier, directeur de l'Agence du Crédit Lyonnais de Nice. 


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380 


LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


MEMBRES TITULAIRES 


MM. 

Ammbl (Gustave-Emile), y, rentier, 
boulevard du Pont-Neuf, 4, à Nice 
(1 er juillet 1884). 

Andrbw's (Bruyn-James) , villa Pi- 
gautier, Menton (16 novembre 1877). 

Aubé, ingénieur des ponts et 
chaussées, rue d'Amérique, 6, à 
Nice (17 juin 1889). 

Balestre, 0, docteur en médecine, 
place Masséna (16 juin 1876). 

Barbier-Delaybns, ancien négociant, 
rue Papacino, à Nice (16 décembre 
1887). 

Baréty, docteur en médecine, 1, rue 
Longchamp, à Nice (3 novembre 
1875). 

Barnaud (l'abbé), aumônier du Lycée, 
à Nice (5 mars 1888). 

Barrois, o, directeur du laboratoire 
zoologique, villa Gustavin, boulev. 
Carnot, & Nice (18 mars 1882). 

Bbhnb (Edgar), professeur de langues 
et de sciences, rue de la Buffa, 11, 
à Nice (20 février 1890). 

Bbllesort, professeur au Lycée, rue 
de la Paix, 11, à Nice (16 mars 1890). 

Béthune (comte de), boulevard Du- 
bouchage, 29, à Nice (5 mars 1888). 

Bernard-Attanoux, avocat, rue Pa- 
lerrao, 5, & Nice (5 mars 1888). 

IfcANC (Casimir), propriétaire, bou- 
levard Victor-Hugo, ‘38, à Nice 
(l #r juin 1888), 


MM. 

Blond, architecte, à Grasse (1 er sep- 
tembre 1885). 

Bonnal, docteur en médecine, au 
Hammam, rue de la Buffa, à Nice 
(16 janvier 1874). 

Bossola8chi d'Almeras , professeur 
d’histoire au Lycée, rue Lépante, 7, 
à Nice (2 décembre 1889). 

Brun (François), I. 0, architecte, rue 
de la Paix, 29, à Nice (membre fon- 
dateur) (14 novembre 1861). 

Butterfield, propriétaire, villa Ma- 
rianna, à Cimiez, à Nice (17 mai 
1886). 

Chauvain (Pierre), #, rue d’Amster- 
dam, 41, à Paris (16 juin 1876). 

Chiris (Edmond), rentier, avenue 
de la Gare, 8, à Nice (1 er décem- 
bre 1883). 

Chiris (Léon), $5, sénateur, avenue 
d’Iéna, à Paris (11 mai 1876). 

Collonqubs, docteur en médecine, 
avenue Notre-Dame, 33, à Nice 
(16 décembre 1874). 

Conduzorgue8-Lairolle, avocat, rue 
de l’Hôtel-des-Postes, 8, à Nice 
(2 mars 1877). 

Corinaldi (Edouard), pl. Grimaldi, 2, 
à Nice (13 novembre 1868). 

Cornbll (le révérend), pasteur du 
temple américain, boulevard Vie- 
ter-Hugo, à Nice (17 octobre 1887). 

Croze, propriétaire, villa Croze, Saint- 
Roch, à Nice (7 mai 1888), 


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LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


381 


MM. 

Dbloyb, sculpteur, rue Fromentin, 9, 
à Paris (lô mars 1890). 

Desprez, docteur en médecine, villa 
TafFe, avenue Durante, A Nice 
(16 février 1877). 

Drimaraki-Srrvo, Q, professeur au 
Lycée, rue de FEscarène, 15, A Nice 
(1 er mai 1890). 

Dubandy, ingénieur, Cimiez, à 
Nice (1 1 mai 1876). 

{Slbbl (Victor), rentier, rue de 
France, 31, à Nice (16 novembre 
1882). 

Fama (Charles), promenade des An_ 
glais, 71, à Nice (5 janvier 1885). 

Fabaut (Frédéric), avocat, rue Saint- 
François- de- Paule, 20, à Nice (15 
mars 1882). 

Fabaut (Henri), docteur en médecine, 
rue Saint-François-de-Paule, 20, A 
Nice (16 janvier 1874). 

Fol (Hermann), I. Q, docteur en 
médecine, directeur du jardin zoo- 
logique, villa Walkyrie, cité Lym- 
pia, Montboron, A Nice. 

Frémy (Henri), docteur én méde- 
cine, rue Gubernatis, 15, A Nice 
(16 janvier 1883). 

Funel de Clausonne, avocat, rue 
Saint-François-de-Paule, 26, A Nice 
(5 décembre 1867). 

Gâche, professeur au Lycée, rue Giof- 
fredo, 18, A Nice (2 décembre 1889). 

Gambard, consul d'Espagne, villa les 
Palmiers, Sainte-H élône, A Nice 
(l" avril 1876). 


MM. 

Gilly (Jules), rentier, montée de Vil- 
lefranche (11 mai 1876). 

Gueirard, U, docteur en médecine, A 
Monaco (1 er décembre 1881). 

Halphen (Eugène), rentier, rue Long- 
champ, 11, à Nice (21 janvier 1882). 

Halphen (Jules), capitaine d'artille- 
rie, avenue Kléber, 21, A Paris 
(16 mars 1888). 

Harris, consul d'Angleterre, place 
Belle vue, A Nice (17 mars 1879). 

Hearn, villa Aurigo, A Menton (l« r 
mars 1884). 

Jaffé (John), promenade des An- 
glais, 29, A Nice (1 er février 1888). 

Joliffb, rue Cotta, 38, A Nice (5 
mars 1888). 

Juge (Charles), ingénieur agricole, 
villa Juge, avenue Verdi, A Nice 
(1 er mai 1886). 

Layet, notaire, A La Colle (Alpes- 
Maritimes) (5 mars 1888). 

Lenval (le baron de), promenade des 
Anglais, 39, A Nice (mars 1879). 

Lurat (Aristide), percepteur, A Châ- 
teauroux (Indre) (16 janvier 1881). 

Lyons (l’abbé), aumônier du Saint- 
Sacrement, Carabacel, A Nice (5 
mars 1888). 

Macario, docteur en médecine, rue 
Croix-de-Marbre, 2, A Nice (17 no- 
vembre 1873). 

Madinier, directeur du Crédit Lyon- 
nais, avenue de la Gare, A Nice 
(1 er décembre 1887). 

Malgat, docteur en médecine, rue 
Masséna, 15, A Nice (16 février 
1886). 


86 


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382 


LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


MM. 

Marc y (Henri), O» avocat, rue de 
THôtel-des-Postes, 14, à Nice (2 
avril 1883). 

Marguet, &, conseiller de préfecture 
en retraite, rue Assalit, 6 , à Nice 
(5 février 1863). 

Martel, fondé de pouvoirs du Tré- 
sorier-payeur général d'Indre-et- 
Loire, À Tours (3 novembre 1886). 

Martin (Aimé), O» conseiller géné- 
ral, avenue de la Gare, 23, à Nice 
(16 avril 1879). 

Martin (Paul), ingénieur, rue de 
l’Escarène, 7, A Nice (1 er décembre 

1885) . 

Martin-Métairie, &, trésorier-payeur 
général, place Saint-Dominique, à 
Nice (17 mai 1886). 

Masse, notaire, rue du Pont-Neuf, 7 
(12 avril 1876). 

Masse (Maurice), rue du Pont-Neuf, 7 
(16 mai 1885). 

Maurin, #, o, docteur en médecine, 
directeur delà Santé, rue Papacino, 
5, à Nice (16 octobre 1876). 

Médecin (Alexandre) , avocat, 
adjoint au maire, 24, quai St-Jean- 
Baptiste, à Nice (5 janvier 1885). 

Médecin, rentier, ancien député, 
rue Alberti, & Nice (l #r décembre 

1886) . 

Michel, avocat, boulevard Carabacel, 
33, A Nice (5 mars 1888). 

Moriez, Q, docteur en médecine, rue 
Pastorelli, 40, A Nice (1 er décembre 
1884). 

Morin, le commandant en retraite, 
O. rue Gioffredo, 42, A Nice 
(l* r mai 1883). 


MM. 

Moris ( Henri ) , I. O, archiviste du 
département, A la Préfecture, A 
Nice (15 mars 1882). 

Nash (James), villa Franco, boule- 
vard Gambetta, Nice (15 mai 1884). 

Navarrbtb (le colonel), rue de Rome, 
4, A Nice (16 décembre 1885). 

Ncxtinobr (Fernand), contrôleur des 
Contributions directes, rue Lé- 
pante, 25, A Nice (16 février 1881). 

Odin, &, docteur en médecine, rue 
Garnier, 16, A Nice (l* r mai 1888). 

Pauard (Victor), docteur en méde- 
cine, rue Pastorelli, 35, A Nice 
(16 décembre 1885). 

Panissb (comte de), avenue Mar- 
ceau , 64 , Paris ( l* r décembre 
1886). 

Patry (le colonel), boulevard Cara- 
bacel, 27, A Nice (5 mars 1888). 

Pbragallo, O, chevalier du Mé- 
rite agricole, directeur des Contri- 
butions directes en retraite, rue 
Meyerbeer, A Nice (15 décembre 
1877). 

Pbraoallo (Maurice), capitaine 
au 38 e d'artillerie, rue Galléan, 2, 
A Nice (16 février 1887). 

Pibblas (comte de), rue Délia Rocca, 
A Turin (5 mars 1888). 

Planat, docteur en médecine, direc- 
teur de Thospice de Saint-Pons, A 
Nice (7 avril 1881). 

Pollonnais (Désiré) I. Q, maire 
de Villefranche-sur-Mer, conseiller 
général, au Cap-Ferrat (16 mai 
1881). 


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LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


383 


MM. 

Pontremoli (Aaron), négociant, rue 
Sainte-Réparate, 1, & Nice (17 dé- 
cembre 1883). 

Poübbe-Juchbt, directeur de la Com- 
pagnie des Eaux, rue Gioffredo, 20, 
à Nice (2 décembre 1889). 

Preire, ancien avoué, rue de la Paix, 
2, à Nice (3 novembre 1879). 

Récipon, $ 5 , député, propriété Mont- 
boron, h Nice (16 janvier 1881). 

Renault (Léon), O. I. Q, séna- 
teur, rue Murillo, 8, & Paris (5 
avril 1886). 

R0188ARD de Bbllbt (baron) #, place 
Massséna, 2, & Nice (11 mai 1876). 

Rozby, rentier, villa Marthe, avenue 
Malausséna (15 mai 1888). 

Salvat (Gaston), rue de la Paix ,11, 
à Nice (5 mars 1888). 

Salvbrte (de), maître de Requêtes au 
Cooseil d'Etat, avenue Marceau, 54, 
& Paris (16 avril 1888). 

Sardou (A.-L.), I. y, homme de let- 
tres, rue Palermo, 9, à Nice (19 
mars 1868). 


MM. 

Schmeltz, docteur en médecine, rue 
Gioffredo, 46, & Nice (3 janvier 
1880). 

Schouvaloff (comte de), villa Monti- 
cello, Cimiez, & Nice (1 èr juin 1878). 

Stbinbruck, hôtel d'Angleterre, place 
du Jardin-Public, & Nice (16 juin 
1876). 

Sturge, docteur en médecine, boule- 
vard Dubouchage, 29, & Nice (21 
janvier 1882). 

Terrin (Léon), homme de lettres, à 
Grasse (l* r février 1887). 

Teys 8 BIRB, météorologiste, avenue 
des Fleurs, & Nice (1 er décembre 
1883). 

Torreille, docteur en médecine, con- 
seiller général, & Vence (Alpes-Ma- 
ritimes) (1 er juin 1882). 

Troque, docteur en médecine, avenue 
de la Gare, 56 bu , & Nice (16 février 
1880). 

U 8 QUIN, O. $ 5 , directeur de l'agence 
du Crédit Foncier, rue Meyerbeer, 
à Nice (1 er mai 1880). 

Vialb, banquier, & Menton (21 jan- 
vier 1882). 


MEMBRES CORRESPONDANTS 


MM. 

Audric, architecte à Aix (16 décem- 
bre 1885). 

48418 (Gabriel), littérateorà Béziers. 

Banet-Rivet, professeur an Lycée de 
Marseille (16 janvier 1886). 

Bbdoluére (de la), capitaine de fré- 
gate (l ar juillet 1884). 


MM. 

Bénard, secrétaire en chef de 1 r mai- 
rie, & Boulogne-sur-Mer. 

Bbn-Mill, à Saint-Jean-de-Villefran- 
che (Alpes-Marit.) (1 er mai 1889). 

Berluo-Péru 88 is (de), président de la 
Société académique, & Aix, rue 
Cardinale, ou au château de Por- 
chères, par Forcalquier. 


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384 


LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


MM. 

Bersezio (Victor), auteur dramatique, 
à Turin. 

Beüf (Charles-Joseph), à Vallauris. 

Bonapartb-Wyse (Will. Ch.), litté- 
rateur et propriétaire en Irlande. 

Bonfils (Stanislas), conservateur du 
musée, & Menton. 

Bonnafont, docteur en médecine, 
boulevard du Pont-Vieux, & Nice, 
(1 er mai 1886). 

Bottin, receveur des postes et télé- 
graphes, à Ollioules (Var). 

Bourelly (Mari us), littérateur, ma- 
jorai du Félibrige, à Marseille. 

Bourguignat, #, géologue, & Saint- 
Germain-en-Laye. 

Brown de Colshoun, capitaine de 
vaisseau (1 er juillet 1884). 

Cazbnave de la Roche, docteur, à 
Menton et aux Eaux-Bonnes. 

Champoisbau, consul général de France 
à Turin (1 er juillet 1884). 

Chaudoi8el de Caumont, & Caen (16 
mars 1885). 

Chiris (M.-A.), employé des Postes, 
& Grasse. 

Croizier (de), consul de Grèce, à 
Versailles. 

Didier (l'abbé), directeur du petit 
séminaire de Brignoles. 

Duhamel, archiviste du département 
de Vaucluse. 

Duchêne, #, inspecteur des forêts en 
retraite, chaussée de la Muette, 
Passy-Paris (16 avril 1883). 

Duchesnb de Saint-Léger, à Poitiers. 


MM. 

Durenne, maître de Forges, rue 
de la Verrerie, 20, & Paris. 

Dubarle (Achille), homme de lettres, 
à Boulogne-sur-Mer. 

Faraüt (Félix), ingénieur civil, à 
Saïgon . 

G orne y (Martyn-Cecil) , vice-consul 
d'Angleterre à la Spezzia (Italie) 
(16 mai 1888). 

Grimaldi, camérier secret du Pape, 
8, via Porta Salaria, & Rome (3 
novembre 1884). 

Hbillmann, ex-conservateur du mu- 
sée, & Cannes (3 novembre 1884). 

Henry, docteur en médecine, & Fon- 
tainebleau (16 octobre 1884). 

Hbuzby (Léon), conservateur au 
Musée du Louvre. 

Jolivot (Ch.j, I. secrétaire dû 
gouverneur général de la princi- 
pauté de Monaco. 

Lagarrigue (Fernand), tU*, au Château 
de Mus (Hérault) (16 novembre 
1885). 

Laureau (Flavien), â Autun (16 avril 
1885). 

Legocq (Georges), avocat, à Amiens. 

Lescouvé, ifr, conseiller â la Cour 
de cassation, boulevard Saint- 
Germain, 129, Paris. 

Le Roy (Fernand), tU*» conseiller 
de préfecture, à Paris (1 er mai 1884). 

Levylibr (3 novembre 1886)». v 

Lieutaud (V.), Cancelié du Félibrige, 
â Volonne (Bas se s- Alpes). 

Livbt (Ch.), Q, homme de lettres, 
à Aix-les-Bains (Savoie). 


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LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


385 


MM. 

Luigi, pasteur évangélique à l'école 
de Sainte-Philomène, près Nice. 

Magâ, docteur en médecine, Aix-les- 
Bains. 

Mabstrati (l'abbé), curé du Rouret 
(Alpes-Maritimes) ( 1 er décembre 
1886). 

Maqubt (Adrien Ernest), Marly- 
le-Roi (Seine-et-Oise). 

Mazard, conservateur de la biblio- 
thèque du Musée de Saint-Germain . 

Mbignan, ancien chef d'institution, à 
Garches (Seine-et-Oise) (16 novem- 
bre 1885). 

Mougins de Roquefort (Eugène), 
conseiller & la Cour d’Appel d’Aix. 

Mougins de Roquefort (Paul), doc- 
teur en médecine, à Antibes. 

Mourlbt, docteur en médecine, à 
Mustapha inférieur, près d’Alger. 

Mure de Pelanne, chancelier du con- 
sulat de France, à Turin (1 er juillet 
1884). 

Mus 80 , secrétaire de la Mairie de 
Roquebilliôre (1 er juillet 1884). 

Nicolay, instituteur à Cantaron, com- 
mune de Drap (Alpes-Maritimes) 
(3 novembre 1888). 

Olltvibr, docteur en médecine, à 
Antibes (l« r février 1884). 


MM. 

Payan, instituteur & Entraunes (Al- 
pes-Maritimes) (3 novembre 1888). 

Perrolle (Frédéric), notaire à Grasse. 

Perrotin, directeur de l’Observatoire 
de Nice (2 mars 1889). 

Pibrrugues (l’abbé), vicaire, à Grasse. 

Raillard, ( l'abbé ) , rédacteur du 
journal scientifique Les Mondes , & 
Paris. 

Rivière, I. O, correspondant du mi- 
nistre de l’instruction publique, & 
Paris. 

Rossi (G.), inspecteur des fouilles de 
la province de Vintimille. 

Roumanillr, littérateur à Avignon. 

Rovery, O, avocat, maire de Saint- 
Étienne-sur-Tinée (Alpes-Mariti- 
mes). 

Saige (Gustave) , conservateur des 
Archives et de la Bibliothèque du 
Palais de Monaco (17 mai 1886). 

Sènequier (Paul), juge de paix à 
Grasse. 

Tarbé (Prosper), correspondant de 
l'Institut, & Reims. 

Vesly (Léon de), professeur & l'école 
des Beaux-Arts de Rouen. 

Wagner, professeur au Collège Roi- 
lin, à Paris (l« r juillet 1884). 


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386 


PUBLICATIONS PÉRIODIQUES 


reçues par la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes 


I 

Publications périodiques des Sociétés correspondantes 

II 

Ministère de l’Instruction publique — Comité des Travaux 
historiques et scientifiques : 

1° Bulletin historique et philologique ; 

2° Bulletin archéologique; 

3° Bulletin de la Section des Sciences économiques et sociales ; 

4° Revue des travaux scientifiques. 


III 

Publications périodiques diverses 

Journal des Savants. 

Annales du Musée Guimet. 

Revue de l’Histoire des religions. 

Annales de l’Observatoire de Nice. 

Bulletin d'Histoire ecclésiastique et d’Archéologie religieuse du diocèse 
de Valence. 

Feuille des jeunes naturalistes. 

Annuaire de la Principauté de Monaco. 


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387 


SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 


Aisne 

Société Archéologique, Historique et 
Scientifique de Soissons. 

Alger 

Société des Sciences physiques, natu- 
relles et climatologiques de l'Al- 
gérie, & Alger. 

Alpes (Buste®) 

Société Scientifique et Littéraire des 
Basses-Alpes, & Digne. 

Alpes (Hautes) 

Société d'Études des Hautes-Alpes, à 
Gap. 

Alpes - Maritimes 

Société centrale d'Agriculture, d'Hor- 
ticulture et d’Acclimatation des 
Alpes-Maritimes, à Nice. 

Société des Sciences naturelles et 
historiques, des Lettres et des 
Beaux-Arts de Cannes et de l'ar- 
rondissement de Grasse, à Cannes. 

Aube 

Société Académique d’Agriculture , 
des Sciences, Arts et Belles-Lettres 
du département de l'Aube, à Troyes. 

Aude 

Société des Arts et Sciences de Car- 
cassonne. 

Commission Archéologiquo et Litté- 
raire de l'arrondissement de Nar- 
bonne, À Narbonne. 

Aveyron 

Société des Lettres, Sciences et Arts 
de l'Aveyron, & Rodez. 


Belfort 

Société Belfortaise d' Émulation, à 
Belfort. 

Bouches-du-Rhône 

Société de Statistique de Marseille. 

Société Scientifique Industrielle de 
Marseille . 

Société d'Horticulture et de Botani- 
que de Marseille. 

Académie des Sciences, Agriculture, 
Arts et Belles-Lettres d’Aix. 

Société Scientifique Flammarion de 
Marseille. 

Calvados 

Académie Nationale des Sciences , 
Arts et Belles-Lettres de Caen. 

Société Française d' Archéologie pour 
la conservation et la description 
des monuments historiques, & Caen. 

Société Linnéenne de Normandie, & 
Caen. 

Charente 

Société Archéologique et Historique 
de la Charente, à Angouléme. 

Charente-Inférieure 

Société des Sciences naturelles de la 
Charente-Inférieure, & La Rochelle. 

Commission des Arts et Monuments 
de la Charente Inférieure et Société 
d’Archéologie de Saintes. 

Société des Archives historiques de 
la Saintonge et de I'Aunis, & Sain- 
tes. 

Cher 

Société Historique, Littéraire, Artis- 
tique et Scientifique du Cher, à 
Bourges. 


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388 


SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 


Const&ntine 

Société Archéologique du départe- 
ment de Constantine, à Constantine. 

Académie d'Hippone, à Bône. 

Corrèze 

Société Scientifique , Historique et 
Archéologique de la Corrèze, à 
Brive. 

Côte-d’Or 

Acodémie des Sciences, Arts et Bel- 
les-Lettres de Dijon. 

Commission des Antiquités du dépar- 
tement de la Côte-d’Or, à Dijon. 

Société d’Histoire, d’Archéologie et 
de Littérature de l'arrondissement 
de Beaune, & Beaune. 

Société des Sciences historiques et 
naturelles de Semnr. 

Creuse 

Société des Sciences naturelles et ar- 
chéologiques de la Creuse, à Guéret. 

Dordogne 

Société Historique et Archéologique 
du Périgord, à Périgueux. 

Doubs 

Société d’Emulation du Doubs, à Be- 
sançon. 

Société d’émulation de Montbéliard. 

Bure 

Société des Amis des Arts du dépar- 
tement de l'Eure, à Evreux. 

Eure-et-Loir 

Société Dunoise, & Châteaudun. 

Finistère 

Société Académique de Brest. 

Gard 

Académie du Gard, & Nîmes. 

Société Scientifique et Littéraire d’A- 
Iais. 


Garonne (Haute) 

Académie des Jeux-Floraux, & Tou- 
louse. 

Académie des Sciences, Inscriptions 
et Belles-Lettres de Toulouse. 

Société Archéologipue du midi de la 
France, à Toulouse. 

Société Académique Franco-Hispano- 
Portugaise, à Toulouse. 

Société d’Histoire naturelle de Tou- 
louse. 

Gironde & 

Société Archéologique de Bordeaux. 

Société des Sciences physiques et 
naturelles de Bordeaux. 

Hérault 

Académie des Sciences et Lettres de 
Montpellier. 

Société pour l’étude des langues 
romanes, à Montpellier. 

Société Archéologique, Scientifique 
et Littéraire de Béziers. 

Ille-et-Vilaine 

Société Archéologique du départe- 
ment d’Ille-et-Vilaine, à Rennes. 

Isère 

Académie Delphinale, à Grenoble. 

Société de Statistique de l’Isère, à 
Grenoble. 

Jura 

Société d'Ëmulation du Jura, à Lons- 
le-Saunier. 

Société d’Agriculture, Sciences et 
Arts de Poligny. 

Landes 

Société de Borda, à Dax. 

Loir-et-Cher 

Société des Sciences et Lettres de 
Loir-et-Cher, & Blois. 


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SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 


389 


Loire 

Société (T Agriculture, Industrie, 
Sciences, Arts et Belles-Lettres du 
département de la Loire, & Saint- 
Etienne. 

Loire-Inférieure 

Société Académique de Nantes et du 
département de la Loire-Inférieure. 

Société Archéologique de Nantes et 
de la Loire-Inférieure. 

Loiret 

Société d 1 Agriculture , Sciences , 
Belles-Lettres et Arts d'Orléans. 

Société Archéologique et Historique 
de l'Orléanais, à Orléans. 

Lot 

Société des Etudes Littéraires, 
Scientifiques et Artistiques du Lot, 
à Cahors. 

Lot-et-Garonne 

Société d'Agriculture, Sciences et 
Arts d'Agen. 

Maine-et-Loire 

Société d'Agriculture, Sciences et 
Arts d’Angers. 

Société Académique de Maine-et- 
Loire, à Angers. 

Manche 

Société d'Agriculture, d'Archéologie 
et d'Histoire naturelle du départe- 
ment de la Manche, à Saînt-Lô. 

Société des Sciences naturelles et 
mathématiques de Cherbourg. 

Marne 

Société des Sciences et Arts de Vitry- 
le-François. 

Meurthe-et-Moselle 

Académie de Stanislas, à Nancy. 

Société de Médecine de Nancy. 


Meuse 

Société Philomatique de Verdun. 

Morbihan 

Société Polymatique du Morbihan, & 
Vannes. 

Nièvre 

Société Nivernaise des Lettres, Scien- 
ces et Arts, à Nevers. 

Nord 

Société d'Emulation de Cambrai. 

Société d’Agriculture, Sciences et Arts 
du département du Nord, & Douai. 

Société d’Emulation de Roubaix. 

Oise 

Société Académique d'Archéologie, 
Sciences et Arts du département 
de l'Oise, à Beauvais. 

Société Historique de Compïègne. 

Pas-de-Calais 

Commission des Antiquités départe- 
mentales du Pas-de-Calais, & Arras. 

Société Académique de Boulogne-sur- 
Mer. 

Société des Antiquaires de la Morinie, 
à Saint-Omer. 

Pyrénées (Basses) 

Société des Sciences, Lettres et Arts 
de Pau. 

Société des Sciences et Arts de 
Bayonne. 

Pyrénées-Orientales 

Société Agricole, Scientifique et Lit- 
téraire des Pyrénées-Orientales, à 
Perpignan. 

Rhône 

Académie des Sciences, Belles-Lettres 
et Arts de Lyon. 

Société Littéraire, Historique et Ar- 
chéologique de Lyon. 

Société Académique d' Architecture de 
Lyon. 


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390 SOCIÉTÉS CORRESPONDAIS JES 


Saône (Haute) ' 

Société d'Agriculture, Sciences et 
Arts du département de la Hautes 
Saône, à Vesouî. 

8&ône-et-Loire 

Académie de Mâcon. 

Société Eduenne, & Autun. 

Sarthe 

Société d'Agriculture , Sciences et 
Arts de la Sarthe, au Mans. 

Savoie 

Soeiété Savoisienne d'Histoire et 
d’Archéologie , à Chambéry. 

Académie des Sciences, Belles-Lettres 
et Arts de la Savoie, à Chambéry. 

Société d'Histoire et d’Archéologie 
de la Maurienne, à Saint-Jean-de- 
Maurienne. 

Savoie (Haute) 

Société Florimontane, à Annecy. 

Seine 

Société Philotechnique, à Paris. 

Société Nationale des Antiquaires de 
France. 

Société de Géographie. 

Société Académique Indo-Chinoise. 

Société Philomatique de Paris. 

Société Zoologique de France. 

Société des Etudes Historiques. 

Seine-Inférieure 

Commission des Antiquités de la 
Seine-Inférieure, & Rouen. 

Société des Amis des Sciences natu- 
relles de Rouen. 

Société HâvraiBe d’Etudes diverses, 
au Havre. 

Société des Sciences et Arts agricoles 
et horticoles du Havre. 

Seine-et-Marne 

Société d'Agriculture, Sciences et 
Arts de Meaux» 


ÿeine-et-Oise 

Société des Sciences morales, des Let- 
tres et des Arts de Seine-et-Oise. 
à Versailles. 

Société des Sciences naturelles et 
médicales de Seine-et-Oise, & Ver- 
sailles. 

Société Archéologique de Rambouil- 
let. 

Somme 

Académie des Sciences, Lettres et 
Arts d’Amiens. 

Société des Antiquaires de Picardie, 
& Amiens. 

Société Linnéenne du nord de la 
France, & Amiens. 

Société médicale d’Amiens. 

Société d’émulation d'Abbeville. 

Tarn-et-Garonne 

Académie des Sciences, Belles-Lettres 
et Arts de Tarn-et-Garonne, 4 
Montauban. 

Société Archéologique de Tarn-et- 
Garonne, à Montauban. 

Var 

Société d’Etudes scientifiques et ar- 
chéologique de la ville de Dragui- 
gnan. 

Société Académique du Var, & Toulon. 

Vaucluse 

Académie de Vaucluse, à Avignon. 

Société Littéraire, Scientifique et Ar- 
tistique d’Apt. 

Vienne (Haute) 

Société Archéologique et Historique 
du Limousin, à Limoges. 

Vosges 

Société d’Émulation du département 
des Vosges, à Epinal. 


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SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 


391 


Tonne 

Société des Sciences historiques et 
naturelles de l'Yonne, à Auxerre. 

Société d'études d' A vallon. 

Société archéologique de Sens. 

ÉTRANGER 

Alsace-Lorraine 

Société des Sciences, agriculture et 
arts de la Basse-Alsace, à Stras- 
bourg. 

Société d’Archéologie et d'Histoire de 
la Moselle, à Metz. 

Académie de Metz. 

Société d'Histoire naturelle de Colmar. 

Autriche-Hongrie 

Antropologischen Oesellschaft in 
Wien. 


Suède et Norvège 

Kongl. Viterhets historié och an- 
tiqvitets akademiens, & Stockolm. 

Italie 

Biblioteca Nazionale centrale di Fi- 
renze. 

Reale Accademia Lucchese di scienze, 
lettere ed arti. 

Suisse 

Société d 'Histoire et d* Archéologie de 
Genève. 

Amérique du Nord 

Davenport Academy of the naturel 
sciences. 

United States geological survey of 
the territories, Washington. 

Smithsonian institution, Washington. 

Amérique du Sud 

Academia N scion al de Ciencias en 
Cordoba (Republica Argentina). 


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TABLE DES MATIÈRES 


PAOI8 

Testament de Jourdan Riquieri, au XII e siècle, par le comte 

Cais de Pierlas 5 

Le Schinu8 molle (lin) ou faux poivrier. — La chenille 
Sericarea dispar (Bombyx dispar) et le parasite de 
cette chenille, Blepharipa scutellata (rondani), par 

M. Peragallo 29 

Les Francs-tireurs des Alpes-Maritimes pendant la campagne 

de 1870-71, par M. F. Brun 45 

Jean Mir&iheti et les trois Brea, (Etude sur les peintres 

niçois de la Renaissance, par M. F. Brun 77 

L’Observatoire de Nice, par M. Perrotin, directeur de 

l’Observatoire 111 

Lettre de M. Perrotin à M. Faye sur la planète Mars . . . 124 

Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution , par 

MM. Krebs et Mûris 133 

Préface 133 

Introduction. — Chapitre 1 er 139 

Chapitre II. — Les Armées 149 

Chapitre III. — Aperçu de la topographie militaire des Alpes 197 
Première Partie, Campagne de 1792 . — Chapitre I #r , 

— Formation de l’armée du Midi 209 

Chapitre II. — Conquête de la Savoie 233 

Chapitre III. — Occupation du Comté de Nice 255 

Chapitre IV. — Expéditions d’Oneille et de Sardaigne 282 

Pièces justificatives 311 

Bibliographie des documents utilisés dans cet ouvrage 373 

Nomenclature des pièces des Archives de la ville de Breil 

(Alpes-Maritimes) utilisées dans cet ouvrage 375 

Liste des manuscrits consultés aux Archives de la section 

technique du Génie 378 

Sur la pêche pélagique, au point de vue de l’alimentation des 

naufragés, par le D r Hermann Fol 367 

Liste des membres de la Société 379 

Liste des Sociétés correspondantes 387 


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IMPRUmiB MALVAKO-MIONON. 


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